Source : Youtube, Cercle des Volontaires, 19-12-2015

Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Nicolas Lambert au sujet du “Maniement des Larmes”, troisième volet d’une série de pièces consacrées à ce qu’il considère comme les principaux rouages de l’a-démocratie, ou, autrement dit, les mécanismes les moins démocratiques de notre machinerie politique nationale.

Le premier volet, “Elf, la pompe Afrique (Bleu)”, interrogeait notre dépendance énergétique au pétrole dans son rapport à la corruption politique et à la diplomatie parallèle des multinationales, en reprenant intelligemment des extraits réels du procès de l’affaire Elf, pour les recontextualiser afin de donner une somme cohérente permettant d’en faire comprendre les enjeux complexes au spectateur.

Dans le même esprit, le second volet, “Avenir Radieux, une fission française (Blanc)”, interroge le rapport de la France à exploitation de l’énergie nucléaire, en évoquant les conséquences de cette exploitation du point de vue de la géopolitique à l’extérieur (la pièce revient notamment sur la la responsabilité de la France dans l’obtention de la bombe israélienne), et des manquements aux principes élémentaires de la démocratie à l’intérieur.

Enfin, le troisième volet à propos duquel nous nous entretenons relate les (més)aventures du cénacle politique français dans son rapport au trafic d’armes. Encore une fois, Nicolas Lambert et la troupe “Un pas de côté” réussissent l’exploit de fournir un spectacle aussi prenant qu’un thriller, tout en se tenant à leur exigence de ne composer qu’à partir de paroles réellement prononcées par les protagonistes.

L’aventure de cette saga “bleu-blanc-rouge” ouvre la voie à un théâtre documentaire efficace, parvenant à casser les codes ronflants imposés au fil des décennies par l’élite petite bourgeoisie à la forme théâtrale. On peut lire à cet égard sur le site de la compagnie “un pas de côté” cette citation de Jacques Livchine, l’un des pères du théâtre de rue en France, tirée d’une chronique écrite pour l’excellente revue Cassandre/ Hors champ: “Mais moi, je n’aime pas ces temples de la bourgeoisie intellectuelle, j’aime la virginité ans l’Art”.

Et cette expérience esthétique et politique arpente en effet des territoires trop longtemps laissés vierges par le théâtre. “Le Maniement des Larmes” vous guidera de manière fluide dans les dédales menant des attentats de Karachi aux relations de la France avec le Qatar, en passant par l’affaire Kadhafi et les conséquences de la guerre en Libye. N. Lambert y incarne tour à tour à lui tout seul, avec une délectation communicative: Ziad Takieddine, Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur, Brice Hortefeux, Thierry Gaubert ou encore Jean-Jacques Bourdin.

L’occasion pour nous d’évoquer avec lui les différents sujets traités par ses spectacles, mais aussi son projet (pour l’heure embryonnaire) d’une pièce à venir sur l’OTAN, de parler de l’état actuel de la démocratie, du théâtre des opérations militaires engageant actuellement la France dans le Monde, de l’état actuel de la défense, de la culture et de l’éducation dans notre pays, ainsi que de la nécessité de lier plus que jamais théâtre et politique au sein du décor d’opérette imposé par l’état d’urgence à la démocratie française.

Galil Agar

Le Maniement des Larmes, jusqu’au 20 décembre au Théâtre du Grand Parquet, 35 rue d’Aubervilliers, M° Stalingrad, 75018, Paris.

Source : Youtube, Cercle des Volontaires, 19-12-2015

lambert

7 réponses à [Vidéo] Nicolas Lambert, à propos de la pièce “Maniement des Larmes”

  1. Alberto Le 05 mars 2016 à 08h22
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    Comme les théâtres ne se battent pas pour accueillir Nicolas Lambert, on peut se rabattre sur son DVD (premier mais pas dernier j’espère) avec son spectacle “Elf, la pompe Afrique”.
    link to amazon.fr


  2. Homère d'Allore Le 05 mars 2016 à 11h47
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    Outre le contenu sans doute passionnant des pièces de Nicolas Lambert (je n’en ai pas encore vu mais je commande chez mon libraire dès aujourd’hui le DVD), son constat sur la disparition des théâtres est à la fois tristement vrai et alarmant.


  3. bluerider Le 05 mars 2016 à 12h07
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    la culture francophone est désertée des créateurs qui osent critiquer l’atlantisme (OTAN – UE – Euro- guerres permanentes – diplomatie coloniale – élimination des non alignés par guerre économique énergétique militaire). Ils s’autocensurent tellement qu’elle est devenue insipide. Pour une Marie Monique Robin, pour un Serge Halimi, combien d’ineptes, de courtisans, de pusillanimes qui hantent les couloirs de l’avance sur recettes au CNC et des programmateurs des BIG5 (Cazeneuve/France Television – Bollore/Canal – Drahi/RMC M6 – BHL/ARTE “si vous me citez dans votre film je vous l’achète”)… et lorsqu’un Pereira ouvre le bec sur l’Ukraine, ou une Marie Peltier sur la fabrication d’une insurrection armée étrangère contre l’administration ASSAD… ils s’en prennent plgppur dans des articles VIDES… mon pays est à la dérive et nous ne savons pas comment le remettre sur des rails.

    [Modération : merci d’éviter les acronymes barbares, vous êtes sur internet, prenez le temps. Merci.]


    • Homère d'Allore Le 05 mars 2016 à 14h31
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      Marie Peltier m’avait laissé une autre impression que celle que vous semblez avoir.

      link to legrandsoir.info

      Mais peut-être ai-je raté l’un de ses papiers où elle aurait changé de vision sur la Syrie ? Si vous avez la référence, je suis preneur !


      • bluerider Le 05 mars 2016 à 16h48
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        J’ai écrit trop vite. Je voulais parler du témoignage de Adeline Chenon-Ramlat. Pas de Marie Peltier qui comme vous le dites, et comme le publie LEGRANDSOIR, traine ses casseroles atlantistes. Dont acte.


  4. Nora Le 05 mars 2016 à 17h57
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    Ravie de découvrir cet homme de spectacle éclairé et engagé. La disparition des théâtres, comme expression de contre pouvoir, n’est elle pas le signe du déclin de notre démocratie ? Jusqu’ici tout va bien…Jusqu’ici tout va bien…


  5. Alberto Le 10 mars 2016 à 09h04
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    Après avoir vu son spectacle sur l’affaire ELF (sur son DVD), on ne peut que regretter l’interdiction de filmer les audiences. D’où l’intérêt de sa commedia dell’Arte qui rend vivant ce dont on est légalement privé. De plus sa présence après 18 heures (heure à laquelle les journalistes sortent pour faire leur compte rendu pour la prochaine édition) lui a permis d’assister à des aveux qui ne se font pas devant un grand public. Pour l’affaire ELF, ce sont, entre autres, les menaces contre les accusés et les témoins (beaucoup de ces derniers n’ont pu se rendre au tribunal, un malencontreux accident de la route les ayant fait quitter ce monde), l’aveu par Loïk Le Floch-Prigent de la complicité des différents présidents et hommes politiques de “premier” plan. Un excellent spectacle et un témoignage.


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