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23.mai.202023.5.2020 // Les Crises

États-Unis : deux morts du Covid-19 parmi cinquante-deux personnes contaminées au sein d’une chorale

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Source : Réalités Biomédicales

L’histoire remonte à la mi-mars 2020 et se déroule aux États-Unis dans le comté de Skagit, dans le nord-ouest de l’État de Washington. Parmi 61 choristes qui ont participé le 10 mars à une répétition, 53 personnes sont tombées malades. Les autorités sanitaires locales sont informées de la situation le 17 mars et entreprennent dès le lendemain de rechercher l’origine de cette flambée épidémique.

Les résultats de cette enquête épidémiologique ont été publiés le 15 mai dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire (MMWR) des Centres de prévention et de contrôle américains (CDC, Atlanta, Géorgie). Ils soulignent la haute contagiosité du coronavirus SARS-CoV-2, notamment lors d’une activité consistant à chanter à gorge déployée au milieu d’un groupe d’individus.

Gouttelettes dans l’air ambiant pendant plus de 8 minutes

On sait que parler à proximité immédiate de quelqu’un peut être un facteur de risque de propagation du coronavirus SARS-CoV-2, d’où la nécessité de la distanciation physique. Publiée le 13 mai dans les Comptes-rendus de l’académie américaine des sciences (PNAS), une étude conduite par des chercheurs des Instituts nationaux de la santé (Bethesda, Maryland) et de la Faculté de médecine de l’Université de Pennsylvanie, a montré que les gouttelettes émises par un individu parlant à voix haute dans un local confiné peuvent rester en suspension dans l’air ambiant pendant 8 à 14 minutes.

Une durée suffisamment longue pour que la prise de parole à proximité immédiate d’une personne puisse être considérée comme un facteur de risque de contamination, estiment-ils. Plus précisément, ces chercheurs ont considéré sur la base d’une charge virale moyenne de 7 millions de particules virales par millilitre de salive émise, qu’ « une minute de conversation à haute voix génère au moins 1 000 micro-gouttelettes contenant des virions qui restent en suspension dans l’air pendant plus de 8 minutes. Ceux-ci pourraient donc être inhalés par d’autres personnes et déclencher une nouvelle infection par le SRAS-CoV-2 ».

Mais revenons à la contamination des choristes du comté de Skagit. Le 10 mars dernier, comme tous les mardis soir, les membres de la chorale se retrouvent pour leur répétition d’une durée de deux heures et demie. Cinq jours plus tard, le 15 mars, le responsable du chœur envoie aux 122 choristes un courriel les informant qu’au moins six membres de leur association présentent de la fièvre et que deux autres ont été testés pour le SARS-CoV-2 les 11 et 12 mars et sont dans l’attente des résultats.

Ceux-ci reviennent positifs le 16 mars. Ils sont immédiatement communiqués aux autorités sanitaires locales. Le 17 mars, le directeur de la chorale envoie un second courriel indiquant, cette fois, que 24 choristes présentent un état pseudo-grippal depuis le 11 mars et qu’au moins l’un d’eux a été testé positif pour le SARS-CoV-2. Ce courriel insiste sur la nécessité de maintenir une distanciation physique et d’être informé sur les symptômes évocateurs de Covid-19. De nombreux choristes décident alors de rester confinés à leur domicile.

Le 17 mars, le bureau de santé publique du comté reçoit une notification officielle de l’existence de ce cluster (regroupement de cas). Les 122 choristes sont alors interrogés par téléphone ou font l’objet d’un suivi téléphonique entre le 18 mars et le 10 avril. Les questions portent sur les activités pratiquées par ces personnes entre le 3 et le 10 mars.

Lors des premiers entretiens, il est recommandé à celles ne présentant pas de symptômes de s’isoler pendant 14 jours à compter du jour où elles ont participé à la chorale pour la dernière fois. Une semaine plus tard, le 21 mars, le département de santé publique du comté diffuse par voie de presse un communiqué informant le public de la situation épidémique et insistant sur la haute contagiosité du virus et l’importance des gestes barrières, à savoir la distanciation physique.

Les choristes ont chanté le 3 et le 10 mars. Le patient index a commencé à présenter des symptômes le 7 mars. Les symptômes chez les premiers cas confirmés de Covid-19 ont commencé à être observés les 10 et 11 mars. En bleu foncé : cas confirmés. En bleu clair : cas probables. Hamner L, et al. Morb Mortal Wkly Rep. 2020 May 15;69(19):606-610.

Patient index

Il s’avère qu’aucun choriste n’était malade lors de la séance du 3 mars. En revanche, un membre de la chorale présentait depuis trois jours des symptômes ressemblant à ceux d’un rhume lors de la répétition du 10 mars. Cette personne, qui était également présente lors de la séance de la semaine précédente, a finalement été testée positive pour le SARS-CoV-2. Ce choriste, qui a donc commencé à se sentir mal à partir du 7 mars, a finalement été considéré comme étant le patient index, autrement dit celui à l’origine de cette bouffée épidémique.

Au total, sur les 78 personnes présentes à la chorale le 3 mars, 51 sont tombées malades par la suite. Parmi elles, toutes sauf une ont également participé à la séance du 10 mars. Sur les 61 participants à la réunion du 10 mars, 52 ont présenté des symptômes*. Si l’on exclut le patient index, 32 cas ont été confirmés par le test diagnostic PCR et 20 ont été considérés comme des cas probables**. Parmi les 21 personnes uniquement présente le 3 mars, une seule est tombée malade. En revanche, sur les trois choristes qui n’avaient participé qu’à la séance du 10 mars, deux ont présenté des symptômes.

Dans la mesure où 49 patients sont tombés malades entre le 11 et le 15 mars, il est vite apparu que cette flambée épidémique avait sans doute pour origine un unique évènement. En moyenne, les symptômes sont apparus dans les dix jours (entre 4 et 19 jours) suivant la participation à la séance du 3 mars, mais seulement dans les trois jours (entre 1 et 12 jours) pour ceux qui étaient présents à la répétition du 10 mars.

Lors de la séance organisée le 10 mars, les chaises ont été disposées sur trois rangées, séparées entre elles de 15 à 25 centimètres. Les participants se sont exercés pendant 40 minutes, puis se sont séparés en deux groupes pour chanter pendant encore 50 minutes, un petit groupe se réunissant dans une pièce plus petite que la précédente. Alors que les membres de l’autre groupe se sont assis les uns à côté des autres sur des chaises, ceux de l’autre groupe se tenaient près les uns des autres sur des bancs. Tous les choristes ont ensuite été invités à se réunir au fond d’une grande pièce pour une collation qui a duré une quinzaine de minutes, après quoi chacun des participants a regagné sa place désignée.

L’âge moyen des participants à la séance du 10 mars qui sont tombés malades était de 69 ans (85 % des cas étaient des femmes). Il s’est écoulé en moyenne 12 jours entre le début des symptômes et l’admission à l’hôpital. Les trois personnes hospitalisées présentaient des pathologies préexistantes. Le décès de deux choristes est survenu 14 et 15 jours après l’apparition des symptômes (toux, fièvre, douleurs musculaires, maux de tête). Certains patients ont développé de la diarrhée, d’autres des nausées, des douleurs abdominales. Une personne a présenté une perte de l’odorat (anosmie) et du goût (agueusie). D’autres ont développé une pneumonie (18 % des cas) et une insuffisance respiratoire aiguë (9 %).

Le chant à plusieurs, une pratique à risque

Selon les auteurs, les participants des chorales ont eu de multiples occasions de transmettre des gouttelettes via un contact étroit ou par l’intermédiaire de surfaces inertes contaminées (également appelées fomites). En outre, le seul fait de chanter pourrait avoir contribué à la transmission du SRAS-CoV-2 dans la mesure où il a été montré que le volume et la quantité des aérosols émis en parlant est corrélée à l’intensité de la vocalisation. De plus, certaines personnes en émettent plus que les autres et peuvent se comporter comme des « super-contaminateurs ».

Cette flambée épidémique, survenue alors que l’on ne comptait officiellement que sept cas confirmés de Covid-19 dans le comté, souligne que le coronavirus SRAS-CoV-2 peut être hautement transmissible dans certains contextes, notamment lorsque des personnes se réunissent pour chanter. En France, début avril, trois membres de la chorale de Chomérac en Ardèche, tous âgés de plus de 70 ans, avaient repris les répétitions après les vacances de février, et ont été testés positifs au coronavirus et hospitalisés à Montélimar. Au total, 19 personnes avaient eu de la fièvre ou ne se sentaient pas très bien.

Début avril, à Berlin, 60 personnes sur 80 sont tombées malades après avoir été contaminées lors d’une répétition du chœur de la cathédrale qui s’était tenue le 9 mars.

Enfin, début mai, quatre personnes sont mortes du Covid-19 après un concert donné à Amsterdam le 8 mars. Sur les 130 choristes, 102 ont été contaminés, dont certains ont dû être hospitalisés. Deux mois plus tard, on a appris que quatre personnes étaient mortes du coronavirus après le concert : un membre du chœur et trois personnes proches des choristes.

Maintenir une distanciation physique

Ces cas de contaminations chez des choristes soulignent l’importance de la distanciation physique en période de pandémie. Selon les auteurs de l’article paru dans le bulletin épidémiologique des CDC, il convient de « maintenir une distance d’au moins six pieds [1,80 mètre] entre les personnes, d’éviter les attroupements et les lieux bondés, et de porter des masques dans les lieux publics où les mesures de distanciation sociale sont difficiles à maintenir durant cette pandémie ». Sans oublier les recommandations des CDC pour réduire le risque de transmission du virus, telles que « se laver régulièrement les mains, tousser ou éternuer dans son coude, s’isoler à domicile si l’on est malade, désinfecter les surfaces très souvent touchées ».

Marc Gozlan (sur Twitter, sur Facebook)

* Soit un « taux d’attaque » secondaire de 87 % pour l’ensemble des cas. Ce taux d’attaque élevé soulève la possibilité que le patient index ait été un supercontaminateur, et ce d’autant que l’intervalle médian entre l’exposition au virus le 10 mars et le début des symptômes n’a été que de trois jours, contre cinq jours habituellement.

** Soit un taux d’attaque secondaire de 53 % pour les cas considérés comme probables.

Source : Réalités Biomédicales

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Commentaire recommandé

weilan // 23.05.2020 à 07h47

Je suppose que ces choristes chantaient « plus près de Toi mon Dieu ».
Certains y seraient arrivés plus rapidement que prévu ?

15 réactions et commentaires

  • weilan // 23.05.2020 à 07h47

    Je suppose que ces choristes chantaient « plus près de Toi mon Dieu ».
    Certains y seraient arrivés plus rapidement que prévu ?

      +22

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    • Actustragicus // 23.05.2020 à 13h53

      J’espère que, quelques heures plus tard, vous avez quelque peu honte de votre pauvre commentaire… la dizaine de « likes » aussi.
      Des personnes, avec leur vie et leurs proches, sont mortes dans cette histoire ; et par le monde ce sont actuellement des millions de chanteurs qui ne peuvent plus pratiquer une activité qu’ils jugent essentielle à leur vie. Mais vous ne trouvez là que l’occasion d’une blague vaseuse, peut-être parce que vous avez de mauvais souvenirs d’enfance…? il faut grandir maintenant.

      Le monde crève de gens qui manquent d’imagination concrète et ne voient que le côté abstrait des choses.

        +12

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      • Thierry // 23.05.2020 à 21h11

        Les choses ne sont pas si simples !

        Regardez le 1er tour des municipales. Beaucoup ont appelé à ne pas aller voter. Ici-même, SUR CE BLOG, Olivier a expressément demander de boycotter les élections.

        Eh bien, les gens ont joué les héros, sont allés voter, certains sont tombés malades, quelques uns sont morts.

        Qu’a-t-on lu après ? « On aurait dû nous prévenir du risque. »

        QED

        Thierry

          +3

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        • Fritz // 23.05.2020 à 21h23

          Très peu de votants du 15 mars ont été contaminés par le covid-19, une proportion infiniment plus faible que les choristes de Skagit ou d’Amsterdam. Quand je me suis fait insulter sur ce blog pour avoir voté ce jour-là, j’ai proposé qu’on établisse un comparatif des contaminés et des décédés 1) dans la population totale 2) chez les votants du 15 mars 3) chez les présidents et assesseurs de bureau de vote 4) chez les scrutateurs. Pourquoi ne pas établir cette statistique maintenant qu’on a du recul ?

            +4

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  • Catalina // 23.05.2020 à 08h17

    « Au total, sur les 78 personnes présentes à la chorale le 3 mars, 51 sont tombées malades par la suite. Parmi elles, toutes sauf une ont également participé à la séance du 10 mars. Sur les 61 participants à la réunion du 10 mars, 52 ont présenté des symptômes*. Si l’on exclut le patient index, 32 cas ont été confirmés par le test diagnostic PCR et 20 ont été considérés comme des cas probables**. Parmi les 21 personnes uniquement présente le 3 mars, une seule est tombée malade »
    c’est quoi ce charabia ?  » Parmi elles, toutes sauf une » parmi qui ?, les 78 ou les 51 ?
    et : ». Parmi les 21 personnes uniquement présente le 3 mars, une seule est tombée malade » alors qu’il est écrit « sur les 78 personnes présentes à la chorale le 3 mars, 51 sont tombées malades par la suite », bref,du charabia, une âme complaisante saurait-elle m’expliquer? mais bon, vu le peu de précision, vu qu’on ne sait même pas si on parle de 78 personnes ou de 51….

      +9

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    • labroche932 // 23.05.2020 à 09h38

      Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ; Et les mots pour le dire arrivent aisément . ( Boileau . )

        +2

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    • weilan // 23.05.2020 à 13h08

      Charabia sponsorisé par le « journal de référence » alias Le Monde.

        +2

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    • un citoyen // 24.05.2020 à 04h26

      Je trouve que ce paragraphe est difficile à suivre, en effet.
      Essayons d’y voir plus clair :

      » Parmi elles, toutes sauf une » parmi qui ?, les 78 ou les 51 ?
      => 51 puisqu’il y a eu 61 participants à la réunion du 10 mars (cf phrase suivante)

      ». Parmi les 21 personnes uniquement présente le 3 mars, une seule est tombée malade » alors qu’il est écrit « sur les 78 personnes présentes à la chorale le 3 mars, 51 sont tombées malades par la suite »
      => Il y a eu 21 personnes présentes UNIQUEMENT le 3 mars sur les 78 personnes présentes le même jour en tout (et donc 78 – 21 = 57 personnes étaient présentes le 3 et le 10 mars)

      En résumé :
      Le 3 mars : 78 personnes présentes dont 57 d’entre-elles qui reviendront le 10 mars et les 21 autres non.
      Après le 3 mars :
      Parmi les 21 personnes qui ne reviendront pas le 10 mars : 1 seule personne sera malade.
      Parmi les 57 personnes qui reviendront le 10 mars : 50 (51-1) personnes seront malades dont le patient index qui aura les premiers symptômes le 7 mars.
      Le 10 mars : 61 personnes présentes dont les 57 du 3 mars (et donc 61-57=4 personnes nouvelles)
      52 des 61 personnes auront des symptômes dont les 50 du 3 mars et -logiquement- 52-50=2 des 4 nouvelles personnes. Mais on dirait qu’il y a une erreur puisque le patient index a été écarté des 32+20 alors qu’il y a eu 52 personnes présentant des symptômes dont le patient index.

        +2

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      • Catalina // 24.05.2020 à 06h31

        Un Citoyen,
        Merci infiniment, c’est plus clair à présent.

          +2

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  • Armiansk // 23.05.2020 à 08h29

    Plus près de nous (Pays-Bas), le 8 mars : chœur de 130 personnes, 102 contaminés, 1 mort (et trois parmi leurs proches)
    https://www.trouw.nl/verdieping/die-ene-passion-die-wel-doorging-met-rampzalige-gevolgen~b4ced33e/?referer=https://myprivacy.dpgmedia.net/

      +7

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  • Fritz // 23.05.2020 à 08h34

    Chanter en portant un masque et en respectant la distance de deux mètres, la pratique du chant choral devient difficile. Le 8 mai, on nous a déconseillé de chanter la Marseillaise près du monument aux morts…

    Les supporters qui crient se mettent dans une situation aussi dangereuse que les choristes. Le maintien du match OL-Juventus le 26 février avait inquiété de nombreux observateurs.

      +20

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  • Loxosceles // 23.05.2020 à 11h08

    Enfin une vraie info. Deux personnes âgées décédées du covid en mars, quelque part dans le monde.

      +7

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  • Séraphim // 23.05.2020 à 13h35

    La question c’est: après avoir attribué le Covid à la mort de deux chanteurs, comment nous faire chanter sans le Covid?

      +6

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  • METZGER // 23.05.2020 à 17h22

    Là, il s’agissait que d’une chorale de bénévoles, mais tous ces intermittents qui vont devoir se trouver un vrai boulot, voilà le drame !

      +3

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