Primo, condamnons sans équivoque la barbarie de ce crime indéfendable.

Secundo, honorons la mémoire des victimes et pensons à leurs proches

Tertio, à l’heure où on veut nous obliger à hurler “Je suis Charlie”, n’oublions pas ce que c’est non plus et ce qu’on veut nous faire endosser… D’où cette mise au point utile d’un des anciens de Charlie Hebdo, écrite il y a 1 an.

Désolé, je voulais attendre 1 mois plein avant de remettre ceci sur le tapis, mais le fil des événements, ainsi que l’expérience du 11 septembre me pousse à contrecoeur à traiter de ces sujets plus tôt.

Non, “Charlie Hebdo” n’est pas raciste !, par Charb

Tribune dans Le Monde du 20/11/2013 de Charb (Directeur de publication “Charlie Hebdo”) et Fabrice Nicolino (Journaliste)

>Toute la rédaction de Charlie Hebdo se joint aux auteurs de cette tribune.

Charlie, notre Charlie Hebdo a mal aux tripes et au coeur. Car voilà qu’une incroyable calomnie circule dans des cercles de plus en plus larges, qui nous est rapportée chaque jour. Charlie Hebdo serait devenu une feuille raciste.

Un jour, un chauffeur de taxi arabe exige de l’un des collaborateurs du journal, reconnu par lui, qu’il descende aussitôt, au motif de dessins moquant la religion musulmane. Un autre jour, un interlocuteur nous refuse un entretien pour la raison qu’il “ne parle pas à un journal de gros racistes”. Et, quand le crapuleux Minute s’en prend de la manière que l’on sait à Christiane Taubira, il se trouve des imbéciles, jusque dans les télévisions, pour accoler des couvertures de notre journal à celles de ce torchon raciste.

PROCÈS EN SORCELLERIE

Mais où est passée la conscience morale, si toutes les vilenies deviennent à ce point ordinaires ? Nous avons presque honte de rappeler que l’antiracisme et la passion de l’égalité entre tous les humains sont et resteront le pacte fondateur de Charlie Hebdo.

Bien entendu, le procès en sorcellerie que tant d’esprits faibles nous font ne peut être mené qu’en secret, loin de la lumière, en l’absence de toute défense. Car la lecture de notre journal est la preuve définitive de ce que nous affirmons ici. Ceux qui osent dire le contraire ne nous lisent pas, et se contentent de se délecter d’une abominable rumeur.

Pour les autres, qui respectent encore des valeurs élémentaires, voici en quelques phrases notre histoire. Créé après l’interdiction d’Hara Kiri hebdo par le ridicule pouvoir gaulliste de 1970, Charlie Hebdo est fils de Mai 68, de la liberté, de l’insolence, et de personnalités aussi clairement situées que Cavanna, Cabu, Wolinski, Reiser, Gébé, Delfeil de Ton…

Qui oserait leur faire un procès rétrospectif ? Le Charlie Hebdo des années 1970 aura aidé à former l’esprit critique d’une génération. En se moquant certes des pouvoirs et des puissants. En riant, et parfois à gorge déployée, des malheurs du monde, mais toujours, toujours, toujours en défendant la personne humaine et les valeurs universelles qui lui sont associées.

L’un des drames des calomniateurs, c’est que Cavanna, Cabu, Wolinski sont toujours là, fidèles au poste chaque semaine, sans avoir jamais renié une once de leur passé. Contrairement à tant d’autres, qui ont eu le temps, en quarante années, de changer plusieurs fois de costume social, l’équipe de Charlie continue sur la même route.

Nous rions, nous critiquons, nous rêvons encore des mêmes choses. Ce n’est pas trahir un secret : l’équipe actuelle se partage entre tenants de la gauche, de l’extrême gauche, de l’anarchie et de l’écologie. Tous ne votent pas, mais tous ont sablé le champagne quand Nicolas Sarkozy a été battu en mai 2012.

NOUS AVONS CHOISI NOTRE CAMP

Aucun d’entre nous ne songerait à défendre la droite, que nous combattrons jusqu’au bout. Quant aux fascismes, quant au fascisme, nous considérons évidemment cette engeance comme un ennemi définitif, qui ne s’est d’ailleurs jamais privé de nous traîner devant les tribunaux.

Ouvrez donc ce journal ! Jean-Yves Camus y suit avec la rigueur qu’on lui connaît l’activité des extrêmes droites. Laurent Léger dévoile les turpitudes des réseaux si étendus de la corruption. Bernard Maris décortique l’économie et le capitalisme comme aucun autre. Patrick Pelloux raconte avec douceur les horreurs des urgences hospitalières. Gérard Biard ferraille contre le sexisme et la pub. Zineb el Rhazoui critique – oui, et de belle manière – les insupportables manifestations de certain islamisme. Fabrice Nicolino regarde le monde en écologiste radical, mais humaniste. Sigolène Vinson détaille le quotidien absurde de tant de tribunaux. Luce Lapin défend avec une opiniâtreté sans borne les animaux, ces grands absents du débat. Antonio Fischetti raconte la science, les sciences avec drôlerie et impertinence. Philippe Lançon proclame chaque semaine la victoire de la littérature sur la télé. Et puis tous les autres ! Quant aux dessinateurs, qui ne connaît leur trait ?

De Charb à Riss, de Luz à Willem, de Riad Sattouf à Tignous, en passant par Honoré, Catherine et bien sûr Wolin et Cabu, ils font rire chaque semaine ceux qui n’ont pas renoncé à être libres.

Où seraient cachés les supposés racistes ? Nous n’avons pas peur d’avouer que nous sommes des militants antiracistes de toujours. Sans nécessairement avoir une carte, nous avons choisi dans ce domaine notre camp, et n’en changerons évidemment jamais. Si par extraordinaire – mais cela n’arrivera pas – un mot ou un dessin racistes venaient à être publiés dans notre hebdomadaire, nous le quitterions à l’instant, et avec fracas. Encore heureux !

Reste dans ces conditions à comprendre pourquoi. Pourquoi cette idée folle se répand-elle comme une maladie contagieuse ? Nous serions islamophobes, disent nos diffamateurs. Ce qui, dans la novlangue qui est la leur, signifie racisme. Où l’on voit combien la régression a gagné tant d’esprits.

NOUS CONTINUERONS, BIEN SÛR

Il y a quarante ans, conspuer, exécrer, conchier même les religions était un parcours obligé. Qui entendait critiquer la marche du monde ne pouvait manquer de mettre en cause les si grands pouvoirs des principaux clergés. Mais à suivre certains, il est vrai de plus en plus nombreux, il faudrait aujourd’hui se taire.

Passe encore que Charlie consacre tant de ses dessins de couverture aux papistes. Mais la religion musulmane, drapeau imposé à d’innombrables peuples de la planète, jusqu’en Indonésie, devrait, elle, être épargnée. Pourquoi diable ? Quel est le rapport, autre qu’idéologique, essentialiste au fond, entre le fait d’être arabe par exemple et l’appartenance à l’islam ?

Nous refusons de nous cacher derrière notre petit doigt, et nous continuerons, bien sûr. Même si c’est moins facile qu’en 1970, nous continuerons à rire des curés, des rabbins et des imams, que cela plaise ou non. Nous sommes minoritaires ? Peut-être, mais fiers de nos traditions en tout cas. Et que ceux qui prétendent et prétendront demain que Charlie est raciste aient au moins le courage de le dire à voix haute, et sous leur nom. Nous saurons quoi leur répondre.

Charlie Hebdo pas raciste ? Si vous le dites… par Olivier Cyran

Tribune d’an ancien de Charlie Hebdo du 5/12/2013

Il y a travaillé de 1992 à 2001, avant de claquer la porte, échaudé par « la conduite despotique et l’affairisme ascensionnel » d’un certain Philippe Val. Depuis, Olivier Cyran observe de loin, hors les murs, l’évolution de Charlie Hebdo et sa grandissante obsession pour l’islam. Il revient sur cette longue dérive à l’occasion d’une tribune récemment publiée dans Le Monde, signée Charb et Fabrice Nicolino.

Cher Charb, cher Fabrice Nicolino,

« Et que ceux qui prétendent et prétendront demain que “Charlie” est raciste aient au moins le courage de le dire à voix haute, et sous leur nom. Nous saurons quoi leur répondre. » En lisant cette rodomontade à la fin de votre tribune dans Le Monde1, façon « viens nous le dire en face si t’es un homme », j’ai senti monter comme une envie de rejoindre mon poste de combat dans la cour de récré. La sommation ne m’était pourtant pas destinée. Quelles bonnes âmes vous espérez convaincre, d’ailleurs, mystère. Cela fait belle lurette que quantité de gens disent à « voix haute » et « sous leur nom » ce qu’ils pensent de votre journal et du fonds de sauce qui s’en écoule, sans que personne chez vous ne se soit soucié de leur répondre ou d’agiter ses petits poings.

Ainsi donc Le Monde vous a charitablement ouvert son rayon blanchisserie, pour un repassage express de votre honneur tout chiffonné. À vous entendre, il y avait urgence : même plus moyen de sortir dans Paris sans qu’un chauffeur de taxi vous traite de racistes et vous abandonne les bras ballants sur le bord du trottoir. On comprend la vexation, mais pourquoi ce besoin d’aller vous refaire une beauté dans un autre journal que le vôtre ?Charlie Hebdo, son site internet et sa maison d’édition ne vous offrent donc pas un espace d’expression à la hauteur ? Vous invoquez le glorieux héritage du « Charlie » des années 1960 et 70, quand c’était la censure du pouvoir politique et non la hantise du discrédit qui donnait du fil à retordre au journal. Mais je doute qu’à l’époque un Cavanna ou un Choron eussent quémandé l’aide de la presse en redingote pour se façonner une respectabilité.

S’il m’est arrivé à moi aussi, par le passé, de griffonner quelques lignes fumasses en réaction à tel ou tel de vos exploits, je ne me suis jamais appesanti sur le sujet. Sans doute n’avais-je ni la patience ni le cœur assez bien accroché pour suivre semaine après semaine la navrante mutation qui s’est opérée dans votre équipe après le tournant du 11 septembre 2001. Je ne faisais déjà plus partie de Charlie Hebdo quand les avions suicide ont percuté votre ligne éditoriale, mais la névrose islamophobe qui s’est peu à peu emparée de vos pages à compter de ce jour-là m’affectait person

nellement, car elle salopait le souvenir des bons moments que j’avais passés dans ce journal au cours des années 1990. Le rire dévastateur du « Charlie » que j’avais aimé sonnait désormais à mes oreilles comme le rire de l’imbécile heureux qui se déboutonne au comptoir du commerce, ou du cochon qui se roule dans sa merde. Pour autant je n’ai jamais qualifié votre journal de raciste. Mais puisque aujourd’hui vous proclamez haut et fort votre antiracisme inoxydable et sans reproches, le moment est peut-être venu de considérer sérieusement la question.

Raciste, Charlie Hebdo ne l’était assurément pas du temps où j’y ai travaillé. En tout cas, l’idée qu’un jour le canard s’exposerait à pareil soupçon ne m’a jamais effleuré. Il y a avait bien quelques franchouillardises et les éditos de Philippe Val, sujets à une fixette inquiétante et s’aggravant au fil des ans sur le « monde arabo-musulman », considéré comme un océan de barbarie menaçant de submerger à tout instant cet îlot de haute culture et de raffinement démocratique qu’était pour lui Israël. Mais les délires du taulier restaient confinés à sa page 3 et ne débordaient que rarement sur le cœur du journal qui, dans ces années-là, me semblait-il, battait d’un sang plutôt bien oxygéné.

À peine avais-je pris mes cliques et mes claques, lassé par la conduite despotique et l’affairisme ascensionnel du patron, que les tours jumelles s’effondrèrent et que Caroline Fourest débarqua dans votre rédaction. Cette double catastrophe mit en branle un processus de reformatage idéologique qui allait faire fuir vos anciens lecteurs et vous en attirer d’autres, plus propres sur eux, et plus sensibles à la « war on terror » version Rires & Chansons qu’à l’anarchie douce d’un Gébé. Petit à petit, la dénonciation en vrac des « barbus », des femmes voilées et de leurs complices imaginaires s’imposa comme un axe central de votre production journalistique et satirique. Des « enquêtes » se mirent à fleurir qui accréditaient les rumeurs les plus extravagantes, comme la prétendue infiltration de la Ligue des droits de l’homme (LDH) ou du Forum social européen (FSE) par une horde de salafistes assoiffés de sang2. Le nouveau tropisme en vigueur imposa d’abjurer le tempérament indocile qui structurait le journal jusqu’alors et de nouer des alliances avec les figures les plus corrompues de la jet-set intellectuelle, telles que Bernard-Henri Lévy ou Antoine Sfeir, cosignataires dans Charlie Hebdo d’un guignolesque « Manifeste des douze contre le nouveau totalitarisme islamique 3 ». Quiconque ne se reconnaissait pas dans une lecture du monde opposant les civilisés (européens) aux obscurantistes (musulmans) se voyait illico presto renvoyé dans les cordes des « idiots utiles » ou des « islamo-gauchistes ».

À Charlie Hebdo, il a toujours été de bon ton de railler les « gros cons » qui aiment le foot et regardent TF1. Pente glissante. La conviction d’être d’une essence supérieure, habilitée à regarder de très haut le commun des mortels, constitue le plus sûr moyen de saboter ses propres défenses intellectuelles et de les laisser bailler au moindre courant d’air. Les vôtres, pourtant arrimées à une bonne éducation, à des revenus confortables et à l’entre-soi gratifiant de la « bande à Charlie », ont dégringolé à une vitesse ahurissante. Je me souviens de cette pleine page de Caroline Fourest parue le 11 juin 2008. Elle y racontait son amicale rencontre avec le dessinateur néerlandais Gregorius Nekschot, qui s’était attiré quelques ennuis pour avoir représenté ses concitoyens musulmans sous un jour particulièrement drolatique.

Qu’on en juge : un imam habillé en Père Noël en train d’enculer une chèvre, avec pour légende : « Il faut savoir partager les traditions ».

Ou un Arabe affalé sur un pouf et perdu dans ses pensées : « Le Coran ne dit pas s’il faut faire quelque chose pour avoir trente ans de chômage et d’allocs ».

(dessin éclairant paru dans Libération)

Ou encore ce « monument à l’esclavage du contribuable autochtone blanc » : un Néerlandais, chaînes au pied, portant sur son dos un Noir, bras croisés et tétine à la bouche.

Racisme fétide ? Allons donc, liberté d’expression ! Certes, concède Fourest, l’humour un peu corsé de son ami « ne voyage pas toujours bien », mais il doit être compris « dans un contexte néerlandais ultratolérant, voire angélique, envers l’intégrisme ». La faute à qui si les musulmans prêtent le flanc à des gags difficilement exportables ? Aux musulmans eux-mêmes et à leurs alliés trop angéliques, ça va de soi. Comme l’enseigne Nekschot aux lecteurs de Charlie Hebdo, « les musulmans doivent comprendre que l’humour fait partie de nos traditions depuis des siècles ».

Personne chez vous n’a claqué sa démission après cette page insuffisamment remarquée, qui après tout ne faisait que consacrer le processus entamé six ou sept ans plus tôt. Vos sortes de tolérances vous regardent. Mais quand je lis dans votre tribune du Monde : « Nous avons presque honte de rappeler que l’antiracisme et la passion de l’égalité entre tous les humains sont et resteront le pacte fondateur de Charlie Hebdo », la seule information que je retiens, c’est que votre équipe ne serait donc pas totalement inaccessible à la honte. Vraiment ?

Après le départ en 2009 de Val et de Fourest, appelés à de plus hautes destinées, l’un à la tête d’une radio publique, l’autre sur les podiums de l’antiracisme gouvernemental, on se demandait si vous continueriez à faire du Val sans lui et de la Fourest sans elle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous êtes restés fidèles à la ligne. Imprégnés jusqu’au trognon, faut croire.

Aujourd’hui, les mouches qu’un Tignous n’omet jamais de faire tourner autour de la tête de ses « barbus » se collent plus que jamais à votre imaginaire dès que vous « riez » des musulmans. Dans une vidéo postée fin 2011 sur le site de Charlie Hebdo, on te voyait, Charb, imiter l’appel du muezzin sous les hoquets hilares de tes petits camarades. Tordant, le numéro de la psalmodie coranique à l’heure du bouclage, Michel Leeb n’aurait pas fait mieux. Dans quelle marinade collective faut-il macérer pour en arriver là ? Dans quelles crevasses psychologiques puisez-vous matière à « rire » d’un dessin représentant des femmes voilées qui exhibent leurs fesses pendant qu’elles font leur prière à la « mère Mecquerelle » ? Minable vanne même pas honteuse, embarrassante d’imbécilité avant même que d’être révélatrice d’un état d’esprit, d’une vision du monde.

C’est ce dessin de Catherine qui me vient à l’esprit, mais je pourrais en citer tant d’autres parmi les épanchements de gaudriole islamophobe que vous autres, fabricants d’humour gonflé aux vents du temps, dégazez à longueur de semaines. Ce dessin-là accompagnait une pseudo-enquête sur les « djihadistes du sexe » en Syrie 4. Un « scoop » dont on apprenait peu de temps après – il est vrai qu’on s’en doutait un peu à la lecture – que c’était un tissu d’âneries bidonné à des fins de propagande 5. À noter que vous n’avez même pas retiré cette daube de votre site web : apparemment, certains sujets se prêtent mieux que d’autres au relâchement. Quand on rigole avec la femme voilée, on peut bien se laisser aller, s’autoriser un peu de confusion entre info croustillante en papier mâché et poilade de salle de garde.

Mais je ne vous écris pas pour vous parler de bon goût, plutôt de ce pays que vous avez contribué à rendre plus insalubre. Un pays qui désormais interdit à une femme de travailler dans une crèche au motif que le bout de tissu qu’elle porte sur la tête traumatiserait les bambins. Où une élève de troisième coiffée d’un bandana jugé trop large se fait exclure de son collège avec la bénédiction d’un maire UMP, du ministre socialiste de l’Éducation nationale et de la presse écumante 6. Où l’on peine à trouver un comptoir de bistrot ou une table de fins lettrés sans qu’à un moment ne se déverse le genre de blagues qui, à « Charlie », vous font péter les boyaux le jour du bouclage. Où l’on considère comme une avant-garde de la cinquième colonne toute femme qui se couvre les cheveux, au point qu’on lui interdit de participer à une sortie scolaire ou de faire du bénévolat aux Restos du cœur 7.

Je sais qu’à vos yeux ces vigoureuses dispositions sont cruciales pour la survie de la république et de la laïcité. Récemment, vous avez jugé utile de publier une interview de votre avocat, Richard Malka, le valeureux défenseur de Clearstream, de DSK et de l’esprit des Lumières. « Le voile, c’est l’anéantissement, l’ensevelissement du triptyque républicain “Liberté, Égalité, Fraternité” 8 », pérorait votre bavard comme à un concours d’éloquence pour vendeurs d’aspirateurs9. Faudrait déjà qu’il nous explique en quoi ce fameux triptyque a une existence concrète et au bénéfice de qui, mais passons. Ce qu’il enfonce dans la tête de vos lecteurs, pourtant déjà abondamment instruits en la matière, c’est que quelques centimètres carrés de coton éventuellement mêlé de polyester menacent de répandre la peste sur notre beau pays. Que ce voile est si dangereusement infecté qu’il ne serait pas sage de prêter attention à l’individu qui le porte.

Je dois préciser à ce stade que, personnellement, je n’ai aucun « problème » avec le bonnet de ma tante ou les dreadlocks de mon cousin, et que je n’en ai pas davantage avec le voile de ma voisine. Si cette dernière me confiait qu’elle le porte contre son gré, j’aurais certainement le réflexe de l’encourager à trouver les moyens de vivre comme elle l’entend. Je réagirais de même si on l’obligeait à porter des bas résille ou le kilt écossais. En dehors d’un tel scénario, qu’une femme décide ou non de porter telle ou telle liquette ne me regarde pas. Que ce soit pour des motifs personnels, religieux, esthétiques ou autres, c’est son affaire. Étonnante, cette manie qu’ont les gens dans ce pays de projeter leurs fantasmes sur un carré d’étoffe, qui l’aliénation de la femme, qui la peur de l’invasion islamique, qui la défense du droit masculin à la drague capillaire, etc. Peu m’importent le voile, les talons hauts ou même le t-shirt Camaïeu made in Bangladesh, du moment que la personne dessous, dessus ou dedans mérite le respect. Où en sommes-nous rendus pour qu’il faille réhabiliter un principe aussi évident ? Essayez-le, vous verrez : c’est le meilleur préventif contre l’ulcère à l’estomac et la sauce blanche dans la tête.

Le pilonnage obsessionnel des musulmans auquel votre hebdomadaire se livre depuis une grosse dizaine d’années a des effets tout à fait concrets. Il a puissamment contribué à répandre dans l’opinion « de gauche » l’idée que l’islam est un « problème » majeur de la société française. Que rabaisser les musulmans n’est plus un privilège de l’extrême droite, mais un droit à l’impertinence sanctifié par la laïcité, la république, le « vivre ensemble ». Et même, ne soyons pas pingres sur les alibis, par le droit des femmes – étant largement admis aujourd’hui que l’exclusion d’une gamine voilée relève non d’une discrimination stupide, mais d’un féminisme de bon aloi consistant à s’acharner sur celle que l’on prétend libérer. Drapés dans ces nobles intentions qui flattent leur ignorance et les exonèrent de tout scrupule, voilà que des gens qui nous étaient proches et que l’on croyait sains d’esprit se mettent brusquement à débonder des crétineries racistes. À chacun sa référence : La journée de la jupe, Elisabeth Badinter, Alain Finkielkraut, Caroline Fourest, Pascal Bruckner, Manuel Valls, Marine Le Pen ou combien d’autres, il y en a pour tous les goûts et toutes les « sensibilités ». Mais il est rare que Charlie Hebdo ne soit pas cité à l’appui de la règle d’or qui autorise à dégueuler sur les musulmans. Et comme vos disciples ont bien retenu la leçon, ils ne manquent jamais de se récrier quand on les chope en flag’ : mais enfin, on a bien le droit de se moquer des religions ! Pas d’amalgame entre la critique légitime de l’islam et le racisme anti-arabe !

C’est évidemment ce même sillon que vous labourez dans votre tribune du Monde. « Passe encore, vous lamentez-vous, que Charlie consacre tant de ses dessins de couverture aux papistes. Mais la religion musulmane, drapeau imposé à d’innombrables peuples de la planète, jusqu’en Indonésie, devrait, elle, être épargnée. Pourquoi diable ? Quel est le rapport, autre qu’idéologique, essentialiste au fond, entre le fait d’être arabe par exemple et l’appartenance à l’islam ? »

Je veux bien tâcher d’éclairer vos lanternes sur ce point, mais permettez-moi d’abord d’apprécier la vicieuse petite incise dans laquelle vous resservez en loucedé le vieux plat sur l’islam-religion-conquérante qui fait rien qu’à croquer la planète. L’islamisation de l’archipel indonésien a commencé au XIIIe siècle, quand des princes de Sumatra se sont convertis à la religion des marchands perses et indiens qui faisaient bombance dans leurs ports – non sous la contrainte, mais par désir d’intégrer un réseau commercial prospère. Plus tard, au XVIIIe siècle, ce sont les colons hollandais, chrétiens irréprochables, qui se sont arrangés pour imposer l’islam à Java, en vue de soustraire sa population à l’influence séditieuse des Balinais hindouistes. On est loin de l’imagerie du farouche bédouin réduisant à sa merci des peuples exotiques, à laquelle se résume apparemment votre connaissance du monde musulman.

Mais revenons à la question du « rapport » entre Arabes et musulmans, racisme et islamophobie. La démarcation que vous tracez avec une belle assurance entre les deux catégories est-elle vraiment si claire dans vos esprits ? À lire le début de votre tribune, il est permis d’en douter. L’édifiante anecdote du « chauffeur de taxi arabe », qui refuse de conduire à bon port un collaborateur du journal « au motif de dessins moquant la religion musulmane », révèle à cet égard une certaine confusion. En quoi la qualité d’« arabe » prêtée au chauffeur – qui d’après vous ne saurait donc être simplement français – nous renseigne-t-elle sur l’affront subi par votre infortuné collègue ? Croyez-vous qu’il faille être « arabe » pour froncer le nez devant vos beaufitudes de fin de banquet ? Moi qui ne suis ni arabe ni chauffeur de taxi, pas sûr que je dépannerais votre collaborateur d’un ticket de métro. J’espère néanmoins qu’il aura surmonté son choc des civilisations en se dégotant un chauffeur blanc qui l’accepte sur sa banquette arrière.

Vous avez raison, arabe et musulman, ce n’est pas la même chose. Mais vous savez quoi ? Musulman et musulman, ce n’est pas pareil non plus. Sachez qu’il y en a de toutes sortes, riches ou pauvres, petits ou grands, sympathiques ou revêches, généreux ou rapiats, désireux d’un monde meilleur, réactionnaires ou même, oui, intégristes. Or, dans Charlie Hebdo, rien ne ressemble davantage à un musulman qu’un autre musulman. Toujours représenté sous les traits d’un faible d’esprit, d’un fanatique, d’un terroriste, d’un assisté. La musulmane ? Toujours une pauvre cloche réductible à son foulard, et qui n’a d’autre fonction sociale que d’émoustiller la libido de vos humoristes.

Parlant de cela, il y aurait beaucoup à dire sur la composante graveleuse de votre inspiration. L’euphorie avec laquelle Charlie Hebdo a acclamé les militantes topless des Femen suggère que le graillon islamophobe s’agrège parfaitement aux éclaboussures de testostérone.

L’ode de Bernard Maris à Amina Sboui, une Femen tunisienne qui avait posé torse nu sur Internet, offre un bon échantillon de la mayonnaise hormonale qui colle à vos pages : « Montre tes seins, Amina, montre ton sexe à tous les crétins barbus habitués des sites pornos, à tous les cochons du désert qui prêchent la morale à domicile et se payent des escorts dans les palaces étrangers, et rêvent de te voir lapidée après t’avoir outragée… Ton corps nu est d’une pureté absolue en face des djellabas et des niqabs répugnants 10. » Allo, docteur ?

Vous avez le toupet d’accuser vos détracteurs d’« essentialisme », et sans doute les bulbes congestionnés qui vous vénèrent applaudiront-ils l’acrobatie. Mais on n’est pas au cirque. L’essentialisme, vous vous y vautrez chaque semaine ou presque en racialisant le musulman sous les traits d’une créature constamment grotesque ou hideuse. Ce qui définit la vision dominante du « racialisé », « c’est qu’il est tout entier contenu dans ce qui le racialise ; sa culture, sa religion, sa couleur de peau. Il serait comme incapable de s’en sortir, incapable de voir plus loin que son taux de mélanine ou le tissu qu’il porte sur la tête, observe sur son blog Valérie CG, une féministe pas très intéressante puisqu’elle ne vous a pas montré ses seins. Musulman devient une sorte de nouvelle couleur de peau dont il est impossible de se détacher 11. »

Cette remarque judicieuse se rapportait aux élucubrations de la « pédopsychiatre » Caroline Eliacheff, qui, dans le magazine Elle, venait de justifier ainsi le licenciement d’une puéricultrice voilée par la crèche Baby-Loup : « On peut s’interroger sur les conséquences pour un nourrisson de ne voir que le visage de face, une tête amputée des oreilles, des cheveux et du cou 12. » Le voile est une arme de destruction massive, il ensevelit la république aussi sûrement qu’il ampute des organes vitaux. Inutile de préciser que Caroline Eliacheff, tout comme vous, « lutte contre le racisme », c’est en tout cas ce qu’elle déclare dans son interview. Pour professer des inepties, et justifier le renvoi brutal d’une employée reconnue comme compétente et que personne n’a vu appeler les petits chéris au djihad, on n’est jamais aussi confortablement juché qu’au plus haut sommet des vertus civilisées.

Mais votre trône surplombe un marécage. Toi, Charb, pour lequel j’ai jadis éprouvé de l’estime, et toi, Fabrice, dont j’appréciais la rigueur intellectuelle 13, je vous tiens, vous et vos collègues, pour coresponsables du pourrissement ambiant. Après le 11-Septembre,Charlie Hebdo a été parmi les premiers, dans la presse dite de gauche, à enfourcher le cheval du péril islamique. Ne vous privez donc pas de ramasser votre part du crottin au moment où le nombre d’actes islamophobes bat des records : + 11,3 % sur les neuf premiers mois de 2013 par rapport à la même période de 2012, selon l’Observatoire national de l’islamophobie. Lequel s’inquiète d’un « nouveau phénomène » de violence, marqué par au moins quatorze agressions de femmes voilées depuis le début de l’année.

Rassurez-vous, je ne dis pas que la lecture de Charlie Hebdo déclenche mécaniquement l’envie de badigeonner une mosquée avec du sang de porc ou d’arracher son voile à une cliente de supermarché, comme cela se produit ici et là. Vous avez désigné les cibles, mais vous ne voulez pas qu’un pauvre type s’attaque à elles pour de vrai, car vous êtes contre la violence et contre le racisme. Vos lecteurs aussi, très certainement. Ils n’ont aucun préjugé contre les musulmans, c’est juste qu’ils s’esclaffent de bon cœur sur ce dessin de Charb où l’on voit un Arabe à grosse moustache en arrêt devant une prostituée, tandis qu’un prédicateur à barbe le sermonne : « Mon frère ! Tu vas pas payer 40 euros une passe alors que pour le même prix tu peux acheter une épouse ! »

Dans les années trente, le même gag avec des juifs à la place des musulmans aurait fait un tabac, sauf qu’à l’époque son auteur n’aurait sans doute pas eu l’idée de venir brandir un brevet d’antiracisme. Le dessin en question illustrait un article démasquant les sombres desseins d’un petit groupe de salafistes à Bruxelles. Le sous-titre résumait bien l’idée : « Les frites seront-elles bientôt toutes halal en Belgique ? Quelques barbus s’y activent, et combattent la démocratie qui leur permet d’exister 14. » Quoi ? Islamisation des frites, démocratie en danger ? Dans sa tête, le lecteur commence déjà à graisser son fusil de chasse. Dans sa tête seulement, car c’est un antiraciste. À moins qu’il n’aille se déverser au bas de quelque site internet évoquant vos faits d’armes, à la manière de « lulupipistrelle », auteur de ce commentaire sur Agoravox : « Les caricatures de leur prophète ulcèrent les musulmans ? Et alors, moi j’ai envie de baffer toutes les bonnes femmes voilées que je croise, et je ne parlent [sic] pas des barbus… mais je me domine…15 »

Bien sûr que Charlie Hebdo ne se limite pas à cela, qu’on y écrit et dessine sur bien d’autres sujets. On veut bien croire que nombre de lecteurs vous achètent par attachement à la cause des animaux, ou pour Cavanna, ou pour Nicolino, ou pour les dessins drôles, ou pour congratuler Bernard Maris après sa nomination au conseil général de la Banque de France, autre repaire de joyeux drilles. Mais je doute qu’il y en ait beaucoup qui ne trouvent leur petit plaisir sale dans le ressassement de vos obsessions islamophobes – sans quoi le journal leur tomberait des mains. Il en est même, vous ne pouvez l’ignorer, qui l’achètent principalement pour ça : pour voir ce que « Charlie » va encore leur mettre dans les dents cette semaine. Faut avouer, c’est une bonne affaire. Depuis l’épisode des caricatures danoises et votre héroïque montée des marches en costumes de pingouins au festival de Cannes, bras dessus bras dessous avec Philippe Val, Daniel Leconte et BHL (mais hélas sans Carla Bruni, pourtant annoncée), le « muslim bashing » ripoliné en « défense intransigeante de la liberté d’expression » est devenu votre tête de gondole, que vous prenez soin de réapprovisionner régulièrement. Vous pouvez toujours certifier que les sans-papiers sont vos amis ou critiquer Manuel Valls pour ses rafles de Roms, c’est l’islamophobie votre marronnier, votre ligne de front.

Vous me direz que vous n’êtes pas les seuls. Votre positionnement sur ce terrain est en effet assez largement partagé par vos confrères de la presse écrite, de L’Express à Valeurs Actuelles en passant par Le Point, Marianne, Le Nouvel Observateur ou Le Figaro, pour s’en tenir aux plus enthousiastes. Et je ne parle même pas des télés et des radios. Le marché médiatique de l’islam « sans-gêne », « qui fait peur » et « qui dérange » rapporte gros, même s’il est quelque peu saturé. Toutefois, au sein de cette saine et fraternelle concurrence, votre canard parvient à se distinguer par des produits qui n’ont leur équivalent nulle part ailleurs, et qui vous permettent d’occuper un segment non négligeable de l’opinion islamophobe décomplexée de gauche.

Vous connaissant, je m’interroge cependant : c’est quoi, au juste, votre problème avec les musulmans de ce pays ? Dans votre texte du Monde, vous invoquez la salutaire remise en cause des « si grands pouvoirs des principaux clergés », mais sans préciser en quoi l’islam – qui n’a pas de clergé, mais on ne peut pas tout savoir, hein – exerce en France un « si grand pouvoir ». Hors de la version hardcore qu’en donnent quelques furieux, la religion musulmane ne me paraît pas revêtir chez nous des formes extraordinairement intrusives ou belliqueuses. Sur le plan politique, son influence est nulle : six millions de musulmans dans le pays, zéro représentant à l’Assemblée nationale. Pour un parlementaire, il est plus prudent de plaider la cause des avocats d’affaires et de voter des lois d’invisibilité pour les femmes voilées que de s’inquiéter de l’explosion des violences islamophobes. Pas un seul musulman non plus chez les propriétaires de médias, les directeurs d’information, les poids lourds du patronat, les grands banquiers, les gros éditeurs, les chefferies syndicales. Dans les partis politiques, de gauche comme de droite, seuls les musulmans qui savent réciter par cœur les œuvres complètes de Caroline Fourest ont une petite chance d’accéder à un strapontin.

Je n’ignore pas, Charb, que tu as reçu des menaces de mort et qu’il y a peut-être des dingues quelque part qui en veulent à ta peau. Cela me désole. Malgré tout ce que je vous reproche, à toi et aux autres, je ne me réjouis pas de t’imaginer avec deux flics collés en permanence à tes semelles et qui coûtent un bras à votre république chérie. Je crains aussi que tes molosses ne déteignent sur toi comme Val a déteint sur toute l’équipe. Mais si vraiment vous tremblez à l’idée que les musulmans de France se métamorphosent en serial killers de la guerre sainte, peut-être trouverez-vous un brin d’apaisement en voyant la manière placide dont les intéressés réagissent aux attaques réelles ou symboliques qui sont leur lot quotidien. Quand une mosquée est recouverte de tags racistes, croyez-vous que ses responsables ou les fidèles du coin se répandent en cris de vengeance ou en promesses de mettre l’Élysée à feu et à sang ? Non, à chaque fois ils déclarent s’en remettre tout simplement à la « justice de leur pays ». Parmi ceux que je connais, l’écume médiatique de vos prouesses ne fait qu’ajouter une petite couche supplémentaire à leur lassitude. Pas sûr que j’aurais la même patience.

Bunkérisés derrière vos zygomatiques, vous revendiquez le droit sacré de « rire » pareillement des imams, des curés et des rabbins. Pourquoi pas, si encore vous appliquiez vraiment ce principe. On oublie l’épisode Siné ou il faut vous faire un dessin ? Un constat avéré d’islamophobie, et c’est l’éclat de rire. Une mensongère accusation d’antisémitisme, et c’est la porte. Cette affaire remonte aux années Val, mais la pleutre approbation que votre patron d’alors a recueilli auprès de « toute la bande », et plus particulièrement auprès de toi, Charb, démontre que le deux poids deux mesures en vigueur à cette époque n’était pas le fait d’un seul homme. La même règle a perduré. À ce jour, me dit-on, le numéro spécial « Charia Hebdo » ne s’est toujours pas dédoublé en un « Talmud Hebdo ». Croyez bien que je ne le regrette pas.

Vous vous réclamez de la tradition anticléricale, mais en feignant d’ignorer en quoi elle se différencie fondamentalement de l’islamophobie : la première s’est construite au cours d’une lutte dure, longue et acharnée contre un clergé catholique effectivement redoutable de puissance, qui avait – et a encore – ses journaux, ses députés, ses lobbies, ses salons et son immense patrimoine immobilier ; la seconde s’attaque aux membres d’une confession minoritaire dépourvue de toute espèce d’influence sur les sphères de pouvoir. Elle consiste à détourner l’attention des intérêts bien nourris qui gouvernent ce pays pour exciter la meute contre des citoyens qui déjà ne sont pas à la fête, si l’on veut bien prendre la peine de considérer que, pour la plupart d’entre eux, colonisation, immigration et discrimination ne leur ont pas assigné la place la plus reluisante dans la société française. Est-ce trop demander à une équipe qui, selon vos termes, « se partage entre tenants de la gauche, de l’extrême gauche, de l’anarchie et de l’écologie », que de prendre un tantinet en compte l’histoire du pays et sa réalité sociale ?

J’aime bien les bouffeurs de curés, j’ai grandi avec et ils m’ont inculqué quelques solides défenses contre les contes de fées et les abus de pouvoir. C’est en partie cet héritage-là qui me fait dresser les poils devant l’arrogante paresse intellectuelle du bouffeur de musulmans. La posture antireligieuse lui offre un moyen commode de se prélasser dans son ignorance, de faire passer pour insolents ses petits réflexes de contraction mentale. Elle donne du lustre à un manque béant d’imagination et à un conformisme corrodé par les yeux doux de l’extrême droite16.

« Encoder le racisme pour le rendre imperceptible, donc socialement acceptable », c’est ainsi que Thomas Deltombe définit la fonction de l’islamophobie, décrite aussi comme une « machine à raffiner le racisme brut »17. Les deux formules vous vont comme un gant. Ne montez donc pas sur vos grands chevaux quand vos détracteurs usent de mots durs contre vous. Ces derniers jours, vous avez hurlé au scandale parce qu’un rappeur pas très futé réclamait un « autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » au détour d’un titre collectif inséré dans la BO du film La Marche. Comme si votre journal n’était qu’amour et poésie, vous avez fait savoir à la terre entière que vous étiez « effarés » par tant de « violence ». Pourtant, vous ne vous êtes pas offusqués lorsque le rappeur tunisien Weld El 15 a assimilé les policiers de son pays à des « chiens bons à égorger comme des moutons ». Au contraire, vous l’avez interviewé avec tous les égards dus à un « combattant de la liberté d’expression18 ». Les violences verbales de Weld El 15 trouvent grâce à vos yeux parce qu’elles visent un régime à dominante islamiste qui veut le renvoyer en prison. Mais quand la métaphore canine se retourne contre vous, ce n’est plus du tout la même chanson. Envolée, la liberté d’expression : ralliement à la rengaine néoconservatrice sur le rap comme « appel à la haine » et « chant religieux communautariste »19.

La machine à raffiner le racisme brut n’est pas seulement lucrative, elle est aussi extrêmement susceptible.

Bien à vous,
Olivier Cyran

Source : Article11.info


1 « Non, Charlie Hebdo n’est pas raciste ! », Le Monde, 20 novembre 2013.

2 Fiammetta Venner, « Forum social européen : un autre jihad est possible », Charlie Hebdo, 29 septembre 2004. A lire ICI.

3 Publié le 1er mars 2006 dans Charlie Hebdo en partenariat avec L’Express, RTL, RMC, Europe 1 et France Info.

4 Zineb El Rhazoui, « Sexe and the Syrie »,Charlie Hebdo, 25 septembre 2013.

5 Ignace Leverrier, « Vous allez être déçus : le “djihad du sexe” en Syrie n’a jamais existé », 29 septembre 2013.

6 Pour un décorticage de cette affaire hallucinante, lire Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed,Islamophobie, comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », La Découverte, 2013.

7 « Pas de femmes voilées aux Restos du cœur »,www.islamophobie.net, 6 décembre 2012.

8 Les majuscules sont fournies par la rédaction deCharlie Hebdo.

9 « Affaire Baby-Loup : la laïcité à la barre », interview de Richard Malka par Gérard Biard, Charlie Hebdo, 6 novembre 2013.

10 Bernard Maris, « Cette jeunesse irresponsable », Charlie Hebdo, 20 juin 2013. Quelqu’un peut-il expliquer à l’éditorialiste de « Charlie » que la djellaba n’est pas un attribut « musulman » mais un vêtement « arabe ? Un mois après cet article, et à la grande déception de son auteur, Amina Sboui claquait la porte des Femen en expliquant qu’elle ne souhaitait pas que son nom « soit associé à une organisation islamophobe ».

11 « L’islam, ce nouveau déterminisme selon Eliacheff et Elle », www.crepegeorgette.com, 22 novembre 2013.

12 « Le conflit sur le voile touche aussi les enfants », Elle, 13 novembre 2013.

13 – Je suis surpris que tu accrédites par ta signature la piteuse opération de ravalement de façade de tes employeurs. Je ne doute pas de la sincérité de ton ralliement, mais je vois dans celle-ci un mauvais signe.

14 Zineb El Rhazoui, « Les salafistes ont leur roi des Belges », Charlie Hebdo, 13 septembre 2013.

15 Commentaires de l’article « La dernière provocation de “Charlie Hebdo” contre les musulmans »,www.agoravox.fr, 19 septembre 2012.

16 Parmi vos sympathiques soutiens : Bruno Mégret, « Désislamiser la France », discours à l’université d’été du MNR, 27 août 2005 ; Ivan Rioufol, « Pourquoi “Charlie Hebdo” sauve l’honneur », Le Figaro, 19 septembre 2012 ; Benoît Rayski, « Tombouctou-sur-Seine : et si on tranchait les mains des dessinateurs de “Charlie Hebdo” ? », atlantico.fr, 28 novembre 2013.

17 Lire Alain Gresh, « L’islamophobie, “Le Monde” et une (petite) censure, Nouvelles d’Orient, 5 novembre 2013.

18 Zineb El Rhazoui, « Tunisie : l’islamisme menacé par du rap et des tétons », Charlie Hebdo, 19 juillet 2013.

19 Lire Sébastien Fontenelle, « Un intéressant cas de foutage de gueule », Bakchich.info, 26 novembre 2013.

P.S. En Bonus :

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

266 réponses à Charlie Hebdo pas raciste ? Si vous le dites… par Olivier Cyran

Commentaires recommandés

fip Le 10 janvier 2015 à 06h07

#SUISJECHARLIE?

Dèjà 7 morts de la rue en 2015, froidement abattu(e)s dans un silence de mort par le chômage , la précarité, la misère et l’indifférence.

440 morts de la rue en 2015. rien qu’en France. Je ne parle pas de l’hécatombe grecque.

La précarité est l’ennemie de la liberté des pauvres. A méditer
Alors quand je vois Hollande, Vals, Macron, Gattaz, DSK, Sarkozy, Le Pen, Pujadas, Merkel, Draghy, etc… avec leur #JESUISCHARLY, j’ai vraiment pas envie d’être avec cette clique de tartuffes.

la barbarie c’est quoi? c’est quand?

  1. Serge Le 11 janvier 2015 à 04h29
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    C’est le moment de lire ou relire “De l’essence du rire” de Baudelaire .
    Quel génie celui là !
    Avec des écrivains penseurs comme lui,on a de quoi être fiers de notre culture française .

    http://editions.sillage.free.fr/pdf/baudelaire-essencedurire.pdf


  2. Ollive Le 11 janvier 2015 à 10h31
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    Moi j’ai quelques questions ; si la religion catholique me fatigue, si j’en ai marre d’entendre dieu par ci, dieu par là, si ça me saoule que des gens croient qu’un mec a marché sur l’eau ou qu’une nana est tombé enceinte sans qu’on la touche, si je trouve qu’essayer d’empêcher les gens de murir intellectuellement en leur faisant croire que des choses magiques peuvent arriver, je suis christianophobe ?
    Si je trouve toutes les contraintes de l’islam nulles, et si je trouve l’utilisation de l’islam pour laisser les gens dans une incapacité de réfléchir de façon pertinente sur leurs conditions de vie, je suis islamophobe ?
    Ne confond on pas raciste et religioniste (ça n’existe pas !!!!) Je peux être gonflé par l’islam et aimer les arabes, non ?
    Je demande juste, qui peut me répondre ?


    • persanfoi Le 11 janvier 2015 à 11h15
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      Il n’existe pas une seule religion qui fixe le degré de soumission d’un individu aux textes, quand ils existent. Croire est une démarche personnelle! Est-ce la réponse que vous anticipiez?
      Ce sont les pédagogues qui bornent la pratique. Dans la religion catholique, les prêtres, les soeurs, transmettent leur foi, leur interprétation, à leur manière. De même, les Imams, les frères.
      Premier achoppement: quand un pays se définit comme un pays “religieux”. Dans ces pays, le législateur envahit la liberté individuelle de croire, hiérarchise les mythes, et borne le rite. On sait précisément ce que cela donne: relisons l’histoire de l’inquisition.
      Deuxième dérive possible: quand les ultras trouvent une écoute majoritaire. Dans certains quartiers, les prêtres portent encore la soutane et lisent la messe en latin. Je vous laisse juge…


  3. Frédéric de Scitivaux Le 11 janvier 2015 à 18h38
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    Merci pour cet article brillant qui m’a fait changer d’avis sur certains points. Mais en conclure que Charlie est ou était ou a été raciste, c’est navrant et bête.

    On pourra sortir autant d’exemples qu’on voudra de dessins immondes et qui choquent et alors ? Charlie a toujours été comme ça. Excessif, scatologique, libertaire, absurde, provocant.

    Qu’on puisse estimer que vu le contexte ils auraient pu y aller moins fort ou s’abstenir, c’est vrai et votre article m’a fait changer d’avis sur ce point mais ils auraient pu et ils ont choisi de ne pas le faire.

    Les taxer de racistes est malhonnête mais je n’ai pas l’envie et peut-être pas le talent ni le temps de le démontrer aussi brillamment que vous avez fait votre démonstration.

    Quand je pense à certaines déclarations d’Hortefeux, Chirac, Sarkozy ou à ce qu’on a entendu sur Taubira et qu’on lit que Charlie hebdo est raciste je suis consterné.

    Vous trouvez intéressant et généreux d’avoir le dernier mot sur Charb quand il explique pourquoi il n’est pas raciste ?

    La France est assez raciste, c’est vrai. Le grand point aveugle en particulier dans nos média et dans le pays en général est le sort des immigrés, des musulmans.

    Je n’aimerais pas être musulman dans ce pays. Je pense que la seule question à se poser, en effet, c’est de se demander comment on se sent aujourd’hui en France, quand on est musulman.

    Et avec deux sous de bon sens, en effet, on observera que les musulmans et surtout les gens d’origine arabe on subi et subissent le racisme et la discrimination.

    Mais je crois que les phrases d’Hortefeux, le mépris ou la stigmatisation font plus de mal aux musulmans français que les caricatures de Mahomet.

    Charlie hebdo s’est moqué, de façon violente de la religion musulmane.

    Une bonne partie de la France, de ses élites, de ses représentants se torchent sur les arabes et les noirs avec la complicité honteuse des médias, dans un deux poids deux mesures éclatant.

    Alors au total dans la France d’aujourd’hui qui est raciste ? Char ? Vraiment ?

    Cet article est finement et rigoureusement argumenté, il informe, il fait réfléchir.

    Mais traiter Charb, Cabu, Wolinski de racistes vous trouvez ça juste vraiment ?

    Vous trouvez que ça éclaire sur la France? sur sa presse ? sur sa société ? sur ses élites?

    Vous trouvez ça généreux ?

    Vous trouvez à propos de le faire aujourd’hui ?


    • step Le 14 janvier 2015 à 16h15
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      a titre d’info cabu était géné par la surreprésentation de l’islam dans les caricatures. Ils sont tombés le même jour, cela ne veut pas dire qu’ils pensaient exactement la même chose !


  4. Jul Le 11 janvier 2015 à 19h19
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    Ce n’est pas un acte terroriste mais un épouvantable assassinat.
    Une tuerie.
    Même pas ils ne méritent le vocable terroriste ce sont des ASSASSINS, des meurtriers et c’est trop dommage qu’ils aient été tués car ça peut donner à d’autres crétins meurtriers l’idée que leur misérables dépouilles sont mortes en martyrs…
    Ce ne sont pas des terroristes, ce sont de lâches assassins.
    Et j’espère qu’il y a du pinard et du tabac en plus de toutes ces vièrges promises au paradis…


    • Plumacier Le 12 janvier 2015 à 18h11
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      Justement, d’origine, les assassins, haschischin, membres d’une secte d’ismaéliens, qui commirent des meurtres rituels, sont des terroristes, ils veulent terroriser. Les premiers, au moins, semble-t-il, s’en prenaient aux princes, pas aux passants ou aux femmes à leur marché


      • Lesag Le 12 janvier 2015 à 18h21
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        Je sais pas si vous avez déjà fumé un pétard, mais essayer de faire du mal à une mouche quand on est stone, c’est assez rugueux. A la limite, tirer à la 12.7 ou au RPG derrière un mur, ou foncer dans le tas en défouraillant, mais je crois franchement qu’il n’y a pas de produit moins approprié à un assassinat méthodique que le shit. Il y a une autre version de l’origine du mot “assassin”, c’est “assyssioun”. Et ça, ça veut dire, en Persan, le fondement, le pilier, la base. En Arabe, ça donne al quaeda. Et je trouve que c’est une version autrement plus convaincante que celle de mecs défoncés au hashish.


        • Plumacier Le 12 janvier 2015 à 18h50
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          Je n’avais justement pas évoqué le haschisch, connaissant les débats sur l’étymologie.
          On peut, bien sûr, ouvrir une discussion sur la translittération de l’Arabe, évoquer le Vieux de la Montagne ou les gardiens de la Foi.
          Ça ne fait pas beaucoup avancer la distinction entre assassins et terroristes.
          Par ailleurs, le pinard servait beaucoup pour sortir des tranchées.


  5. Jul Le 11 janvier 2015 à 19h26
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    PS
    A part Philippe Val qui a pété un câble voir plusieurs et atteint des sommets d’intolérance et de méchanceté (qui ont envoyé la moitié de l’équipe et des lecteurs ailleurs avec Siné) je pense aussi qu’il n’est pas correct ni réaliste de traité quiconque d’autre de raciste !
    A part Val donc, peut-être
    Mais c’est surtout con qu’il est devenu et pour tout dire ça me fait assez mal au cul de le voir revenir sur BFM en mode c’est mon journal et moi j’ai eu de la chance
    En vrai j’ai même pas écouté, je ne l’aime plus


  6. madeleine Le 11 janvier 2015 à 19h53
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    pas sur que tout le monde prends au second degré la représentation implacablement dégradante et grossière des musulmans par Charlie Hebdo .


    • Plumacier Le 12 janvier 2015 à 18h16
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      idem pour Coluche, Desproges, idem pour Rabelais, Molière, Voltaire.
      Eux-même l’avaient écrit, c’est dur d’être par des cons.
      Faut-il tuer les cons ? Faut-il tuer le rire?


  7. Wilmotte Karim Le 11 janvier 2015 à 22h29
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    Déjà montré à plusieurs reprise, et toujours aussi faible.
    Pour être gentil.


    • fritsch Le 13 janvier 2015 à 15h35
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      alors il faut apprendre à lire. Les arguments sont précis et convaincants.


      • Wilmotte Karim Le 13 janvier 2015 à 19h09
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        Non.

        “Olivier, tu pars du postulat que les musulmans, d’Azerbaïdjan, de Bosnie, de Malaisie, d’Egypte ou du Burkina, représentent un tout que l’on peut dénommer « race ».”
        Factuellement faux. Ce n’est PAS ce que dit l’auteur (mais on s’en cogne, il s’agit de contredire pour dire d’avoir contredit, les convaincus qui ne s’intéressent pas au poids des arguments seront convaincus. Ils l’étaient avant de lire et le resteront quelque soit les faits).

        “Une Zineb qui crache sur l’islam, ça te dépasse hein ?”
        Certainement non mais ce n’est pas la question.
        La place qu’elle occupe est de facto différente.
        Ce n’est PAS la place qu’occupe Charlie, qui lui et ses principaux caricaturistes participant à la croissade islamophobe du journal, est bien celle que l’auteur a montrée.
        Son argument est un sophisme qui lui permet de translater la place de Charlie à la sienne… de fait, ce n’est plus la même. Mais comme ce n’était pas l’objet de l’article auquel elle répond… elle répond donc à des questions non posées afin de dire que l’auteur à tord (ce qui est certes assez drôle).

        Du vent.


        • Fred Le 13 janvier 2015 à 21h14
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          Ce n’est pas la question ? Pourquoi donc ?

          Si Zineb crache sur l’islam, c’est donc bien qu’il existe des musulmans qui crachent sur l’islam, non ? et d’autres certainement que cela indiffère.
          Pourquoi Charlie aurait-il dû ne prendre en compte que ceux que ça choque et pas ceux qui approuvent ? D’où savez vous qu’il n’existe pas une proportion non négligeable de musulmans en France qui adorent qu’on se moque de la religion ?

          D’autre part si Zineb a signé la plupart des articles en quoi elle et Charlie occupent de facto une place différente ? l’auteur et l’éditeur peut-être ?


          • Wilmotte Karim Le 13 janvier 2015 à 23h19
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            “Si Zineb crache sur l’islam, c’est donc bien qu’il existe des musulmans qui crachent sur l’islam, non ?”

            Et?

            “Tu me dénies le droit de critiquer la religion que j’ai étudiée comme matière obligatoire à l’école de la maternelle au bac, et qui aujourd’hui encore, m’interdit de prendre la même chambre d’hôtel que mon mec quand je veux passer un week-end à Marrakech, sous prétexte qu’on n’a pas un acte de fornication légal signé par Mahomet” Zineb, votre article.

            L’une parle à partir de son histoire et cela pourrait être intéressant si elle s’adressait principalement à son pays d’origine ou elle a vécu cela.

            Charlie s’adresse à la France, ou ces questions sont ridicules.


  8. gerard Colin Le 12 janvier 2015 à 11h10
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    C’est du n’importe quoi. Cyran cherchait à nuire. Tout le monde en prenait pour son grade dans charlie hebdo. Sortir le florilège des caricatures portant sur l’islamisme ou sur Mahomet, c’est comme sortir une photo du panneau “arbeit macht frei” de Auschwitz pour décrire la deuxième guerre mondiale. On fait d’une anecdote un symbole et on fait de ce symbole un résumé de l’histoire et on fait de ce résumé une société d’ignorants.


  9. oriance Le 12 janvier 2015 à 15h22
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    Merci Bluetonga d’avoir répondu à mes quelques lignes.Je pense à un vieux fléau qui faisait partie de l’éducation:l’humiliation. On a tous eté confronté un jour de près ou de loin à l’humiliation. C’est un détail mes direz-vous, un détail qui peut nous hanter durant toute une vie, qui reste tapi en nous et qui ressort au moment où on ne s’y attend pas. La revanche peut être parfois la seule solution. Mais la revanche a ses nuances et elle ne sait pas toujours vers qui se diriger.Ce peut être le premier venu, ce peut-être aussi le bouc émissaire désigné d’office. Ce peut être vous, ce peut être moi. Les chrétiens ont eu Judas. Sans lui pas de chrétiens. Qui sera nommé Judas aujourd’hui, qui va jouer le sale rôle afin que le monde change? Peut-on faire fleurir la rose sur un tas de fumier?


  10. Lesag Le 12 janvier 2015 à 18h25
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    Oui, mais qui détermine où est le bout?


    • Lesag Le 12 janvier 2015 à 18h30
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      Dans notre pays, et espérons le pour quelques temps encore, si vous n’êtes pas d’accord sur l’emplacement du bout, rien ne vous interdit de solliciter l’institution judiciaire pour qu’elle tranche entre votre vision du bout et celle de celui qui vous a mené au votre. C’est ça la base de la démocratie, de la civilisation, l’institution judiciaire. Le drâme, c’est que plutôt que d’apprendre des monceaux de conneries inutiles aux gamins, on devrait au moins leur expliquer comment fonctionne ce pays. Mes enfants ont la chance d’avoir une famille où on a une bonne idée de comment se passe les choses dans le pays, comment on gère, quels sont les recours, les règles du jeu. Qu’attendre de gamins à qui on explique même pas quel est le monde dans lequel ils évoluent. On sait bien que les classes dominantes ne veulent pas former des citoyens mais des usagers, des consommateurs, des clients.


  11. Guigui Le 12 janvier 2015 à 19h42
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    Modéré: troll


  12. Ugat Le 12 janvier 2015 à 19h44
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    Modéré: merci de développer votre point de vue.


  13. Forban Le 12 janvier 2015 à 23h38
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    Les morts c’est pratique, on peut leur faire dire ce qu’on veut .Férré en signature d’un texte qui le “débecterait” .”Tu veux rire?”
    Thank you Léo et Charlie


  14. lanQou Le 13 janvier 2015 à 10h44
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    Je ne l’ai pas vu mais il y a tellement de bonnes choses éparpillées à droite et à gauche…

    Modéré: franchement, vous croyez que c’est le moment de cracher sur des tombes?


  15. Matt Le 13 janvier 2015 à 16h07
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    Charlie Hebdo est clairement islamophobe, mais certainement pas raciste. Ca tombe bien moi aussi.

    (i) Mr Gregorius Nekschot n’a JAMAIS publié dans CH, et mr Cyran le sait très bien.

    (ii) L’islam est une religion répandue partout depuis l’afrique sub-saharienne jusqu’à la chine; elle n’a donc rien à voir avec la (pseudo) origine ethnique, et mr Cyran le sait très bien.

    (iii) Quelle différence y a t il entre ”balsphème” et ce qui est appelé l”’islamophobie” de CH ? Quelqu’un peut-il m’expliquer comment accuser d’ ”islamophobie” CH ne revient pas en réalité à militer pour la réintroduction du délit de blasphème ? Mr Cyran le sait parfaitement.

    (iv) Le délit de blasphème existe près de chez nous (comme en Irlande où il est assez répressif, voire même en Alsace en tirant par les cheuveux). C’est une position politique tenable, mais clairement réactionnaire, cf. les milieux cathos tradis. Or Mr Olivier Cyran pense qu’il est le ”progressiste” et que CH est le ”réactionnaire”. Ce n’est pas logiquement tenable, et mr Cyran le sait, mais il s’en fout.

    (v) Mr Cyran pense que cette ”islamophobie” est en réalité un ”racisme” anti-immigré caché, et plus précisément anti-immigré de peau colorée et en situation précaire. Tout ça parce que il y a une islamisation d’une partie du peuple vivant en Europe, immigré, d’origine immigré, ou non. Mr Cyran sait parfaitement que cette (ré)-islamisation touche aussi des futures élites en terre l’islam, et que c’est un pouvoir politique énorme, qui comme tout pouvoir possèdent son lot de maîtres manipulateurs, pétro-monarchies, leader religieux, réseaux jihadistes, puissance financière (islamiques SVP).

    (vi) Contre les maîtres des puissances ”occidentales”, et face au retour toujours possible du racisme et de l’extrême droite, mr Cyran préfère se soumettre aux intimidations islamiques. L’ennemi de ses ennemis, et l’ami de ses amis.

    (vii) Mr Cyran sait tout cela. Ce qu’il refuse d’accepter, et de voir, c’est que c’est SA position sur l’islam, qui impose le politiquement correct par la menace de l’accusation de racisme, qui fait monter le FN.


  16. Lelien Le 13 janvier 2015 à 16h50
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    A trop vouloir défendre sa cause, Olivier Cyran en perd la raison.

    Que CH soit devenu islamophobe semble malheureusement plausible. Mais faire de tous les musulmans des saints comme il s’y attache est grotesque. Si CH ressasse le conflit de civilisation, alors Olivier Cyran ressasse les clichés issu du multiculturalisme anti-ouvrier.

    Par exemple pour la crèche baby loup, la fautive est la musulmane qui ne voulait pas enlever son voile, par intérêt financier plus que par radicalisation religieuse soit dit en passant. Mais l’excuse religieuse lui a servi à atteindre son but. Qu’elle ait détruit la seule crèche multiconfessionnelle et tolérante du coin ne l’a pas dérangé visiblement.

    CH et OC ont en commun une indignation à géométrie variable, ce qui explique le second ait travaillé si longtemps avec le premier sans doute.


  17. Bianchi Le 14 janvier 2015 à 10h51
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    Je n’ai pas tout lu et mon commentaire tombe peut-être à plat. Les dessins de Charlie me choquaient par leur vulgarité, personnellement je ne trouve pas ça constructif. Sans toute cette “pornographie” leur journal aurait touché beaucoup plus de gens. Ceci dit était-ce interdit? non ! Pourquoi n’avons-nous pas réagi avant? Indifférence!
    La religion? Pourquoi ne pas la pratiquer en privé puisque nous ne sommes pas d’accord? Parce que ça permet à nos dirigeants de nous manipuler.
    Le massacre des journalistes de Charlie permet de mettre en place une surveillance de plus en plus serrée. A quand Big Brother? Mais…Il est là devant vous.


  18. monique Le 14 janvier 2015 à 18h44
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    merci d’avoir écrit ce billet….
    et maintenant????…
    la fuite?vers l’air plus respirable des forêts


  19. Lise Le 16 janvier 2015 à 10h04
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    Appelant un chat un chat en France il y a bien 2 poids 2 mesure concernant la liberté d’expression.
    Car nous avons tous la même liberté, donc ce pays sombre dans le racisme.

    Nos enfants ont bien compris que les caricatures de Charlie Hebdo était raciste car leurs cœurs sont pure et non haineux.
    Pour ma part, je réalise que c’est de l’intolérance total envers les musulmans.
    Et parfois j’ai même pris du plaisir, car les médias m’avait donné un sentiment d’insécurité due à l’islam.
    Aujourd’hui je réalise que la nouvelle génération et bien plus informé que moi et que j’étais dans l’erreur depuis fort longtemps.

    Je présente haut et fort mes sincère excuse aux musulmans, car les gens comme moi légitime votre extermination.
    “Nos média nous divisent, le comprendre ces mieux vivre avec son prochains” et c’est de ma nièce.


  20. Malghorn Le 19 janvier 2015 à 23h16
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    En tout cas une chose est sure:
    Le Roi des cons, si cher à Wolinski, a encore de beaux, de très beaux jours devant lui.



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