D’abord l’article de BHL concernant Tsipras, puis l’analyse d’Acrimed…

Tchao Tsipras, par Bernard-Henri Lévy

Vladimir_Putin_and_Alexis_Tsipras_01

Au moment – lundi 29 juin – où j’écris ces lignes, nul ne sait comment tournera la crise grecque. Mais j’ai assez dit, ailleurs, la colère que m’inspire l’Europe sans âme d’aujourd’hui, sans projet digne de ce nom et infidèle à ses valeurs non moins qu’à ses pères et moments fondateurs, j’ai assez dénoncé l’aveuglement, à quelques notables exceptions près (Jacques Delors…), de la plupart des acteurs de l’époque sur les tours de passe-passe permettant, il y a quinze ans, l’entrée précipitée de la Grèce dans la zone euro, pour m’interdire de dire, aussi, les sentiments que m’inspire l’attitude, ces jours-ci, de M. Tsipras. Car que lui demandaient, à la fin des fins, et à ce stade de l’histoire, les représentants de ce que, dans une rhétorique qui n’est pas loin de celle de l’extrême droite grecque, il n’appelle jamais que « les institutions » ?

Un effort fiscal minimal, dans un pays où il serait temps d’entendre que disposer d’une administration solide, capable de lever l’impôt et de le répartir équitablement est, aux termes de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, un principe élémentaire sans lequel il n’y a pas de démocratie qui tienne.

Un relèvement à 67 ans, sauf dans les métiers à haute pénibilité, de l’âge moyen de départ à la retraite comme ce sera, à plus ou moins court terme, le cas aux Pays-Bas, au Danemark, en Grande-Bretagne, en Allemagne, autrement dit dans un grand nombre des pays dont on sollicite la solidarité des citoyens (sans même parler des Etats-Unis où il y a, actuellement, débat sur le report de 67 à… 70 ans !).

Une diminution – mais pas immédiate – d’un budget de défense qui n’est peut-être pas absurde compte tenu de la situation géostratégique du pays, mais dont on peut tout de même noter qu’il est, en pourcentage, le plus élevé de l’Union européenne et qu’il place la Grèce de Syriza au 5e rang des importateurs d’armes, juste derrière l’Inde, la Chine, la Corée et le Pakistan.
En échange de quoi M. Tsipras s’était vu offrir une nouvelle tranche d’aide de la part d’un FMI dont il a tendance à oublier qu’avant d’être une pompe à phynances à la manière d’Alfred Jarry et à sa seule disposition, il est un fonds supposé aider, aussi, le Bangladesh, l’Ukraine ou les pays d’Afrique ravagés par la misère, la guerre et l’échange inégal – et, par ailleurs, un allégement-restructuration des aides antérieures à 2011 dont chacun sait qu’elles ne seront, en réalité, pas remboursées.

Peut-être Mme Lagarde, sa bête noire avec Mme Merkel, a-t-elle mal « communiqué ».
Mais tel était l’état réel de la négociation quand il a unilatéralement choisi, ce vendredi 26 juin, de la rompre.

Et c’était, compte tenu du passif et des erreurs du passé, le mieux qui pouvait être offert par un Fonds monétaire international qui avait à décider, au même moment, l’avant-dernier décaissement des sommes promises à la Tunisie, le maintien ou non de la facilité élargie de crédit au Burundi et la révision des plans d’aide aux systèmes de santé des pays les plus frappés par le virus Ebola.

A ce plan, M. Tsipras a choisi de répondre en reprenant, là aussi, la rhétorique de l’extrême droite sur la prétendue « humiliation grecque ».

Au lieu de pointer les vrais responsables de la crise que sont, entre autres, les armateurs offshorisés ou le clergé orthodoxe défiscalisé, il a repris jusqu’à la nausée l’antienne nationale-populiste sur le méchant euro étranglant l’exemplaire démocratie.
Et il a fini, à bout d’arguments, et entre deux visites à Poutine, par concevoir cette idée de référendum qui, compte tenu du contexte, des délais et du soin pris, surtout, à obscurcir les termes de la question, ressemble moins à une juste et saine consultation populaire qu’à un chantage en bonne et due forme à l’adresse de l’Occident.

Dira-t-on que son prédécesseur social-démocrate, Georges Papandréou, n’a pas fait autre chose, au moment de la crise financière, il y a cinq ans ?

Justement non.

Car il s’agissait, pour Papandréou, de voir accepté par ses concitoyens un plan de sauvetage qu’il avait étudié, discuté, validé.

Alors qu’il s’agit, pour Tsipras, de leur faire endosser la coresponsabilité d’un naufrage dont lui, et lui seul, par un mélange d’irresponsabilité, d’esprit de système et, probablement, d’incapacité à trancher, a pris le risque historique.
On sent, derrière l’opération, la lutte de courants minable au sein de Syriza.
On devine, derrière ce coup de poker qu’il a probablement cru habile, le politicien ménageant l’aile radicale de son parti en même temps que son image, son avenir personnel, ses arrières.

Mais est-ce ainsi que l’on gouverne un grand pays ?

Et la Grèce ne mérite-t-elle pas mieux que ce démagogue pyromane s’alliant avec les néonazis d’Aube dorée pour faire avaler au Parlement son projet de plébiscite ?

C’est lui-même, Alexis Tsipras, qui avait rétorqué au président du Conseil européen, Donald Tusk, lui lançant « the game is over » dans les derniers temps de la négociation : « la pauvreté d’un peuple n’est pas un jeu ! »

Eh bien, on a envie de lui retourner le compliment et de lui rappeler qu’elle ne se joue pas non plus, cette pauvreté, au poker ou à la roulette grecque – et qu’on ne mène pas son peuple au précipice pour se sortir de l’impasse où l’on s’est soi-même enfermé.

Source : BHL, pour www.bernard-henri-levy.com, le 2 juillet 2015.

Et maintenant, la critique d’Acrimed, dont BHL dirait qu’ils sont surement nazis eux aussi 😉

Grèce : l’inévitable contribution de BHL à la propagande anti-Tsipras

Source : Martin Coutellier (avec Julien Salingue), pour Acrimed, le 3 juillet 2015.

Dans la tempête actuelle, Bernard-Henri Levy fait preuve d’une constance admirable : autant que sa force d’attraction pour les tartes à la crème, ses méthodes – mensonges, insinuations, insultes – résistent à l’épreuve du temps. À l’évidence, la crise politique actuelle en Grèce, qui excite toute l’éditocratie française [1], nécessitait toute la sagacité du philosophe milliardaire. Dans son « bloc-notes » paru le 30 juin sur le site du Point, son « analyse » subtilement titrée « Tchao Tsipras » ne nous apprend rien sur la situation de la Grèce, mais dit beaucoup de l’état de rage dans lequel cette situation le plonge.

Après avoir expliqué qu’il s’autorise à donner son avis sur l’attitude d’Alexis Tsipras parce qu’il s’est autorisé, « ailleurs », à donner son avis sur tout (« J’ai assez dit, ailleurs, la colère que m’inspire l’Europe sans âme d’aujourd’hui (…), j’ai assez dénoncé l’aveuglement, à quelques notables exceptions près (…), de la plupart des acteurs de l’époque (…) pour m’interdire de dire, aussi, les sentiments que m’inspire l’attitude, ces jours-ci, de M. Tsipras »), BHL entre dans le vif du sujet.

Mensonges

En deux courts paragraphes, BHL prétend résumer le contenu des négociations en cours entre le gouvernement grec et ses « partenaires » : on demanderait à la Grèce « un effort fiscal minimal », un relèvement de la retraite à 67 ans, et une diminution du budget de la défense ; « en échange de quoi M. Tsipras s’était vu offrir une nouvelle tranche d’aide de la part du FMI » [2], prétend l’ancien nouveau philosophe. Peu lui chaut que le FMI en question ait refusé des propositions du gouvernement grec visant à augmenter les rentrées fiscales, comme relaté – entre autres – danscet article du Monde. Peu lui chaut également que « l’offre » du FMI soit conditionnée à d’autres mesures, comme la suppression de retraites complémentaires pour les plus fragiles, et surtout que la question de la dette soit tout à fait centrale dans ces négociations (voir par exemple cet article de La Tribune). Si Bernard-Henri Lévy expose une situation compliquée de façon simpliste, c’est qu’il en ignore volontairement certains aspects cruciaux. Le philosophe à la crème ment donc au moins par omission.

Second mensonge, et pas des moindres, celui selon lequel Alexis Tsipras aurait pris la décision d’avoir recours à un référendum« entre deux visites à Poutine ». Une argutie rhétorique destinée à jeter le soupçon sur le Premier ministre grec, qui agirait donc sur ordre de Moscou. Le problème est que, là encore, BHL raconte n’importe quoi : la dernière visite d’Alexis Tsipras en Russie remonte au 19 juin, soit une semaine avant l’annonce de l’organisation du référendum et il n’y est, depuis, pas retourné. Certes, BHL finira par avoir raison la prochaine fois qu’Alexis Tsipras rencontrera Vladimir Poutine : la décision d’organiser le référendum aura été prise « entre deux visites à Poutine ». Mais quel rapport entre le référendum et les visites ? Aucun. Mais signalons tout de même à Bernard-Henri Lévy cet autre fait troublant : le vote en première lecture de la Loi Macron (février 2015) a eu lieu « entre deux visites d’Hollande à Poutine » (décembre 2014 et avril 2015). Voilà qui mériterait une enquête de l’inspecteur BHL …

Insinuations… et insultes

De longue date, Bernard-Henri Lévy a trouvé ce qui unit les gens qui ne lui plaisent pas : ils sont tous nazis ! Alexis Tsipras, lui, se contenterait dans un premier temps de « reprendre la rhétorique d’extrême droite », en appelant le FMI, la BCE et les représentants de l’UE « les institutions » et en faisant référence à « l’humiliation grecque ». On ne voit pas bien en quoi cette rhétorique est « d’extrême-droite », mais si BHL le dit… Quant aux raisons qui ont poussé Alexis Tsipras à demander un référendum, BHL « sent » et« devine » qu’elles n’ont « probablement » rien à voir avec l’inflexibilité de la Troïka : « On sent, derrière l’opération, la lutte de courants minable au sein de Syriza. On devine, derrière ce coup de poker qu’il a probablement cru habile, le politicien ménageant l’aile radicale de son parti en même temps que son image, son avenir personnel, ses arrières. » Ménager son image et son avenir personnel, voilà bien le genre de comportement que le modeste et altruiste BHL a toujours refusé.

Au total, selon Bernard-Henri Lévy, ce référendum « ressemble moins à une juste et saine consultation populaire qu’à un chantage en bonne et due forme à l’adresse de l’Occident. » Où cet Occident avec majuscule permet de sous-entendre que le gouvernement d’Alexis Tsipras, en organisant une consultation de tous les Grecs, s’en prend au fond à tous les Français, Allemands, Belges, Américains [3], etc. La Grèce exclue de « l’Occident » ? Étonnant de la part de quelqu’un qui se prétend « philosophe »… Ou alors le gouvernement grec ne fait pas partie de « l’Occident »… parce qu’il n’agit pas en conformité avec les « valeurs occidentales » ? Le référendum concernant la suite des négociations entre la Grèce et ses créanciers serait-il le dernier épisode en date du « choc des civilisations » ?

De l’autre côté de la table des négociations, le FMI devient une association philanthropique sous la plume de BHL : il s’agit « d’un fonds supposé aider, aussi, le Bangladesh, l’Ukraine ou les pays d’Afrique ravagés par la misère, la guerre et l’échange inégal », dont les versements à la Grèce sont à mettre en balance avec« l’avant-dernier décaissement des sommes promises à la Tunisie, le maintien ou non de la facilité élargie de crédit au Burundi et la révision des plans d’aide aux systèmes de santé des pays les plus frappés par le virus Ebola. » Alexis Tsipras allié objectif d’Ebola ? Il fallait oser ! Mais BHL ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît.

Sans surprise, BHL finit par franchir le pas, et passe des insinuations à l’insulte franche : Tsipras est en réalité un« démagogue pyromane s’alliant avec les néonazis d’Aube Dorée ». Mais de quelle alliance parle-t-on ? Syriza et Aube dorée auraient-ils un programme politique commun ? Évidemment, non. BHL ment et diffame en prenant prétexte du fait que le parti Aube dorée est également favorable à un référendum (et à un vote « non »). Mais s’agit-il pour autant d’une « alliance » ? Dans ce cas, on ne pourra s’empêcher de noter qu’en soutenant l’intervention française au Mali en janvier 2013, BHL s’était « allié » avec le Front national,également partisan de l’intervention. Vous avez dit amalgames ?

Mensonges, insinuations et insultes qui n’empêchent pas BHL d’asséner une grande leçon de morale politique en guise de conclusion : « on ne mène pas son peuple au précipice pour se sortir de l’impasse où l’on s’est soi-même enfermé. » Et nous le reconnaissons sans peine : la leçon serait valable si elle avait le moindre rapport avec la situation actuelle de la Grèce.

***
L’image représentant les tenanciers de nos « grands » médias, éditocrates ubiquitaires et chroniqueurs multicartes, en chiens de garde de l’ordre établi ne s’était pas donnée à voir avec autant d’éclat depuis quelque temps [4]. À lire et entendre BHL et les autres éditorialistes et chroniqueurs aboyant et écumant de rage contre le gouvernement grec sous prétexte que celui-ci a pris la décision de consulter les électeurs qui l’ont placé aux responsabilités, on ne peut que trouver l’analogie frappante de justesse.

Notes

[1] Voir nos articles « Référendum en Grèce : les éditocrates et la démocratie en 140 signes » et « Curée médiatique contre le référendum « irresponsable » d’Alexis Tsipras ».

[2] C’est nous qui soulignons.

[3] Qui oserait prétendre que les États-Unis ne font pas partie de « l’Occident » ?

[4] À n’en pas douter, et comme on peut le vérifier dans de nombreux articles publiés sur notre site (par exemple ici), ils remplissent cette fonction sans discontinuer, mais de façon plus visible dans les moments de tensions où les enjeux sont plus importants.

 

5 réponses à Grèce : l’inévitable contribution de BHL à la propagande anti-Tsipras

  1. Commander Blood Le 23 août 2015 à 01h44
    Afficher/Masquer

    Et quid de la Libye, de l’Irak,de la Serbie et de l’Afghanistan dont BHL a appelé et applaudit le bombardement OTANesque ?


  2. Koui Le 23 août 2015 à 09h44
    Afficher/Masquer

    BHl est clairement un dangereux extrémiste. Ses interventions mal argumentées ont une responsabilité directe dans des guerres d’agressions qui ont tuée des centaines de milliers de personnes, dévaste plusieurs nations et chasse des millions de gens de leurs foyer. En même temps c’est un clown pitoyable, un dandy richissime enviable, un philosophe raté au cerveau ronge par la cocaïne. Ce type est un personnage de roman, un individu marquant de la France du XXème siècle. Pardonnez les fautes de ce fou, elles ne lui appartiennent pas et il aurait pu aussi bien pu devenir grand inquisiteur maoïste si le vent avait souffle dans ce sens. Le problème c’est le vent qui le fait enfler et nous gonfler.


  3. Maheo katherine Le 23 août 2015 à 09h54
    Afficher/Masquer

    le poids que les médias et que nos hommes politiques donnent à BHL est effarant
    comment SARKOZY a t’il pu tenir compte en ce qui concerne la LYBIE de se va t’en guerre irresponsable et qui se lave les mains des conséquences de l’acte demandé
    peut ‘on agir? et se laver les mains des suites d’une guerre qui offre plus de dégâts que la solution présente
    Devons nous imposer nos vues de la démocratie partout dans le monde? de quel droit? dans des pays composés de tribus depuis des siècles? en vertu de quoi?
    possédons nous les vérités révélées?
    ou en est la Lybie ACTUELLEMENT? quelle conséquences pour l’Europe? nous le voyons chaque jour sur nos rives
    que BHL se taise ! il se plante à chaque fois , qu’il se contente de jouir d’une fortune qu’il n’a pas gagnée
    nos hommes politiques de tous bords seraient bien inspirés de lui fermer leurs portes définitivement


  4. Lysbethe Lévy Le 23 août 2015 à 09h58
    Afficher/Masquer

    BHL est fondamentalement mauvais de “l’intérieur”, c’est un homme riche, donc pédant qui se fait passer pour un intellectuel, un philosophe, écrivain, un penseur, qui userai de drogues pour avoir l’inspiration comme Baudelaire dont il a écrit une mauvaise biographie. Le type mafieux par excellence, ayant trempé dans des tas de magouilles politico-financières avec des morts sur la conscience, si toutefois il en a bien “une” ! Il n’a pas plus d’empathie qu’un vautour sur un charnier.
    D’ailleurs quelqu’un l’a appelé “le rossignol des charniers”.!.Comme son ami Kouchner il a soutenu les pires régimes, et prétendu faire dans l’humanitaire alors que tout a fini par un génocide, il devrait comme ces amis être jugé pour crimes contre la paix et crimes de guerre. Un oiseau de mauvaise augure, si il arrive pas loin de chez vous : fuyez !


  5. Bruno Le 23 août 2015 à 10h06
    Afficher/Masquer

    A croire que pour Bhl, il y a les bons nazis (Ukrainiens) et les mauvais nazis (grecs).
    Cela me rappelle le sketch des inconnus… Bhl serait il devenu un collègue humoriste de ces derniers?


Charte de modérations des commentaires