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2.avril.20202.4.2020 // Les Crises

Coronavirus – Journal d’un Français en Italie – Par Nicolas Minec

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Source : Les crises, Nicolas Minec

Habitant dans le nord de l’Italie, je suivais en janvier, de loin, cette épidémie naissante, loin de chez moi, en Chine, en espérant que comme l’épidémie de SRAS de 2003, elle disparaîtrait avant devenir une véritable menace. Le 23 janvier, alors que l’épidémie n’a encore fait que 17 morts, la Chine mets en quarantaine des millions d’habitants pour enrayer la contagion. Le 30 janvier, pourtant, la situation est déjà plus grave, et en rentrant d’un bref séjour en Russie, je porte un dérisoire masque chirurgical lors de mon vol de retour d’un bref séjour en Russie, comme des dizaines d’autres passagers : c’est un vol emprunté par de nombreux Chinois, résidents en Italie, comme touristes. L’inquiétude a commencé à s’installer. Le lendemain 31 janvier, on apprend qu’un couple de Chinois arrivés le 23 janvier à Milan a été testé positif au Covid-19 à Rome. Mon inquiétude de la veille était donc un peu justifiée.
Le 14 février, de passage à l’hôpital local (en Émilie-Romagne, au sud de la Lombardie), j’ai pu constaté qu’il n’y avait encore aucune mesure particulière par rapport à cette menace grandissante. Le même jour, à moins de 2 heures de route de là, un Italien dont un ami était récemment rentré de Chine se rend chez son médecin, puis le 16 février à l’hôpital de Codogno (à mi-chemin entre Milan et Parme). Il n’y a encore aucune précaution particulière, et son passage à l’hôpital déclenche un important foyer de contagion, que l’on découvre quelque jours plus tard. Très vite, le nombre de cas augmente. Le 23 février, il y a ainsi déjà 150 cas en Italie, et les écoles et universités de 3 régions particulièrement touchées (Lombardie, Vénéto et Émilie-Romagne) sont officiellement fermées par décrets. Le décret concernant ma région, où 9 personnes ont été testées positives ferme non seulement (jusqu’au 30 février, quel optimisme !) les écoles et universités, mais aussi les musées, et suspend les manifestations et autres événements de nature ludique, sportive et culture qui provoquent des attroupements. Le même décret ordonne également la désinfection quotidienne de tous les transports publics de la région. Le même jour, les 50000 habitants environ de 11 communes particulièrement touchées de Lombardie et du Vénéto ont été placées en quarantaine.

Avec un nombre de malade alors encore très faible, cet ensemble de mesures semblait radical et à même d’étouffer cette épidémie dans l’œuf, pensions nous. Nous savons maintenant que c’était beaucoup trop peu, et trop tard. Dans les jours suivants, la vie a suivi son cours presque normal, dans l’incertitude et un peu de confusion. Ainsi, la piscine locale, qui a fermé le 23, a annoncé sa réouverture le 27, et un peu partout les ouvertures et fermetures d’établissements se faisait sans cohérence apparente. Quelques changements commençaient à légèrement modifier notre vie quotidienne : il n’était déjà plus possible de passer commander au supermarché local pour une livraison le lendemain, il y avait déjà une semaine d’attente.

Le 28, de nouveau de passage à l’hôpital, je constate des mesures un peu renforcées, avec un triage des personnes ayant des symptômes respiratoires, et le personnel portant des masques. Durant cette dernière semaine de février, je suis avec une inquiétude croissante l’évolution du nombre officiels de contaminés. Pas parce qu’il augmente vite, mais parce qu’il augmente trop lentement : il y a clairement un nombre de plus en plus important de contaminés qui se promènent en Italie sans se savoir contaminés, et cela constitue une menace croissante.

Malheureusement, la circulaire du 29 février limite gravement le nombre de personnes testées au Covid-19. Pour être testé, il faut non seulement présenter des symptômes, mais en plus avoir un lien précis avec l’épidémie, comme un séjour récent en Chine ou dans les 11 communes en quarantaine, ou un contact proche avec un malade connu. Le même jour, la fermeture des écoles est prolongée, et le nombre de contaminés connus en Italie a dépassé 1000, assurément très inférieur au nombre réel de personnes contaminées. Quelques jours plus tard, de nouveau à l’hôpital, je dois attendre plus d’une heure, pour quitter la zone où je viens de passer un examen : une personne contaminée par le Covid-19 est passée dans un couloir que je dois emprunter, et il faut attendre la désinfection complète de ce couloir. La vie des hôpitaux commence à tourner autour du coronavirus.

L’épidémie accélère et le gouvernement agit enfin fermément avec le décret du dimanche 8 mars qui fait de 16 millions d’Italients (dont toute la Lombardie) des pestiférés : suspension de toutes les activités sportives et culturelles, des écoles, de universités, des discothèques… Les bars et restaurants peuvent ouvrir jusqu’à 18 heures à condition de garantir une distance d’un mètre entre les clients. Le décret du 9 mars (alors qu’il y a 9172 cas recensés dans tout le pays) étend enfin à toutes l’Italie les mesures réservées la veille à nous les 16 millions de pestiférés, et suspend jusqu’au 3 avril, les compétitions sportives et toutes formes de rassemblements dans les lieux publics.

La différence est que les 16 millions de pestiférés ont désormais besoin d’une justification pour se déplacer : raison de santé, travail ou soin d’un proche dépendant. Notre quotidien a désormais très nettement changé, parce que les mesures prises pour contenir cette épidémie à son tout début était insuffisantes, faisant trop peu de cas de la déclaration de l’OMS 30 janvier annonçant une « urgence de santé publique de portée internationale ». Ce n’était pourtant que la sixième fois que l’OMS lançait une telle alerte.

Source : Les crises, Nicolas Minec

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Commentaire recommandé

Narm // 02.04.2020 à 09h24

merci pour ce réçit
il n’y a qu’après que nous pouvons comprendre

« Malheureusement, la circulaire du 29 février limite gravement le nombre de personnes testées au Covid-19. Pour être testé, il faut non seulement  »

je suis quasi certain que nos « dirigeants » ont compris rapidement que le monde entier serait touché
Leur action n’a pas été de maitriser le développement. Le pseudo comptage des contaminés et des morts le confirme
ça fait 4 jours qu’on doit avoir le chiffre « hors hopital »
Comme cette menteuse de sibeth pour qui les masques ne servent à rien, il s’agit toujours d’anestésier les populations pendant que le virus fait son oeuvre…

9 réactions et commentaires

  • Narm // 02.04.2020 à 09h24

    merci pour ce réçit
    il n’y a qu’après que nous pouvons comprendre

    « Malheureusement, la circulaire du 29 février limite gravement le nombre de personnes testées au Covid-19. Pour être testé, il faut non seulement  »

    je suis quasi certain que nos « dirigeants » ont compris rapidement que le monde entier serait touché
    Leur action n’a pas été de maitriser le développement. Le pseudo comptage des contaminés et des morts le confirme
    ça fait 4 jours qu’on doit avoir le chiffre « hors hopital »
    Comme cette menteuse de sibeth pour qui les masques ne servent à rien, il s’agit toujours d’anestésier les populations pendant que le virus fait son oeuvre…

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  • antoniob // 02.04.2020 à 09h43

    ai vécu l’incohérence au niveau Schengen entre 6 et 11 mars. Comme souvent, je me trouvais en Russie. Là bas la fermeture de la frontière avec la Chine avait eu lieu fin janvier, les vols suspendus, chinois mis en quarantaine. Du point de vue russe l’épidémie chinoise ne pouvait pas venir depuis l’Ouest…
    Du 6 au 11, la télé russe donnait des nouvelles de l’épidémie débutante en Europe de l’Ouest, il était question de soumettre les norvégiens, les français et quelques autres, à une quatorzaine. Le 11 je prend un vol SPb-Helsinki-Oslo. Dans le transit à Helsinki, quelques asiatiques portaient des masques, c’est tout. Or l’aéroport Vantaa, en zone Schengen, est peu spacieux, les corridors sont étroits, et de toutes façons aux portes d’embarquement et une fois dans les zincs, contagion assurée, le cas échéant. J’arrive à Oslo et le lendemain le gouvernement déclare la quatorzaine rétroactive(!) depuis le 27 février pour toute personne ayant été hors de la zone nordique (DK-IS-NO.-SE-FI), ce qui était mon cas, mon employeur sachant que je passais un long w-e en Russie me téléphone pour m’annoncer que je reste à la maison 14 jrs (et de fait 1 mois de chômage technique, retour au boulot après Pâques). Ce qui est comique là, c’est l’absurdité de la décision norvégienne. En effet, Schengen oblige, c’est dans l’aéroport d’Helsinki que j’étais potentiellement le plus exposé, mais pas, début mars, en Russie.
    D’ailleurs la Russie a finalement fermé sa frontière avec la Norvège peu après, pour se protéger de … Schengen en quelque sorte.

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    • moshedayan // 02.04.2020 à 10h19

      Le premier cas de Covid-19 détecté à Kemerovo -Sibérie centrale du Sud, venait d’un Russe qui avait séjourné en Italie (source fiable d’une connaissance qui travaille dans un hôpital de la région) et mes amis russes de Moscou disent la même chose – beaucoup de cas venant d’Italie ou d’Espagne… maintenant « fausse nouvelle ou mensonge » je laisse ce lien : d’un reportage russe sur Italie Emilie-Romagne et en Azerbaïdjan dans des zones historiquement touchées par la malaria où la population a plus qu’ailleurs eu des médicaments de quinine et pour le sang…Vladimir Bolibok, médecin immunologue… Simon Matskeplichvili, vice-directeur de la Clinique de l’Université Lomonossov, justifie par la médication à base de quinine et une immunité acquise… -Le taux d’infection observée est très bas et de guérison très bon… à vous de juger…
      https://www.vesti.ru/doc.html?id=3253355

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      • Jean-François91 // 02.04.2020 à 12h47

        merci pour ce témoignage. Il converge avec un autre, depuis Moscou
        https://youtu.be/eBsv43f_rRg
        (le système de santé russe vu/découvert par 2 Etats-Uniens, l’un chez lui, l’autre résident, une surprise à la minute douze)

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      • Chris // 02.04.2020 à 16h52

        Usage de la quinine et dérivés
        C’est aussi la réflexion qu’on se fait à propos des pays africains, grands consommateurs de traitements anti-paludiques : taux d’infection jusqu’ici très bas.

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  • Serge WASTERLAIN // 02.04.2020 à 10h12

    Je souhaite me désabonner, mais je ne sais comment faire !

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    • LibEgaFra // 02.04.2020 à 11h51

      Vous n’êtes qu’à un clic de votre désabonnement. A moins que votre dépendance soit trop forte. Dans ce cas demandez à votre épouse de cacher votre ordinateur.

        +4

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    • Narm // 02.04.2020 à 11h55

      la newsletter je pense LibEgaFra
      https://www.les-crises.fr/contact/
      Signaler un bug ou faire effacer vos données personnelles

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  • LBSSO // 02.04.2020 à 12h46

    Essai de mise en perspective du témoignage

    23 février : » 150 cas en Italie, et les écoles et universités de 3 régions particulièrement touchées (Lombardie, Vénéto et Émilie-Romagne) sont officiellement fermées par décrets.Les 50000 habitants d’environ de 11 communes particulièrement touchées de Lombardie et du Vénéto placés en quarantaine. »
    2 mars: «On ne ferme pas les frontières car ça n’aurait pas de sens. A ce stade, il n’y a pas lieu d’envisager la fermeture des frontières», O. Véran.
    4 mars: «Il n’y a aucun argument scientifique et médical aujourd’hui qui nous conduise à arrêter des événements collectifs» comme le match de Ligue des champions, prévu mercredi entre Lyon et la Juventus .
    7 mars: Emmanuel et Brigitte Macron au théâtre pour inciter les Français à sortir malgré le coronavirus
    8 mars : décret de restriction partielle de mouvement pour 16 millions d’Italiens (dont toute la Lombardie).
    9 mars : extension à toute l’Italie.
    12 mars : annonce par EM de la fermeture des établisst scolaires pour le 16 .
    15 mars : municipales.
    16 mars: intervention d’EM pour le confinement.

    Donc , il semblerait donc qu’entre fin février et début mars, au regard de ce qui se passait (ou pas) en Italie (et en Chine), la France n’ait pas pris les bonnes décisions. La stratégie de l’immunité globale décrite par JM Blanquer (15 03 Fce Info) n’était pas tenable:
    – la connaissance de ce virus était insuffisante d’où sous-évaluation de sa propagation et dangerosité.
    – capacités hospitalières et industrielles françaises inadaptées à cette stratégie.

      +8

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