Plan de la série “Les Tours Jumelles du World Trade Center” :

(le WTC 7 viendra plus tard)

VIII. Les fadaises 3

8/ Les cautions “scientifiques”

Présentons ici une des principales “cautions scientifiques” des truthers sur ce sujet : Richard Gage. Cet ingénieur a créé l’association Architects & Engineers for 9/11 Truth qui demande la réouverture de l’enquête sur le 11 Septembre (voir ci-après). Cet homme fait depuis le tour du monde en déclarant à qui le veut qu’il a la preuve irréfutable que le 11 Septembre est le résultat d’une démolition contrôlée – avec un moment magique où il explique l’effondrement avec… des cartons !

world trade center 11 septembre

Richard Gage dans ses œuvres…

D’autres “scientifiques” ont également des thèses fantaisistes, comme celle de l’effondrement qui aurait dû s’arrêter tout seul. Cette idée a été défendue par un autre truther, Gordon Ross, ingénieur mécanicien (donc pas en calcul de structure !), et ça se voit dans ses articles scientifiques… Ce personnage s’est proposé de prouver que l’effondrement aurait dû s’arrêter d’un point de vue énergétique, c’est-à-dire qu’à un moment l’énergie pour abattre un nouvel étage était supérieure à l’énergie effectivement disponible lors de l’effondrement. Pour faire court et pas trop technique, G. Ross s’est trompé sur le chiffre central de son étude dès le premier paragraphe : une erreur de facteur 10 à 30 – je vous laisse donc imaginer la suite de l’étude (voir ici par exemple)… G. Ross est pourtant l’une des cautions scientifiques les plus fortes de la communauté conspirationniste…

Avec de si faibles bases scientifiques, d’autres auteurs conspirationnistes se sont sentis pousser des ailes, comme Graeme MacQueen, professeur en théologie, et Tony Szamboti, ingénieur en mécanique aéronautique (et flute ! toujours pas de calcul de structures…). Ils ont conjointement réalisé une étude pour essayer de prendre en défaut la théorie de l’écroulement évoquée précédemment, en tentant de prouver que lorsque l’on observe la toiture de la tour 1, on ne voit pas les soubresauts générés par l’empilement progressif des planchers les uns sur les autres. Pour cela ils ont d’abord tracé un graphique complètement sur-réaliste dans une première version de leur article, avant de revenir dessus dans une seconde version et d’en tracer un très proche de la réalité qui montre qu’effectivement des soubresauts ont effectivement ont lieu. Tout cela en gardant tout de même leur conclusion que la chute était anormale ! Cela prouve juste le manque de sérieux voire même la malhonnêteté intellectuelle de ces soi-disant chercheurs de vérité… (Lire la démonstration de la supercherie ici)

Quand leurs connaissances en calcul de structure étaient insuffisantes même pour faire semblant, certains ont alors tenté d’avancer d’autres éléments, visuels ou sonores, notamment la survenue d’explosions avant et après l’effondrement. Pour cela, ils ont récupéré tous les témoignages d’explosions dans les tours et les ont accumulés pour faire nombre. Hélas pour eux, des explosions n’ont jamais été synonymes de démolition contrôlée, surtout dans des effondrements de ce type. Les pompiers connaissent très bien ce phénomène appelé backdraft, qui consiste en une détonation par l’inflammation brutale de gaz accumulés dans une pièce. Et comme on l’a vu, dans la tour 1, les paramètres du crash de l’avion ont fait que du kérosène s’est déversé dans les circulations centrales du bâtiment (une forte odeur de kérosène a d’ailleurs été rapporté par plusieurs témoins tout au long de ces circulations), générant ainsi des boules de feu allant de haut en bas de l’immeuble, générant des explosions et secousses en sous-sol. Enfin, et c’est quand même là l’important, quelle est la logique de faire exploser des charges en sous-sol, alors que les effondrements se sont manifestement produits de haut en bas ? Tout ceci est absurde ! Mais nous ne sommes plus à une absurdité près me direz-vous…

Pour conclure sur l’aspect de la démolition contrôlée par explosif, il est clair qu’aucune des personnes dites truthers n’avait les pré-requis nécessaires pour enquêter sereinement sur les effondrements, mais qu’en plus elles arrivaient avec déjà la conclusion en tête avant même d’avoir commencé l’enquête, aux vues des multiples distorsions ou biais de réalité opérés dans ces enquêtes. Il n’y a donc que bien peu de crédit à accorder à ces théories clairement fantaisistes…

Et à côté de cela, il y a des dizaines de scientifiques renommés qui ont réalisé des études publiées dans les plus grandes revues scientifiques du monde (voir ci-après) qui montrent que les effondrements sont totalement normaux compte tenu des événements qui se sont produits – même si certains scientifiques débattent de la part de chaque élément dans la catastrophe finale. Les tours ayant disparu, et les évènements n’étaient pas reproductibles en intégralité, il restera toujours des imprécisions et des discussions sur des détails – sur lesquelles s’appuient beaucoup de conspirationnistes, pour faire croire qu’il y a des incertitudes sur l’essentiel…

9/ Le WTC envahi par les thermites (de Steven Jones)

Un dernier point pour conclure sur ces fadaises – il y en a hélas bien d’autres, mais bon… – je le gardais pour la fin car j’adore sa conclusion…

Comme les explosifs n’étaient vraiment pas crédibles, les conspirationnistes ont dû chercher d’autres solutions – encore plus tordues.

C’est ainsi qu’est sortie de la tête d’un physicien américain, Steven E. Jones (oui oui, physicien, pas du tout ingénieur structure…), l’idée de l’utilisation de la thermite. C’est pour lui la seule solution pour que l’acier des buildings ait fondu et que l’effondrement se soit alors enclenché (même si on a bien vu précédemment que l’acier n’avait nullement eu besoin de fondre pour que tout cela arrive, il devait juste suffisamment ramollir pour perdre sa portance…)

Tout d’abord, qu’est-ce que la thermite ? Il s’agit d’un mélange d’aluminium et d’oxyde ferrique qui a la propriété de dégager énormément de chaleur (jusqu’à 2 200 °C) très violemment – raison pour laquelle la thermite est utilisée pour découper de l’acier. Le produit de la réaction chimique étant du fer (accompagné d’oxyde d’aluminium), elle est aussi utilisée dans la soudure de gros morceaux de fer comme les rails de chemin de fer par exemple.

world trade center 11 septembre

Steven Jones a donc émis l’hypothèse que de la thermite avait pu être utilisée, à cause de vidéos montrant de grandes quantités de métal s’écouler de la façade de la WTC 2, laissant donc penser qu’une grande quantité avait pu fondre. Or le terme métal regroupe un bon nombre de matériaux, n’ayant pas tous les mêmes températures de fusion. Comme l’aluminium, qui fond à 660°C et qui se trouve être le métal préféré des constructeurs d’avions, pour sa légèreté et sa résistance, et qui était aussi utilisé pour décorer la façade.

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Non, ceci n’est pas dû à de la thermite, ce sont les opérations de déblayage

Mais Steven Jones n’est pas été convaincu par cette explication et s’est même tourné vers de la “super-thermite” : la thermate. Il suffit d’une thermite dopée au nitrate de baryum, un composé qui facilite l’ignition de la réaction thermitique. Comme la thermate comporte également du souffre, cela permettait d’expliquer la sulfuration de l’acier détectée en plusieurs endroits par la FEMA.

Sauf qu’il a oublié que le soufre était présent en grande quantité dans le bâtiment, car il est une composante du gypse, lui-même composant du plâtre. Ce matériau est bien connu pour accélérer l’oxydation sous certaines conditions. Et dans ce grand cataclysme qu’a été l’effondrement vu de l’intérieur du bâtiment, les conditions étaient pleinement réunies. Et les hautes températures présentes encore plusieurs jours dans les décombres ont fait se poursuivre ces réactions.

Mais Steven Jones n’est pas convaincu par cette explication et s’est donc tourné vers de la “super-super-thermite” : la nano-thermite. Là c’est plus simple : c’est comme la thermite mais à des tailles bien plus fines pour améliorer la vitesse de la réaction. En 2006, il a présenté des preuves de sa démonstration et est même parvenu à publier un article dans une revue scientifique à comité de lecture… Pour réussir son coup, il s’est adressé à la revue The Open Chemical Physics Journal, appartenant à un nouvel acteur du marché, se voulant très agressif. Tellement agressif que le comité de lecture était en fait remplacé par un chèque de 800$. C’est ce qu’ont remarqué un petit groupe de farceurs quand ils ont voulu faire publier un article complètement incohérent. Ce qui a poussé le directeur de la rédaction à démissionner. C’est d’ailleurs ce qu’avait fait la rédactrice en chef après la publication de l’article de Steven Jones pour protester contre son manque de sérieux et d’éthique…

Dans le fond, cet article est un tissu d’incohérence. D’après des spécialistes en la matière, les essais présentés sont truffés d’erreurs de méthode, de raccourcis hasardeux, voire fallacieux. Sûrement parce qu’aucun des 9 signataires de l’article n’est un expert en explosif. Par contre, si vous avez des problèmes en astronomie, architecture, physique, d’eau potable ou encore de cholestérol, vous pouvez vous adresser à eux. Nous ne rentrerons pas dans les détails scientifiques de l’étude, mais les connaisseurs du sujet ont très vite vu où était le problème, souvent de simples problèmes de méthodologies capables de faire dire tout et son contraire à l’expérience réalisée.

D’ailleurs nombreux ont été les personnes à parler de la nano-thermite comme d’un explosif. C’est un contre-sens énorme. Un explosif est un corps liquide ou solide qui se transforme en gaz très rapidement, générant une onde de choc plus ou moins destructrice suivant son intensité. La thermite est une réaction qui produit beaucoup d’énergie, de chaleur, mais absolument pas de gaz. Et affirmer que la nano-thermite est un explosif n’est pas plus juste. On peut améliorer la réaction en améliorant le dosage et en diminuant les composants. Mais on ne peut accélérer indéfiniment la vitesse de réaction et ça ne transformera toujours pas la réaction en explosion. C’est vrai qu’il est possible d’utiliser des explosifs classiques pour créer un réel pouvoir destructeur. Mais, pas de bol, rien n’a été trouvé dans ce sens dans l’article en question. Donc retour à la case Départ.

Toutes ces preuves attestant de l’absurdité de l’article de Steven Jones ne l’a sûrement pas empêché de proposer un DVD relatant les étapes de sa fabuleuse découverte. C’est vendu à 20 € l’unité… (mais la Vérité na pas de prix, hein…)

On trouve aussi dans la mouvance des choses extraordinaires, telles que des délires sur des photos de ce type :

world trade center 11 septembre

 

où des truthers s’excitent pour expliquer que de tels dégâts n’ont pu être occasionnés que par de la thermite, alors qu’il s’agit de coupes réalises au chalumeau APRÈS l’écroulement du WTC, lors opérations de déblaiement…

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Ca va mieux quand on montre la photo en entier – avec l’ouvrier.

On aussi l’histoire des “chips” rouges qu’a récolté Jones dans les rues de New York, et qu’il présente comme des résidus de thermite :

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alors qu’il s’agit très certainement de résidus de peinture anti-corrosion des colonnes – lire l’édifiant exposé de Jérôme Quirant ici, ici, ici et .

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Mais présentons un peu mieux Steven Jones….

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Il fait le bonheur des truthers américains, ici un membre de Architects and co for Truth :

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et ici un de Scientifiques and co for truth (avec un Microbiologiste cinéaste !) :

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Or Steven E. Jones est un très curieux personnage : il a par exemple trempé dans le dérapage de la fusion froide ou sous-entendu que le tremblement de terre à Haïti en 2010 était fomenté par les États-Unis (voir ici).

Mais le plus beau est quand même cette étude qu’il a réalisée (et on voit dans le lien qu’elle vient bien de son site…) :

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et qui prétend prouver 1/ la résurrection du Christ et 2/ le passage de Jésus post-mortem chez les Mayas (il en faut pour tout le monde hein…) :

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La preuuuuuuve : un type aux mains trouées chez les Mayas !

Bref, l’avantage de son étude est qu’elle PROUVE ainsi “la réalité de la résurrection de Jésus” :

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Du très très lourd, donc, et une belle illustration de la qualité de la démarche scientifique d’un leader conspirationniste aux États-Unis…

Bref :

pentagone

IN-DIS-CU-TA-BLE en effet…

Voici d’ailleurs pour finir un tour d’horizon des théories délirantes sur le WTC – qui sont donc toutes fausses:

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N.B. : les séries sur le 11 Septembre sont évidemment lourdes à modérer. Comme vous le voyez dans le plan au début du billet, ce billet s’insère dans une longue série. Merci donc de ne pas commenter sur de sujets qui seront clairement traités par la suite, cela fait perdre du temps à tout le monde. Vous pouvez commenter la série dans ce billet dédié.

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