Source : CounterPunch, le 08/02/2016

Par PAUL CRAIG ROBERTS – MICHAEL HUDSON
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Il y a deux ans, des officiels russes discutaient de plans d’action pour privatiser un groupe d’entreprises nationales dirigées par le producteur de pétrole Rosneft, la banque VTB, Aeroflot, et Russian Railways. L’objectif de départ était de moderniser la gestion de ces sociétés, et aussi d’inciter les oligarques à commencer à ramener leurs capitaux expatriés depuis deux décennies pour les investir dans l’économie russe. La participation étrangère était sollicitée dans les cas où le transfert de technologie et les techniques de gestion pouvaient aider l’économie.

Toutefois, les perspectives économiques russes se sont détériorées, à mesure que les États-Unis poussaient les gouvernements de l’Ouest à imposer des sanctions économiques contre la Russie et que les prix du pétrole baissaient. Cela a rendu l’économie russe moins attractive pour les investisseurs étrangers. Dès lors la vente de ces sociétés aujourd’hui rapporterait des montants bien inférieurs à ce qu’ils auraient pu représenter en 2014.

Entre-temps, la combinaison d’une hausse du déficit budgétaire intérieur et du déficit de la balance des paiements a donné aux défenseurs de la privatisation un argument pour pousser davantage aux ventes. Le défaut dans leur logique est leur hypothèse néolibérale selon laquelle la Russie ne peut pas seulement monétiser son déficit, mais a besoin pour survivre de liquider plus d’éléments majeurs de son patrimoine. Nous mettons en garde la Russie d’être assez crédule pour accepter ce dangereux argument néolibéral. La privatisation n’aidera pas à la ré-industrialisation de l’économie russe, mais aggravera sa transformation en une économie rentière dont les profits seront extraits au bénéfice de propriétaires étrangers.

Pour s’en assurer, le président Poutine a mis en place le 1er février un ensemble de modalités dont le but est d’empêcher les nouvelles privatisations d’être aussi désastreuses que les ventes réalisées sous l’ère Eltsine. Cette fois les biens ne seront pas vendus en dessous du prix du marché, mais devront refléter la réelle valeur potentielle. Les firmes vendues resteront sous la juridiction russe, et ne seront pas gérées par des propriétaires étrangers. Les étrangers ont été invités à participer, mais les sociétés devront rester soumises aux lois et réglementations russes, y compris les restrictions concernant le maintien de leurs capitaux en Russie.

De plus, les firmes destinées à être privatisées ne peuvent être achetées grâce à un emprunt auprès d’une banque publique nationale. L’objectif est d’obtenir de “l’argent comptant” des rachats – idéalement de devises étrangères détenues par des oligarques de Londres et d’ailleurs.
Poutine a judicieusement écarté de la vente la plus grande banque de Russie, Sperbank, qui détient la plupart des comptes épargne de la nation. Les activités bancaires doivent évidemment rester largement un service public, et cela parce que la capacité de création monétaire par le crédit est un monopole naturel et de caractère intrinsèquement public.
Malgré ces protections ajoutées par le président Poutine, il y a de sérieuses raisons de ne pas poursuivre avec ces privatisations récemment annoncées. Ces raisons vont au-delà du fait qu’elles seraient vendues en période de récession économique résultant des sanctions économiques de l’Ouest et de la chute du prix du pétrole.

Le prétexte cité par les officiels russes pour vendre ces sociétés à l’heure actuelle est le financement du déficit du budget intérieur. Ce prétexte montre que la Russie ne s’est toujours pas remise du désastreux mythe de l’Ouest atlantiste selon lequel la Russie doit dépendre des banques étrangères et des porteurs d’obligations pour créer de l’argent, comme si la banque centrale russe n’était pas capable de monétiser elle-même son déficit budgétaire.

La monétisation des déficits budgétaires est précisément ce que le gouvernement des États-Unis a fait, et ce que les banques centrales de l’Ouest ont fait dans l’ère post-Seconde Guerre mondiale. La monétisation de la dette est une pratique courante à l’Ouest. Les gouvernements peuvent aider à relancer l’économie en imprimant de la monnaie au lieu d’endetter leur pays auprès de créanciers privés qui drainent les fonds du secteur public via le paiement des intérêts aux créanciers privés.
Il n’y a pas de raison valable de recueillir des fonds de banques privées pour fournir au gouvernement de l’argent lorsqu’une banque centrale peut créer le même argent sans avoir à payer les intérêts de prêts.

Néanmoins, il a été inculqué aux économistes russes la croyance occidentale selon laquelle seules les banques commerciales devraient créer de l’argent et que les gouvernements devraient vendre des obligations portant intérêt dans le but de recueillir des fonds. La fausse croyance selon laquelle seules les banques privées devraient créer de l’argent via des prêts mène le gouvernement russe sur le même chemin qui a conduit l’Euro-zone dans une impasse économique.

En privatisant la création monétaire par le crédit, l’Europe a fait passer la planification économique des mains des gouvernements démocratiquement élus vers celles du secteur bancaire.
La Russie n’a pas besoin d’accepter cette philosophie économique pro-rentière qui saigne un pays de ses revenus publics. Les néolibéraux l’ont promu non pas pour aider la Russie, mais pour mettre la Russie à genoux.

Essentiellement, ces russes alliés de l’Ouest – “intégrationnistes atlantistes” – qui veulent que la Russie sacrifie sa souveraineté pour l’intégration dans l’empire occidental utilisent les sciences économiques néolibérales pour prendre au piège Poutine et ouvrir une brèche dans le contrôle qu’a la Russie sur sa propre économie, rétabli par Poutine après les années Eltsine où la Russie était pillée par les intérêts étrangers.

Malgré quelques succès dans la réduction du pouvoir des oligarques résultant des privatisations d’Eltsine, le gouvernement russe a besoin de conserver les entreprises nationales comme pouvoir économique compensateur. La raison pour laquelle les gouvernements gèrent les réseaux de chemins de fer et les autres infrastructures fondamentales est de baisser le coût de la vie et celui de faire des affaires. Le but poursuivi par les propriétaires privés, au contraire, est d’augmenter les prix aussi haut qu’ils le peuvent. Cela est appelé “appropriation de la rente”. Les propriétaires privés dressent des postes de péage pour élever les coûts des services d’infrastructure qui ont été privatisés. Ceci est l’opposé de ce que les économistes classiques entendent par “libre marché”.

Il est question d’un marché qui a été conclu avec les oligarques. Les oligarques deviendront actionnaires dans des sociétés publiques avec l’argent des précédentes privatisations qu’ils ont caché à l’étranger, et obtiendront une autre “affaire du siècle” lorsque l’économie russe aura suffisamment récupéré pour permettre que d’autres gains excessifs soient faits.
Le problème est que plus le pouvoir économique passe du gouvernement au contrôle du secteur privé, moins le gouvernement a de pouvoir compensateur face aux intérêts privés. Sous cet angle, aucune privatisation ne devrait être permise à l’heure actuelle.

Des étrangers devraient encore moins être autorisés à acquérir des biens nationaux russes. Afin de recevoir un unique paiement en monnaie étrangère, le gouvernement russe remettra aux étrangers des sources de revenus futurs qui peuvent, et qui vont, être extraites de Russie et envoyées à l’étranger. Ce “rapatriement” des dividendes se produira même si la gestion et le contrôle restent géographiquement en Russie.

Vendre des biens publics en échange d’un paiement unique est ce que le gouvernement de la ville de Chicago a fait lorsqu’il a vendu contre un paiement unique les 75 ans de source de revenus de ses parcmètres. Le gouvernement de Chicago a obtenu de l’argent pour l’équivalent d’une année en abandonnant 75 ans de revenus. En sacrifiant les revenus publics, le gouvernement de Chicago empêchait les biens immobiliers et le patrimoine privé d’être taxés et permettait par la même occasion aux banques d’investissement de Wall Street de se faire une fortune.

Cela suscitât également un tollé public contre ce cadeau. Les nouveaux acheteurs augmentèrent brusquement les tarifs des stationnements de rue et poursuivirent le gouvernement de Chicago en dommages et intérêts lorsque la ville ferma les rues lors de parades publiques et pendant les vacances, en ce que cela “interférait” avec la rente d’exploitation des parcmètres. Au lieu d’aider Chicago, cela aida à pousser la ville vers la banqueroute. Il ne faut pas s’étonner que les atlantistes aimeraient voir la Russie subir le même sort.

Utiliser la privatisation pour couvrir à court terme un problème de budget crée un plus grand problème à long terme. Les profits des sociétés russes s’écouleraient en dehors du pays, réduisant le taux de change du rouble. Si les profits sont payés en rouble, les roubles pourraient être dopés par le marché de change étranger et échangés contre des dollars. Cela déprécierait le taux de change du rouble et augmenterait la valeur d’échange du dollar. En effet, autoriser les étrangers à acquérir les biens nationaux russes aide les étrangers à spéculer contre le rouble russe.

Bien sûr, les nouveaux propriétaires russes des biens privatisés pourraient aussi envoyer leurs profits à l’étranger. Mais au moins le gouvernement russe réalise que les propriétaires soumis à la juridiction russe sont plus facilement réglementés que ne le sont les propriétaires qui sont capables de contrôler les sociétés depuis l’étranger et de garder leurs fonds de roulement à Londres ou dans d’autres centres bancaires étrangers (tous soumis au levier diplomatique américain et aux sanctions de la nouvelle guerre froide).

A la racine de la discussion sur la privatisation devrait se trouver la question de ce qu’est l’argent et de la raison pour laquelle il devrait être créé par des banques privées plutôt que par des banques centrales. Le gouvernement russe devrait financer le déficit de son budget grâce à la banque centrale qui créerait l’argent nécessaire, tout comme les USA et le Royaume-Uni le font. Il n’est pas nécessaire au gouvernement russe d’abandonner pour toujours des sources de revenus futures simplement pour couvrir le déficit d’une année. Ceci est le chemin qui conduit à l’appauvrissement et à la perte d’indépendance économique et politique.

La globalisation a été inventée comme un outil de l’empire américain. La Russie devrait se protéger contre la globalisation, et non s’y ouvrir. La privatisation est le moyen pour diminuer la souveraineté économique et maximiser les profits en augmentant les prix.
Tout comme les ONG financées par l’Occident qui officient en Russie sont la cinquième colonne qui opère contre les intérêts nationaux russes, les économistes néolibéraux de Russie font de même, qu’ils le réalisent ou non. La Russie n’échappera pas aux manipulations de l’Occident tant que son économie ne sera pas hermétique aux tentatives occidentales de reformatage de l’économie russe dans l’intérêt de Washington et non dans celui de la Russie.

Source : CounterPunch, le 08/02/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

46 réponses à Privatisation : la tactique Atlantiste pour attaquer la Russie

Commentaires recommandés

Spectre Le 23 février 2016 à 02h57

Bref, ils aimeraient mettre en oeuvre la même procédure que pour la Grèce (dûment testée par le Fonds Mafieux International dans les pays du Sud sous le doux nom de plan d’ajustement structurel) : terrorisme économique pour mettre le pays à genoux, puis thérapie de choc néolibérale avec grande braderie des biens publics, ouverture contrainte de l’économie et waterboarding social pour les sans-dents. Après cela, mise en place du servage perpétuel par la dette, et hop ! Mission accomplie, on a conquis un pays supplémentaire sans y envoyer le moindre troufion.

  1. Spectre Le 23 février 2016 à 02h57
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    Bref, ils aimeraient mettre en oeuvre la même procédure que pour la Grèce (dûment testée par le Fonds Mafieux International dans les pays du Sud sous le doux nom de plan d’ajustement structurel) : terrorisme économique pour mettre le pays à genoux, puis thérapie de choc néolibérale avec grande braderie des biens publics, ouverture contrainte de l’économie et waterboarding social pour les sans-dents. Après cela, mise en place du servage perpétuel par la dette, et hop ! Mission accomplie, on a conquis un pays supplémentaire sans y envoyer le moindre troufion.


    • SanKuKai Le 23 février 2016 à 13h55
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      Quelques fois, quand cela ne fonctionne pas avec la methode “douce”, cela necessite quand meme un petit bombardement:
      La Lybie n’avait pas de dettes sous Kadhafi mais après l’arrivée de la “democratie” la tendance semble avoir changé:
      link to fr.actualitix.com

      Un autre pays sans dette et plein de ressources: l’Algérie… …Pour l’instant…


      • Renaud 2 Le 23 février 2016 à 14h26
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        Un ami d’origine algérienne m’a également dit que le prochain pays à être déstabilisé serait très probablement l’Algérie (riches en ressources en particulier dans le Sud du pays). A surveiller ce qui se passe là-bas donc…


        • Anas Le 23 février 2016 à 18h15
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          D’où la nécessite d’un pacte de sécurité collective entre l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie.


        • Chris Le 24 février 2016 à 15h10
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          Oui d’ailleurs, cette déstabilisation commence.
          Le figaro a donné le coup d’envoi hier, par une rafale d’articles qui blâme l’Algérie (en attendant les Rafales de l’OTAN…). Rien encore dans le Monde.


      • Dommage Le 24 février 2016 à 09h59
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        Plein de ressources: du pétrole, du gaz, de la corruption, du chômage, de l’inégalité sociale….
        Pas besoin de faire beaucoup d’effort pour déstabiliser l’Algérie, c’est prêt à exploser en permanence.


  2. Nerouiev Le 23 février 2016 à 05h24
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    La côte de popularité de Poutine est le reflet de ce risque de privatisation étrangère dont le symbole à été Kodokorski. En effet les 10 à15% restants sont ces apatrides avides d’argent, profiteurs contre lesquels Poutine a reconstruit la Russie. Tous les Russes que je connais (classe moyenne et autres) se moquent de la vie plus chère, car ils sont loin du besoin de faire les magasins le samedi. La Russie s’est rebâtie contre ce risque, elle ne peut que s’en souvenir avec les BRIC et sa banque.


    • Vinipoukh Le 23 février 2016 à 09h18
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      Exact Nerouiev, le peuple russe a actuellement un sentiment qui nous est devenu étranger, celui de la sérénité pour l’avenir et la confiance dans leurs institutions actuelles, même si ils sont conscients qu’elles sont encore très imparfaites et doivent être améliorées (corruption,…), mais ils savent que cela avance. Ils laissent effectivement le “pouvoir d’achat” de coté, pour l’instant.
      En fait, on voit bien que V.Poutine fait preuve depuis bien longtemps d’un BON SENS évident et d’un PATRIOTISME solide, et ça se voit ( pour celui qui regarde de façon impartiale).
      Finalement, les russes ont bien de la chance en ce moment !… maintenant, c’est à nous d’agir !


      • Kiwixar Le 23 février 2016 à 09h39
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        “Finalement, les russes ont bien de la chance”

        En démocratie, on a les dirigeants qu’on mérite. Rien à voir avec la chance. Les Russes ont élu et réélu Poutine, les Français ont élu Narkozy puis Hollande avec un bon paquet qui ne se sont pas déplacés. Faut pas venir pleurer après en prétendant que c’est la faute à pas de chance (il y a des limites à l’infantilisation).


        • Vinipoukh Le 23 février 2016 à 10h30
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          En effet Kiwixar, c’est bien à nous de choisir !
          Je voulais dire par “avoir de la chance” le fait qu’un homme comme V.Poutine est arrivé dans le “paysage politique” russe (avant c’était Yeltsine et une opposition peu convaincante).
          Dans notre “paysage politique” français, je ne vois personne vraiment à la hauteur, et en tout cas pas nos “élites mainstream” de LR, PS and Co !!!!
          il y a bien des Védrine, Villepin, Chevènement,… mais personne vraiment solide. Les UPR, FN, Mélenchon, sont là, mais c’est un peu court. et nos médias sont là pour asséner la PAROLE de L’EMPIRE, alors …

          Une personne SOLIDE et SAINE se forge dans la durée.

          Voilà pourquoi je dis que les russes ont eu de la CHANCE. j’espère être maintenant plus clair …

          En tout cas, il faut CONTINUER LE COMBAT !!


          • Vinipoukh Le 23 février 2016 à 10h51
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            Ah oui, juste pour terminer, quand je dis “il faut continuer le combat”, c’est bien pour cela que je viens sur des sites comme celui d’Olivier ! ça commence par là !


          • Geneviève B 30 Le 23 février 2016 à 14h17
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            Il y a Nicolas Dupont Aignan du parti Debout la France qui est à la hauteur mais il n’a pas beaucoup de temps de parole dans les medias grand public et pour cause!!


            • pierre Le 23 février 2016 à 16h08
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              C’est de l’humour, j’espère !
              Creusez un peu, allez au-delà des simples déclarations, et vous verrez pour qui / quoi il roule…


        • Mariethé Le 23 février 2016 à 13h34
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          effectivement la chance n’a rien voir

          ” un peuple qui élit des corrompus , des renégats , des imposteurs , des voleurs ,
          des traîtres n’est pas victime , IL EST COMPLICE ” Georges ORWELL


        • Fatalerror Le 23 février 2016 à 18h07
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          “En démocratie, on a les dirigeants qu’on mérite.”

          HA! HA !

          En démocratie, normalement, il n’y as pas de dirigeants il me semble… contrairement à la “démocratie” représentative…qui est gangrénée partout dans tous les pays où ce régime aux alouettes sévit.


          • Kiwixar Le 23 février 2016 à 23h17
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            Bien vu! 😀
            Comme quoi, même en faisant attention, le formatage revient à intervalles réguliers….


      • Bitonio Le 23 février 2016 à 16h42
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        Ma femme est russe et elle a tellement confiance dans son pays et se moque tellement des conditions de vie, que quand on a décidé d’emménager ensemble, bizarrement, elle n’a pas cherché à me faire venir dans son beau pays.
        Elle était ingénieur, et elle n’avait pas de quoi s’acheter des pompes en hiver…. alors oui, le pouvoir d’achat, elle s’en moque, mais à un moment, elle avait quand même très froid aux pieds.


        • Asian Le 23 février 2016 à 19h09
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          Merci pour ce témoignage Bitonio qui me parle un peu 😉 il est à noter que le métier d’ingénieur en Russie n’a pas la mème valeur ni rémunération qu’en France. Tout le monde peut être ingénieur en Russie, mon père était ingénieur électronicien sans être passé par une école specialisée, sans diplômes et il avait un salaire d’ouvrier. En France vous devez obligatoirement faire des études supérieures pour avoir cette qualification. Parfois vous pouvez être un génie extraordinairement doué mais ne pas être suffisamment fort en maths pour acceder à la formation d’ingénieur en France. C’est aussi un problème.


        • Alabama Le 23 février 2016 à 19h24
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          C’est vrai que, ingénieur ou professeur ou .. d’autre diplômées, ils se sont tous retrouvés sans quoi s’acheter la pomme de terre, en époque de la chute d’URSS – votre femme doit faire partie de cette génération …. Son traumatisme de l’époque Eltzine ne doit pas lui empêcher de voir l’évolution de la Russie depuis! Mais au moins, elle vous a ouvert les yeux sur ce qui était réellement la Chute d’URSS pour le peuple- Poutine n’arrête d’ailleurs pas à le répéter. Et s’est pour cette raison qu’il a ouvert la chasse aux Oligarques qui se sont emparé des biens publics et se sont tiré à l’étranger avec les Trophées facilements mais surtout déloyalement acquis….


        • V_Parlier Le 23 février 2016 à 21h05
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          Bitonio, précisez quand même en quelle année votre femme a quitté la Russie. Si c’est vraiment récent peut-être que vous en rajoutez un peu. Cependant si c’est dans les années 96-2004 (ou avant?) je veux bien le croire.

          Mais il est vrai que les idées sont souvent exprimées par des phrases simplificatrices. Si on dit que les russes ordinaires ne sont pas obnubilés par le pouvoir d’achat ça veut juste dire que quand ils vivent correctement ils ne passent pas leur temps à comparer leur salaire à ce qu’il pourrait soi disant être dans le “paradis” néolibéral (celui où tout le monde est milliardaire tellement on bosse nuit et jour, vous savez?)


          • Bitonio Le 24 février 2016 à 10h18
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            On s’est connu en 2010, et on a emménagé en 2014.. donc c’est récent.
            L’impression que j’ai des russes quand je vais là bas (mais je ne parle pas la langue), c’est qu’ils sont plutôt résignés ou fatalistes. “C’est comme ça” est la phrase que l’on entend souvent. Donc effectivement, quand le salaire ne permet pas de se chausser pour braver le froid, on ne se plaint pas trop “c’est comme ça”. Vous évoquez la corruption “c’est comme ça”.
            Je veux donc bien croire que les russes sont plus “heureux” que nous autres français qui regrettons un age d’or qui n’a jamais existé.


            • Asian Le 24 février 2016 à 17h47
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              Lors d’une conférence annuelle de presse l’année dernière V. Poutine avait posé la question à un fermier anglais installé en Russie depuis plus de 20 ans et qui se plaignait des conditions extrêmement dures pour produire du lait et surtout pour le réaliser au bon prix. Poutine lui a demandé: “Alors si tout va mal en Russie pourquoi êtes-vous venu? cheЯcher la femme?” . En effet le fermier a eu 5 enfants et semblait plutôt heureux, de plus a eu le privilège de venir poser sa question en direct au président en personne :). En fait, en Russie vous pouvez avoir des opportunités que vous n’avez pas ailleurs. La Russie est très différente, c’est une autre mentalité et mode de vie. Si vous ne comprenez pas et ne voulez pas adopter ce mode de vie, alors oui, il vaut mieux ne pas y vivre.:)


            • Asian Le 24 février 2016 à 18h02
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              Pour ceux qui comprennent le russe, voici cet extrait:

              link to youtu.be


            • V_Parlier Le 25 février 2016 à 20h03
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              Je connais pourtant plusieurs ménages russes où seul le père de famille travaille (ou touche sa retraite) sans avoir du tout un poste élevé (belle famille et connaissances, ayant connu ma femme en 2006). Même s’ils ne roulent pas tous sur l’or ils ont largement de quoi se chausser et s’habiller, ainsi que pour leurs dépenses courantes. Cette histoire de froid aux pieds est décidément bien mystérieuse…


  3. cgrotex Le 23 février 2016 à 07h38
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    Les privatisations sont toujours un recul démocratique …


  4. Macarel Le 23 février 2016 à 09h33
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    Le syndrome Tolstoïevsky

    Par Slobodan despot

    link to blog.despot.ch


    • Nerouev Le 23 février 2016 à 09h44
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      Merci Macarel pour ce fabuleux document qui dépeint la belle nature de la Russie et résume les mille ans de guerre contre elle : pourquoi, et pourquoi encore et encore ? Un pays qui nous aime bien au-delà de nos actuels dirigeants.


  5. DUGUESCLIN Le 23 février 2016 à 10h27
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    C’est clair si nous voulons conserver ou retrouver notre souveraineté il faut suivre le modèle russe ou en tout cas agir dans le même esprit. Pour que le peuple ne soit plus spolier de ses richesses par les rapaces de la finance apatride..


    • V_Parlier Le 23 février 2016 à 21h09
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      Le piège à souris est cependant redoutable: les privatisations donnent du cash pendant un temps. Ca séduit beaucoup, ça rend la vie de l’état et de la population plus facile dans l’immédiat, et ensuite, le ressort se rabat et il n’y a plus rien à faire.


  6. Macarel Le 23 février 2016 à 11h39
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    The Technospheratu Hypothesis

    By Dmitri Orlov

    link to cluborlov.blogspot.fr

    Extrait :

    Aussi, contrairement à Gaia, qui vise à maintenir l’équilibre homéostatique, cette intelligence a besoin du déséquilibre-pour une croissance perpétuelle, ce qui, sur une planète finie avec des réservoirs limités de ressources naturelles non renouvelables, conduit à une impasse- à l’extinction. Pour sortir de cette impasse, la technosphère rêve (avec l’aide de certains êtres humains qui sont sous son emprise ) de conquête universelle: elle rêve de l’émergence d’une race de robots auto-reproducteurs, armés pour la conquête de l’espace. Elle rêve de quitter cette planète épuisée et dévastée et de coloniser d’autres mondes, riches d’encore plus de ressources naturelles non renouvelables qu’elle pourra gaspiller bêtement et, surtout, de nouvelles biosphères qu’ elle pourra dominer et détruire. Ce dernier point est très important, parce que l’existence de la technosphère perd tout son sens sans des êtres vivants qu’ elle peut forcer à agir comme des machines. Sans une biosphère à détruire, la technosphère devient juste un robot sourd et aveugle, tournant en rond sur lui-même dans l’obscurité. Sans, le miraculeux et merveilleux don du ciel qu’ est la vie, la technosphère ne peut même pas aspirer à son oeuvre démoniaque-elle redevient ordinaire. “Un simple gadget dans l’espace! D’un ennui mortel…”


  7. vincent Le 23 février 2016 à 11h56
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    Je ne sais pas pour vous, mais moi ces deux gros micros me fond un effet bizarre.

    J’ai regardé la stratégie du Choc de Naomi Klein, on retrouve toujours les même mécaniques. Pourquoi ai je ce sentiment désagréable que rien n’arrêtera le capitalisme et les américains, je ne suis pas fataliste mais au bilan de ces 50 dernières années, l’ultra libéralisme l’emporte sur tout, et rien ne semble s’y opposer même les puissance comme la Russie.


    • Anas Le 23 février 2016 à 18h43
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      Un peu trop pessimiste Mr Vincent 🙂

      Rassurez vous, l’ultralibéralisme s’est imposé par la force militaire et économique, mais il n’a toujours pas conquis l’esprit et le fond spirituel du monde musulman où la version islamique de Vatican II a du mal à percer (le “Frères-risme” et le wahabisme sont en perte de vitesse et de plus en plus rejetés). Le monde orthodoxe, quand à lui, il parvient à se défendre par la force et je ne pense pas qu’une orthodoxie version Vaticant II puisse prendre forme.

      L’ultralibéralisme à encore beaucoup de boulot devant lui pour soumettre ces deux blocs vu l’état dans le quel se trouve l’Empire qui le porte.

      L’ouvrage “Face à l’hyperpuissance” de Hubert Védrine est déjà obsolète.


      • vincent Le 23 février 2016 à 20h22
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        Merci pour votre réponse. Je pense que l’on peut aussi rajouter le monde asiatique et chinois qui n’ont pas non plus adopter l’ultra libéralisme à l’occidental. Je suis désolé de paraître pessimiste, mais en fait c’est plus de l’inquiétude que du pessimisme, quand on voit la nuisances des USA depuis leur naissance je suis sur le qui vive concernant le devenir des autre nations.

        En cour d’histoire géo nous voyons leur puissance, je reste stupéfait que nos livres d’histoires ne consacrent jamais un chapitre à l’holocauste amérindien de nos amis atlantique, par ailleurs Naomi Klein aurait dût commencer son analyse à partir de la période de la conquête de l’Ouest, car on y trouve toutes les racines de la politique américaine et de stratégie du choc, conquête militaire, vole de ressource, marginalisation d’une population. Pourquoi même sur des sujets comme cela ne regardent ils pas ce qu’ils ont fait d’atroce à ces peuples?
        C’est ce genre de conquête qui leur donne ce sentiment d’impunité.


    • Jusdorange Le 23 février 2016 à 23h10
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      Si le capitalisme se diffuse c’est peut-être parce que c’est le système économique qui a provoqué le plus grand enrichissement, la plus grande qualité de vie matérielle, ainsi que les plus grandes avancées technologiques jamais vu dans l’histoire du monde ? Donc oui c’est attrayant.

      J’ai comme le sentiment que je vais m’en prendre plein la tronche là….


      • vincent Le 24 février 2016 à 00h02
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        Pour moi c’est un modèle tronqué, l’homme peut se passer de tout ceci, on peut obtenir le progrès sans passer par le libéralisme je pense, le but de tout humain sur terre c’est de vivre bien et assez longtemps pour être un peu heureux, hors le capitalisme à part le bien matérielle n’apporte que stress et destruction.


        • Jusdorange Le 24 février 2016 à 15h50
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          À vincent,

          Le capitalisme en tant que système de croyance est médiocre, il pousse à l’avarice, la cupidité, le veau d’or etc… Sauf qu’il n’est pas censé être entendu comme un système de croyance, mais seulement comme une manière d’organiser l’économie.

          De ce point de vue, on peut débattre si oui ou non il est légitime de faire confiance à l’initiative privée, ou bien si on repose sur la puissance publique pour organiser un secteur de l’économie. Le problème que j’ai avec le communisme intégral et le libéralisme intégral, c’est le tout ou rien. Alors que la question public\privé devrait se régler au cas par cas.

          Pour ce qui est de la création monétaire ( le sujet de l’article) : ce devrait être un monopole public.

          Pour les autres secteurs on peut discuter si oui ou non ils doivent faire l’objet d’une privatisation ou d’une nationalisation. En se posant quelques questions : est-ce un service public ? Est-ce un pouvoir exorbitant ? Bref : cas par cas.


      • latitude zero Le 24 février 2016 à 00h45
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        Jus d’orande

        Ah oui ? Argument classique !

        Demandez à tous les pays pillés, colonisés, écrasés, comme en Amérique du Sud, Amérique centrale, Afrique, Asie, Indonésie , Moyen Orient si le capitalisme est le système qui a provoqué le plus grand enrichissement !

        Quant à nous les occidentaux , et en France quand nous étions les clients consuméristes du capitalisme lors des trente glorieuses , pensez-vous que les capitalistes nous ont donné gentiment tous les acquis sociaux dont nous avons bénéficié, ou plutôt que ces acquis sont venus d’un rapport de force , d’une lutte des classes, de partis communistes forts en Europe , du bloc de l’Union Soviétique faisant contre poids au capitalisme Anglo-saxon, et d’une peur panique des Zaméricains de voir l’Europe « basculer » démocratiquement dans le « communisme bolchevique », d’où les concessions faites ainsi que …. d’ une propagande incessante, la diabolisation et la peur du “rouge” et comme ça ne suffisait pas, la corruption, le chantage,les assassinats et les attentats sous faux pavillon par les réseaux gladios .

        Mais maintenant que nous en sommes paraît-il à « la fin de l’histoire » de Fukuyama , qu’observons-nous ?


        • Jusdorange Le 24 février 2016 à 15h17
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          À latitude zéro,

          Les guerres, la colonisation et le pillage ne sont pas apparus avec la révolution industrielle du XIXe ou le consumérisme des trente glorieuses. Même si on fait remonter l’histoire du capitalisme au XVIe et XVIIe , le pillage, les guerres et la colonisation sont des phénomènes qui ont existé avant. De ce point de vue le capitalisme ne peut pas être entendu comme la cause ultime de ces phénomènes.

          Que les nations capitalistes utilisent les capitaux comme une arme, j’en conviens, et je rejoins l’auteur de l’article concernant la Russie sur ce point. Mais la cause ultime c’est les rapports de force entre les groupes politiques constitués ( cités-États ; nations ; fief féodal peu importe ). Et on ne fera jamais disparaître cette cause, on ne peut qu’espérer la canaliser afin que ces rapports de force ne dégénèrent pas en conflit extrême.

          Vous pouvez vous débarrasser du capitalisme, vous aurez toujours le pillage et les guerres. C’est seulement la méthode qui changera.


  8. grog Le 23 février 2016 à 14h01
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    La Russie a de la chance d’avoir Poutine !
    Il y a une illustration de l’artiste Gunduz Agayev que j’aime beaucoup : elle présente Poutine sous forme de vieille Jigouli métamorphosée en redoutable “transformer”.
    Une illustration qui en dit beaucoup sur le rôle de Poutine dans la modernisation de son pays et son retour sur la scène internationale.

    link to leblogdegrog.blogspot.com


  9. Garibaldi2 Le 23 février 2016 à 14h03
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    Si Poutine était arrivé au pouvoir avant Gorbatchev, les Russes se seraient évités bien des épreuves, mais on ne refait pas l’Histoire.


    • Fatalerror Le 23 février 2016 à 18h18
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      D’autant plus que si ça se trouve, il as vécu des choses dans l’intervalle qui font que maintenant il est comme ça et plus tôt il aurais pût être radicalement différent, j’imagine facilement que ça dois se jouer à une seule décision malheureuse le fait de jouer pour ou contre le peuple, une fois qu’on as le doigt dans l’engrenage….


  10. Torboyo Le 23 février 2016 à 18h18
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    C’est ce qui est arrivé à la France entre 1965 et maintenant.
    La planète entière y passera.
    Par contre, ce n’est pas le choix des USA, mais bien celui d’une élite internationale , supranationale devrais-je dire, qui n’a que faire des nations.
    Car après tout, pour eux, quelle différence que les «larbins» soient d’ici ou là, l’important c’est d’être servi et en tous lieux…
    Être partout chez eux


    • Furax Le 23 février 2016 à 20h41
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      Il s’est passé quoi de special en France à partir de 1965 et qui continue aujourd’hui ?

      Je vois bien à partir de 1946, de 1956, de 1957, voire de 1962, de 1969, de 1974, 1979, 1983, 1986 ou 1992.

      Mais 1965 comme point de commencement d’un processus qui continuerait aujourd’hui encore, je ne vois pas.


      • Chris Le 24 février 2016 à 15h18
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        Peut-être le point de dénouement, une remise à plat, du processus de domination US commencée en 1965/66, après l’assassinat de JFK.
        Là, je commente en me référant aux positions et angularités astrales entre les différents pays concernés, mais aussi à mon expérience de vie. Merci à la modération de ne pas éjecter mon comment.


  11. Lea_ Le 23 février 2016 à 19h13
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    “De plus, les firmes destinées à être privatisées ne peuvent être achetées grâce à un emprunt auprès d’une banque publique nationale. L’objectif est d’obtenir de “l’argent comptant” des rachats – idéalement de devises étrangères détenues par des oligarques de Londres et d’ailleurs.”

    Cela peut se comprendre. En effet, les entreprises ont besoin de devises pour pouvoir acheter des éléments/pièces absents en Russie et nécessaires à la fabrication de leurs produits. Je vois assez mal des entreprises allemandes, américaines ou autres accepter le rouble alors qu’il a perdu beaucoup de sa valeur et donc est peu fiable.
    Si la Russie veut se développer économiquement, elle se doit être pragmatique.


  12. FifiBrind_acier Le 23 février 2016 à 21h32
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    Les Institutions européennes ont été mises en place, justement pour empêcher les gouvernements d’utiliser l’État dans l’économie, et pour l’empêcher d’emprunter aux Banques centrales.

    Un petit livre indispensable pour comprendre comment les économistes de l’école de Chicago ont noyauté les leaders d’opinion, économistes, universitaires, journalistes, intellectuels, de Droite et de Gauche, pour répandre leurs idées sur la fin du rôle de l’ Etat.

    ” Les Évangélistes du Marché ” de Keith Dixon.
    link to teratoblog.wordpress.com


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