Les Crises Les Crises
21.mai.202021.5.2020 // Les Crises

Covid-19 chez une prématurée de 26 semaines : « elle est sortie de l’hôpital. »

Merci 24
J'envoie

Source : Réalités Biomédicales

C’est l’histoire d’une petite fille prématurée qui a développé une infection au coronavirus SARS-CoV-2. Ce cas clinique est rapporté dans un article paru le 7 mai dans la revue The Lancet Child & Adolescent Health.

Tout commence lorsqu’une femme enceinte est transférée d’un hôpital périphérique aux Cliniques Universitaires Saint-Luc (Bruxelles, Belgique) car elle souffre de pré-éclampsie (hypertension artérielle d’apparition récente et présence de protéines dans les urines) et présente également une suspicion d’inflammation de la vésicule biliaire (cholécystite). Elle est traitée par antibiotiques par voie intraveineuse. La patiente montrant des signes d’aggravation de pré-éclampsie*, l’accouchement est programmé par césarienne 48 heures plus tard.

La naissance a lieu à 26 semaines de grossesse. La petite fille est donc une très grande prématurée, l’extrême prématurité correspondant à une naissance avant 28 semaines d’aménorrhée (avant six mois de grossesse). L’enfant ne pèse que 960 grammes.

La petite fille est immédiatement admise en soins intensifs néonataux car sa grande prématurité l’expose à des complications respiratoires. Elle reçoit de l’oxygène au masque et du surfactant, une substance qui aide les alvéoles à rester ouvertes et qui n’est produit par l’organisme en quantité suffisante jusqu’à un stade relativement tardif de la gestation (34 à 36 semaines).

Radiographies thoraciques. A : à la naissance, B : Jour 2, C : Jour 5 avec drain thoracique en « queue de cochon » (flèche), D : Jour 14. Piersigilli F, et al. Lancet Child Adolesc Health. 2020 May 7. pii: S2352-4642(20)30140-1.

L’enfant développe un pneumothorax qui nécessite la pose d’un drain pour évacuer l’air entre les deux feuillets de la plèvre, membrane qui recouvre les poumons et tapisse l’intérieur de la paroi thoracique. Le bébé est maintenu dans une couveuse fermée.

Le lendemain de la césarienne, la mère présente une fièvre alors qu’elle reçoit un traitement antibiotique. Le taux de protéine C-réactive (CRP), un marqueur de l’inflammation, qui était de 39 mg/L (valeurs normales inférieures à 5 mg/L) à son admission, est monté à 85 mg/L. Vingt-quatre heures plus tard, il atteint 214 mg/L.

La maman porte toujours un masque chirurgical lorsqu’elle se rend dans l’unité de soins intensifs néonataux pour voir son bébé car elle a de la fièvre et elle tousse. Elle regagne son domicile cinq jours après son admission.

Contact peau à peau

Le lendemain, la maman a son premier et unique « peau à peau » avec son bébé. Ce jour-là, elle est adressée aux urgences car elle a de fièvre et présente une gêne respiratoire. Une radiographie thoracique est réalisée qui révèle une pneumonie bilatérale. Le prélèvement naso-pharyngé revient positif pour le coronavirus SARS-CoV-2. Cela fait alors sept jours que cette femme a accouché.

La patiente n’a pas eu de contacts connus avec des personnes Covid-19 ou ayant récemment voyagé. La maman est alors confinée chez elle et n’est autorisée à retourner à l’hôpital, ou dans le service de néonatalogie, que lorsqu’elle ne présentera plus de symptômes et que le test PCR deviendra négatif.

Bébé de 7 jours infecté par le SARS-CoV-2

Dès que le diagnostic de Covid-19 est établi chez la mère, un prélèvement naso-pharyngé est effectué chez son bébé. Il revient positif pour le SARS-CoV-2 quelques heures plus tard. La petite fille est alors placée en isolement. Quant au personnel soignant, il adopte les mesures de protection adéquates, notamment pour éviter la diffusion du virus par aérosols et gouttelettes.

Un test PCR sur le lait maternel est effectué : aucune trace du matériel génétique du SARS-CoV-2 n’est détectée. Dix jours tard (J17 après admission), la radiographie thoracique du bébé montre des anomalies dans les deux champs pulmonaires (infiltrats réticulaires), mais son état clinique est stable. La petite fille continue de recevoir de l’oxygène par ventilation non invasive. Elle n’a pas de fièvre.

Réalisé sept jours après le premier test PCR, un second test revient positif. Un troisième, effectué après 14 jours, revient négatif. Chez la mère, la négativation du test PCR n’est observée qu’au bout de 21 jours.

Transmission « horizontale »

Jusqu’à présent, aucune étude publiée dans la littérature médicale n’a documenté un passage direct, in utero, (« transmission verticale ») du SARS-CoV-2 de la mère à l’enfant. Le cas rapporté par les néonatologistes, obstétriciens et pédiatres infectiologues de Bruxelles correspond sans doute à une « transmission horizontale », c’est-à-dire au fait qu’une personne infectée transmet la maladie à une autre non infectée. Dans ce cas, la mère a contaminé son bébé après sa naissance. La voie de contamination n’était pas liée à l’allaitement dans la mesure où le coronavirus n’a pas été détecté dans le lait maternel, étant entendu que la mère a adopté les gestes barrières.

« La mère a toujours porté un masque dans l’unité de soins intensifs néonataux car elle présentait une infection fébrile non identifiée. Il est donc probable qu’elle ait contaminé son bébé, maintenu en couveuse, en le touchant. Ce n’est cependant que sept jours après la naissance de l’enfant qu’il s’est avéré que l’infection de la mère était due au coronavirus SARS-CoV-2 », me précise Fiammetta Piersigilli, néonatologiste.

Une fois le diagnostic de Covid-19 établi chez la mère et le bébé, le personnel soignant, les autres enfants et les parents qui avaient été à proximité de la petite fille contaminée, ou en contact avec elle, ont été testés pour le SARS-CoV-2 ou suivis pendant quatorze jours. Cette contamination mère-enfant est survenue au début de l’épidémie de Covid-19 en Belgique, à un moment où l’on ne dénombrait qu’environ 250 cas et où seulement deux patients Covid-19 étaient hospitalisés aux Cliniques Universitaires Saint-Luc. Il est donc improbable que l’infection du bébé ait une origine nosocomiale via une contamination par aérosols ou par un individu infecté appartenant au personnel soignant.

Mesures de précaution renforcées

« Après la survenue de ce cas, la mère ayant accouché le 1er mars, de nouvelles procédures ont été rapidement mises en œuvre. Les visites des grands-parents, frères et sœurs, sont désormais interdites dans l’unité de soins néonataux. Nous n’autorisons plus la présence simultanée des deux parents mais seulement d’un seul parent au lit du nouveau-né. Nous permettons le contact peau à peau. Avant d’entrer dans l’unité, les parents, comme les membres du personnel soignant, doivent indiquer s’ils ont récemment présenté de la fièvre ou des symptômes respiratoires. Aujourd’hui, on vérifie également leur température à l’entrée. Le masque chirurgical est par ailleurs obligatoire pour les parents et le personnel », indique Fiammetta Piersigilli qui ajoute que l’allaitement maternel n’est pas contre-indiqué.

Ce cas clinique montre que les nouveau-nés infectés par le SARS-CoV-2, même lorsqu’il s’agit de grands prématurés, ne développeraient pas nécessairement une maladie sévère. Plusieurs hypothèses pourraient l’expliquer. Il reste en particulier à savoir si, à cet âge, la réponse immunitaire contre le coronavirus SARS-CoV-2 ne s’accompagne pas d’une réaction inflammatoire d’envergure (pouvant être très délétère) ou si les cellules des voies respiratoires des jeunes enfants n’expriment que de faibles quantités du récepteur ACE2 qui sert de porte d’entrée cellulaire au virus.

Depuis, cinq autres enfants sont nés de mères Covid-19 dans le service. Tous ont été testés négatifs pour le SARS-CoV-2. Les médecins belges ont entrepris, en association avec un réseau de néonatologistes italiens, de créer une base de données regroupant l’ensemble des cas de Covid-19 néonataux afin de mieux cerner leur incidence, leur présentation clinique et leur pronostic.

Mais revenons au bébé prématuré infecté par le SARS-CoV-2 dont le cas a été rapporté par les médecins bruxellois. La petite fille est restée en soins intensifs dans l’attente d’avoir un âge correspondant à la date du terme. Bonne nouvelle : « elle sortira de l’hôpital demain, vendredi 15 mai », me confie Fiammetta Piersigilli.

Marc Gozlan (sur Twitter, sur Facebook)

* Dans ce contexte de prééclampsie, la mère a développé un « HELLP syndrome » (Hemolysis, Elevated Liver enzymes and Low Platelets) associant hémolyse (destruction des globules rouges), élévation des enzymes hépatiques et thrombopénie (chute du taux des plaquettes sanguines).

Source : Réalités Biomédicales

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Les commentaires sont fermés.

Et recevez nos publications