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3.juin.20203.6.2020 // Les Crises

Covid-19 : anomalie du cerveau à l’IRM chez une patiente avec perte de l’odorat

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Source : Réalités Biomédicales

IRM. Vue frontale. Séquence FLAIR montrant un hypersignal cortical dans le gyrus rectus droit (têtes de flèches jaunes). Dans le carré supérieur droit : image montrant un hypersignal dans les deux bulbes olfactifs (têtes de flèches blanches). Politi LS, et al. JAMA Neurol. 2020 May 29.

Des neuroradiologues italiens rapportent des données montrant que le coronavirus SARS-CoV-2 provoque une atteinte directe du cerveau au niveau d’une région impliquée dans l’olfaction. Dans un article publié le 29 mai dans la revue JAMA Neurology, ils publient des clichés montrant des anomalies à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) du cerveau d’une patiente atteinte de Covid-19 et présentant une perte d’odorat (anosmie).

Petit rappel de physiologie. Les molécules odorantes sont captées par les cellules olfactives (épithélium olfactif) situées dans les cavités nasales. Le signal chimique véhiculé par la molécule odorante est alors transformé en influx nerveux. Les neurones de l’épithélium olfactif envoient leurs prolongements (axones) dans les deux bulbes olfactifs.

Le bulbe olfactif constitue le premier relais du système olfactif. Cette structure, située sous le cerveau, reçoit les axones des neurones de l’épithélium olfactif qui traversent le toit des fosses nasales. Celui-ci est dénommé lame criblée (de l’os ethmoïde) car il est perforé par de nombreux orifices dans lesquels passent les filets nerveux des voies olfactives. © Wikipedia

Les fibres nerveuses issues de ces structures nerveuses transmettent ensuite l’information au cerveau, notamment au niveau du cortex préfrontal. Ceci explique que toute lésion du bulbe olfactif peut entraîner une perte de l’odorat.

La patiente décrite par l’équipe italienne n’est autre qu’une neuroradiologue de 25 ans qui a travaillé dans une unité Covid d’un hôpital universitaire de Milan (IRCCS Istituto Clinico Humanitas). La jeune femme a présenté une toux modérée pendant un jour, suivie par une anosmie et une perte partielle du goût (agueusie). Elle n’a pas eu de fièvre, n’a pas fait de crise d’épilepsie. Le scanner thoracique ne montre pas d’image de pneumonie.

Le jour même, une IRM cérébrale est réalisée. Celle-ci montre une image anormale d’une région superficielle du cerveau, en l’occurrence du gyrus rectus droit. Cette région du cortex préfrontal, située à la face inférieure des hémisphères cérébraux, est impliquée dans l’olfaction.

IRM. Vue axiale. Hypersignal (délimité par les flèches jaunes) uniquement présent chez cette patiente dans la région postérieure du gyrus rectus droit. Politi LS, et al. JAMA Neurol. 2020 May 29.

Les neuroradiologues notent également la présence d’un hypersignal au niveau des bulbes olfactifs, structures situées à la base du cerveau qui véhiculent l’information olfactive.

Dans la mesure où ces altérations du signal cortical à l’IRM évoquent une infection virale et que de nombreux patients Covid-19 présentent une anosmie, un prélèvement naso-pharyngé a été réalisé en vue d’un test diagnostic PCR. Celui-ci revient positif pour le SARS-CoV-2.

IRM. Vue axiale. Séquence FLAIR montrant la disparition complète de l’hypersignal dans le cortex du gyrus rectus droit. Politi LS, et al. JAMA Neurol. 2020 May 29.

Une nouvelle IRM cérébrale est réalisée 28 jours plus tard. L’altération du signal cortical a alors totalement disparu. Les bulbes olfactifs sont moins proéminents et le signal IRM est également moins intense à ce niveau. La patiente a récupéré de son anosmie. La disparition de ces anomalies à l’IRM cérébrale semblent indiquer qu’elles pourraient n’être présentes qu’à la phase précoce de l’infection par le coronavirus SARS-CoV-2.

Atteinte des bulbes olfactifs et du cortex

Cet article rapporte donc, chez une patiente Covid-19, un signal à IRM cérébrale évocateur d’une invasion du coronavirus dans une région corticale (gyrus rectus postérieur) associée à l’olfaction.

« Sur la base des résultats de l’IRM, notamment les légères modifications du bulbe olfactif, on peut penser que le SARS-CoV-2 pourrait envahir le cerveau par la voie olfactive et provoquer un dysfonctionnement olfactif d’origine neurosensorielle », déclarent Letterio Politi et ses collègues. Il semble donc que le SARS-CoV-2 présente un neurotropisme, autrement dit qu’il possède la capacité de pénétrer, via le bulbe olfactif, dans le système nerveux central et d’y provoquer une atteinte directe.

La confirmation définitive de cette action directe du coronavirus au niveau cérébral nécessiterait de disposer des résultats de l’analyse du liquide céphalo-rachidien (qui occupe les cavités du cerveau), ce qui n’a pas été le cas chez cette patiente qui avait développé une forme légère de la maladie. D’autre part, l’examen du cerveau de patients Covid-19 décédés permettrait de documenter cette atteinte en montrant la présence en microscopie électronique de particules virales dans le tissu cérébral.

Les données publiées dans le JAMA Neurology font suite à celles publiées par une équipe française le 22 mai dans la revue Neurology. Des neuroradiologues de l’hôpital de la Conception (Marseille) ont décrit le cas d’un médecin de 27 ans infecté par le SARS-CoV-2 dans le cadre de son travail mais resté asymptomatique.

A et C : IRM des bulbes olfactifs en période d’anosmie à J7. B et D : IRM des bulbes olfactifs en période de récupération de l’anosmie à J24. L’IRM montre une augmentation transitoire du volume du bulbe olfactif (« ob » en rose) avec intensification du signal. Laurendon T, et al. Neurology, 2020 May 22.

Œdème bilatéral des bulbes olfactifs

Quatre jours après le diagnostic de Covid-19, ce médecin a présenté une perte d’odorat et du goût (anosmie et agueusie). Sept jours tard, une IRM cérébrale a montré un œdème bilatéral des bulbes olfactifs, se manifestant par une augmentation du volume de cette structure à gauche (73 mm3) et à droite (64 mm3) et la présence d’un hypersignal anormal. Le jeune radiologue a récupéré de son anosmie 14 jours plus tard.

Une seconde IRM cérébrale, réalisée 24 jours après le début des symptômes, a montré la normalisation du signal IRM au niveau des bulbes olfactifs, indiquent le Pr Arthur Varoquaux et ses collègues du Centre de résonance magnétique biologique et médicale (Aix-Marseille Université). Le volume du bulbe olfactif gauche (22 mm3) et droit (17 mm3) était revenu à la normale.

Marc Gozlan

Source : Réalités Biomédicales

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Commentaire recommandé

yann // 03.06.2020 à 08h04

Le gouvernement devrait utiliser une IRM pour sélectionner ses porte-paroles.
Si ça permet de détecter les anomalies du cerveau.

15 réactions et commentaires

  • François // 03.06.2020 à 07h19

    J’espère qu’il y aura un suivi des effets secondaires des patients covid, et un feedback médical sérieux et transparent 🤔

    Je reste persuadé que le Doliprane n’était pas toujours la meilleure option…

      +12

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  • Catalina // 03.06.2020 à 07h44

    « Covid-19 : anomalie du cerveau à l’IRM chez une patiente avec perte de l’odorat
    Coronavirus, Covid-19 »
    IDEM : « Grippe saisonnière : anomalie du cerveau à l’IRM chez une patiente avec perte de l’odorat »
    Information cruciale, il faut le dire, avec des infections respiratoires, vous perdez le goût !! Sachez-le et couchez vous plus intelligent ce soir !
    ;o)

      +10

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  • yann // 03.06.2020 à 08h04

    Le gouvernement devrait utiliser une IRM pour sélectionner ses porte-paroles.
    Si ça permet de détecter les anomalies du cerveau.

      +35

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    • Fritz // 03.06.2020 à 08h25

      Euh… il faudrait déjà qu’ils en aient un, de cerveau…

        +20

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      • bonhomme // 04.06.2020 à 15h48

        Un peu plus d’humanité (empathie !!! ) se mesurerait-elle par IRM ?

          +0

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  • jp // 03.06.2020 à 09h41

    Médecine intelligente: observer pour comprendre. Mais Il y a un de gros problèmes méthodologiques: Le premier est que ces observations ne sont pas parisiennes, le second elles ne sont pas randomisées. Conclusion selon la Nouvelle Science actuelle: aucune valeur.

      +17

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    • Allo // 04.06.2020 à 01h33

      Ce sont des observations, pas des tests. Je ne comprends pas votre commentaire.

        +0

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      • jp // 04.06.2020 à 23h20

        @Allo, Je vous félicite de faire une analyse aussi perspicace de ma modeste prose. Mais je ne vois pas pourquoi je ne ferais comme tous les pseudo scientifiques qui de nos jours se font un devoir international de publier n’importe quoi. La preuve: 3 des 4 auteurs du lamentable scoop du Lancet se rétractent car le 4° qui a fourni les chiffres refuse l’accès à sa base de donnée pour les vérifier. Elle est pas s belle la vie ?

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  • jp // 03.06.2020 à 12h27

    Des nouvelles réjouissantes: l’équipe de Marseille et une autre viennent de montrer qu’en fait les populations jeunes ont une immunité SRAS entretenue par les petites infections annuelles liées à ce groupe viral, avec probable protection jusqu’à l’âge de 25ans ce qui réduit de près de la moitié les gens pouvant développer une maladie Covid.

      +6

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