Source Theintercept.com, 9 décembre 2015

Eddie Walker, 65, is now the pastor of a small storefront church in Orlando, Fla. Photo: Melissa Lyttle for The Intercept

LES VESTIGES de l’ouragan Patricia envahissaient Orlando en Floride et Eddie Walker était trempé. C’était un mercredi matin, à la fin du mois d’octobre et Walker, le pasteur de la paroisse In God’s Time Tabernacle, située dans le quartier de Parramore, en centre-ville, avait passé une partie de la matinée à réparer la fenêtre bloquée de son van Chevrolet blanc modèle 2001. Un véhicule qu’il utilise pour transporter les dons de nourriture des épiceries et des fast-foods à travers la ville et à destination de ses paroissiens dont beaucoup sont des sans-abri ou d’anciens drogués.

Quand j’ai trouvé Walker derrière son église, il me fit signe de le rejoindre à l’abri de la pluie, dans la cabine de son van. Walker est un homme de taille moyenne, au torse puissant et il a une grosse voix de pasteur, qui résonne même lorsqu’il parle doucement. J’étais venu pour écouter l’histoire de la vie de Walker, mais dès le début son téléphone ne cessait d’interrompre notre conversation. Les volontaires l’appelaient pour résoudre les problèmes de logistique. « Tout ce que vous pouvez obtenir gratuitement », implorait Walker au téléphone, « commandez autant que vous pouvez, car nous pourrons tout utiliser. »

Au bout de cinq minutes, il me fit signe de monter à l’arrière du van, côté marchandise, où je m’assis sur une grosse boîte à outils en plastique au milieu d’une pile de caisses de bananes et de sacs de toile vides sur lesquels était écrit « sac de transport pour l’aide alimentaire ». Une dame prénommée Rhonda monta à l’avant du van. Elle avait besoin d’être amenée dans une clinique de santé locale qui fournit des soins à bas prix aux habitants du quartier et comptait sur Walker pour l’accompagner.

« C’était censé être mon jour de repos », me dit Walker après avoir déposé Rhonda à la clinique, située à l’intérieur d’un centre commercial. « Mais je ne sais plus vraiment ce que cela veut dire. »

Parramore, l’un des quartiers les plus pauvres d’Orlando, est un lieu où les difficultés sont fortes et ceux qui portent majoritairement ce fardeau sont les gens comme Walker qui travaille au rythme effréné d’un homme essayant de réparer une digue défectueuse. Le ministère de Walker fournit la garantie de nourrir tout individu qui vient le voir, afin qu’il puisse aller au bout de sa journée et sans jamais poser de questions. Être à court de provisions pourrait signifier affamer des dizaines d’individus de sa congrégation.

Walker n’a pas toujours été dans le droit chemin. Au milieu des années 90, après avoir passé une décennie à l’étranger à servir comme officier de police militaire, il est revenu chez lui et est tombé dans un trafic de cocaïne à Orlando. De petits deals menèrent à de plus grands et, en 1995, Walker accepta de négocier presque trois onces de cocaïne contre une Honda Accord. Ce deal fut son dernier : le propriétaire de la voiture était un indicateur dont le témoignage envoya Walker en prison pour le reste de la décennie.

Depuis sa libération en 2001, Walker s’est consacré essentiellement à nourrir les nécessiteux, il a eu de nombreux emplois et subsiste désormais grâce aux aides sociales et à sa pension militaire. Pourtant l’État de Floride continue de le punir pour les condamnations liées à la drogue dont il a fait l’objet vingt ans auparavant. Tant que Walker vivra en Floride, il n’aura pas le droit de voter. Et il n’est pas seul dans ce cas.

Aucun autre État n’a un nombre de citoyens privés de leurs droits aussi grand que la Floride, où plus de 1,5 million de personnes ne sont plus autorisées à déposer leur bulletin dans l’urne les jours d’élection, selon le Sentencing Project, une association à but non lucratif pour une réforme du système carcéral.

Le taux de personnes privées de droits civiques est élevé parmi la population noire de Floride, avec près d’un quart des Afro-Américains interdits de vote.

A l’échelle nationale, près de six millions d’Américains sont interdits de vote suite à des condamnations pour crime. Bien que la plupart des États restreignent le droit de vote pour les criminels emprisonnés, l’Iowa est le seul à rejoindre la Floride avec la privation à vie du droit de vote pour les ex-criminels. Le Kentucky était dans le même cas jusqu’il y a trois semaines, mais le jeudi avant Thanksgiving le gouverneur démocrate sortant a signé un arrêté restaurant le droit de vote pour 140 000 ex-criminels non-violents. Le gouverneur républicain entrant a signalé qu’il allait maintenir l’arrêté.

Le Gouverneur Rick Scott, Républicain-Floride. Photo : Alex Wong/Getty Images

Pendant ce temps en Floride, le problème semble prendre de l’ampleur. Le chiffre de 1,5 million date de 2010; quand le gouverneur républicain Rick Scott prit ses fonctions en 2011, il annula immédiatement une décision de son prédécesseur, Charlie Crist, qui avait restitué leurs droits à de nombreux criminels ayant accompli leur sentence. Scott introduisit de nouvelles règles stipulant que des personnes reconnues coupables de crimes non-violents attendraient cinq ans avant de pouvoir faire une demande de restitution de leurs droits civils; ceux condamnés pour des crimes violents et des infractions majeures devaient attendre sept ans.

Sous le mandat de Crist, c’est par dizaines de milliers en moyenne que des criminels retrouvèrent chaque année leur droit de vote. Jusqu’à présent, le gouverneur Scott n’a restitué leurs droits à tout juste 1 866 ex-criminels alors que des dizaines de milliers d’anciens prisonniers sont libérés tous les ans, déchus de leur droit de vote. Alors que l’administration Scott a bouché l’unique voie destinée aux anciens détenus en quête de leur droit de vote, certains indices portent à croire que les délais d’attente s’éternisent pour ceux qui sollicitent du gouverneur la restitution de leurs droits civils. Walker, par exemple, a fait sa demande en 2005 et malgré de nombreux suivis, il n’a jamais reçu de réponse substantielle de la part de l’État. « C’est comme un crachat au visage », m’a déclaré Walker.

Plus de 50 ans après l’adoption par le Congrès de la loi sur le droit de vote en 1965, la Floride demeure un endroit où dans un lieu public typique — un supermarché ou un pâté de maisons — vous serez entouré d’une portion non négligeable de citoyens susceptibles de subir de la part de l’État, une privation à vie de leurs droits. Dans les quartiers comme celui de Parramore dont la population est à majorité noire, un nombre encore plus grand d’habitants ne vont pas pouvoir voter. Et Walker indique que dans sa congrégation ceux qui ne peuvent pas voter sont plus nombreux que ceux qui le peuvent.

« Nous avons des clients plus âgés qui nous appellent pour nous dire : je veux pouvoir voter à nouveau avant de mourir », raconte Mathew Higbee, l’associé fondateur de Higbee & Associates, un cabinet d’avocats qui assiste les anciens repris de justice dans la restitution de leurs droits civils. « Et nous leur disons : « A l’heure actuelle, il faut compter entre 6 à 10 ans avant même qu’ils n’y jettent un œil » et les gens nous répondent : « Je ne suis même pas sûr de vivre jusque-là, alors pourquoi essayer ? » »

L’administration Scott a fait valoir que le gouverneur se servait du droit de vote comme d’une incitation pour encourager les anciens contrevenants à rester dans le droit chemin. « Le gouverneur Scott est convaincu que des criminels ayant été condamnés ont besoin d’une occasion leur permettant de montrer qu’ils peuvent être des membres de la société respectueux des lois avant que ces droits ne leurs soient rendus », avait déclaré un porte-parole pendant la période électorale de 2012. Et pourtant d’anciens repris de justice qui ne sont pas tombés sous le coup de la loi pendant plus d’une décennie m’ont affirmé que leurs requêtes auprès du comité des amnisties de l’État de Floride sont restées lettres mortes. Ou se sont retrouvées empêtrées dans les dédales d’une bureaucratie gangrenée par un arriéré de près de 11 000 demandes de restitution de droits civils en attente. À ce jour, l’État n’a approuvé que 315 demandes. Les anciens condamnés auxquels j’ai parlé ne croient guère à la procédure de clémence. Et peut-être que, par-dessus tout, ils expriment le sentiment d’avoir été oubliés par presque tous les composants de la vie politique en Amérique. (Le bureau du gouverneur Scott n’a pas répondu à une série de questions envoyées par courriel.)

« Franchement,  on dirait que personne ne se préoccupe de ce que j’aie le droit de voter ou non », dit Sam Nimmo, un homme de travaux d’entretien de 38 ans qui a soumis sans succès trois requêtes au comité de clémence de l’État. Nimmo avait été arrêté pour cambriolage et possession de marijuana à l’âge de 17 ans et, comme plusieurs personnes que j’ai interviewées, n’a jamais été autorisé à mettre un bulletin dans une urne depuis. « J’ai l’impression d’être à moitié citoyen. »

COMME BEAUCOUP de lois similaires aux États-Unis, l’interdiction de vote pour les repris de justice en Floride avait coïncidé avec la fin de la Guerre civile et l’adoption qui s’ensuivit des amendements 14 et 15 qui garantissaient à tous la même protection par la loi et étendaient le droit de vote à la population non-blanche. Face à la menace d’un glissement de l’équilibre du pouvoir, les États ont promptement promulgué des lois limitant le droit de vote, incluant des restrictions sur le droit de vote des ex-criminels qui ont eu des conséquences disproportionnées pour les minorités.

Bien que les nouvelles protections constitutionnelles aient obligé les législateurs à présenter des justifications sans connotation raciale pour les lois sur le vote, immanquablement un racisme explicite s’infiltrait dans les textes au cours de l’élaboration frénétique des dispositions juridiques concernant les criminels. « Le crime de violence sur épouse à lui seul disqualifiait 60 pour cent des Noirs », rapportait John Field Bunting, un participant à la Convention constitutionnelle de 1901, faisant référence au décret qu’il avait présenté, relatif à la privation de droits applicable aux criminels. Et, même un long siècle après les remarques de Bunting, les partisans de la privation de droits pour les repris de justice ont encore laissé glisser, dans les discussions sur les lois, un langage racial odieux. « S’il s’agit de Noirs perdant leur droit de vote, ils n’ont qu’à arrêter de commettre des crimes », a déclaré un représentant de l’État de Caroline du Sud en 2001, au cours d’un débat portant sur les changements dans la loi étatique de privation de droits civils.

Alors que les mécanismes de suppression du vote, plus emblématiques à l’époque de la Reconstruction — des tactiques telles que les taxes électorales et les tests d’alphabétisation — ont été supprimés par les tribunaux et le Congrès au cours du siècle dernier, les clauses concernant le droit de vote des criminels sont restées un vestige tenace d’une pression vieille de 150 ans visant à bloquer l’accès des urnes à certains groupes. Dans les communautés noires de Floride, les effets de cette loi étatique sont devenus un élément du paysage local.

Des gens inscrivant leur vote dans un bureau de vote installé au Government Center dans le comté de Miami-Dade, le 8 octobre 2010, Miami, Floride. Photo : Joe Raedle/Getty Images

Pendant que Walker réparait la vitre de son van, un homme de 43 ans du nom de Keith Ivey triait des papiers, assis à son bureau situé dans une concession automobile qu’il dirige dans la banlieue de Jacksonville, à quelques 250 kilomètres de Parramore. En 2012, à sa sortie de prison, où il avait réussi à convaincre l’administration pénitentiaire de le laisser suivre des cours de gestion, il avait tout de suite obtenu un travail au salaire minimum au garage Jiffy Lube à Jacksonville et a commencé à travailler pour ouvrir son parc de voitures d’occasion. L’interdiction perpétuelle du vote — ce qu’il appelle « le nuage noir » — vient gâcher l’estime qu’il a de son rapide succès.

Pourtant Ivey se sent peu isolé à cet égard : tandis que je lui parlais, un ami nommé Jerrod Hardwick est passé. Un ancien détenu, interdit de vote lui aussi. « Vous pouvez voir que je ne fais rien de mal », a dit Hardwick. « Pourquoi ne pas me donner une chance ? »

Chaque fois que Ivey paie des impôts au gouvernement de son État et au gouvernement fédéral, cela lui rappelle amèrement son exclusion du processus politique. « C’est comme, ben, j’ai toujours pas mon mot à dire quel que soit l’élu », m’a dit Ivey. « Ils font la sourde oreille, parce que je ne suis pas quelqu’un qui influe sur leur travail, j’suis pas considéré, j’suis pas capable de voter. »

Situé sur une avenue commerçante, le parc de voitures d’occasion appartenant à Ivey, l’Ivey League Auto Sales, est constitué d’un petit bâtiment d’un étage aux vitrines fortement teintées et zébrées de banderoles aux couleurs vives affichant « ACHETEZ ICI ». Le parc peut facilement passer inaperçu au milieu des commerces encombrés de la périphérie urbaine de Jacksonville. A l’intérieur, le bureau d’Ivey affiche un sens de l’ordre rigoriste, le bourdonnement étouffé de n’importe quel établissement de cols blancs performant.

Comme tous les repris de justice que j’ai interviewés, Ivey a pleinement conscience du fragile rempart de circonstances et de chance qui le sépare de ces autres anciens délinquants qui débarquent affamés dans l’église de Walker. L’année dernière, son affaire a presque fait faillite après une série d’erreurs, dont l’achat, pour 2 000 dollars, d’une Sedan Hyundai dont il découvrit plus tard que la transmission était foutue. « On peut vite perdre espoir par ici », m’a confié Ivey. « Deux ou trois déceptions, deux ou trois échecs et vous pouvez vite fait vous retrouver à la rue. »

Si l’on en croit la politique du gouverneur Scott, Ivey doit attendre au moins 2019 avant de pouvoir faire sa demande d’amnistie. Mais, aussi improbable que cela paraisse, Ivey est convaincu que sa meilleure chance de revoter réside dans le changement, un jour ou l’autre, de cette loi étatique de privation du droit de vote pour les repris de justice. Malgré son travail qui lui prend souvent toute sa journée et déborde sur ses obligations familiales, Ivey trouve le temps de voir s’il y a du nouveau au sujet de la loi sur l’incapacité électorale auprès de son ami Devin Coleman, un militant pour les droits civils de Jacksonville. En retour, Coleman a exhorté Ivey de s’impliquer dans ses efforts pour mettre un terme à cette interdiction. « Mais je suis coincé dans ce truc 24 heures sur 24, 7 jours sur 7— j’ai une famille à nourrir », dit Ivey. « Nous avons eu des joutes verbales car, dit-il, je ne veux pas représenter ça à moi seul. »

Les gens comme Coleman sont pour ainsi dire seuls dans leur combat. C’est en Floride que l’on trouve le plus grand nombre de personnes déchues de leurs droits civils et pourtant pas un seul organisme au niveau national ou local ne travaille à résoudre ce problème. A la suite de la décision de la Cour suprême lors du procès du comté de Shelby contre Holder, qui invalidait une mesure clé de la loi sur le droit électoral de 1965, on a observé un regain d’intérêt pour les lois étatiques qui rendent le vote plus compliqué à certains. Toutefois, à part quelques occasionnelles mentions dans la presse, le million ou plus de personnes que représentent en Floride les bannis du suffrage a bel et bien été oublié. « C’est comme pousser un wagon en haut d’une côte », dit Ivey, « et vous n’avez qu’un ou deux gars qui la poussent. »

DANS UN IHOP D’ORLANDO [International House of Pancakes, chaîne de pancake houses], je me suis assis pour un petit déjeuner de fin d’après-midi avec un repris de justice nommé Desmond Meade, qui est devenu la figure de proue de ce qui constitue le mouvement pour le droit de vote en Floride. Toutes les personnes avec lesquelles j’ai parlé s’accordent : Meade est le mouvement au niveau de l’État. Presque toute les organisations politiques que l’ai interrogées sur la privation du droit de vote en Floride m’ont simplement renvoyé à Meade qui dirige la Florida Rights Restoration Coalition, un groupe à but non lucratif sans budget d’exploitation ni un seul salarié. Meade travaille la journée et s’occupe de la FRRC seulement pendant son temps libre qu’il doit aussi partager avec ses cinq enfants. « Cela a des répercussions sur ma santé », m’a dit Meade à propos des tensions subies à essayer de faire vivre l’organisation. « Cela a des répercussions sur ma privée et sur ma famille. Il y a des moments où je n’ai qu’une envie : laisser tomber », a-t-il poursuivi.

Meade dit que depuis que le financement par l’Union américaine pour les libertés civiles s’est tari il y a quelques années, la FRRC a continué sur sa lancée : « Vous savez, les fondations doivent choisir un domaine, indépendamment de ce qui est attrayant à tel ou tel moment. Nous avons été terriblement éprouvés. »

Desmond Meade, 48 ans, a dépose plus de 300 requêtes signées pour la restitution des droits au bureau du responsable des élections, comté de Hillsborough, 4 décembre 2015. Photo: Melissa Lyttle for The Intercept

L’année dernière Meade a lancé une campagne demandant un référendum pour le scrutin de 2016 sur la restitution des droits électoraux des repris de justice et la branche locale de la Ligue des électrices s’est rapidement jointe à la partie pour offrir son soutien logistique. Les perspectives de cette mesure semblaient brillantes puisque les sondages conduits par le parti Floridians for a Fair Democracy avaient suggéré que les électeurs appuieraient un référendum pour que leur droit de vote soit rendu à la majorité des repris de justice, exception faite des condamnés pour meurtre ou délit sexuel. À l’époque où nous nous sommes rencontrés, la campagne de Meade disposait de peu d’argent et ne pouvait faire les frais d’un administrateur expérimenté à plein temps, du coup la Ligue avait décidé de limiter ses pertes et de se retirer. A l’heure où nous parlions, Meade avait obtenu 60 000 signatures, loin des 700 000 escomptées nécessaires pour que la proposition aille au scrutin. Il estime que les chances d’atteindre ce but sont « minces à inexistantes ».

Un grand nombre des volontaires de Meade sont eux-mêmes d’anciens détenus, le genre de personnes qui disposent rarement des ressources nécessaires en temps, en énergie et en argent. « Même si voter peut paraître essentiel à vous comme à moi », a reconnu Meade, « c’est la dernière chose à laquelle les gens pensent en sortant de prison — ils pensent : Vais-je pouvoir bosser ? Où vais-je pouvoir me poser ? Nous savons donc qu’il y a des besoins immédiats à satisfaire avant que nous puissions offrir une participation véritable à ces citoyens qui reviennent. »

De IHOP, j’ai roulé en ville jusqu’à un centre communautaire progressiste appelé Speak Up Florida où une ancienne détenue du nom de LaShanna Tyson avait rassemblé en gros une dizaine de ses compagnons déchus de leur droit de vote en Floride pour élaborer une stratégie qui leur apporterait une reconnaissance politique. Libérée de prison en 2011 pour avoir été la pilote de la voiture en fuite dans le cadre du cambriolage mortel d’une station-service, Tyson, à l’âge de 45 ans, suit maintenant une formation en droit sur deux ans dans une université près de Sanford et s’est exprimée dans les médias locaux sur les questions électorales. À Speak Up, Tyson a cherché à recevoir du soutien pour sa théorie selon laquelle les anciens détenus — avec leur  frustration refoulée et leurs histoires poignantes de bannissement politique — occupent une position unique pour augmenter la participation de ceux qui peuvent encore voter dans leur communauté. Elle est convaincue que c’est le meilleur moyen de faire sortir de l’ombre la question de la destitution des droits civils.

« J’ai observé chacun des autres groupes se mettre en place et créer leur mouvement », assura Tyson aux participants assis dans la petite salle sur des rangées de chaises pliantes et de canapés. « Si nous faisons cela et si nous le faisons bien, nous allons devenir efficaces. »

Mais au bout de 40 minutes, il y eut un bref moment de chaos et la réunion prit fin brusquement lorsqu’un homme blanc d’un certain âge portant catogan, se mit à interrompre constamment Tyson, critiquant son projet de travailler dans les limites des politiques de l’establishment plutôt que de suivre la voie qu’il privilégiait de former un parti révolutionnaire.

En enlevant un important moyen d’influence à un groupe déjà en grand manque de ressources, les règles concernant la destitution des criminels de leurs droits civils parviennent à se protéger de toute contestation sérieuse. Cette dynamique se manifeste dans les diverses difficultés rencontrées par la proposition de Tyson et la dernière campagne de Meade.

D’anciens détenus avec qui je me suis entretenu s’étonnèrent que je puisse même leur parler de voter ; ils devaient faire face à tant d’autres problèmes urgents. Certains de ceux que j’avais interviewés non seulement se trouvaient dans l’impossibilité de trouver un emploi stable à cause des mentions sur leur casier judiciaire mais rencontraient les plus grandes difficultés avec ce que la plupart des Américains tiennent pour acquis — comme d’être autorisé à louer un appartement. Deux anciens détenus m’ont avoué vivre avec des membres de leur famille, dans la peur constante d’être découverts et expulsés par les propriétaires. Lorsque j’ai connu Miguel Adams — dont le casier comporte plusieurs délits liés à la drogue —  il dormait sur un canapé au centre Speak Up, non pas parce qu’il n’avait pas les moyens de s’offrir un appartement mais parce que ces mentions sur son casier l’empêchaient d’être accepté pour un logement.

« A New York, ils voulaient faire une vérification de ressources », dit Adams. « Ici, tout ce qui les intéresse c’est une vérification de casier judiciaire. J’ai l’argent nécessaire pour louer un logement mais personne ne me le permettra. »

Sam Nimmo, 38 ans, originaire de Crestview en Floride, a passé près de 10 ans à essayer de récupérer ses droits civils. Photo : Melissa Lyttle pour The Incercept

QUAND SAM NIMMO EST ARRIVÉ au Wendy du coin à Crestview, une ville située dans la partie ouest de l’enclave de la Floride, lui et ses deux enfants dans son sillage étaient parés de leurs shorts de foot, maillots couverts de boue et crampons touffus d’herbe. Rasé de près et coupe en brosse, Nimmo, même dans sa tenue d’entraîneur, avait indéniablement l’air d’être un soldat en permission.

Si les lois sur la destitution des droits civils ont un impact disproportionné sur les minorités de l’État, une grande partie de ceux ayant été déchus de leurs droits est blanche. Nimmo, qui se considère Républicain, ne cadre pas avec le récit habituel d’élimination des votants et se trouve un parmi des centaines de milliers de Blancs interdits de vote par l’État.

En 1995, alors que Nimmo avait 17 ans et passait sa première année au lycée, lui et plusieurs de ses amis quittèrent une fête particulièrement tapageuse en emportant de la maison un certain nombre d’objets de valeur. « Ce n’est pas comme si nous défoncions la porte des gens ou un truc du genre », me rapporta Nimmo sur son inculpation pour vol remontant à l’adolescence. Au beau milieu de la fête, les parents de son camarade de classe rentrèrent à la maison. Les adolescents s’égayèrent, démarrèrent en embarquant certains affaires appartenant à l’hôte, dont un T-shirt et des bijoux. Quand Nimmo fut contrôlé, alors qu’il conduisait, par un enquêteur des semaines plus tard, le policier trouva de la marijuana dans sa voiture. Il fut accusé de vol en réunion, de cambriolage et de recel à des fins de vente — tous des crimes, sans exception. Nimmo fut inculpé en tant qu’adulte et plaida rapidement coupable pour les trois chefs d’accusation. Il était conscient qu’une condamnation pour crime était grave mais n’aurait jamais deviné à quel point avoir plaidé coupable changerait le cours de son existence.

Ayant grandi dans l’enclave de la Floride, Nimmo n’imaginait pas d’autre carrière que dans les forces armées. Et ce manque d’options n’était pas contraignant pour lui : sa famille avait servi dans l’armée pendant des générations et devenir soldat représentait tout ce que Nimmo avait toujours voulu dans la vie. Or l’armée évite généralement de recruter d’anciens criminels. Il avait une vingtaine d’années quand il prit le temps de constituer un dossier, compilant recommandations et faits marquants accomplis après sa libération, afin de le soumettre aux autorités militaires. Mais il n’eut aucune réponse. Au cours des années qui ont suivi sa libération, Nimmo s’est construit une vie confortable en tant que civil, en travaillant d’abord chez un concessionnaire automobile dans la ville voisine de Fort Walton et plus récemment comme artisan en réparations indépendant. À mesure que sa vie de famille lui procurait équilibre et stabilité, ses déceptions professionnelles allaient décroissant tandis que la destitution de ses droits civils faisait croître son amertume.

Contrairement à Walker et Ivey, l’incapacité à voter fait naître chez Nimmo un sens de honte et d’isolement social. « Un jour mes enfants sont rentrés de l’école et ont commencé à parler de George Washington et vu qu’en classe ils font des trucs comme un simulacre d’élections, ils me dirent : J’ai voté pour Obama. Pour qui as-tu voté, Papa ? » m’a confié Nimmo. « Je ne pouvais que les regarder et dire : Vous savez quoi, je n’ai pas encore décidé. J’ai inventé des excuses, du genre : J’ai besoin de m’intéresser un peu plus à la politique et de faire un peu plus de recherches. J’étais trop gêné pour leur avouer que je ne peux pas voter. »

La première demande de Nimmo pour obtenir le rétablissement intégral de ses droits, en 2005, fut rejetée deux ans plus tard ; le comité d’amnistie lui a dit qu’il devait un montant indéterminé d’argent en rapport avec sa condamnation dans le comté de Santa Rosa où avait eu lieu son arrestation. Mais lorsqu’il contacta le comté, on lui dit ne rien savoir de cette dette. En dépit de cela, l’État persista à maintenir qu’il devait de l’argent pour son crime. En 2011, Nimmo requit les services d’un archiviste pour extraire son dossier, qui avait été mis sur microfilm, des archives du comté et il découvrit qu’il devait près de 3000 dollars en frais de dédommagements et redevances, dettes qu’en fait le comté ne cherche pas à recouvrer activement. La greffière du comté lui déclara qu’en ce qui la concernait, il n’avait pas besoin de payer. Mais, voyant cela comme sa seule chance de récupérer ses droits civils, Nimmo régla la somme sur le champ et en avertit l’État immédiatement.

Si jamais Nimmo obtient une audition devant le comité d’amnistie, il devra faire un trajet de deux heures pour se rendre à Tallahassee afin d’être publiquement interrogé par le gouverneur de Floride, le procureur général de l’État et deux représentants du gouvernement. Plusieurs repris de justice avec lesquels j’ai parlé étaient bien conscients du niveau de détail pointilleux visé par les fonctionnaires dans l’examen de la vie des requérants, comprenant des questions auxquelles un non-condamné ne devrait pratiquement jamais répondre devant le gouverneur d’un État : des choses comme les habitudes de consommation d’alcool, les contraventions pour excès de vitesse et les sentiments de remords envers les transgressions passées.

Par conséquent, Nimmo ressent de l’anxiété à propos d’infractions passées sur lesquelles beaucoup auraient depuis longtemps tourné la page. Par exemple, il a toujours peur que, dans l’examen de son éligibilité au droit de vote, l’État puisse se saisir de deux infractions qu’il a commises peu de temps après sa sortie de la prison — un vol à l’étalage et un chèque sans provision.

« J’ai été mis en prison à l’âge de 18 ans, vous savez, je ne savais pas faire un chèque, équilibrer un compte, économiser, parce que j’avais été incarcéré », m’a dit Nimmo. « Quand je suis sorti et me suis retrouvé tout seul, je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas gérer ma vie quotidienne. » Nimmo dit qu’il s’est écoulé au moins dix ans depuis la dernière fois qu’il à été accusé ne serait-ce que d’un simple méfait. « J’ai l’impression que c’est la seule chose dans la vie que je n’ai pas consolidée, sur laquelle je n’ai pas tourné la page », m’a dit Nimmo. « Je me sens incomplet. » Quatre ans plus tard, il attend toujours.

Source Theintercept.com, 9 décembre 2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

25 réponses à Grâce aux Républicains, près d’un quart des citoyens noirs de Floride ne peuvent pas voter, par Spencer Woodman

Commentaires recommandés

Suzanne Le 24 janvier 2016 à 14h17

Le rôle de la justice, c’est d’empêcher qu’on gouverne avec des émotions. Donc, on gouverne avec des lois. En principe, mais c’est évidemment de moins en moins le cas, le jugement de justice a un effet réparateur, rédempteur, mécaniquement.
Si on commet un crime, on paye. Après la peine, on n’est plus un criminel. Ou alors, ce n’est vraiment pas la peine de s’embarrasser avec un système judiciaire qui coûte très cher, on n’a qu’à punir les gens à la tête du client et selon ses humeurs et voilà.

Donc, moi, toutes ces remarques sur le fait que ce sont des anciens criminels, qui ont commis des crimes graves (comme de faire un chèque sans provision 🙂 ) et donc que c’est normal qu’ils ne votent pas, je dis stop, même pas la peine de réfléchir : ils ont purgé leur peine? Ils sont de nouveau dans le circuit, et c’est tout. Que je sache, on ne leur a pas fait grâce de payer leurs impôts, donc ils participent à la vie de l’état. Donc aussi en votant.

C’est exactement le même problème, en gros, que la peine de mort : on est pour ou contre la peine de mort, pour des raisons X ou Y mais il faut savoir que dans les condamnés à mort, il y aura des coupables, des vrais. Si vous n’êtes contre la peine de mort qu’en ce qui concerne les innocents, eh ben ça ne sert pas à grand-chose.

Pour résumer, tout ça ce sont des double-peines. Donc à refuser. Il y a déjà assez de mal à organiser les simples.

  1. Chris Le 24 janvier 2016 à 12h13
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    Au fait, qui parlait d’état de droits ?
    Pourquoi ces gens-là n’introduisent-ils pas une plainte auprès du Tribunal International de Justice ainsi qu’aux Droits de l’Homme pour être ainsi privés de leurs droits démocratiques ?


    • Horzabky Le 25 janvier 2016 à 11h19
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      Parce que les Etats-Unis n’ont pas ratifié les accords internationaux qui permettraient à un organisme supranational de contrôler les décisions prises par leurs tribunaux.

      link to fr.wikipedia.org


  2. Merle Le 24 janvier 2016 à 12h32
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    Ils commettent des crimes graves et se plaignent ensuite d’avoir été déchus de leur droit de vote? Je crois rêver en lisant cet article. Il donne juste envie de voter Donald Trump. O_O


    • vincent Le 24 janvier 2016 à 13h32
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      Je vous rappel que si les noirs sont si criminelle c’est en partie à causes des ségrégations sociaux spatial qui font que ces gens là restent en marge et deviennent des bandit. Il y a aussi le background culturel qui leur manque terriblement, car ils ont été tellement déraciné de leurs origines qu’ils en perdent leur liberté et cherche encore leur place dans ce monde. La politique américaine n’aide pas.


      • Apiai Le 27 janvier 2016 à 12h58
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        J’aimerais y croire, mais ce que vous dites ne tient pas la route quand on compare à la communauté asiatique. Très peu de délinquance, excellents résultats scolaires, etc…


    • step2 Le 24 janvier 2016 à 17h56
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      Consommation de stupéfiant, vol de domicile, effectivement, des vrais violeurs en séries…
      Après, je ne vois pas bien le lien, une fois la peine purgée on est censé retrouver ces droits. Cette propension à ajouter à chaque condamnation une déchéance de droit civique ressemble fort à une volonté d’écarter de l’urne une population en bonne partie appauvrie qui pourrait “mal” voter. Un petit coup de ségrégation pour faire tenir le système ? Ah non c’est vrai, c’est pas une question de race, mais de classe sociale… donc tout va bien ?


    • vinel Le 24 janvier 2016 à 19h14
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      Savoir lire , connaitre les droit et les termes de ce droit?Quel challenge!
      Quand on lit:ils commettent un crime grave comme un chèque sans provision!
      Quand on admet cela comme crime il ne reste en liberté que les banquiers qui eux, malgré des crimes tres graves comme pour les subprime ne sont ni poursuivis ni condamnés!


  3. Saez Le 24 janvier 2016 à 13h13
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    Le problème est de faire la différence entre les gros délinquants et ceux fabriqués par le système, voir la police raciste. Il ne faut pas oublier qu’un quart de la population carcérale mondiale se trouve aux USA et en majorité noir. Il n’y a pas vraiment d’équité dans la justice américaine. C’est devenu un outils dans les mains des politiques pour qu’une partie de la population ne puisse plus voter.
    Par contre les grands délinquants et voleurs de l’oligarchie et de la finance n’ont aucun problème.
    C’est ça la démocratie capitaliste
    Mais on peut aussi regarder devant notre porte, entre les condamnés et les exclus du système combien de personnes n’ont plus rien, sont exclus des banques, de tous les droits sociaux, et du droit de vote ? Et surtout pour qui voteraient-ils ?
    Les sondages doivent les oublier, mais c’est normal, ils ne comptent plus, ils sont juste une statistique, un chiffre sur un papier.


  4. willybear Le 24 janvier 2016 à 13h29
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    Triste reportage, triste parce qu´il montre l´attachement, symbolique autant que factuel, de citoyens lobotomisés a un système qui n´a que démocratique que le nom.

    Comment ces pauvres ex-condamnés peuvent ils encore imaginer que voter dans le contexte actuel puisse apporter autre chose que la consolidation de l´état policier qui les a jetés en decheance ?
    Triste et même pathétique.


    • wilmotte karim Le 24 janvier 2016 à 16h44
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      Faut croire qu’exclure certaines categories du droit de vote a tout de meme un effet…


      • vinel Le 24 janvier 2016 à 19h18
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        ah bon !quel effet si ce n’est l’injustice et l’augmentation permanente de la criminalité dans le paysqui y a le plus d’incarcerés!
        Vite des info confirmant cette certitude!
        merci


        • wilmotte karim Le 24 janvier 2016 à 20h55
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          Et ce n’est que le sommet de l’iceberg: dans certains etats US, il faut un tres bon niveau pour simplement comprendre le buletin de vote.

          Tout cela a des effets. Tres positifs.. Pour certains.


    • Balthazar Le 24 janvier 2016 à 19h58
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      Allons allons, nous parlons du pays leader du monde libre là.
      Les gens sont contents de voter pour un type qui bombarde un nombre incalculable de pays, ceci sans aucune déclaration de guerre autre que le bien pratique War on Terror.
      Hé oui, il,faut bien l’exporter, le grand modèle de démocratie mode OTAN.
      Alors quand je pense à l’injustice qui est faite à ces repris de justice qui ne sont plus des citoyens (ils sont “condamnés” à rester en Floride s’ils ne veulent pas retrouver leurs droits civiques les bougres), j’ai envie de pousser un cri.
      Rahhh!
      Après, le sud américain, l’africain ou l’orientais, l’asiatique ? Oh faut pas deconner, ces des barbares ces gens là , juste bons à se faire droner par un gars qui mange un hamburger dans un centre climatisé au milieu du Nevada, entre 2 parties de World of Warcraft.
      Triste monde …


  5. Suzanne Le 24 janvier 2016 à 14h17
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    Le rôle de la justice, c’est d’empêcher qu’on gouverne avec des émotions. Donc, on gouverne avec des lois. En principe, mais c’est évidemment de moins en moins le cas, le jugement de justice a un effet réparateur, rédempteur, mécaniquement.
    Si on commet un crime, on paye. Après la peine, on n’est plus un criminel. Ou alors, ce n’est vraiment pas la peine de s’embarrasser avec un système judiciaire qui coûte très cher, on n’a qu’à punir les gens à la tête du client et selon ses humeurs et voilà.

    Donc, moi, toutes ces remarques sur le fait que ce sont des anciens criminels, qui ont commis des crimes graves (comme de faire un chèque sans provision 🙂 ) et donc que c’est normal qu’ils ne votent pas, je dis stop, même pas la peine de réfléchir : ils ont purgé leur peine? Ils sont de nouveau dans le circuit, et c’est tout. Que je sache, on ne leur a pas fait grâce de payer leurs impôts, donc ils participent à la vie de l’état. Donc aussi en votant.

    C’est exactement le même problème, en gros, que la peine de mort : on est pour ou contre la peine de mort, pour des raisons X ou Y mais il faut savoir que dans les condamnés à mort, il y aura des coupables, des vrais. Si vous n’êtes contre la peine de mort qu’en ce qui concerne les innocents, eh ben ça ne sert pas à grand-chose.

    Pour résumer, tout ça ce sont des double-peines. Donc à refuser. Il y a déjà assez de mal à organiser les simples.


    • Manu Le 24 janvier 2016 à 20h27
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      ” on n’a qu’à punir les gens à la tête du client et selon ses humeurs”

      Ce qui est un peu le cas là-bas… Pour la même chose, la peine sera différente en fonction de ta couleur de peau, de ton statut social et de tes finances.


  6. Lohr64 Le 24 janvier 2016 à 17h41
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    Aux USA, 19% de la population est noire et concentre 80% de la criminalité.

    C’est de la que viennent les difficultés et parler de crime ne peut se faire sans stigmatiser la

    population noire d’ou les qualifications de racisme qui reviennent constamment.


    • Sébastien Le 25 janvier 2016 à 04h40
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      Preuve évidente que le melting-pot et autre “multiculturalisme” n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais.
      Que fait-on en France? Exactement la même chose avec 30 ans de retard. Plus c…., tu meurs.


      • Amsterdammer Le 25 janvier 2016 à 18h14
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        “Que fait-on en France? Exactement la même chose avec 30 ans de retard.”
        Ah bon, on a fait entrer des noirs aux USA il y a 30 ans?

        Vous comparez des torchons et des serviettes.

        La problématique noire américaine, ce n’est pas une histoire d’intégration d’immigrés – ils étaient présents [malgré eux, je vous le rappelle…] bien avant la plupart des populations blanches et latino actuelles, issues des grandes migrations des XIXe-XXe S.

        Si la criminalité se concentre dans cette population, c’est bien en raison de leur marginalisation économique, sociale et culturelle séculaire et – faut-il le souligner – délibérée, dans des régions encore largement racistes qui n’ont toujours pas digéré l’abolition de l’esclavage et l’accession des noirs au rang de citoyen et d’être humain à part entière.


  7. anne jordan Le 24 janvier 2016 à 18h53
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    Franchement , après avoir lu l’article du Diplo , intitulé ” Prions pour notre shérif … ” , vous vous direz sans doute que le ” droit ” de voter est bien dérisoire…
    link to monde-diplomatique.fr


  8. Olposoch Le 24 janvier 2016 à 19h56
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    Ah la la…
    Floride 2000, les petits trous sur les cartes de vote, Katherine Harris…(link to fr.wikipedia.org)
    Puis Ohio en 2004, les noirs rayés des listes, les ordinateurs de vote qui contredisent les sondages sortie des urnes, Kerry qui refuse de contester l’élection, Michael Connell (link to fr.wikipedia.org)…
    Toute une époque!
    Ça ne nous rajeunit pas…


  9. RGT Le 24 janvier 2016 à 20h03
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    Aux USA, la “justice” est une vengeance sociale (contre les plus démunis bien sûr, les plus riches sont toujours amnistiés).

    Cette vision est tout à fait dans la lignée des idées des évangélistes et autres protestants intégristes qui ne jurent que par la “rédemption”… Pour les autres bien sûr car ils sont eux-mêmes exemplaires.

    Sans doute suis-je un peu “simplet” mais je crois qu’une justice efficace devrait avoir pour objectif la ré-insertion des personnes qui ont commis des erreurs.

    Embastiller pendant très longtemps un type qui a commis un crime est totalement stupide.
    Il ne faut pas faire preuve de laxisme mais à partir du momment où il a bien compris la gravité de son acte et qu’on a la certitude qu’il ne recommencera pas, il est totalement inutile de le laisser enfermé avec d’autres personnes qui n’ont pas encore atteint son état de conscience.

    Tout ce que peut faire un emprisonnement excessif, c’est juste de le faire “replonger” ou d’anihiler sa perception de son acte pour la banaliser…

    D’un autre côté, les “délinquants en col blanc” qui commettent des méfaits largement plus préjudiciables à l’ensemble de la communauté subissent des peines légères ou symboliques (quand ils ne sont pas tout simplement relaxés).
    Et lorsqu’ils se retouvent avec les “gueux” en cellule, ils se plaignent et pleurent qu’ils “vivent un calvaire”…
    Ça ne les empêche pas en sortant de continuer leurs “petites affaires”…

    Là non plus, je ne prône pas une “vengeance sociale”, je souhaite seulement que les personnes qui sont libérées ne recommencent pas.

    C’est comme les amendes infligées aux pékins ou aux banques :
    – Une amende pour pékin coûte très cher et le place souvent dans une situation financière difficile.
    – Une amende pour banque se contente simplement de lui soustraire un (tout) petit pourcentage des gains accumulés lors de l’escroquerie… Pas étonnant qu’ils recommencent ensuite sans la moindre hésitation à la premièe opportunité (sauf en Islande où les banquiers ont été embastillés et les banques “mourrues” ou nationalisées)…

    La morale de cette histoire : Nous sommes tous égaux devant la justice mais il y en a qui sont plus égaux que les autres.


  10. Spectre Le 24 janvier 2016 à 22h51
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    Effectivement, cette double peine est assez ignoble, surtout dans un pays où le racisme est encore aussi prononcé. Mais tout n’est pas perdu pour tout le monde : le lobby carcéral est très content de pouvoir envoyer au trou des Noirs à la pelle, tout est bon pour faire du pognon…

    Cela dit, objectivement, ces gens perdent-ils beaucoup à ne plus avoir le droit de vote ? Après tout, ce n’est pas comme s’il y avait foule de politiciens pour défendre leurs intérêts…


    • Amsterdammer Le 25 janvier 2016 à 18h25
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      Si les Républicains s’acharnent à les priver de leurs droit de vote, c’est bien qu’il y a une raison à cela…

      De façon générale, si tout est fait pour que les couches sociales défavorisées d’occident soient dépolitisées et ne votent pas/plus, c’est bien pour qu’ils ne se mettent pas à voter pour des partis que les merdias du système qualifieront de ‘populistes’ [c’est-à-dire, que c’est laid, défendant le peuple].

      C’est bien comme ça que les partis bourgeois peuvent accaparer le pouvoir alors même qu’ils ne défendent pas les intérêts du plus grand nombre mais seulement ceux des nantis.


  11. Astatruc Le 25 janvier 2016 à 08h13
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    Aux usa, ils ont leurs esclaves”légaux”:

    “Les détenus de Louisiane sont en majorité incarcérés dans des établissements à but lucratif, qui doivent recevoir un flux constant d’êtres humains pour éviter que ce secteur – qui pèse 182 millions de dollars [145 millions d’euros] ne périclite.”

    “Chaque détenu rapporte 24,39 dollars par jour en argent fédéral. Les shérifs les négocient comme des chevaux, se déchargeant de leurs hôtes superflus au bénéfice d’un collègue qui a des places libres. Le système carcéral de Louisiane – qui louait au XIXe siècle ses détenus pour travailler dans les plantations – a bouclé la boucle et est redevenu un secteur éminemment profitable”
    link to courrierinternational.com


  12. Andrae Le 25 janvier 2016 à 17h56
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    Entre l’annulation des droits civiques (pour divers raisons); arrangements perpetuels des districts (découpages savamment faits pour assurer le résultat X); de fermeture des bureaux de votes le jour/soir X; d’annulation de votes de personnes avec identités peu officielles; et, plus important, la fraude éléctorale éléctronique (Diebold) qui fait valser les votes pour un candidat vers un autre …. le vote des citoyens n’est qu’une mascarade, un théatre immonde et absurde, in fine, du pur spectacle auto-satisfait. Yay yay USA!

    Et même, ce sont des combines mineures (qui sont promulgées, rampantes, car comme toute corruption cela rapport du fric à certains, surtout des ‘petits’ qui ‘arrangent les affaires’..)

    Ceux qui sont élus sont choisis par les médias et d’autres derrière. Qui peut voter pour p. ex. Jill Stein quand personne a entendu parler d’elle, elle a zéro temps média? Il suffit d’exclure, le tour est joué.


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