La meilleure solution pour l’Ukraine, et pour l’occident, serait de signer un accord avec la Russie pour chasser les grandes puissances.

Par Tony Brenton – ancien ambassadeur britannique en Russie (2004-2008)

The Guardian.com
, vendredi 16 mai 2014

Une porte de sortie peut être maintenant entr’aperçue dans la crise ukrainienne. Les négociations autour d’une table ronde promues par les Allemands sont soutenues par tous les gouvernements clés. Il est dans l’intention de déclarer un cessez-le-feu, de discuter des futurs arrangements constitutionnels de l’Ukraine et de l’élection d’un nouveau Président ukrainien le 25 mai. Il y a toujours moyen que cela tourne mal : les dissidents de l’Est ukrainien n’ont pas encore été impliqués et ils devront l’être ; et la polarisation continue, car les deux camps perdent petit à petit le contrôle de leurs substituts brutaux. Mais les choses semblent maintenant très légèrement plus encourageantes que ce qu’elles étaient depuis le funeste accord de Genève du mois dernier.

L’occident a dû apprendre une dure leçon pour en arriver là où nous en sommes.

Il est communément admis que l’UE (qui se trouve dans une phase splendidement décrite par un commentateur de « mégalomanie impuissante ») a précipité les choses en faisant une énorme bourde : elle est allée s’introduire dans la partie la plus sensible de l’arrière-cour russe sans se demander sérieusement comment cette dernière allait réagir. Ce n’est pas une erreur isolée, mais le point culminant de 20 années durant lesquelles l’occident n’a simplement pas parlé sérieusement avec la Russie, notamment lors de la guerre au Kosovo et l’expansion de l’OTAN. Quand la réaction de la Russie a pris la forme de l’annexion (légalement indéfendable, mais compréhensible d’un point de vue historique) de la Crimée et de la déstabilisation de l’Est de l’Ukraine, la vision de l’Occident a soudainement fait un virement à 180 degré pour se concentrer sur la nécessité de « contenir » une intention russe revancharde de reconstruire l’Union Soviétique.

En l’absence d’une quelconque volonté de la part des peuples occidentaux de se battre pour l’indépendance de Simféropol, la seule arme disponible, c’étaient les sanctions. Cela a permis aux dirigeants occidentaux de clamer qu’ils « faisaient quelque chose », mais en fait cela a cruellement révélé leurs réticences à imposer une réelle souffrance économique au nom de l’Ukraine. Ils sont aussi devenus un espèce d’insigne d’honneur patriotique pour les Russes qu’ils ont ciblés – les six fois où des sanctions ont été appliquées par l’occident contre l’URSS/la Russie depuis la Seconde Guerre mondiale, elles n’ont pas fonctionné.

Heureusement, il semble que nous revenions à présent à la réalité : nous ne sommes pas en train de traiter avec une Russie revancharde, mais avec une Russie froidement calculatrice – qui n’est ni un pigeon, ni une mante religieuse. Ils ne veulent pas mener une guerre ou assumer le fardeau économique de reconstruire l’Est de l’Ukraine, mais ils ont une liste minimale de revendications – la neutralité de l’Ukraine, plus d’autonomie pour les russophones – qui doivent être respectées avant qu’ils ne se retirent.

Allons-nous reconnaître ces points ? L’Ukraine est un grand pays hétérogène où l’autonomie des province est logique, et le pays est dans un tel désordre que son adhésion à l’OTAN se trouve certainement repoussée d’au moins plusieurs dizaines d’années. Cependant, j’entends souvent deux arguments convaincants sur pourquoi nous ne devrions pas. Premièrement, si les Russes obtiennent ce qu’ils veulent cette fois-ci, ils pourraient – et d’autres, par extension – revenir à la charge pour avoir plus. Nous ne pouvons pas laisser impunie l’annexion de la Crimée. Deuxièmement, de quel droit la Russie a dit à l’Ukraine comment elle devrait se gouverner elle-même ? Le monde a changé au point que les grands États peuvent dire aux petits ce qu’ils doivent faire.

J’ai bien peur que ma réponse doive être inconfortable. En effet, dans un monde régi par des lois, les agresseurs seraient punis et les petits États ne seraient pas malmenés par les grands. Mais le monde régi par des lois dans lequel nous imaginons vivre depuis 1991, a toujours été une illusion, et elle est maintenant en train de s’estomper. C’était une illusion car les lois, telles qu’elles sont admirablement exposées dans la charte des Nations Unies, ont été en fait interprétées et décrétée par un occident économiquement et militairement prédominant.

Quand l’Occident voit qu’il a besoin d’un exception – en Irak, au Kosovo, en Israël – les autres ronchonnent dans leur coin mais le soutiennent. Et l’illusion est à présent en train de s’estomper car, bien entendu, la prédominance occidentale est elle aussi en train de s’estomper. Le voyage du président Obama en Asie d’il y a deux semaines a montré un cercle d’alliés de moins en moins convaincus quand il assure qu’il les soutient dans leurs affaires avec la Chine. En Ukraine, qui est peut-être la première véritable crise de ce nouvel ordre, nous devons traiter avec une Russie nouvellement confiante, et il est frappant de constater que les autres « puissances montantes », dont on aurait attendu qu’elles déplorent une annexion illégale, sont en fait restées prudemment à l’écart.

Tout au long de la crise, les États-Unis ont régulièrement accusé la Russie d’agir « comme au XIXe siècle » Cela a amené un journaliste russe de premier plan à suggérer qu’en effet le temps était venu pour le monde de réapprendre l’art diplomatique de cette époque. Il avait raison. Nous ne sommes plus dans un monde où l’Occident pouvait simplement imposer son point de vue. La politique des grandes puissances est de retour. Nul doute que nous pourrions avoir une épreuve de force écrasante et épuisante avec Vladimir Poutine au sujet du droit de l’Ukraine à rejoindre l’OTAN. Mais il en résulterait une Ukraine divisée, de nombreuses perturbations économiques, une Russie encore plus mécontente et destructive, et un ordre mondial encore plus affaibli. Les seuls gagnants seraient des pays comme la Chine ou l’Iran. Comme Henry Kissinger, clé de voûte des affaires avec les parias internationaux, l’avait noté : « Nous ne pouvons pas abandonner la sécurité nationale à la poursuite de la vertu. »

La meilleure solution pour l’Ukraine, et pour nous, serait de signer un accord avec la Russie pour chasser les grandes puissances, comme en Finlande pendant la guerre froide, et laisser au pays de la place pour devenir un modèle de succès politique et économique, qui serait un exemple pour la Russie elle-même. Et j’ai bien peur que nous devions nous préparer mentalement à d’autres transactions de cette sorte dans le futur.

Traduction : Gilliane pour www.les-crises.fr

Une femme vote lors du référendum Ukraine en mai 2014

Ce billet fait partie d'une série sur la situation en Ukraine. Il vise à donner des regards différents de ceux diffusés en masse par les grands médias, afin d'élargir votre champ de réflexion. [Lire plus]Cela ne signifie pas que nous adhérions forcément à ces regards - mais simplement que nous les jugeons intéressants (dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici). Notre souhait est de sortir des présentations binaires "gentils / méchants", afin de coller de plus près à une réalité complexe. Nous rappelons enfin que par principe, nous ne "soutenons" aucun gouvernement nulle part sur la planète (et donc pas le gouvernement russe non plus). Nous sommes au contraire vigilants, tout gouvernement devant, pour nous, justifier en permanence qu'il ne franchit aucune ligne jaune. Mais nous sommes évidemment également attachés à lutter contre le deux poids 2 mesures, et à présenter tous les faits.

29 réponses à [Traduction] La crise qui se déroule en Ukraine montre l’apparition d’un nouvel ordre mondial, par Tony Brenton

  1. PA.Québec Le 18 mai 2014 à 03h58
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    Peux traduire de l’allemand, mais pas tout de suite et pas trop long svp. Uniquement me contacter si personne d’autre.


    • Leopard Blanc Le 18 mai 2014 à 11h04
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      Olivier, j’ai le temps (et la compétence) pour traduire l’article de l’allemand vers le français : si vous obtenez la version complète, faites moi signe.


  2. Charles Michael Le 18 mai 2014 à 06h14
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    C’est un article qui a beaucoup retenu mon attention, j’en avait d’ailleurs publié une traduction rapide sur ce site.
    Benton annonce clairement un nouvel ordre mondial.

    Globalement c’est un bel exercice de pragmatisme anglo-saxon, tout critique et péjoratif sur la Russie et Putin pour créer la complicité morale, mais constat d’impuissance avec rejet des responsabilités sur l’ Europe présentée comme seule à la maneuvre, et enfin abdication au nom du moindre mal avec mise en perspective pour une victoire finale: la croissade libérale continue.

    La propôsition de finlandisation telle que présentée pose cependant deux problèmes évidents:
    – un les événements sur le terrain semblent largement avoir dépassé la notion de neutralisation (trop peu, trop tard), en fait il semblerait que Pologne, Hongrie et Roumanie pourraient être tentés aussi par le dépeçage.
    – deux les représentants des “séparatistes” de l’Est ne participaient pas à ces pourparlers, malgré les demandes des Russes; ce qui impliquerait leur responsabilité à l’intérieur des zones russophiles en cas d’accord.
    et manifestement Putin n’a aucune intention de s’y laisser entrainner.

    je pense que la suggestion réitérée (plusieurs fois sur son blog dans Marianne) de Jacques Sapir d’organiser une Constituante est fondamentale, mais hélas a peu de chances d’être acceptée par les “autorités” au pouvoir à Kiev.


  3. Kiwixar Le 18 mai 2014 à 07h41
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    La crise ukrainienne me semble plutôt démontrer la montée du désordre mondial : la destruction des nations permettant aux corporations de prendre le pouvoir grâce à leur puissance financière et à leurs armées privées.
    C’est aussi une des raisons de la virulence contre la Russie et la Chine : ce sont des grandes nations dont le gouvernement n’a pas été privatisé et dont les dirigeants oeuvrent pour l’intérêt du pays (ce qui n’est plus notre cas). Les Chinois aussi sont plutôt satisfaits de leurs dirigeants, même s’ils ne votent pas.


    • jules Le 18 mai 2014 à 14h30
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      1. « La montée du désordre mondial. »

      Bien sûr, mais…

      Mais l’oligarchie atlantiste a besoin du désordre pour faire son beurre. Le désordre est intrinsèque à la machine et cela n’a rien de nouveau. C’est plus visible, plus flagrant, « on ne se cache plus », mais rien de nouveau sous le soleil.

      2. « La destruction des nations. »

      D’une part, il ne faut pas perdre de vue le concept de « village global », le seul qui a une quelconque valeur aux yeux de l’oligarchie et, d’autre part, le fait que si des nations disparaissent, elles ne se dissolvent que pour céder la place à des organisations supranationales, des sortes de « méga-nations » dont l’UE représente sans doute la caricature la plus manifeste. La plus hideuse, encore. Pour l’oligarchie rien ne perd, rien ne se crée et le pouvoir circule toujours en vase clos, toujours entre les mêmes petites menottes.

      D’autre part, j’ai bien peur que ce à quoi nous assistons actuellement soit plutôt et la destruction d’une certaine idée de la civilisation et, surtout, la dislocation des tissus sociaux caractéristiques du « vivre ensemble ». On ne détruit pas les États, on les dilate comme on les porte à une puissance morbide et éternelle —soi-disant — au prix de la désintégration du tissu social qui en constitue le ferment. Les individus passent à la trappe afin de magnifier une créature digne de Frankenstein, un monstre de bric et de broc, lequel permet à l’oligarchie d’occuper encore et toujours le terrain, de concentrer le pouvoir d’une façon encore plus suicidaire qu’écœurante. Si on prend l’État dans toute sa symbolique — ceci dit pour ceux qui se souviendraient de Hobbes et de son Léviathan —, loin d’être mis sur la sellette, le concept a été pris au mot dans le sens le plus chrétien du terme. Autrement dit : le sens le plus obtus. (La critique spinozienne de Hobbes est toujours d’une pertinence rare.)

      Le modèle de gestion, quant à lui, sera à rechercher plutôt du côté de l’organisation des narcos que du côté de ce qu’on entend d’ordinaire par « État de droit ».

      3. « […] permettant aux corporations de prendre le pouvoir. »

      C’est le contraire ! Ce sont bel et bien les États dilatés qui ont pris sur eux la quasi-totalité de la sphère privée, en ce compris la sphère économique ! Et pas seulement par le canal de la finance ! Quel régal c’est de constater à tout bout de champ combien les néo-libéraux sont à la fois aussi peu « libéraux » que complètement hystériques !

      La meilleure preuve en est le transit quasi permanent des individus de pouvoir entre la fonction politique et la fonction économique. Combien de ministres, anciens cadres de banques et combien d’anciens gouvernants recyclés chez Goldman-Sachs, Carlyle et/ou Gazprom ? Il n’y a plus aucune différence ! Édifiant !

      L’intégration est complète ; l’amalgame, total.

      (En réalité, ce à quoi nous assistons est plus étonnant encore : l’État prend sur lui sa propre stérilisation. Afin de maximiser et d’éterniser le pouvoir — en quelque sorte, de l’immobiliser, de le « pétrifier » (retour des Éléates ?) —, l’État n’a d’autre expédient, sinon de grossir ad vitam aeternam tout en se châtrant ! Une goule déjà morte qui, pour danser le boléro dans son cercueil doré, à besoin de se nourrir du sang des Vivants. Le Sacre du printemps retourné la tête dans le palude. Mais bon, c’est un tout autre débat…)


      • nicolas Le 18 mai 2014 à 22h28
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        @ Jules

        “ordo ab chaos” pour les Nuls

        merci 🙂

        ( http://consciencequantique.com/2011/03/27/ordo-ab-chao-2/ )


      • Crapaud Rouge Le 19 mai 2014 à 21h47
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        @jules: “On ne détruit pas les États, on les dilate” : plutôt d’accord avec vous, mais aussi avec Kiwixar. Il me semble que c’est l’État “traditionnel” qui tend à sa propre disparition, cédant ainsi la place à un “machin” effectivement très “dilaté”, disons une structure bureaucratique tenant lieu d’État traditionnel, mais pour n’être que le “visage officiel” du capitalisme et son relais “légal” auprès des masses laborieuses.


  4. Caroline Porteu Le 18 mai 2014 à 08h25
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    C’est exactement le sujet de mon dernier article que je me permets de reciter ici :
    L’Ukraine est-elle notre futur , déjà repris par quelques sites de réinformation .
    http://fipcarolinep.vraiforum.com/t305-L-UKRAINE-est-elle-notre-futur.htm

    dans lequel je cite les dernières déclarations de Newt Gringrich sur la manière dont les politiques “totalement dépassés” devront remettre de l’ordre ou empêcher le chaos de s’instaurer

    Mais au delà de ces nouvelles formes de gouvernance , que la majorité de la planète ne partage d’ailleurs pas forcément (Brics entre autres) .. je voudrais attirer l’attention sur deux points qui me paraissent d’une importance extrême :

    1°) L’expérience Ukrainienne est une telle success story , que l’UE est en train de nous en remettre une couche avec la Moldavie .. Von Rompuy se trouvait là bas voici 5 jours pour négocier “l’intégration “.. et les visas sont déjà devenus inutiles .
    Rappelons quand même que la Transnitrie (partie Est de la Moldavie) vient à son tour de demander majoritairement un rattachement à la Russie et que la majorité des Moldaves préfèreraient une Union douanière avec la Russie plutôt qu’avec l’UE .
    Visiblement , l’idée de les faire voter sur ce sujet n’est venue à personne et surtout pas à nos démocrates Européens convaincus .

    2°) Il semble que la Chine soit en train de s’inviter de manière forte à la table des discussions de la nouvelle Guerre froide avec la Visite du Président XI Jinping à Duisbourg en Allemagne pour lancer la nouvelle “Route de la Soie” ferroviaire avec les Allemands .. Route qui…… traverse la Russie .
    Ou les Allemands se lancent avec joie dans ce nouveau projet gigantissime , qui nécessite la participation de Moscou et de Pékin .. et qui nécessitera des accords très importants entre l’UE (ou plus exactement l’Allemagne) et ses partenaires .. Ou elle fait sembler de ne pas avoir entendu, mais là les Chinois risquent de réagir plus brutalement , ils n’aiment en général pas qu’on traite aussi légèrement de telles offres de partenariat .

    La nouvelle campagne sur l’importance de cette Route de la Soie n’a évidemment pas touché nos médias dont on se demande si ils ont encore la moindre idée de ce que peut être une mission d’information , mais elle s’intensifie en Chine depuis quelques jours ..

    Vous trouverez un très bon article de synthèse sur le Réseau V ..


    • Torsade de Pointes Le 18 mai 2014 à 19h15
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      Intéressante, cette histoire de Route de la Soie version XXIe siècle. Cela me rappelle drôlement la dénommée Bagdad-Bahn, liaison ferroviaire que les Allemands se proposaient de construire au début du XXe siècle et qui devait, en traversant le territoire de leurs alliés d’alors, l’Autriche et l’Empire ottoman, relier leurs centres industriels aux puits de pétrole de Mésopotamie. Cette nouvelle Route de la Soie, où il suffit de remplacer Autriche et Empire ottoman par Chine et Russie, serait une sacrée fissure dans le bloc occidental et donc absolument inacceptable pour les États-Unis et leurs pantins européens, parmi lesquels il faut malheureusement compter la France. On peut s’attendre à ce que les États-Unis fassent tout — je dis bien TOUT — pour empêcher ce projet de se réaliser. Il faut se souvenir que la Bagdad-Bahn, qui n’était pas faite en son temps pour plaire aux Anglo-Saxons, fut l’une des causes, sinon la principale cause (si l’on en croit Pierre Hillard), de la Première Guerre mondiale.


  5. cording Le 18 mai 2014 à 10h14
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    Quand les ukrainiens chasseront du pouvoir les fascistes qui s’en sont emparés par la force le 22 février et éliront des gens raisonnables alors une solution négociée entre toutes les composantes de la nation sera, peut-être, possible.


  6. Carole G Le 18 mai 2014 à 10h33
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    Nos dirigeants sont des pantins:
    http://russeurope.hypotheses.org/2292


  7. Charles Michael Le 18 mai 2014 à 10h51
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    Nous vivons certainement une période intéressante; j’ai un peu l’impression que la crise en Ukraine aura servi de catalyseur à l’émergence publique de rapports de forces en gestation depuis le début du XXIème siècle:
    – le développement des économies liées à l’exportation (mais pas que) de géants démographiques
    – la stagnation voir récession des économies occidentales + Japon parallélement à l’augmentation des dettes publiques et de la financiarisation
    – les diktats de la géographie un temps oubliés dans la globalisation des échanges et du développement des transports internationnaux; ce retour au réel territorial s’accompagnant de l’accélération des spoliations de zones agricoles
    – l’importance déterminante, encore mal intégrée par les économistes, des limites (en volumes physiques et couts acceptables) des sources d’énergies fossiles, pétrole et gaz en tête, pourtant bien annoncées dans les années 70 (King Hubbert, Limits to Growth, pour les plus connus)

    J’assiste mi-amusé, mi-effrayé, aux effets de ces causes profondes qui méneront vers 2050 au début de la fin de l’ère industrielle, sans espoir de retour.


  8. Olposoch Le 18 mai 2014 à 11h20
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    J’ai lu Georges Orwell il y a longtemps, comme une fiction, puis vu quelqu’un assis sur le mur de Berlin…
    A l’époque l’avenir offrait une sortie de toute cette merde…


  9. perceval78 Le 18 mai 2014 à 13h05
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    Les russes sont clairement obnubilés par les réserves de pétrole :

    http://www.nytimes.com/2014/05/18/world/europe/in-taking-crimea-putin-gains-a-sea-of-fuel-reserves.html?ref=world&_r=1

    Les ricains sont clairement obnubilés par les réserves de pétrole :

    http://rt.com/news/159588-east-ukraine-shale-deposits/

    Le dessous des cartes

    http://www.youtube.com/watch?v=wYQxHITLp98


    • yt75 Le 18 mai 2014 à 15h02
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      Et nous aussi nous devrions être obnubilés par les réserves de pétrole (et notre conso), même si de manière plus indirecte.
      Car quoi qu’on en dise la crise actuelle est aussi si ce n’est surtout, un choc pétrolier ne faisant que commencer, ci dessous les dernières synthèses de Laherrère (ASPO france, ancien patron techniques d’exploration groupe Total) avec principaux graphes et liens vers les pdfs :
      http://www.oleocene.org/phpBB3/viewtopic.php?t=28903&p=348020

      On a aussi un peu trop tendance à oublier que la “sécurisation des approvisionnements pétroliers” effectuée principalement par les US (pour le MO en particulier), on en bénéficie, et on en a bénéficié depuis des décennies …


      • perceval78 Le 18 mai 2014 à 16h29
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        Je comprends bien qu’il faille sécuriser , mais sécuriser ne veut pas dire voler . J’espère que la différence est claire pour tout le monde .


        • Kiwixar Le 18 mai 2014 à 23h46
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          Notre confort occidental est basé sur le pillage des ressources.
          On sécurise des ordures qui nous permettent de piller tranquillement leur pays, et on leur fournit les moyens de contrôler leurs gueux. Les pêcheurs somaliens vivent bien mieux depuis qu’ils ont des pirates, les chalutiers ne viennent plus.
          Quant aux Chinois, ils donnent un très mauvais exemple : ils pillent aussi mais font quand même des routes et des hôpitaux. C’est un engrenage irresponsable : pourquoi pas payer un bon prix, tant qu’on y est??


  10. Pascal Le 18 mai 2014 à 15h02
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    Bonjour,

    Puisqu’il est question ici de nouvel ordre mondial et que je pense que la construction européenne en est une belle émanation, je partage avec vous 4 vidéos très très intéressantes et instructives sur la construction européenne et le libéralisme.

    En cette période de pré-électorale, je ne peux que vous encourager à partager ces liens 😉

    Tout d’abord, un superbe document (très récent) qui retrace l’histoire de la création européenne et qui permet de se rafraîchir la mémoire tout en autorisant la mise en perspective des événements actuels:

    http://www.canard-forgeron.fr/webduck/

    Le «canard-forgeron» nous propose par ailleurs d’autres interviews centrées sur les personnes apparaissant dans la vidéo ci-dessus:

    Jacques SAPIR:
    https://www.youtube.com/watch?v=j8izr7cR3o0

    Cédric DURAND:
    https://www.youtube.com/watch?v=HwYGxS5kTGA

    François RUFFIN:
    https://www.youtube.com/watch?v=7X-T9tlFL6g

    Eric COQUEREL:
    https://www.youtube.com/watch?v=oq-jFhEJIvE

    Anne-Cécile ROBERT:
    https://www.youtube.com/watch?v=bIFIlIeJjXk

    Annick COUPÉ:
    https://www.youtube.com/watch?v=257mnkLTbAM

    Bonne écoute et merci à vous tous qui faites vivre ce blog d’information.


  11. Incognitototo Le 18 mai 2014 à 15h46
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    Pourquoi “nouvel” ordre mondial ? Il n’y a rien, absolument rien, de nouveau dans ce qui se passe aujourd’hui… Et si on veut vraiment trouver quelque chose de “nouveau”, c’est juste que les alliances et les contradictions deviennent flagrantes, évidentes, criantes… et toujours aussi criminelles…


    • Charles Michael Le 20 mai 2014 à 12h18
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      L’ordre mondial s’est établi en 1945 avec le partage du monde entre deux blocs, + les non-alignés après les décolonisations.
      la chute du bloc URSS en 1991 a permis aux USA de se présenter comme les maîtres du Monde.

      Las, les guerres de choix de Bush notament la guerre aux “terroristes” ont montré les limites de la domination par la force.
      la montée économique de la Chine surtout mais aussi des émergents a montré lors de la crise de 2008 la faiblesse financière des pays occidentaux, USA en tête, qui depuis cumulent dettes, création monétaires et quasi-stagnation.

      Il y a eut un déplacment des centres de profits et une montée des sentiments anti-américain, en gros sur le terrain les ultra riches des émergents collaborent mais font concurence aux uktra-riches anciens.

      D’un monde bi-polaire, on est passé briévement à uni-polaire et maintenant à un monde multi-polaire.

      L’Asie continentale et du Sud, l’Afrique, une bonne partie de l’Amérique latine, les pays musulmans contestent donc la Pax Americana, seuls l’Europe, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, le Japon et les Philippines leurs restent solidement associés.

      La Russie bien sur est un élément de résistance, poids militaire du nucléaire et ressources énormes de gaz et pétrole; ça explique pas mal les 5 milliards de Nuland, l’empressement du FMI, etc..


  12. arnold Le 18 mai 2014 à 17h01
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    Incognitototo : “Pourquoi “nouvel” ordre mondial ?”

    Je vous recommande la lecture du billet de Pierre Charasse, ancien ambassadeur de France, intitulé “La crise ukrainienne accélère la recomposition du monde” :
    http://www.mondialisation.ca/la-crise-ukrainienne-accelere-la-recomposition-du-monde/5379747


  13. VladP Le 18 mai 2014 à 20h17
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    Je ne sais pas ce qu’il en est d’un “nouvel ordre mondial”, mais en tous cas, ce que je constate, c’est que la Russie laisse tomber platement les russophone du Dombass et que pour le moment, les nazis ont tout loisir de renforcer leurs positions, de bombarder Donetsk et même de fusiller leurs soldats qui voudraient passer du côté des fédéralistes sans problèmes.
    Les seules aides militaires qui arrivent en ukraine sont les aides américaines en armes, en hommes (mercenaires) en moyens terrestres et aériens (hélico ONU) et en encadrement (CIA-FBI).
    Pour le reste, la “Grande Russie” parle, dénonce, et laisse les tueries se poursuivre à ses portes.
    Je ne souhaite pas et et personne ne souhaite une guerre ouverte, mais celle-ci finira de toute façon par se produire tôt ou tard. Une fois que les nazis en auront fini avec l’opposition russophone et qu’ils auront renforcé leur armement (grâce aux bons soins des ricains -et de l’Allemagne), ils attaqueront la Russie; et ça, ils le disent en long et en large. Ils demanderont l’adhésion à l’Europe et à l’ONU et attaqueront la Russie avec l’appui, cette fois déclaré, de l’OTAN.
    Les russes seront alors responsables de ce qui surviendra uniquement parcequ’ils n’auront pas assumé à temps leurs responsabilités.
    Ils ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas été prévenus.
    La führerin fausse blondasse l’a assez clamé sur tous les tons!
    Et moi qui croyait qu’un proverbe russe disait: Quand quelqu’un dit qu’il veut te tuer, il faut le croire (et donc agir en conséquence)…
    Les ruses économiques, c’est très joli, mais en attendant que leurs effets se produisent, des gens bien meurent pour rien…


    • nicolas Le 18 mai 2014 à 22h50
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      Deux scénarios:

      1) la Russie défend ceux qui le demande à l’est et donne ainsi une excuse aux euromaiden appuyés par l’otan pour rejouer le scénario de la Syrie (150’000 morts, 3 ans que cela dure)…

      2) la Russie est légalement irréprochable et se fait attaquer, elle gagnera ainsi le droit de se défendre avec l’appui de l’opinion mondiale (sauf l’OTAN)

      dans tous les cas il y a et aura des victimes.

      pour le moment la Russie ne tient pas compte du clébard qui lui mordille la cheville…

      il y a ce mois de mai 2014 avec deux dates très importantes (20-21 accords russie-chine + le 25 éléctions ou pas en Ukraine)… une fois ces deux dates passées il y a fort à parier que le gros nounours va sortir de son hibernation…


      • Crapaud Rouge Le 19 mai 2014 à 07h18
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        20-21 accords russie-chine” : gageons que Poutine ne va pas se déplacer que pour un accord commercial, il cherchera aussi l’appui de la Chine à l’ONU. Plus la crise va se militariser, plus il sera important de ne pas paraître “isolé sur la scène internationale”.


    • Surya Le 18 mai 2014 à 23h26
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      Le rapport de force actuel est très défavorable à poutine avec les sanctions économiques et diplomatiques, il a réussi un coup de maître avec la Crimée; mais il n’est pas du tout en situation d’aller plus loin.


    • Kiwixar Le 18 mai 2014 à 23h35
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      Oui, de toute façon l’Ukraine voudra récupérer la Crimée.
      Un contentieux style Alsace-Lorraine.
      Peut-être les Russes attendent-ils un niveau de massacres “suffisant” pour intervenir militairement.


  14. Hellebora Le 19 mai 2014 à 00h47
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  15. HELLEBORA Le 21 mai 2014 à 02h36
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    Sur le site de Paul Craig Roberts, l’analyse de la crise en Ukraine par son invité : Israel Shamir, journaliste et écrivain palestinien

    http://www.paulcraigroberts.org/2014/05/20/guest-column-israel-shamir-ukraine-turmoil/

    M’a l’air intéressant (= de quelle marge de manoeuvre dispose Poutine ?). J’essaierai de prendre le temps de le traduire, au moins partiellement, dans qques heures.

    Sa conclusion : “La guerre peut se déclencher à nimporte quel moment, comme cela a été le cas à deux reprises le siècle dernier bien que la Russie aie tenté de l’éviter plusieurs fois. Poutine fait tout pour la repousser (en retarder l’échéance ?) mais il ne continuera pas à le faire à nimporte quel prix. Le choix qui est le sien est difficile. Tandis que la Russie gagne du temps et que les Etats-Unis prennent de + en + de risques, le monde se rapproche dangereusement des abysses d’une guerre nucléaire. Qui va se dégonfler ?”


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