Début d’une grande série Histoire aujourd’hui (qu’on peut d’ailleurs relier à l’actualité) : les réparations financières allemandes liées à la première guerre mondiale, et leurs conséquences…

  1. Le Traité de Versailles
  2. L’occupation de la Ruhr
  3. L’hyperinflation allemande de 1923
  4. Les défauts des années 1930
  5. Le montant réellement payé par l’Allemagne

Le traité de Versailles de 1919

Tout d’abord, je vous propose une version complète du traité de Versailles (cliquez sur l’image ou le lien) :

Téléchargez ici le traité de Versailles en pdf  (version en ligne ici)

Rappelons que ce traité de paix entre l’Allemagne et les Alliés à été signé le 28 juin 1919 à Versailles :

  • commémorant le 28 juin 1914, date de l’attentat de Sarajevo, cause de l’ultimatum austro-hongrois adressé à la Serbie, dont le refus a déclenché la Première Guerre mondiale ;
  • et effaçant symboliquement l’humiliation de la défaite française lors de la guerre franco-allemande de 1870 – vu que c’est dans la même galerie des Glaces, au château de Versailles, qu’avait eu lieu la proclamation de l’Empire allemand, le 18 janvier 1871.

Pour l’anecdote, l’original a été perdu durant la seconde guerre mondiale…

Il prévoit de nombreuses dispositions territoriales, militaires et économiques – que vous pouvez consulter ici sur Wikipédia.

Occupation de la Ruhr par la France en 1923 Ruhrbesetzung

 

Occupation de la Ruhr par la France en 1923 Ruhrbesetzung

Elles sont prises sur le fondement de l’article 231, qui a causé tant de problèmes par la suite, étant en effet assez rude (la Russie tsariste n’a pas été non plus que blanche dans cette affaire…)  :

Article 231.

Les Gouvernements alliés et associés déclarent et l’Allemagne reconnaît que l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les Gouvernements alliés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre, qui leur a été imposée par l’agression de l’Allemagne et de ses alliés.

En conséquence, le traité prévoit :

Article 232.

Les Gouvernements alliés et associés reconnaissent que les ressources de l’Allemagne ne sont pas suffisantes en tenant compte de la diminution permanente de ces ressources qui résulte des autres dispositions du présent traité, pour assurer complète réparation de toutes ces pertes et de tous ces dommages.

Les Gouvernements alliés et associés exigent toutefois, et l’Allemagne en prend l’engagement, que soient réparés tous les dommages causés à la population civile de chacune des puissances alliées et associées et à ses biens pendant la période où cette puissance a été en état de belligérance avec l’Allemagne […]

Article 233.

Le montant desdits dommages, pour lesquels réparation est due par l’Allemagne, sera fixé par une commission interalliée qui prendra le titre de commission des réparations […] .

Les conclusions de cette commission, en ce qui concerne le montant des dommages déterminés ci-dessus, seront rédigées et notifiées au Gouvernement allemand le 1er mai 1921 au plus tard, comme représentant le total de ses obligations.

La commission établira concurremment un état de payements en prévoyant les époques et les modalités de l’acquittement par l’Allemagne de l’intégralité de sa dette dans une période de trente ans, à dater du 1er mai 1921. Au cas cependant où, au cours de ladite période, l’Allemagne manquerait à l’acquittement de sa dette, le règlement de tout solde restant impayé pourra être reporté aux années suivantes, à la volonté de la commission, ou pourra faire l’objet d’un traitement différent, dans telles conditions que détermineront les Gouvernements alliés et associés, agissant suivant la procédure prévue à la présente partie du présent traité.

Article 235

Afin de permettre aux puissances alliées et associées d’entreprendre dès maintenant la restauration de leur vie industrielle et économique, en attendant la fixation définitive du montant de leurs réclamations, l’Allemagne payera, pendant les années 1919 et 1920 et les quatre premiers mois de 1921, en autant de versements et suivant telles modalités (en or, en marchandises, en navires, en valeurs ou autrement} que la commission des réparations pourra fixer, l’équivalent de 20.000.000.000 (vingt milliards) marks-or à valoir sur les créances ci-dessus ; sur cette somme les frais de l’armée d’occupation après l’armistice du 11 novembre 1918 seront d’abord payés, et telles quantités de produits alimentaires et de matières premières, qui pourront être jugées, par les Gouvernements des principales puissances alliées et associées, nécessaires pour permettre à l’Allemagne de faire face à son obligation de réparer, pourront aussi, avec l’approbation desdits Gouvernements, être payées par imputation sur ladite somme. Le solde viendra en déduction des sommes dues par l’Allemagne à titre de réparations.

John Maynard Keynes était le représentant officiel du Trésor anglais à la conférence de paix de Paris, avant d’en démissionner.  Il écrivit, en 1919, un ouvrage basé sur ses objections Les Conséquences économiques de la paix. Il ajouta qu’il croyait « que la campagne pour faire payer l’Allemagne, l’ensemble des frais de la guerre était l’un des actes les plus graves manquant de sagesse politique que nos hommes d’État eut déjà été responsable » et qualifia le traité de « paix carthaginoise » qui affecterait économiquement toute l’Europe ». Keynes déclara que les sommes des réparations du traité « dépassaient généralement la capacité de l’Allemagne » à payer et affirma que 10 milliards de dollars était le « chiffre maximal » (environ 40 Milliards de marks-or), mais même alors, il ne « croyait pas que [l’Allemagne pouvait] payer autant »

honte noire schwarze schmach Occupation de la Ruhr par la France en 1923 Ruhrbesetzung

honte noire schwarze schmach Occupation de la Ruhr par la France en 1923 Ruhrbesetzung

Le mythe du “coup de poignard dans le dos”

L’évaluation des dommages : 1919-1921

La constitution de Weimar fut adoptée ne 1920. Rompant avec la tradition de décentralisation de l’Allemagne impériale, elle concentrait les pouvoirs fiscaux entre les mains du gouvernement central. Les nouveaux barèmes élargissaient l’assiette fiscale et prévoyaient des taux d’imposition nettement plus élevés que par le passé.

Si ceci a été possible, c’est que les Allemands pensaient que le coût des réparations serait élevé, mais supportable. Ils tablaient sur un montant équivalent à l’indemnité française de 1871, additionnée d’une fraction de la dette interalliée – espérant que les États-Unis annuleraient une grande partie de cette dette. Il tablaient donc sur 20 milliards de marks-or, et on fait une première offre de 10-15 MdMo. Mais les alliés étaient bien loin de ce chiffre…

L’évaluation de la réparation des dommages posait évidemment de gros problèmes.

Le ministre français des Régions Libérées d’alors, Charles Reibel, indiqua dans un rapport, que la France avait à reconstruire 280 147 maisons et 4084 établissements industriels, à réparer 422 736 maisons, 53 976 km de routes et 1112 km de voies navigables en plus d’avoir à remettre en valeur 3337000 hectares de terres de culture. Les coûts reliés à ce nécessaire effort de reconstruction, en plus des pensions à verser aux Français victimes de la guerre, étaient estimés à 170 milliards de marks-or.

On a ici une évaluation générale desdits dommages (Vogelgsang, 2014) :

On arrive ainsi à un coût de 145 Md$ pour les alliés – soit environ 600 milliards de marks-or. On note aussi les 63 Md$ pur les empires centraux.

Lors des conférences préparatoires de San-Rémo, Lympne, Boulogne, Bruxelles permirent d’avancer. L’idée d’un paiement fixe minimal annuel en marks-or prit forme.

La conférence de Spa fit alors suite en 1920 au traité de Versailles « pour discuter l’application pratique du chapitre des réparations ». On y décida de la répartition des réparations – non encore fixées. Les indemnités de guerre seraient ainsi versés à :

  • 52 % à la France,
  • 22 % au Royaume-Uni,
  • 10 % à l’Italie
  •   8 % à la Belgique
  •   0,75 % au Portugal
  •   0,75 % au Japon
  •   6,5 % à la Grèce, Roumanie, et aux autres pays.

Lors de la conférence, les Français estiment que le montant total des dommages subis par les Alliés s’élève à 226 milliards de marks-or, chiffre refusé par l’Allemagne. En conséquence, la France occupa le 8 mars 1921 Dusseldorf, Duisburg et Ruhrort.

Lors de la conférence de Londres de mars 1921, les Allemands estimèrent que leur pays pourrait payer 50 milliards de marks-or, pour eux 20 ayant déjà été versés à cette date.

La Conférence de Londres d’avril-mai 1921

La commission des réparations ne l’entendait évidemment pas de cette oreille…

En février 1921, elle consolida les demandes des Alliés :

On arrivait à 213 MdMo (milliards de marks-or).

Ceci étant, elle se rendit compte que les demandes de la Roumanie, de l’Italie et d’autres pays étaient irréalistes.

Elle prit donc le chiffre France+Royaume-Uni+Belgique, soit 144,3 MdMo, et utilisa une bonne vieille règle de trois, vu que ces pays avaient 82 % de la créance d’après les accords de Spa. Elle arriva à 176 MdMo :

De nouveau réunis à Londres, en avril 1921, les Alliés eurent une discussion de marchands de tapis à propos du montant total des dommages de guerre (Vogelgsang, 2014) :

  • les Français les estimaient entre 150 et 180 MdMo
  • les Belges entre 130 MdMo et 150 MdMo
  • les Britaniques entre 105 et 125 MdMo
  • les Italiens à 175 MdMo

Finalement, la commission se fixa sur un compromis suggéré par les Belges, et fixa la facture à 132 milliards de marks-or. le 27 avril 1921.

Les Alliés lancèrent alors un ultimatum à l’Allemagne le 5 mai :

  • l’Allemagne devrait payer ces 132 MdMo + la dette belge aux alliés ;
  • elle devrait payer tous les ans 2 MdMo + 25 % du montant de ses exportations ;
  • elle devrait payer 1 MdMo sous 25 jours. rappelons que selon le traité de Versailles, elle aurait déjà du payer à cette date 20 MdMo, alors qu’elle n’en avait réglé que 8, selon la Commission.
  • elle devrait émettre pour cela des obligations de 3 types :
    • 12 MdMo de série A, au taux de 6 % par an, dès juillet 1921, correspondant à l’indemnité de base ;
    • 38 MdMo de série B, au taux de 6 % par an, dès novembre 1921, correspondant aux dettes interalliées ;
    • 82 MdMo de série C, sans coupon tant que les séries A et B n’auraient pas été remboursées.

Grosse précision, la série C ne serait honorée que si la Commission le juge possible en fonction des capacités de l’Allemagne.

En fait, ceci a fait dire à certains historiens, comme Sally Marks, que ces bons C étaient “chimériques”, que les 50 MdMo des séries A+B correspondaient à l’estimation que les Alliés faisaient de la capacité réelle de l’Allemagne à payer. Ces obligations fictives visaient à tromper l’opinion pour lui faire croire que les 132 MdMo seraient bien payés… Le montant réel des réparations était donc de 50 MdMo.

On peut rapprocher ce montant de l’indemnité due par la France en 1871 : 5 milliards de francs-or, à payer en 3 ans, soit 4 milliards de marks-or. Le montant facial du traité de Versailles était donc 33 fois plus élevé que l’indemnité de 1871, et 12,5 fois plus en pratique. L’indemnité de base, hors prêts interalliés, était égale à 4 fois celle de 1871.

Les difficultés de paiement

Au vu du montant astronomique des réparations, il y eu un début de révolte fiscale en Allemagne, l’État n’arrivant plus à faire rentrer correctement les impôts – et n’acceptant pas en pratique les paiements attendus des réparations. Il s’en suivit un financement par la Banque centrale, déclenchant une poussée d’inflation, qui a paralysé le système financier dont dépendait le transfert régulier des réparations.

Quand la Banque centrale faisait les fins, moyens puis débuts de mois de l’État… (Orléan)

L’été 1921, l’Allemagne paya le milliard convenu – principalement car ses postes de douane et la région de Düsseldorf était sous occupation alliée depuis le mois de mars.

Par la suite, l’Allemagne paya une petite partie de l’indemnité due en novembre 1921, puis effectua quelques autres petits paiements début 1922, puis cessa ses paiements en espèces, demandant un moratoire de deux ans et demi. Elle continua à réaliser des versements en nature (charbon, machines…), mais ils ne correspondaient jamais entièrement à ses engagements.

À ce moment, l’Allemagne entrait dans une spirale de dépréciation du mark. Les Allemands arguaient que c’était le montant des réparations qui détruisait leur monnaie, alors que les experts français et britanniques s’accordaient pour expliquer que l’Allemagne ruinait délibérément le mark, en partie pour éviter de douloureuses réformes budgétaires et monétaires, mais principalement pour échapper aux réparations.

La plupart des historiens estiment désormais que les experts alliés avaient raison ; en effet, l’inflation a commencé à surgir entre l’été 1921 et la fin 1922, alors que Allemagne payait très peu en réparations. De même, une période de basse inflation a accompagné la fin des années 1920, période où les plus forts paiements ont été effectués – les Allemands avançant même dans les années 1930 que les réparations causaient de la déflation… En fait, les archives de la chancellerie pour 1922 et 1923 montrent que les leaders allemands ont choisi de différer des reformes fiscales et monétaires pour obtenir une réduction substantielle des réparations. [Marks, 1973]

Le 16 avril 1922 fut signé en Italie le Traité de Rapallo entre l’Allemagne et l’URSS – deux pays placés jusque-là en “quarantaine diplomatique”. Traité par lequel ces pays renoncent aux réparations de guerre qu’ils se doivent l’une à l’autre, et rétablissent des relations diplomatiques et commerciales. Ce traité créa une psychose sécuritaire en France, ramenant la question rhénane au premier plan.

Les délégations allemande et soviétique à Rapallo

En réponse aux difficultés de paiement, la Commission des Réparations déclara le 22 décembre 1922 l’Allemagne en défaut pour ses livraisons de bois, puis le 9 janvier 1923 pour ses livraisons de charbon. Dans ce dernier vote, elle vota l’occupation de la Ruhr sous la pression française (France, Belgique, Italie votant pour – le Royaume-uni votant contre).

Dans notre prochain billet, nous nous intéresserons à l’occupation de la Ruhr

23 réponses à [Réparations 1] Les réparations allemandes de la première guerre mondiale

Commentaires recommandés

Myriam Le 26 octobre 2015 à 07h28

Oui très bon article

Bien entendu on attend la suite de l’histoire : les plans Dawes et Young qui permirent à l’Allemagne de faire payer ses dettes par le souscripteur américains/anglais etc …

Ainsi que le financement de l’ascencion d’Hitler et de l’appareil de guerre nazi par Wallstreet (et surtout la FED la réserve fédérale– qui n’est …ni fédérale ni américaine et encore moins publique !)

Mais chuuuuuuuut ! Faut pas mettre trop son nez la dedans, déjà cela sent gravement [edition modérateur] mauvais [end], et le pot en rose serait enfin découvert sur les agissants principaux des guerres et des crises !

  1. Grégory Le 28 septembre 2015 à 01h47
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    Très intéressant mais il faudrait vraiment donner les sources: quels historiens au juste ?


  2. Patrick Luder Le 26 octobre 2015 à 06h57
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    Merci pour cette reprise de conscience. Une guerre est aussi une affaire administrative et financière. Dégâts matériels mais aussi comptage des morts (militaires et civiles) … la guerre est souvent l’occasion de tirer un trait sur les dettes passées et nos accords actuels sont bien là pour le rappeler. Lisez vos contrats d’assurances ou ceux de vos comptes bancaires et n’essayez même pas de penser un instant que les mentions du guerre ou dégâts nucléaires ne sont là que pour faire beau dans le paysage …


  3. Philippe30 Le 26 octobre 2015 à 07h10
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    Les allemands n’ont jamais été prompts à rembourser leur dette de guerre.
    La mauvaise volonté de rembourser suite au traité de Versailles est montré dans cet article comme l’excès des montants stipulés p


  4. couci couça Le 26 octobre 2015 à 07h51
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    Article relativement complet .
    En 1916/1917 les parties engagées dans le conflit savaient que la victoire d’un camp n’était pas possible .
    D’où des pourparlers de paix dans l’air .
    Le camp des jusqu’aux boutistes l’a remporté car déjà se posait le problème des réparations aux vues es destructions et de victimes à l’ouest : il s’agissait alors de remporter une victoire et un armistice sans condition pour imposer à la partie vaincue ces indemnités .
    C’est à dire des centaines de milliers de victimes en plus et la politique de la terre brûlée pratiquée par l’Allemagne au fur et à mesure de son retrait .(la même d’ailleurs pratiquée en 45 dans les pays occupés à l’est comme à l’ouest): territoires dévastés , usines détruites, villes, villages , mines noyées etc etc …)
    L’article évoque le sabotage de la monnaie le mark/or (pratiquée par la haute bourgeoisie) pour payer en monnaie de singe la dette , avec à la clé cette fameuse dévaluation supportée par la population .
    Jean Duché , historien des années 50, explique très bien cette initiative dans son livre “histoire du monde” en 4 tomes (cf le quatrième).
    Il pointe aussi que les responsables du conflit , de la poursuite du conflit , c’est à dire l’empire et la caste militariste allemands s’étaient éclipsés en 18 au moment de signer l’armistice inévitable et de refiler le bébé à la sociale démocratie , (la république de Weimar ).
    Que l’extrême droite a vertement attaqué en créant la légende du coup de poignard dans le dos.
    Comme si l’Allemagne vaincue avait eu le choix ….

    La suite nous la connaissons : Adolf, Mein Kampf dont l’essentiel de la propagande tenait à effacer “la honte du traité de Versailles” avec toute la marché à la guerre à partir de 1933 .
    Et aussi le manque de cohérence des alliés dans le traitement des indemnités particulièrement de ceux qui n’ont pas connu les destructions sur leur territoire : anglais , américains …
    Faut dire que ce qui les obsédait c’était le théorique développement de la révolution soviétique , capitalisme d’état …


    • Fox 23 Le 26 octobre 2015 à 18h26
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      Bonsoir,
      Votre analyse me semble un peu trop manichéenne.
      Non, les jusqu’au-boutistes n’ont pas gagné, Wilson a commencé à négocier seul avec l’Allemagne un mois au moins avant l’armistice qui fut décrété contre l’avis… de Pétain entre autres qui s’apprêtait à lancer une offensive portant le glaive au cœur de l’Allemagne.
      Tout ce dossier est critiquable. Anglais et américains, qui n’avaient eu quasiment aucune démolition sur leur territoire et peu de morts au combat par rapport à nous, voulaient depuis longtemps mettre la France et son Empire à genoux.
      S’ils ne pouvaient difficilement s’opposer à la juste demande de réparations de la France dont le 1/4 nord-est avait été dévasté, ils firent tout ce qui était en leur pouvoir pour que cette indemnisation ne se fasse, dans la pratique, autrement que partiellement.
      C’est l’angoisse anglaise de nous voir, dans les négociations de ce traité récupérer la Rhur, faisant de la France la première puissance économique au monde. Il n’est qu’a voir leur comportement lorsque nous dûmes y entrer pour faire respecter les indemnisations, ça débouchera sur Locarno et l’adoucissement du sort du vaincu… à notre détriment.
      Rappelons qu’il faudra 10 ans à la France pour revenir au niveau économique qui était le sien en 1914 !
      On le retrouvera aussi dès 1921 avec le traité de Washington où nous fûmes traité comme puissance secondaire au même titre que l’Italie.
      Bien d’autres exemples existent prouvant que la coalition anglo-saxonne a toujours eu d’autres visées, entre autres notre affaiblissement, comme plus tard, les curieux bombardements en France durant WW II.
      Les usines Ford de Cologne livrèrent du matériel militaire à Hitler durant la quasi totalité de la guerre (alors que la ville fut détruite entre 70 et 95%), l’usine Ford de Poissy fut détruite dès 1942… sous le prétexte qu’il construisait pour le Reich !


  5. Lysbethe Lévy Le 26 octobre 2015 à 08h43
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    C’est très bien d’expliquer dans quelles conditions ont eu lieu la première guerre mondiale qui va donner sa pleine mesure a la seconde, les enjeux militaires sont toujours précédés des enjeux économiques. Car le fondement de toute guerre est l’économie !

    Ou la prédation économique, les puissants, banquiers et entreprises s’enrichissent avec le sang de leur peuple, et sans se gêner vont décider de lancer au combat des millions d’hommes, pour leur plus grand profit. C’est encore le cas aujourd’hui alors que l’ONU a été crée après la Société des Nations qui n’a jamais arrêté une seule guerre fut-elle mondiale.

    Rien ne change et tout continue dans le même sens : les marchés, le profit, la conquête de nouveaux marchés, et le blocus contre d’autres pays ne voulant pas lâcher leur “part” désiré par les plus puissants.

    Voyez pour l’Iran le fameux deal une fois fait, les papiers signés, revoilà le spectre de la guerre qui revient au devant de la scène :

    http://www.mondialisation.ca/les-opposants-aux-accords-entre-les-usa-et-liran-ne-veulent-pas-la-paix-mais-le-petrole/5484454
    “”Les faucons va-t-en-guerre de la droite américaine veulent torpiller les accords entre le Président Obama et l’Iran, dans le seul but d’aller vers la guerre. Leur plan, qui consiste à s’approprier militairement le Moyen-Orient, est connu du public depuis des années maintenant. Et les accords entre Obama et l’Iran, soutenus par la Grande-Bretagne, la France, la Chine, la Russie et l’Allemagne, stopperaient net leur stratégie belliqueuse. Ces plans sont apparus pour la première fois… en pleine lumière avec les attentats sous fausse bannière du 11 septembre 2001 (11/9), aussi appelés, « Le Nouveau Pearl Harbor », un scénario envisagé par les néoconservateurs eux-mêmes dans leur Think Tank « Project for a New American Century » (PNAC). Le public incrédule a mis longtemps avant de comprendre.

    Le Général Wesley Clark, conseiller du président en 2004, a expliqué ces plans à Amy Goodman de Democracy Now le 2 mars 2007. Clark y raconte que quelques semaines après le 11/9, alors que les USA bombardaient l’Afghanistan, un général du Pentagone (non identifié) avec lequel il travaillait au sein du Commandement interarmes lui avait dit ceci : « Nous allons envahir sept pays en cinq ans, en commençant par l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et enfin l’Iran. »

    “”Le but du PNAC était de « promouvoir la domination globale des USA », un objectif long et difficile à atteindre, « à moins d’un événement catastrophique et catalyseur comme un nouveau Pearl Harbor. » Parmi les signataires du PNAC, on trouve Jeb Bush, Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. D’après Bob Woodward, reporter au Washington Post, le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld « avait pour habitude de brandir et de recommander » le livre de Roberta Wohlstetter, paru en 1962 « Pearl Harbor : Warning and Decision », dans les mois précédant le 11-Septembre.””

    Les tenant du PNAC et les néocons vont ils céder la paix voulu par la Chine, Russie, Inde, Venezuela et tous les peuples du monde n’ayant pas l’envie de guerroyer sans fin ?

    Les mandataires des guerres sans fin, les bailleurs de fonds de ces guerres, les banques, les marchands d’armes, ne laisseront pas les retours sur profits attendus s’oublier dans le sable, quand ils ont décidés de mettre la main sur les ressources pétrolière, gazières, minières des pays “agressés” ou selon leur terminologie “démocratisés humanitairement” auraient ils donc trop à perdre ?


  6. Xavier Le 26 octobre 2015 à 09h01
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    On imagine dans qq années après la chute de l’empire occidental :

    La Chine, l’Inde et la Russie instruisent le “traité de Pékin” pour statuer sur les réparations que verseront les pays occidentaux en compensation des pillages des ressources africaines depuis des siècles…

    Puis on aurait la nouvelle version du procès de “Nüremberg” dans laquelle les “grandes familles” Bush, Clinton, Sarkozy, etc. devraient expliquer comment ils ont provoqué, directement ou non, la mort de millions de personnes par leur politique expansionniste…

    Et nous, pauvres petits enfants gâtés de la terre depuis des siècles, de crier non à ce Diktat… parce que pour eux je crois qu’on ne dirait rien.

    Toute les impostures de l’Histoire se retrouvent dans ces 2 situations : bien, mal, intérêt, réécriture, point de vue, domination et autisme sur la douleur des autres quand on est dans le confort et à distance… ce dernier point étant actuellement travaillé pour réveiller les peurs, et faire réagir plutôt que réfléchir.

    “Garde à vous !” (…) 🙁


  7. corbito Le 26 octobre 2015 à 10h14
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    Bon article, mais les considérations économiques sont insuffisantes pour comprendre les suites de la Grande Guerre, et surtout la vision développée par Keynes rejoint un peu trop les intérêts britanniques pour être parfaitement admise.
    Pour lire une analyse de haut niveau correspondant aux intérêts français : Jacques Bainville, “Les conséquences politiques de la paix”.
    => https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Cons%C3%A9quences_politiques_de_la_paix

    La véritable faillite du traité de Versailles est d’avoir, comme l’article le sous-entend, soudé la jeune Allemagne sur la question des réparations. Désigner la Prusse comme coupable, en plus d’être historiquement plus juste, aurait évité cet inconvénient et polarisé davantage les franges méridionales catholiques autour de l’Autriche, plus inoffensive.

    Par ailleurs, on s’aperçoit maintenant que le monde né de Yalta et de la Guerre froide n’a finalement été qu’une parenthèse et que l’Europe vit, depuis 1990, beaucoup plus sur les conséquences géopolitiques de GM1 que sur celles de GM2. J’imagine que c’est ce qui a poussé à la rédaction de ce très bon billet.


  8. Rueffallais Le 26 octobre 2015 à 10h41
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    Peut être serait il judicieux de mettre en lumière le point de vue de Jacques Rueff sur ces réparations allemandes car elles sont à l’opposé de celles de Keynes. C’est extrémement utile et important actuellement. Car si ne nous ne sommes plus tous Keynesien , c’est que nous sommes donc autre chose……


  9. gracques Le 26 octobre 2015 à 11h16
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    jacques Bainville est un maurrassien , journaliste et non un économiste , le titre est d’ailleurs explicite” conséquences politiques de la paix”.

    Keynes traite lui des conséquences économiques des conditions du traité de Versailles , de l’impossibilité de s’acquitter d’un fardeau , jugé injuste et du fait :
    – de la propagande de l’extreme droite des “junkers” dans les années 20 ( le coup de poignard dans le dos) , l’Allemagne étant vaincue selon eux “sur le papier” et pas sur le front .
    – mais surtout de sa lourdeur même ! la crise des années 1923 est née de là .

    HITLER est le produit de ce double facteur en tant que courant politique , mais pas son gouvernement qui ne peut acceder au pouvoir qu’a cause de la crise de 1929 (plutot 1930 en europe) et de la politique déflationniste du gouv allemand BRUNING de l’époque ( comme du notre du reste en 1932). la crise de 1929 n’est pas la conséquence de la première guerre mondiale.

    La leçon que personnellement je tire de cet épisode est quadruple :

    – même si les sociétés humaines sont des “paquebots” dont la trajectoire est difficile a modifier , “les hommes font l’histoire , mais ne savent pas l’histoire qu’ils fonts” elle reste tout de même contingente , rien n’est écrit à l’avance.

    – Vouloir écraser un ennemis “héréditaire” est dangereux si on ne l’élimine pas physiquement de manière définitive …… solution qui sera tentée par la suite en Europe de l’Est a compter de 1941 avec le retour de flamme que l’on sait en 1944/45. Sinon mieux vaux essayer de conclure “une paix des braves” avec solution de sortie et intégration dans un “concert des nations” typique de ce qu’ont faits les USA en 1945 avec l’allemagne et le japon et ce que n’ont pas fait nos “hommes politiques Français de 1920 (chambre bleue horizon) même s’ils avaient quelques raisons d’en vouloir a l’Allemagne.

    – troisième leçon , les hommes qui ont menée la guerre ne sont pas les mieux placés pour promouvoir une paix intelligente car ils sont restés en “situation de guerre” et passablement aveuglés par leur hubris et leur préjugés.

    – dernière leçon , même pour les pires des matérialistes marxistes ( catégorie dans laquellle je pourrai me reconnaitre) et des “réalistes reactionnaires” il devrait apparaitre aux vue de ces evènements que dans certaines circonstances de tension historiques ( politiques ou économiques) la décision finale ne va pas forcement dans le sens des interets biens compris de celui qui la prend ( nos hommes politiques ne sont ni des marionnettes sans autonomie , même si il existe des déterminants et surtout ils ne sont pas tj “rationnels”).

    Tout ça pour conclure que la recherche historique devrait nous apprendre l’humilité et le sens critique vis a vis de ses propres préjugés ….. vous pouvez relire certains commentaires a cet égard ?


    • corbito Le 26 octobre 2015 à 13h39
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      Désaccord majeur avec vous.

      D’une part, Bainville était un collaborateur régulier du Journal des finances. C’était tout sauf un ignare des mécanismes économiques.

      D’autre part et surtout, “éliminer” un adversaire géopolitique n’est pas réservé à “l’Europe de l’Est a compter de 1941”. Ce que Bainville réclamait en 1920, c’est ce que les Alliés ont fait en 1945 :
      – dissolution de la Prusse ;
      – abolition de l’État allemand ;
      – maintien sur le territoire allemand d’une armée d’occupation ;
      – partage des territoires historiques de Silésie et de Prusse orientale entre la Pologne, la Russie et la Tchéquie.

      Comme je le disais plus haut, la Guerre froide est venue emporter cette logique et restaurer la vertu comparée de l’Allemagne… et sa fin, avec la Réunification, a recréé les mêmes dangers, comme l’avait parfaitement analysé Thatcher – mais pas Mitterrand.

      Voici ce qu’écrivait Bainville alors :

      “Auprès de cette mêlée des nationalités, des religions et des races, il reste l’Allemagne, seule concentrée, seule homogène, suffisamment organisée encore, et dont le poids, suspendu sur le vide de l’Europe orientale, risque de faire basculer un jour le continent tout entier. Les considérations des économistes ne changeront rien aux effets de ce déséquilibre essentiel. »


  10. Guadet Le 26 octobre 2015 à 22h17
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    Il est malhonnête de s’horrifier des sommes énormes des réparations sans rappeler les destructions et les pillages énormes dus aux allemands dans tout le nord de la France. En 1870, l’Allemagne avait fait payer tous les frais de l’armée qui pillait la France. En 1919, on a seulement demandé la réparation des destructions civiles causées par les Allemands. En 1918 la France dite “victorieuse” est en fait abattue et épuisée : seul le paiement des réparations aurait permis qu’elle ne sorte pas en définitive perdante. Elle ne s’en est jamais relevée, tant du point de vue économique que moral. Hitler a su comprendre quelle proie facile nous étions devenus.


    • Pierre Bacara Le 27 octobre 2015 à 14h38
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      Il est malhonnête de s’horrifier des sommes énormes des réparations […]

      L’Allemagne a été contrainte à des dédommagements parce qu’elle avait perdu la guerre (vae victis). Ses vainqueurs ont commis l’erreur de pousser la République de Weimar dans une crise économique, notamment avec l’occupation de la Ruhr ; crise qui a suscité en Allemagne un ressentiment revanchard exploité par la suite par les nazis. [1]

      A ce sujet, nous observons une attitude de plus en plus répandue qui consiste à voir dans le IIe Reich et dans la République de Weimar des victimes d’une guerre dans laquelle le premier aurait été emporté comme par une tempête irrésistible, et dont le second aurait été le débiteur final, innocent payeur en dernier recours.

      Est-ce si simple ?

      Le plan d’invasion de la France en 1914 était le plan Schlieffen. Il était étudié depuis 1891.

      En voici l’historique complet :

      http://historicoblog3.blogspot.fr/2014/05/christophe-bechet-alfred-von-schlieffen.html

      Christophe Bêchet a consacré sa thèse de doctorat en histoire au plan Schlieffen.

      Il est ici publié par le site Historicoblog de Stéphane Mantoux, agrégé d’histoire, collaborateur de la revue DSI et animateur du blog L’autre côté de la colline. Il est l’auteur du très remarqué L’offensive du Têt, 1968 chez Tallandier.

      [1] Rappelons, pour ne pas tout mélanger, que les succès électoraux du NSDAP sont tous postérieurs à la crise de 1929, elle-même indépendante de celle de 1923.

      [ne pas tenir compte : chaîne de caractère pour éviter le msg err “détection d’un doublon”]


  11. P. Lacroix Le 27 octobre 2015 à 08h38
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    Merci pour ce dossier.
    Un dossier complet et assez objectif sur l’ histoire européenne depuis une bonne centaine d’ années est une bonne chose pour contrebalancer l’ info et l’ enseignement ( ou non-enseignement ) officiels.

    Le livre de Jacques Bainville est très intéressant ( écrit juste après la guerre).
    Il y a aussi le ” manifeste pour briser les chaînes de l’ usure” de Gottfried Feder. 1919


  12. SanKuKai Le 27 octobre 2015 à 12h16
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    Donc en gros résumé:
    l’Allemagne exige aujourd’hui que la grece paye l’intégralité de ses dettes exhorbitantes en raison (en partie) de leur hantise culturelle de l’inflation,
    – qui est provient initialement de la période de la république de Weirmar,
    – qui provient initialement du fait que l’Allemagne a sabordé le Mark pour ne pas payer leur dettes de guerre,
    – qui provident intialement de demandes exhorbitantes des créditeurs (les alliés).

    Au final, on dirait que chaque génération ne fait que répéter les conneries de la précédente…


  13. vudesirius Le 28 octobre 2015 à 11h43
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    La façon dont l’Allemagne a été traitée à la fin de la guerre 14-18 est innommable, et la France, et en particulier des politiciens de droite et revanchistes comme Poincaré, a devant le tribunal de l’Histoire une terrible responsabilité dans l’ascension au pouvoir de Hitler mais chut! il n’est quasiment pas autorisé d’en parler, un siècle après…


    • Fox 23 Le 28 octobre 2015 à 19h18
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      Vudesirus, vous faites très fort !
      Parler de façon innommable pour le traitement de cette pauvre Allemagne en 1918, c’est gonflé.

      Je crois que le mieux serait que vous continuiez à lire les épisodes suivants de très haute qualité pour réviser un peu ce jugement à l’emporte-pièce.

      Au fait, le comportement de la même Allemagne, tant en 1870 qu’entre 1914 et 1918, vis à vis de la France, vous la qualifieriez comment ?


      • vudesirius Le 29 octobre 2015 à 11h23
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        Le premier responsable de la guerre 14-18 fut non pas l’Allemagne mais l’Autriche qui suite à l’attentat de Sarajevo, fit pression sur Guillaume 2 -plus que réticent puisqu’il était cousin du roi d’Angleterre et du tsar- pour qu’il honore son alliance avec l’Autriche-Hongrie;accuser l’Allemagne de tous les maux est donc erroné. Quant à 1870-71 c’est une autre histoire.
        La guerre de 14-18 comme l’a bien dit de Rougemont fut une terribl guerre civile européenne-qui en réalité se prolongea jusqu’en 1945. Vouloir réviser l’histoire en désignant un seul bouc émissaire sans nuancer est contre-productif et historiquement lamentable, surtout à notre époque de regain des tensions.


  14. philosanthropos Le 06 novembre 2015 à 12h03
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    Interview très intéressante sur le rôle joué par le banquier allemand et ministre de l’économie de hitler :  Hjalmar Schacht ((prononcez Yalmar Charte)…. cet homme a réussi à sauver l’Allemagne de la ruine… à trois reprises! D’abord en 1923, en mettant fin à l’hyperinflation. Puis en 1924 et en 1929, en arnaquant les Alliés sur le paiement de la dette de guerre allemande. Enfin, dans les années 1930, en réduisant le chômage à néant.

    http://www.xerficanal-economie.com/emission/Jean-Francois-Bouchard-Le-banquier-du-diable-les-lecons-d-economie-du-banquier-d-Hitler-Introduction_2371.html


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