Source : Middle East Eye, le 10/02/2016

A Yemeni man poses with a national flag at a sports hall that was partially destroyed by Saudi-led air strikes in the Yemeni capital Sanaa on January 19, 2016. / AFP / MOHAMMED HUWAIS

Nafeez Ahmed

Mercredi 10 février 2016

Un câble secret et un représentant du gouvernement néerlandais confirment que la guerre menée par l’Arabie saoudite au Yémen est en partie motivée par l’illusion ambitieuse américaine d’un pipeline

Presque 3 000 civils ont été massacrés et un million déplacés lors d’un noble bombardement aérien saoudien au Yémen, couvert par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Plus de 14 millions de Yéménites font face à une insécurité alimentaire, un bond de 12% depuis juin 2015. Ce nombre inclut trois millions d’enfants souffrant de malnutrition. Dans tout le pays il y a environ 20 millions de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable.

Les forces aériennes saoudiennes ont systématiquement bombardé des infrastructures civiles en violation flagrante des règles humanitaires internationales. La fuite d’un rapport officiel de l’ONU, destiné au Conseil de Sécurité, nous apprend que les Saoudiens “ont mené des frappes aériennes visant civils et bâtiments publics… y compris des camps de réfugiés et de déplacés, des rassemblements tels que des mariages ; des véhicules, bus, zones résidentielles, services médicaux, écoles, mosquées, marchés, usines, entrepôts alimentaires et autres infrastructures civiles, dont l’aéroport de Sanaa, le port de Al Hudaydah et les axes routiers.”

Des bombes à fragmentation de fabrication américaine ont été lâchées sur des zones résidentielles – un acte dont le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a timidement admis qu’il “pourrait être assimilé à un crime de guerre.”

En d’autres mots, l’Arabie saoudite est un État voyou. Mais comprenez bien, l’Arabie saoudite est notre État voyou.

Les gouvernements américain et britannique qui fournissent à l’Arabie saoudite des armes destinées à être déversées sur des civils yéménites font semblant de ne pas être impliqués dans la guerre, de ne pas être responsables des crimes de guerre de notre allié-voyou.

Un porte-parole du ministère de la Défense britannique a insisté sur le fait que les forces engagées “ne dispensaient que des conseils techniques. Le personnel militaire britannique n’est pas directement impliqué dans les opérations menées par la coalition sous commandement saoudien.”

Mais ce sont des paroles en l’air, étant donné la récente révélation du ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, selon laquelle des militaires britanniques et américains travaillent “dans le centre de contrôle et de commandement pour les frappes aériennes saoudiennes au Yémen.”

Vraisemblablement les contribuables ne les paient pas à boire du thé toute la journée.

Non – nous les payons pour superviser la guerre aérienne. Selon le ministre des Affaires étrangères saoudien : “Nous avons des officiers britanniques et des officiers américains et des officiers d’autres pays dans notre centre de contrôle et de commandement. Ils connaissent la liste des cibles et ont une idée de ce que nous faisons ou ne faisons pas.”

Les officiers américains et britanniques ont “été en mesure d’examiner cette campagne aérienne et ont été satisfaits par ses garanties.”

De retour en avril 2015, les responsables américains étaient beaucoup plus francs à propos de cet arrangement. Le Secrétaire d’État adjoint américain Antony J. Blinken a dit lors d’une conférence de presse à Riyad que les États-Unis avaient augmenté le partage d’informations avec les Saoudiens via “une cellule conjointe de coordination” impliquant une sélection de cibles.

En tout état de cause, les dirigeants civilisés du monde libre ont une vue d’ensemble privilégiée des crimes de guerre systémiques de l’armée saoudienne au Yémen – et il semble qu’ils approuvent.

Guerre sectaire ?

Les objectifs de la coalition menée par les Saoudiens sont obscurs.

Il est largement reconnu que la guerre a principalement des dynamiques géopolitiques et sectaires. Les Saoudiens craignent que la montée des Houthis indique l’influence grandissante de l’Iran au Yémen.

Avec l’Iran actif en Syrie, en Irak et au Liban, l’Arabie saoudite voit la rébellion houthi comme une autre composante de cette stratégie d’encerclement de forces mandatées par l’Iran. Cette situation est aggravée par l’accord sur le nucléaire iranien soutenu par les É-U, accord qui ouvre la voie à l’intégration de l’Iran aux marchés mondiaux, l’ouverture de ses secteurs pétroliers et gaziers sous-développés, et sa consolidation en tant que puissance régionale.

Mais ce récit ne reflète que partiellement la situation. Quoique les contacts de l’Iran avec les Houthis sont incontestables, avant la campagne aérienne saoudienne, les Houthis ont acquis la plupart de leurs armes de deux sources : le marché noir et l’ex-président Ali Abdullah Saleh.

Les officiers de renseignement américains confirment que l’Iran a explicitement averti les Houthis de ne pas attaquer la capitale du Yémen l’année dernière. “Notre évaluation demeure que l’Iran n’exerce pas de commandement ou de contrôle sur les Houthis au Yémen,” a dit Bernadette Meehan, la porte-parole du Conseil National de Sécurité de la Maison-Blanche.

Selon l’ancien envoyé spécial des Nations-Unis au Yémen, Jamal Benomar, les frappes aériennes saoudiennes sabotent l’accord de paix imminent qui aurait conduit à une entente pour le partage de pouvoir entre les 12 groupes tribaux et politiques rivaux.

“Lorsque cette campagne a commencé, un élément important, mais passé inaperçu, est que les Yéménites étaient près de conclure un accord qui aurait institué un partage de pouvoir entre toutes les parties, y compris les Houthis,” a dit Benomar au Wall Street Journal.

Il n’était pas question alors de l’Iran. Les Saoudiens, et semble-t-il les Américains et les Britanniques, ne voulaient pas voir une véritable transition vers un Yémen démocratique.

En effet, les États-Unis sont ouvertement opposés à la démocratisation de la région du Golfe en son entier, déterminés à stabiliser le flux de pétrole du Golfe sur les marchés mondiaux.

En mars 2015, le consultant Anthony Cordesman, spécialiste de l’armée américaine et de l’OTAN du Centre d’études stratégiques et internationales basé à Washington, expliquait que : “le Yémen a une importance stratégique pour les États-Unis, comme l’est la stabilité de l’Arabie saoudite pour tous les pays du Golfe. En dépit de tous les discours sur “l’indépendance” énergétique américaine, la réalité reste bien différente. L’augmentation des carburants dérivés du pétrole et alternatifs en dehors du Golfe n’a pas modifié son importance stratégique pour l’économie américaine et mondiale… Le Yémen n’a pas la même importance stratégique que le Golfe, mais il est toujours d’une grande importance pour la stabilité de l’Arabie saoudite et de la péninsule arabique.”

En d’autres termes, la guerre au Yémen a pour objectif de protéger pour l’Occident son principal État voyou du Golfe, pour que le pétrole continue de couler à flots. Cordesman continue en notant : “Le territoire du Yémen et ses îles joue un rôle crucial dans la sécurité d’un autre point de passage obligé à l’extrémité du sud-est de la mer rouge appelé le Bab el-Mandab ou porte des lamentations.”

Le détroit de Bab el-Mandeb est “un passage obligé entre la corne de l’Afrique et le Moyen-Orient, et c’est une connexion stratégique entre la mer méditerranée et l’océan Indien,” transportant plus d’exportations du golfe Persique que le canal de Suez et l’oléoduc Suez-Méditerranée (SUMED).

“Toute présence maritime ou aérienne hostile au Yémen pourrait menacer l’ensemble du trafic par le canal de Suez,” ajoute Cordesman, “de même qu’un débit journalier de pétrole et produits pétroliers que l’EIA [Département de l’Énergie des États-Unis] estime avoir augmenté de 2,9 millions de barils par jour à 3,8 en 2013”.

Le rêve de l’oléoduc yéménite

Mais il existe ici un objectif subsidiaire, reconnu en privé par les officiels occidentaux, mais non discuté en public : le Yémen a encore un potentiel inexploité pour fournir un ensemble alternatif de routes de transbordement pétrolier et gazier pour les exportations du pétrole saoudien, contournant l’Iran et le détroit d’Ormuz.

La réalité des ambitions du Royaume sur ce sujet a été mise à nu dans un câble secret du Département d’État de 2008 obtenu par Wikileaks, de l’ambassade américaine au Yémen à destination du Secrétaire d’État :

“Un diplomate britannique basé au Yémen a dit à PolOff (agent politique de l’ambassade américaine) que l’Arabie saoudite avait un intérêt à construire un oléoduc, qu’elle détiendrait exclusivement, exploité et protégé par l’Arabie saoudite, depuis Hadramaout jusqu’à un port du Golfe d’Aden, en contournant ainsi le golfe Arabique/golfe persique et le détroit d’Ormuz.

“Saleh s’y est toujours opposé. Le diplomate soutenait que l’Arabie saoudite, par le soutien des dirigeants militaires yéménites, en payant la loyauté des cheikhs et par d’autres moyens, était en train de se positionner pour s’assurer qu’elle obtiendrait, à bon prix, les droits pour cet oléoduc du successeur de Saleh.”

En effet, le gouvernorat d’Hadramaout à l’Est du Yémen a curieusement été épargné par les bombardements saoudiens. La province, la plus large du Yémen, contient le plus gros des ressources pétrolières et gazières restantes du Yémen.

“L’intérêt primordial porté par le Royaume à ce gouvernorat résulte de la possible construction d’un oléoduc. Un tel oléoduc a longtemps été un rêve pour le gouvernement d’Arabie saoudite,” observe Michael Horton, un analyste principal du Yémen à la fondation Jamestown. “Un oléoduc passant par Hadramaout donnerait à l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe un accès direct au golfe d’Aden et de l’océan Indien ; cela leur permettrait de contourner le détroit d’Ormuz, un point de passage obligatoire qui pourrait être, au moins temporairement, bloqué par l’Iran dans un futur conflit. La perspective de sécuriser une route pour un futur oléoduc passant par Hadramaout figure probablement une stratégie globale à long terme de l’Arabie saoudite au Yémen.”

Cacher la connexion de l’oléoduc

Les officiels occidentaux sont soucieux d’éviter une prise de conscience publique de la géopolitique énergétique derrière l’escalade du conflit.

L’année dernière, une analyse sans concession sur ces questions était postée sur le blog personnel de Joke Buringa le 2 juin 2015, une conseillère supérieure sur la sécurité et l’État de droit au Yémen au ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas.

“La peur d’un blocage par l’Iran du détroit d’Ormuz, et les possibles désastreux résultats sur l’économie mondiale, ont existé depuis des années,” écrivait-elle dans l’article, titré “Diviser pour mieux régner : l’Arabie Saoudite, le pétrole et le Yémen.” “Les États-Unis mettent par conséquent la pression sur les pays du Golfe pour mettre en place des alternatives. En 2007 l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, Oman et le Yémen ont conjointement créé le projet de l’oléoduc pétrolier Trans-arabique. Les nouveaux oléoducs devaient être construits depuis la ville saoudienne de Ras Tanura dans le Golfe persique et les Émirats Arabes Unis vers le Golfe d’Oman (une canalisation vers l’Émirat Fujaïrah et deux canalisations vers Oman) et vers le Golfe d’Aden (deux canalisations vers le Yémen).”

En 2012, la connexion entre Abou Dhabi et Fujaïrah, à l’intérieur des Émirats Arabes Unis, est devenue opérationnelle. Entre-temps, l’Iran et Oman avancent dans la signature d’un accord pour leur propre oléoduc. “La défiance vis-à-vis des intentions d’Oman ont augmenté l’attractivité de l’option Hadramaout au Yémen, un vieux désir de l’Arabie saoudite,” écrivait Buringa.

Le président Saleh, toutefois, était un obstacle majeur aux ambitions saoudiennes. Selon Buringa, il “s’opposait à la construction d’un oléoduc sous contrôle saoudien sur le territoire yéménite. Durant de nombreuses années les Saoudiens ont investi sur les leaders tribaux dans l’espoir de réaliser ce projet avec le successeur de Saleh. En 2011 les soulèvements populaires des manifestants appelant à la démocratie ont contrarié ces plans.”

Buringa est la seule haute responsable d’un gouvernement occidental à avoir abordé cette question publiquement. Mais lorsque je l’ai contactée pour un entretien le 1er février, quatre jours plus tard j’ai reçu une réponse de Roel van der Meij, un porte-parole des affaires générales au ministère des Affaires étrangères du gouvernement hollandais : “Mme Joke Buringa m’a demandé de vous informer qu’elle n’est pas disponible pour un entretien.”

Le blog de Buringa – préalablement accessible à www.jokeburinga.com – avait entretemps été complètement supprimé.

Une version archivée de son article sur la géopolitique énergétique de la guerre saoudienne au Yémen est disponible sur la Wayback Machine.

J’ai demandé à Buringa et van der Meij pourquoi le blog de Buringa avait été complètement supprimé si rapidement après que j’ai envoyé ma demande d’entretien, et si elle avait été forcée à le faire sous la pression du gouvernement pour protéger les relations hollandaises avec l’Arabie saoudite.

Dans un email, Buringa a nié avoir été forcé par le ministère des Affaires étrangères hollandais à effacer son blog : “Désolée de vous décevoir, mais je n’ai pas subi de pressions du ministère. La mise en page du blog me dérangeait depuis le début et je désirais le changer depuis des mois… Votre question m’a rappelé que je voulais changer mon site et repenser ce que je veux en faire. Ni voyez rien de plus ici.”

Cependant, le porte-parole aux affaires générales du gouvernement hollandais, van der Meij, n’a pas répondu à de multiples emails et demandes téléphoniques pour un commentaire concernant la suppression du blog.

Beaucoup de firmes hollandaises sont actives dans la conduite d’investissements conjoints au royaume, comprenant la principale compagnie anglo-hollandaise Shell. En raison de la position des Pays-Bas comme un passage vers l’Europe, deux multinationales saoudiennes – la firme pétrolière nationale Aramco et le géant des pétrochimiques SABIC – ont leur siège européen à La Haye et Sittard, tous deux aux Pays-Bas. Les exportations hollandaises vers l’Arabie saoudite ont également nettement augmenté ces dernières années, avec une hausse de 25% entre 2006 et 2010.

En 2013, l’Arabie saoudite a exporté un peu moins de 34 milliards d’euros (38,5 milliards de dollars) de combustibles fossiles vers les Pays-Bas, et importé des Pays-Bas un peu plus de 8 milliards d’euros (9 milliards de dollars) de machines et matériel de transport, 4,8 milliards d’euros (5,4 milliards de dollars) de produits chimiques, et 3,7 milliards d’euros (4,2 milliards de dollars) de denrées alimentaires et d’animaux.

L’alliance saoudienne avec al-Qaïda

Parmi les premiers bénéficiaires de la stratégie saoudienne au Yémen il y a al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), le même groupe qui a revendiqué le massacre de Charlie Hebdo à Paris.

“Le gouvernorat de l’Hadramaout est une des rares zones où la coalition conduite par les Saoudiens n’a effectué aucune frappe aérienne,” notait Buringa. “Le port et l’aéroport international d’al Mukalla sont en bon état et sous le contrôle d’al-Qaïda. De plus, l’Arabie saoudite a livré des armes à al-Qaïda, qui étend sa sphère d’influence.”

L’alliance saoudienne avec les terroristes affiliés à al-Qaïda au Yémen a été mise en lumière en juin dernier lorsque le gouvernement “de transition” d’Abd Rubbuh Mansour Hadi, soutenu par les Saoudiens a détaché un représentant à Genève comme officiel délégué aux négociations avec l’ONU.

Il s’est avéré que le représentant n’était autre qu’Abdulwahab Humayqani, identifié comme un “terroriste mondial spécifiquement désigné” en 2013 par le Trésor américain pour le recrutement et le financement d’AQPA. Humayqani aurait été derrière l’attaque à la voiture piégée d’al-Qaïda qui a tué sept personnes sur une base de la garde républicaine yéménite en 2012.

D’autres analystes sont d’accord. Comme Michael Horton commente dans le Terrorism Monitor de la fondation Jamestown : “L’AQPA peut également bénéficier du fait qu’il pourrait bien être vu comme un intermédiaire utile par l’Arabie saoudite dans sa guerre contre les Houthis. L’Arabie saoudite et ses alliés arment de nombreuses milices disparates dans le sud du Yémen. Il est presque certain qu’une partie, si ce n’est plus, du financement et matériel arrivera jusqu’à l’AQPA et assez probablement à l’État Islamique.”

Alors qu’ils claironnent la guerre contre l’État Islamique en Irak et en Syrie, l’Occident ouvre la voie à une résurgence d’al-Qaïda et de l’État Islamique au Yémen.

“L’Arabie saoudite ne veut pas d’un pays fort et démocratique de l’autre côté de la frontière de plus de 1500 kilomètres de long qui sépare les deux pays (Arabie saoudite et Yémen),” remarquait la représentante du ministère des Affaires étrangères hollandais dans son article maintenant censuré. Ni, il semble, les États-Unis et le Royaume-Uni. Elle ajoutait: “Ces oléoducs vers Mukalla y arriveront probablement finalement.”

Ils n’y arriveront probablement pas – mais il y aura encore un retour de flamme.

Le Dr Nafeez Ahmed est journaliste d’investigation, expert en sécurité internationale et auteur à succès qui suit ce qu’il appelle la « crise de la civilisation. » Il est lauréat du prix Project Censored pour son travail exceptionnel d’investigation journalistique au Guardian sur l’interaction de crises écologiques, énergétiques et économiques mondiales avec la géopolitique et les conflits régionaux. Il a aussi écrit pour The Independent, le Sydney Morning Herald, The Age, The Scotsman, Foreign Policy, The Atlantic, Quartz, Prospect, New Statesman, Le Monde diplomatique, New Internationalist. Son travail sur les causes fondamentales et les opérations clandestines liées au terrorisme international a été une contribution officielle à la Commission du 11 septembre et à l’enquête médico-légale des attentats du 7 juillet.

Photo : Un Yéménite pose avec un drapeau national dans une salle de sports partiellement détruite par des frappes aériennes dirigées par les Saoudiens dans la capitale yéménite Sanaa le 19 janvier 2016 (AFP).

Source : Middle East Eye, le 10/02/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

10 réponses à La guerre saoudienne pour l’oléoduc du Yémen renforce al-Qaïda, par Nafeez Ahmed

Commentaires recommandés

Spectre Le 01 mars 2016 à 02h03

Étrangement, cette guerre au Yémen et les “bavures” commises rencontrent beaucoup moins d’échos dans la presse que l’intervention russe. On se demande bien pourquoi. Comme le faisait remarquer avec esprit cette députée allemande à propos du conflit syrien, il doit être plus agréable de crever sous certaines bombes que d’autres : link to youtube.com

S’éveillant d’une longue léthargie, le Parlement européen a réclamé la semaine dernière un embargo sur les livraisons d’armes à l’Arabie Saoudite. On attend avec impatience la réaction du Premier sinistre lorsque les coupeurs de tête modérés viendront dans quelques jours discuter gros sous ; entre les “valeurs de la République” et les milliards de contrats, le dilemme s’annonce cornélien.

Bien sûr, au lieu de demander des comptes (les Saoudiens sont les premiers clients de la France depuis des années), les “journalistes” au garde-à-vous se contenteront de faire la com’ des VRP cyniques qui nous dirigent : X milliards de contrats obtenus ! Record battu, accord historique ! Pauvre France prostituée au pognon sale des parrains du djihad…

  1. Bouddha Vert Le 01 mars 2016 à 01h28
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    Pour continuer sur le mode stratégique et froid, on peut ajouter qu’une petite guerre dans le quartier permettrait de relancer le prix du pétrole et éponger les gigantesques dettes qu’accumulent les acteurs états-uniens du “shale gas et oil”!

    Car il semble que les décideurs de notre monde ne soient pas à une monstruosité près!

    merci pour votre travail d’information.


  2. Spectre Le 01 mars 2016 à 02h03
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    Étrangement, cette guerre au Yémen et les “bavures” commises rencontrent beaucoup moins d’échos dans la presse que l’intervention russe. On se demande bien pourquoi. Comme le faisait remarquer avec esprit cette députée allemande à propos du conflit syrien, il doit être plus agréable de crever sous certaines bombes que d’autres : link to youtube.com

    S’éveillant d’une longue léthargie, le Parlement européen a réclamé la semaine dernière un embargo sur les livraisons d’armes à l’Arabie Saoudite. On attend avec impatience la réaction du Premier sinistre lorsque les coupeurs de tête modérés viendront dans quelques jours discuter gros sous ; entre les “valeurs de la République” et les milliards de contrats, le dilemme s’annonce cornélien.

    Bien sûr, au lieu de demander des comptes (les Saoudiens sont les premiers clients de la France depuis des années), les “journalistes” au garde-à-vous se contenteront de faire la com’ des VRP cyniques qui nous dirigent : X milliards de contrats obtenus ! Record battu, accord historique ! Pauvre France prostituée au pognon sale des parrains du djihad…


  3. Homère d'Allore Le 01 mars 2016 à 08h07
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    Pourquoi un oléoduc passant par le Yémen ? Les champs pétrolifères séoudiens sont à l’est du Royaume ! Il est bien plus logique de trouver un accord avec Oman qui est un pays stable.

    J’avoue ne pas comprendre “la défiance vis à vis d’Oman” que prête Nafeez Ahmed aux Séoud. Oman certes, est ibadiste et pas wahabbite mais sur ce genre de questions, on se réconcilie vite devant un gros sac d’or, seul Dieu visible, comme l’écrivait Shakespeare.


    • Manant Le 01 mars 2016 à 13h00
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      Oman n’est pas aligné sur Ryad et a toujours mené une politique indépendante, préférant une coordination avec l’Iran, de l’autre côté du détroit d’Ormuz, qu’avec Ryad qui a de claires visées hégémoniques sur ses voisins du Conseil de coopération du Golfe. Oman est une sorte de Suisse. C’est là que les négociations secrètes entre les E.U. et l’Iran ont commencé pour paver la voie à l’accord sur le nucléaire. Il faut garder à l’esprit que les monarchies de la péninsule sont d’origine tribales, ce qui empêche tout rassemblement et même toute solidarité entre elles, depuis la nuit des temps. mais les tribus peuvent être forcées à se fédérer sous la férule d’une puissance hégémonique extérieure. C’était le cas avant l’Islam, quand certaines tribus faisaient allégeance au pouvoir central perse, tandis que d’autres préféraient, via la Syrie, la férule romaine. Ajoutez à cela le fait que, Oman, comme les Yémen, sont des entités politiques millénaires, tandis que les autres, Saoudie comprise, sont des créations récentes de l’impérialisme britannique et continuent, à ce titre, à servir fidèlement leurs protecteurs occidentaux.


  4. gotoul Le 01 mars 2016 à 14h43
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    Pourquoi pas des oléoducs via Israël, autre allié des USA dans la région ? Ça réglerait aussi le problème de l’oléoduc potentiel via la Syrie.


  5. Odile Le 01 mars 2016 à 18h05
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    Décidément très intéressant ce Nafeez Ahmed. Je me souviens encore de l’excellent papier que vous avez publié de lui en automne dernier et qui s’intitulait ” ce n’est pas ainsi que l’on détruira l’état islamique”. Merci pour ce nouveau partage!


  6. Ailleret Le 01 mars 2016 à 19h14
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    Encore une guerre de l’Occident, par procuration, par le truchement de “notre État voyou” l’Arabie saoudite… Des milliers de morts, une économie sinistrée pour assurer (pardon, “sécuriser”) l’approvisionnement de l’Amérique en pétrole… Et aucune analyse critique dans nos médias, naturellement. Il y a un an, on avait beaucoup moins parlé de l’attentat perpétré contre des Chiites au Yémen (plus de cent morts) que d’un attentat moins meurtrier commis au musée du Bardo à Tunis. Mais voilà, la Tunisie, c’est nos vacances, c’est le sacro-saint “printemps arabe”, alors que le Yémen, les Chiites, on s’en fout…


  7. Pampita Le 01 mars 2016 à 19h52
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    Bof…
    Autant je suis amplement d’accord sur le fait que l’Arabie saoudite soit un Etat voyou qui va même jusqu’à s’allier avec Al Qaeda, autant cette histoire d’oléoduc ne tient pas vraiment debout. La dictature médiévale des Seoud a 1 000 km de côtes sur la Mer rouge pour exporter directement son brut. Ne serait-il pas plus simple d’y faire aboutir un pipeline ?
    Par ailleurs, il y a également la possibilité omanaise (même si Oman a une politique relativement indépendante) ou, plus simplement, l’Est du Yémen qui n’est pas et ne sera jamais occupé par les Houthis.


  8. Bruno Le 02 mars 2016 à 23h21
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    Mais la France est au côté de l’Arabie Saoudite dans ce conflit. Notre ex-ministre des affaires étrangères, candidat au nobel de la paix, l’a déclaré en avril 2015. link to beerblogsite.wordpress.com


  9. Farah Le 06 mars 2016 à 09h08
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    Il y a peut être un peu de ci et un peu de ça mais il y a surtout une volonté évidente de massacrer la population Yéménite comme si quelqu’un cherchait à réduire de façon durable et drastique une démographie devenue insoutenable (destruction de toutes les infrastructures civiles, embargo totale sur tout mais surtout sur les produits de premières nécessités et livraison massive des armes aux “coupeurs de têtes” professionnels (étrangers) et amateurs (locaux). On a l’impression de revivre dans l’Irak des années 90 un peu comme ci les arabes avaient décidé cette fois-ci d’aller chez le coiffeur au lieu de se laisser tondre par d’autres (disons plutôt ce sont les séoud qui ont décidé de sévir encore et servir la même sauce mais à la mode bédouine cette fois-ci)

    NB: En janvier 2004, en ayant à l’esprit les attendus du projet américain de « Grand Moyen-Orient », le président yéménite Ali Abdalleh Saleh enjoignait alors ses homologues arabes “aller chez le coiffeur au lieu de se laisser tondre par d’autres”


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