Le Trésor américain fait face à une redoutable proie avec la Russie, le plus grand producteur mondial d’énergie avec une économie de 2000 Md$, de grands scientifiques et un arsenal nucléaire de première frappe

Les États Unis ont construit une bombe financière à neutrons. Au cours des 12 dernières années, une équipe d’élite au sein du Trésor Américain a mis au point les outils d’une guerre économique, élaborant des plans pour mettre presque n’importe quel pays à ses pieds, sans avoir à tirer une seule balle.

La stratégie repose sur un contrôle hégémonique du système bancaire mondial, renforcé par un réseau d’alliés avec l’accord contraint des états neutres récalcitrants. Appelons cela le projet Manhattan du début du 21e siècle.

« C’est un nouveau genre de guerre, comme une insurrection financière rampante, qui a pour but d’enserrer le système financier vital, de nos ennemis, ce système est sans précédent dans sa portée et son efficacité », dixit Juan Zarate, agent de la Maison Blanche et du Trésor qui a participé à l’élaboration de la politique adoptée après le 11 septembre 2001.

« Le nouveau jeu géo-économique est probablement plus efficace et subtil que la compétition géo-politique passée mais il n’est pas moins brutal et destructeur » écrit-il dans son livre « La guerre menée par le Trésor : la libération d’une nouvelle ère de guerre économique ».

Gardez cela à l’esprit dans le même temps où Washington resserre l’étau sur la Russie de Vladimir Poutine, fermant lentement l’accès au marché pour les banques russes, les entreprises et autres entités d’états avec 714 milliards de dettes en dollars (donnée de Sberbank).

L’arme furtive est un « chapitre écarlate », inscrit dans la section 311 du Patriot Act. Une fois qu’une banque est marquée dans le collimateur – accusée de blanchissement d’argent ou de participer indirectement à des activités terroristes, une accusation suffisamment large – cette arme devient radioactive, prise dans « l’étreinte mortelle du boa constrictor », comme M. Zarate le dit.

Cela peut être une peine de mort, même si le prêteur n’a pas d’activités aux US. Les banques européennes n’osent pas défier les régulateurs américains. Ils coupent toute relation avec la victime.

C’est ce que les chinois ont fait, comme cela a été le cas en 2005, lorsque les US ont accusé Banco Delta Asia (BDA) à Macao de servir de vecteur au piratage commercial venu de la Corée du Nord. La Chine leur a retiré son soutien. BDA s’est effondrée en deux semaines. La Chine a aussi renseigné Washington lorsque M. Poutine a proposé une attaque coordonnée avec la Chine contre les actions de Fannie Mae et Freddie Mac en 2008, avec le but de précipiter la chute du dollar.

M. Zarate m’a dit que les US peuvent « faire cavalier seul » avec des sanctions si nécessaire. Donc, cela les importe peu que l’UE traîne ses pieds jusqu’en Ukraine, choisissant le plus petit dénominateur commun entre la Bulgarie, Chypre, la Hongrie et le Luxembourg pour les garder dans leur alliance. Washington a le pouvoir de leur dicter la marche à suivre.

Ce nouvel arsenal a dans un premier temps était employé contre l’Ukraine en décembre 2002. Leurs banques furent accusées de blanchir de l’argent provenant des milieux du crime organisé russe. Kiev a rapidement capitulé.

Nairu, la Birmanie, la Chypre du Nord, la Biélorussie et Latvia sont tombés un par un, tous forcés de se plier aux exigences des US. La Corée du Nord était à l’époque paralysée.
Le gros lot jusqu’à ce jour a été l’Iran, finalement acculé. Une guerre cachée est en cours, à l’échelle mondiale la plus large. « C’est un type de guerre où l’ennemi pense qu’il peut défaire la nation iranienne », a déclaré le président Mahmoud Ahmadinejad devant le Majlis iranien (Ndt : équivalent iranien du parlement). Il l’affirmait avec défiance. En réalité c’était une bonne prédiction.

Le Trésor US chasse une proie beaucoup plus grosse avec la Russie, le plus gros producteur d’énergie avec une économie de 2 000 milliards de dollars, de grands scientifiques et un arsenal nucléaire de premier rang. La Russie s’est aussi liée étroitement aux économies Allemandes et celles de l’Europe de l’Est. Les US risquent également de mettre à mal leurs propres alliances s’ils malmènent leurs alliés européens. C’est à peu près la même situation dans laquelle se trouvait l’Angleterre de la moitié du 19e siècle avec sa suprématie navale, grâce au transport d’esclaves maritimes présumé, dans le monde entier, sous tous les drapeaux, elle dépassait toutes les autres flottes.

Le Président Poutine sait exactement ce que le gouvernement US peut faire avec ses armes financières. La Russie était dans la confidence pendant que les deux pays étaient « alliés » pour un temps dans le combat contre le terrorisme Jihadiste. M. Poutine désigna le loyal Viktor Zubkov – ancien premier ministre – pour conduire les négociations avec le Trésor US.

M. Zarate a déclaré que la Maison Blanche sous Obama avait attendu trop longtemps pour réussir une frappe efficace (Ndt : contre la Russie), s’accrochant à l’idée que Poutine s’arrêterait pour de bon de vouloir remettre en cause l’ordre mondial.
« Ils devraient retirer les gants. Plus ils attendent, plus ils devront être brutal » a t-il déclaré.

Cela devrait être une montée en pression progressive, conduisant à l’application du chapitre écarlate aux banques russes qui ont aidé le régime syrien.

Il pense qu’il pourrait déjà être trop tard pour empêcher que l’Ukraine de l’Est échappe à tout contrôle, mais qu’il n’est pas trop tard pour que la Russie paie un prix élevé. « Si le Trésor US dit que trois banques russes sont « des entreprises de blanchiment d’argent de premier ordre », pensez-vous que UBS ou Standard Chartered (Ndt : banque anglaise) conserveront quelques liens avec ces dernières ? »

Cette logique engendrera une escalade de sanctions, contre les entreprises russes de la défense, les exportateurs de minerais et d’énergie – essayant de pas trop fragiliser les intérêts de BP en Russie, ajoute t-il avec tact – le point culminant étant la prise en étau de Gazprom, mais tout ceci devrait échouer au bout du compte.
Que vous soyez pour ou contre de tels actes, ne vous faites pas d’illusions sur ce que cela signifie. Nous vivrions dans un monde différent, et le S&P 500 de Wall Street ne devrait plus du tout valoir ses 1 850 points.

C’est vrai que la Russie n’a plus la puissance qu’elle avait autrefois, comme vous pouvez le voir sur graphiques de Sberbank illustrant la taille de l’économie russe par rapport à la Chine et à l’Europe.

Ce n’est pas une redite de la guerre froide. Il n’y a aucune équivalence plausible entre la Russie et l’Ouest, pas plus que d’opposition idéologique de fond.

La Russie avait 470 milliards de dollars de réserves de devises étrangères mais elles sont déjà tombées à 35 milliards de dollars depuis que la crise a commencé, étant donné que la banque centrale se bat contre la fuite des capitaux et défend le rouble. Moscou ne peut pas utiliser ses réserves sans que sa masse monétaire s’effondre, aggravant une récession qui a très probablement déjà commencée. Le ministre des finances Anton Siluanov a déclaré que la croissance pourrait être de zéro cette année. La banque mondiale redoute une contraction de 1,8% du PIB alors que la banque Danske prévoit que la contraction puisse atteindre 4%.

Poutine ne peut pas compter sur des alliés solides pour le soutenir à travers cette crise. Seuls le Vénézuela, la Bolivie, Cuba, le Nicaragua, le Belarusse, la Corée du Nord, la Syrie, le Zimbabwe et l’Arménie font corps derrière M. Poutine aux Nations Unis dans l’affaire de la Crimée.

Pourtant, comme le dit le proverbe : « La Russie n’est jamais aussi forte qu’elle ne le paraît mais elle n’est jamais aussi faible qu’elle ne le semble ».

Le Professeur Harold James y voit des échos de certains événements datant d’avant la première guerre mondiale lorsque les Anglais et la France imaginaient qu’ils pouvaient utiliser une guerre financière pour contrôler la puissance allemande.

Il affirme que les fortes interconnexions du monde prouvent que cela ne peut pas être contenu. Les sanctions mises en œuvre font courir le risque de réactions en chaîne qui pourraient égaler la crise de 2008. « Lehman était une petite institution comparée aux banques autrichiennes, françaises et allemandes qui sont très exposées au système financier russe. Un gel des avoirs financiers russes pourrait être catastrophique pour les marchés financiers européens, et en réalité pour le système financier mondial » a t-il écrit dans le cadre du « Project Syndicate ».

Le Chancelier George Osborne doit être au courant à l’heure qu’il est des plans secrets des US. Peut-être que c’est la raison pour laquelle il a lancé une alerte depuis Washington la semaine dernière, avertissant les banquiers de la City qu’ils devaient se préparer aux retombées des sanctions. La City est précieuse, déclara t-il, « mais cela ne signifie pas que ses intérêts passeront devant la sécurité nationale et les intérêts du pays ».

Le plus grand risque est sûrement une réponse « asymétrique » du Kremlin.
Les experts en cyber-guerre russes comptent parmi les meilleurs, et ils ont eu leur propre galop d’essai avec l’Estonie en 2007. L’origine du Cyber Shutdown d’un des systèmes de gestion de l’eau de l’Illinois a été identifié comme provenant de Russie en 2011. Nous ne savons pas si la sécurité nationale des US peut contrer une attaque à grande échelle du type « déni de service » sur le système de gestion de l’électricité, des systèmes de gestion de l’eau, du contrôle du trafic aérien, sur le New York Stock Exchange ou encore sur Washington.

« Si nous étions dans une cyber guerre aujourd’hui, les US devraient perdre. Nous sommes les plus dépendant et les plus vulnérables, » déclara le Chef de l’espionnage US Mike McConnell en 2010.

Le secrétaire de la défense Léon Panetta a averti d’un cyber Pearl Harbor en 2012. « Ils peuvent condamner temporairement le système de gestion de l’électricité dans une grande partie des US. Ils peuvent faire dérailler des trains avec des passagers ou pire encore, des trains chargés de cargaisons chimiques mortelles, » déclarait-il. Est-ce une exagération caricaturale pour obtenir plus de fonds de la part du Congrès ? Nous le saurons peut-être un jour …

Les sanctions sont aussi vieilles que la nuit des temps. Voici quelques leçons salutaires. Périclès essaya d’intimider la cité de Mégara en 432 avant JC en bloquant les accès au marché de l’empire athénien. Il initia les guerres du Péloponnèse, amenant l’infanterie des hoplites de Sparte à s’abattre sur Athènes. Le système économique de la Grèce fut laissé en ruine, à la merci de la Perse. C’était un goût de l’asymétrie.

Source : The Telegraph, 16/04/2014

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29 réponses à [Reprise] La confrontation financière entre les États-Unis et la Russie est plus dangereuse qu’elle n’en a l’air pour les deux camps, par Ambrose Evans-Pritchard

  1. Pikpuss Le 22 avril 2014 à 03h52
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    C’est facile de dire ” et voilà encore un qui est tombé dans le piège de la théorie du complot “.
    Le bon sens veut que lorsque des personnes se réunissent en secret afin de prendre des décisions dans leur intérêt EXCLUSIF, décisions aux conséquences malheureuses pour des millions de personnes, et sans qu’elle aient été bien évidemment consultées, cela s’appelle un complot. Et oui cher Monsieur. Lorsque des banquiers acquièrent le droit d’émission d’une monnaie ( le Franc par exemple…en 1973 ) le dollar en 1913, sans que la population ait été consultée, et que cette population paie à son insu des intérêts faramineux à ces banquiers… cela s’appelle un complot… Et il y en a bien d’autres… Lorsque les militaires syriens arrêtent 19 officiers de l’armée française dans leurs filets… il est bien évident que le gouvernement français n’a pas pris sur lui d’informer les autorités syriennes… ces officiers se trouvant sur place pour faciliter la destruction d’un gouvernement qui n’a même pas déclaré la guerre à la France !… Cela s’appelle aussi un complot… On dirait presque que nos décideurs ne fonctionnent que de cette manière… car la transparence n’est certainement pas leur qualité première… Les peuples sont laissés à l’écart des grandes décisions qui pourtant les concernent directement puisque c’est avec leur sang que les grands de ce monde en dernier ressort se battent entre eux…


  2. nouche Le 22 avril 2014 à 04h13
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    A propos de la guerre electronique, il y a eu beaucoup de bruits autour du USS Cook.
    Rappelons les faits :
    Un jet russe fait plusieurs passages, plus d’une dizaine, tres pres du navire USS Cook en mer noire, a moins d’un km, en basse altitude.
    L’USS Cook est equipe du fameux systeme de combat AEGIS, un systeme qui doit permettre de suivre jusqu’a 200 missiles a la fois, le top du top dans l’armee americaine.

    Maintenant ce dont nous ne sommes pas sur :
    Il est impossible de savoir ce qu’il s’est reellement passe avec cet avion russe, le secret defense est complet. Mais des recits parlent de faits etranges :
    il y aurait eu une grande frayeur sur le navire americain, en effet non seulement le SU-24, un bombardier, serait passe tres pres et a multiples reprises, mais en plus une guerre electronique s’est deroulee :
    au moment ou le bombardier est arrive, tous les radars, tous les ecrans du USS Cook serait tombe en rade, ecran noir, le joyaux de la detection serait devenu soudainement aveugle. Ce qui a permis au bombardier de tranquillement simuler une douzaine d’attaques sur le navire.
    le SU-24 aurait pu tranquillement le couler sans qu’il se defende.

    Si c’est vrai, c’est une catastrophe pour l’armee americaine, car cela veut dire que toute leur strategie tomberait a l’eau en cas de conflit.


    • Kiwixar Le 22 avril 2014 à 06h15
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      Merci pour l’info. Un autre aspect des problèmes militaires US, c’est leurs avions.
      F22 et F35 sont des fers à repasser volants à la furtivité plus que douteuse désormais, et le F35 risque de ne jamais être déployé, au grand dam de tous les pays qui ont été embrigadés dans cette galère. Quand ils envoient des chasseurs en Pologne pour montrer leurs muscles, ils envoient des… F16 (même pas des F15).
      A les écouter, ils sont la 1ere armée du monde parce qu’ils “dépensent plus que les 10 pays suivants réunis”, mais c’est un argument douteux : un missile anti-aérien russe coûte moins cher à fabriquer que ce que paie le Pentagone pour un balai de chiotte.


      • André Le 22 avril 2014 à 14h28
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        Un quart des pilotes censé voler sur les F 35 refusent en raison d’arrivées d’oxygène déficientes. Probablement un avion de combat qui volera avec des années de retard.Ou ne volera pas


    • fc Le 22 avril 2014 à 09h17
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      bonjour avez-vous une source de cette histoire…


    • tebruc Le 22 avril 2014 à 11h53
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      L’envoi par la France du Dupuy de Lôme, un bâtiment spécialisé en recueil de signaux numériques et électroniques n’est peut-être pas si surprenant que cela a pu paraître.


  3. Le Yéti Le 22 avril 2014 à 08h05
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    Mouais, enfin bon, pour l’instant, vu l’état de la Fed et du système bancaire américain, ce sont les USA qui me semblent surtout devoir être les premières victimes de la fameuse “bombe financière à neutrons” 😀


  4. FL Le 22 avril 2014 à 08h43
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    Nous avons déjà entendu parler de guerre “numérique”, impliquant les USA ou la Russie ou encore la Chine sur diverses cibles, industrielles, réseaux de communication, appareils militaires etc.

    Cette fois ci, nous apprenons par un journaliste “bien informée”, que la guerre entre les USA et le reste du monde à pour champ de bataille et pour armes, la finance internationale.
    Nous nous en doutons tout de même un peu lorsque l’on fait le décompte des responsables politiques et économiques européens issus de la banque Goldman Sachs…http://fr.wikipedia.org/wiki/Goldman_Sachs

    Ce qui est certain c’est que les Etats-Unis sont dans une situation d’urgence.
    Ont-ils les moyens de soumettre le monde encore longtemps à l’Ordre de leur impérium ou constatent-il leur inéluctable montée en faiblesse (relative)?

    En tous cas la comparaison entre la lente fin de l’empire anglais et la situation actuelle des USA semble pertinente. Et si c’est vraie, jusqu’où sont-ils prêt à aller pour retarder, empêcher de leur point de vue, la dégradation de leur empire et des avantages colossaux qu’ils en tirent?


  5. reneegate Le 22 avril 2014 à 09h13
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    Cet article me laisse quand même assez dubitatif. Cependant il réveille quelles lectures d’alexander Werth à Vassili Grossman qui montrent que si le peuple russe est correctement informé et en danger, il est capable de serrer les coudes (leningrad, stalingrad) et bien plus qu’en 1991 survivre dans une déflation et/ou décroissance qui pourrait être salutaire. Ce serait a mon avis l’arme fatale face aux américains consuméristes et surtout l’opportunité d’une nouvelle voie pour tous les frileux européens.


  6. BA Le 22 avril 2014 à 10h16
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    Mardi 22 avril 2014 :

    La deuxième guerre civile.

    Par Bernard Maris

    En 1992, François Mitterrand a ouvert une deuxième guerre de 30 ans en croyant par la monnaie unique arrimer l’Allemagne à l’Europe.

    L’Allemagne réalise sans le vouloir par l’économie ce qu’un chancelier fou avait déjà réalisé par la guerre : elle détruit à petit feu l’économie française. Certes, elle n’est pas responsable de cette situation, au contraire ; elle n’est jamais intervenue dans la politique intérieure de la France, elle a tendu la main aux Français du temps de Balladur pour réaliser un début d’unité fiscale et budgétaire (qui lui fut refusée).

    C’est François Mitterrand qui a deux reprises a voulu arrimer la politique monétaire de la France à celle de l’Allemagne, détruisant une industrie qui n’allait pas bien fort : en 1983 d’abord, avec le tournant de la rigueur et la politique du « franc fort », en 1989 ensuite, en paniquant après la réunification Allemande, et en avalisant celle-ci au prix d’une monnaie unique et d’un fonctionnement de la BCE calqué sur celui de la Bundesbank.

    Plus de vingt ans de guerre économique ont passé, et l’industrie Allemande a laminé les industries italienne et surtout française. Aujourd’hui la guerre est terminée et gagnée. La part des exportations de l’Allemagne en zone euro représente 10% du total. Le reste est hors zone euro, aux Etats-Unis et en Asie. L’Allemagne n’a plus besoin de la zone euro. Au contraire : la zone euro commence à lui coûter cher, à travers les plans de soutien à la Grèce, au Portugal, et à l’Espagne, à tel point qu’elle songe elle aussi à quitter l’euro.

    Il est bien évident que ni la Grèce, ni le Portugal, ni l’Espagne, ni même la France et l’Italie ne pourront jamais rembourser leur dette avec une croissance atone et une industrie dévastée. La zone euro éclatera donc à la prochaine grave crise de spéculation contre l’un des cinq pays précités.

    La Chine et les Etats-Unis contemplent avec ravissement cette deuxième guerre civile interminable, et se préparent (pour les Etats-Unis une deuxième fois) à tirer les marrons du feu. La Chine et les Etats-Unis pratiquent une politique monétaire astucieuse et laxiste. On pourrait ajouter à la liste des pays pratiquant une politique monétaire intelligente la Corée du Sud, et aujourd’hui le Japon. La Grande Bretagne, elle, prépare tout simplement un référendum pour sortir de l’Europe.

    On a le choix : sortir de l’euro ou mourir à petit feu. Sinon, le dilemme pour les pays de la zone euro est assez simple : sortir de façon coordonnée et en douceur, ou attendre le tsunami financier.

    Une sortie coopérative et en douceur aurait le mérite de préserver un peu de construction européenne, un tsunami sera l’équivalent du Traité de Versailles, les perdants étant cette fois les pays du Sud. Et au-delà des pays du Sud, toute l’Europe.

    La sortie douce et coordonnée est assez simple, et a été déjà envisagée par nombre d’économistes. Il s’agit tout simplement de revenir à une monnaie commune, servant de référentiel aux différentes monnaies nationales. Cette monnaie commune, définie par un « panier de monnaies » nationales, atténue les spéculations contre les monnaies nationales.

    C’est un retour au SME (Système monétaire européen) ? Oui. Des marges de fluctuations autour de la monnaie commune. Une stabilisation de la spéculation par des limitations des mouvements de capitaux, stabilisation qui pourrait être accrue par une taxe type Tobin sur ces mêmes mouvements de capitaux.

    Mais le SME a échoué direz vous… Oui, parce que le SME ne s’était pas donné de lutter contre la spéculation, et n’avait pas adopté une « Chambre de compensation » comme la souhaitait Keynes dans son projet pour Bretton Woods (abandonné au profit du projet américain).

    Le meilleur moyen de rendre l’Europe odieuse, détestable pour longtemps, de faire le lit des nationalismes les plus étroits, est de poursuivre cette politique imbécile de monnaie unique associée à une « concurrence libre et non faussée » qui fait se pâmer de joie ceux qui en profitent, Chinois, Américains et autres BRICs.

    Bien évidemment la mainmise du politique sur la monnaie ne suffit pas à faire une économie puissante : la recherche, l’éducation, la solidarité sont certainement aussi importantes. Mais laisser les « marchés » gouverner les pays est tout simplement une honteuse lâcheté.

    (A suivre)

    Bernard Maris.

    http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2014/04/20/sortie-de-leuro-bernard-maris-vire-sa-cuti-3/


  7. P. Peterovich Le 22 avril 2014 à 10h17
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    Dans le genre propagande de bas étage, on fait difficilement mieux. Evans-Pritchard est peut-être intéressant à lire quand il vitupère contre Bruxelles, mais il reste, au fond, un suppôt du système et un apologiste de la domination anglo-saxonne.

    Sur le fond, je ne doute pas une minute du fait que les USA aient envisagé tous les moyens de nuire à leurs adversaires, en ce compris l’utilisation de mécanismes économiques du type assèchement du crédit.

    Cependant, il y a de la marge entre forcer une banque à faire faillite en la privant de crédit et s’attaquer au système financier global d’un pays donné, interconnecté avec le reste du monde. Car, si l’on réfléchit un peu, que se passerait-il si les entreprises russes ne pouvaient plus se financer à l’international (et encore faudrait-il savoir ce que représente réellement ce besoin de financement international, car j’ai quand même dans l’idée que l’économie russe doit sensiblement différer sur ce point des économies occidentales ouvertes et hyper-financiarisées)?

    Elles feraient défaut, un point c’est tout.

    Question subsidiaire : qui aurait des problèmes ? Les banques russes ? Mais non, les créditeurs, c’est-à-dire les prêteurs internationaux…


  8. yann Le 22 avril 2014 à 10h38
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    Ce pauvre journaliste vit dans l’illusion comptable, il surestime totalement l’importance des capitaux et du calcul du PIB. Les capitaux cela se fabrique ce qui compte c’est l’économie physique. Vos savoir-faire en industrie ou en agriculture, vos capacités de production. Un pays qui produit tout ce dont il a besoin n’aurait aucun besoin de financement externe. Or la Russie est l’un des rares pays au monde à avoir à la fois l’autonomie énergétique et des capacités techniques et industrielles importantes. À l’inverse les USA s’écrouleraient instantanément s’il ne pouvait rien n’importer de Chine ou d’Europe. C’est plus la balance commerciale qui importe dans cette histoire que le PIB. Les plus fragiles ne sont pas ceux qu’on croit. Les mesures prises à l’encontre de la Russie vont au contraire pousser les Russes à penser une politique de développement économique autonome. Il tue les partisans du libéralisme total à l’intérieur de la Russie ce qui ne pourra que renforcer ce pays à long terme.


  9. Crapaud Rouge Le 22 avril 2014 à 12h11
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    Texte trop décousu pour être crédible. Problème de traduction ?


  10. Theoltd Le 22 avril 2014 à 12h45
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    La seule chose qui puisse durablement affecter la Russie est un Baril a moins de 70 dollars. le reste, c’est du pipeau, puisque les devises continueront a affluer dans le pays.

    Mais il faut dire qu’un monde avec un baril a moins de 70 dollars, n’aurait pas non plus très bonne mine.


    • captain flemme Le 22 avril 2014 à 15h18
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      je confirme pour le prix du pétrole, les derniers bruits sont
      le pétrole de “schistes” n’est pas rentable sous les 85$ pour les Cie US
      l’Arabie Saoudite ne peut financer son budget sous les 85$
      et sans compter le pétrole off-shore au Brésil ou au Kazakstan.
      etc …
      Comme le prix est “politique”, pas sur que les pétrolières US acceptent des pertes pour couler la Russie sans garantie de succès. A moins de faire tourner la planche a billets pour financer ces pertes mais dans ce cas, il y aura une accélération des accords de swap entre les BRICS.
      Tout ça promet d’être bien excitant … pour ceux qui auront leur frigo plein et seront loin des balles.


  11. Fabrice Le 22 avril 2014 à 14h20
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    J’ai un doute sur cet article, si on lit la teneur de celui-ci, en gros c’est “toute résistance serait futile” quand à la menace Russe informatique, les américains ont prouvé récemment qu’ils n’avaient rien à leur envier dans l’affaire des centrales iraniennes et ce que dévoile les craintes russes :

    http://www.clubic.com/insolite/actualite-571890-insolite-machines-ecrire-proteger-fuites-donnees-russie.html
    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/03/26/97002-20140326FILWWW00161-la-russie-troque-ses-ipad-pour-des-samsung.php?pagination=2

    donc si cet article à raison je dirais comme un sergent pendant mon service à une question à deux … :

    – si on a plus de munition sergent et cernés que fait on ?
    – on lève les mains et on prie.

    et dans ce cas autant signer le traité atlantique sans chercher à comprendre et apprendre comment faire les cookies mieux que les autres états de notre nouveau pays.


  12. Pat Le 22 avril 2014 à 16h00
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    Réctification:
    La Russie avait 470 milliards de dollars de réserves de devises étrangères mais elles sont déjà tombées à 35 milliards de dollars…
    Lire:
    La Russie avait 470 milliards de dollars de réserves de devises étrangères mais elles sont déjà tombées de 35 milliards de dollars…


    • Crapaud Rouge Le 22 avril 2014 à 16h54
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      Merci pour cette rectification. Tomber de 35 milliards et tomber à 35 milliards, c’est effectivement très différent…


      • niethil Le 22 avril 2014 à 18h34
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        Deuxième rectification : la banque centrale russe est désormais très contente de laisser le rouble se déprécier.


        • gdronni Le 22 avril 2014 à 22h46
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          Et moi aussi, ca m’arrange pour 1 mois et demi de vacances par an dans la patrie de Tolstoi


  13. wuwei Le 22 avril 2014 à 17h17
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    Une autre conséquence de la guerre USA-Russie :

    “Si les Américains aiment manger des produits contenant des OGM, qu’ils mangent Nous n’avons pas besoin de le faire ; nous avons assez d’espace et la possibilité de produire des aliments biologiques “-. Medvedev

    http://rt.com/news/gmo-ban-russian-scientists-293/


  14. Elodie Moses Le 23 avril 2014 à 10h00
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    C’est peut être incomprehensible pour nos economistes tous sortis de la même école mais je pense que la Russie a le meilleur jeux: une economie que n’ait pas de papier et surtout un peuple soudé que n’a pas le iPad comme ambition ultime de l’existence sur terre. Ils ne seront pas vaincus même s’ils perdent gros, alors que pour nous vaincre il suffit de nous faire perdre un peu…


  15. Nanker Le 23 avril 2014 à 21h20
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    “L’envoi par la France du Dupuy de Lôme, un bâtiment spécialisé en recueil de signaux numériques et électroniques n’est peut-être pas si surprenant que cela a pu paraître”

    Les « socialistes » français, éternels supplétifs des Ricains dans leurs guerres d’agression coloniale… François le Gros est au moins sur ce plan le digne successeur de Mitterrand


  16. Nanker Le 23 avril 2014 à 21h32
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    Sur l’article de Maris :

    “On pourrait ajouter à la liste des pays pratiquant une politique monétaire intelligente la Corée du Sud, et aujourd’hui le Japon”
    Sic et re-sic au Japon le naufrage est total : la planche à billet tourne à fond sans que l’économie ne sorte de son atonie. Plutôt que d’Abe-onomics” dont se gargarise la presse éco aux ordres O. Delamarche suggère lui de parler d’euthan-Abe” pour décrire ce qui se passe là-bas.

    Et Maris, lou ravi de la crèche, semble ne pas voir que le QE frénétique japonais sert essentiellement à une chose : acheter de la dette US dont plus personne ne veut (demandez aux Chinois!) et permettre à l’Oncle Sam de repousser sa mise en faillite de quelques mois.

    Et je crois, comme d’autres ici, que l’article d’AEP, est téléguidé par certains milieux politico-financiers britons, qui craignent que la guerre Poutine-Obama ne fasse péter le château de cartes financier mondial (et qui permet aux USA et à l’Angleterre de mettre le monde entier en esclavage).

    « Pourquoi vouloir menacer la main-mise anglo-saxonne sur le monde pour quelques Slaves dont tout le monde se fout? » aurait pu être le titre de l’article du Telegraph.


    • Kiwixar Le 23 avril 2014 à 21h53
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      La décision d’Abe de faire baisser le yen (renchérissant le prix des importations) au moment où ils devaient importer beaucoup plus d’énergie pour compenser l’arrêt de toutes les centrales nucléaires suite à Fukushima n’est pas de l’incompétence. C’est travailler contre l’intérêt du Japon.

      On a bien les dirigeants des pays vassaux des US (Japon, UE) qui travaillent CONTRE l’intérêt de leurs pays. Ce n’est pas de l’incompétence.


  17. Nanker Le 23 avril 2014 à 21h41
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    Petite correction de traduction :
    ‘Ils devraient retirer les gants” (They should take the gloves off) pourrait se traduire par “ils [Obama et Poutine] devraient cesser de se battre à fleurets mouchetés”


  18. Nanker Le 24 avril 2014 à 10h29
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    “Les « socialistes » français, éternels supplétifs des Ricains dans leurs guerres d’agression coloniale… François le Gros est au moins sur ce plan le digne successeur de Mitterrand ”

    Et j’apprends par la radio que François le Gros va s’envoler pour Tbilissi pour négocier l’adhésion de la Géorgie à l’UE et l’OTAN!
    Avec un tel collabo à ses côtés Obama doit se taper sur les cuisses : les US nous “squeezent” de grands marchés tel l’Iran et bientôt de l’Afrique, et nous nous jouons les supplétifs de l’impérialisme US sur la zone d’influence russe.

    Je vais regretter Sarkozy…


  19. logique Le 25 avril 2014 à 23h52
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    En fait les USA tentent part tous les moyens de capter l’argent des autres pays. Le moyen est simple créer du désordre pour que les fonds soient viré chez eux. L’ukraine est un moyen de mettre en danger la russie et l’europe si qui aura pour résultat de voir les fonds russe et européenne partir pour les états unis. N’oblions pas que c’est une guerre financiére avant tout.


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