Billet Invité

Avec l’approche de l’anniversaire du centenaire de la Révolution d’Octobre en Russie, on va assister à une multiplication des textes et des débats sur cet évènement. Certains vont mettre en avant la notion de « coup d’Etat », d’autres vont écrire sur l’immense espoir déçu que représenta Octobre 1917. Je veux ici faire autre chose et, dans la lignée de l’article (en anglais) que j’avais publié sur RussEurope, me consacrer bien plus à l’analyse des circonstances qui ont rendu possible, voire inévitable, cette révolution.

Une forte croissance

Il est connu que le modèle de développement mis en œuvre en Russie de 1880 à 1914[1] a abouti à une forte croissance. Cette dernière a permis à la Russie d’avoir une PIB égal à celui de la France en 1913, et un PIB largement supérieur à celui de l’Empire Austro-Hongrois[2]. Ainsi, la production de charbon quintupla de 1880 à 1900, la production de pétrole démarra à Bakou (avec l’aide de l’étranger et de nombreux ingénieurs allemands). Près de 30 000 km de voies ferrées furent installées entre 1880 et 1904. La production industrielle augmenta à un rythme très élevé, environ 8% par an. Dans la décomposition du revenu national par origine, on constate cependant que l’agriculture représente toujours 51%, l’industrie 21%, la construction 17%, les transports 6% et le commerce 5%. Par ailleurs, l’autoconsommation reste importante, ce qui tend à minorer les chiffres qui ne mesurent que ce qui est vendu[3]. L’importance relative du développement des activités industrielles est ici à remarquer. Il y avait environ 700 000 ouvriers dans les années 1860 ; ils seront plus de 1,4 millions en 1890 et près de 3 millions en 1913. L’usine Poutilov de Saint-Pétersbourg emploie ainsi plus de 15 000 travailleurs sur un même site[4]. Mais, à l’autre extrémité de l’échelle, on compte aussi de nombreuses entreprises de moins de 50 ouvriers, sans oublier les travailleurs semi-artisans, qui travaillent en sous-traitants pour une entreprise « donneur d’ordres », les Koustarii. Une des caractéristiques de ce modèle de développement est d’avoir poussé les antagonismes aux extrêmes. Par ailleurs cette croissance n’a pas empêché des famines de se produire, comme en 1892, en 1898 ou en 1901.

Ce modèle de croissance est, en un sens, l’œuvre des Ministres des finances qui se sont succédés, de Mendeleïev à Witte, qui occupa ce poste de 1892 à 1903. Les ministres qui se sont succédés ont développé une stratégie économique pour la Russie qui s’est appuyée sur un fort protectionnisme (depuis le tarif Mendeleïev de 1891) mais qui a été rationalisé par Sergei Yu. Witte[5]. Ce dernier, s’appuyant sur la nationalisation des chemins de fers russes, supervisée par Witte, avait notamment mis en place des tarifs différenciés suivant que les marchandises allaient d’est en ouest (exportations) ou d’ouest en est (importations), cas dans lequel le coût kilométrique payés pour le fret était le double. Cette politique a donné des résultats remarquables en matière de croissance. Il a aussi conduit à une hausse significative de l’investissement net (soit les amortissements déduits). Cet investissement atteint 13,5% du produit national net au début du XXème siècle. Mais, il convient de remarquer que ce modèle été marqué par une forte emprise de l’État sur l’activité économique[6], soit directement à travers l’action des entreprises publiques et le budget de la défense[7], soit indirectement par le biais de la politique monétaire[8] et fiscale[9].

Serguei Yu. Witte
Ministre des Finances 1892-1903

Le modèle de développement

Ce modèle s’est donc caractérisé par une croissance très forte de 1885 jusqu’à la guerre Russo-Japonaise de 1904-1905[10]. Cette croissance a cependant recouvert un certain nombre de déséquilibres et elle s’est largement faite au détriment du monde rural, sur lequel pesa un poids fiscal considérable[11], L’abolition du servage[12] a entrainé l’émergence d’une pénurie de terres aux mains des paysans désormais « libres »[13]. Les terres restent largement entre les mains de la noblesse et du clergé, voire – dans un certain nombre de cas – d’entrepreneurs agraires qui peuvent obtenir des financements bancaires et qui sont souvent liés à des entreprises étrangères d’exportation des grains. L’ancestrale commune rurale cependant se réinventera durant ces années[14], mais l’extrême pauvreté d’une masse de paysans perdurera[15].

Il faut alors constater que le système bancaire fut toujours en deçà des besoins de financement du développement industriel, en partie en raison du niveau de l’épargne, mais aussi en partie du fait de l’instabilité intrinsèque d’un secteur où l’on rencontrait des banques de nature très différente[16]. Cette insuffisance du système financier par rapport aux besoins du développement est l’une des raisons qui expliquent le rôle important pris par l’Etat dans le modèle de développement économique. La combinaison d’importantes banques de dépôts, avec une structure de société par actions et souvent reliées à de grands établissements bancaires étrangers, et de petites banques qui sont souvent l’émanation d’entreprises industrielles auxquelles elles apportent par ailleurs un financement, n’a pas contribué à la stabilité du système bancaire. Les banques municipales, qui avaient joué un rôle important à la fin du XIXème siècle, ont vu quant à elles leur importance se réduire considérablement, même si la valeur moyenne de leur capitalisation augmente. Le renversement de tendance entre la part des banques municipales (liées au financement des infrastructures locales) et des sociétés de crédit (qui privilégient plus les relations avec les entreprises) constitue l’un des importants basculements de cette période, comme on peut le constater sur les tableaux 1(a) et 1(b).

Tableau 1 (a)

Structure du système bancaire russe avant 1914

Nombre en 1900 Nombre en 1914 Capital en 1900 (millions de roubles) Capital en 1914 (millions de roubles)
Banques en société par actions 42

(et 274 filiales)

50

(et 778 filiales)

 

282,6

 

836,5

Sociétés de crédit 117 1108 168,3 869,0
Banques municipales 241 319 97,2 180,0
Total 400 1477 548,1 1885,5

Source: Ju. A Petrov, “Kreditnaja Sistema – A. Bankovskij kredit” in Institut Rossijskoj istorii – Rossijskaja Akademija Nauk, Rossija 1913 god, Statistiko-dokumental’nyj spravotchnik, BLITs, Saint-Petersbourg, 1995, p. 159.

Tableau 1 (b)

Structure moyenne du système bancaire russe avant 1914

En pourcentage du nombre de banques en1900

 

En pourcentage du nombre de banques en 1914 En pourcentage du capital en 1900 En pourcentage du capital en 1914
Banques en société par actions 10,5% 3,4% 51,5% 44,4%
Sociétés de crédit 29,2% 75,0% 30,7% 46,1%
Banques municipales 60,3% 21,6% 17,8% 9,5%
Total 100% 100% 100% 100%

Source: Ju. A Petrov, “Kreditnaja Sistema – A. Bankovskij kredit” in Institut Rossijskoj istorii – Rossijskaja Akademija Nauk, Rossija 1913 god, Statistiko-dokumental’nyj spravotchnik, BLITs, Saint-Petersbourg, 1995, p. 159.

 

La concentration du système bancaire, en ce qui concerne les “grandes” banques, est encore plus évidente si on prend en compte l’actif. Les dix plus importantes de ces dernières représentent plus de 60% des actifs du secteur bancaire, et les 5 plus importantes déjà 41%.

Cette instabilité a rendu le rôle de la Banque Centrale, soit directement soit indirectement, crucial pour le fonctionnement du crédit[17]. La Banque Centrale resta la principale source de refinancement des banques privées, même si les instruments varièrent dans le temps. Le réescompte passait ainsi de 30% à 12% des sources de refinancement entre 1895 et 1913 alors que les prises en pension de titres publics et privés montaient de 7% à 23% dans la même période, tandis que le crédit sur les comptes courants restait lui relativement stable avec une part oscillant entre 63% et 61%[18].

Par ailleurs, on doit souligner la grande dépendance du système bancaire dans son ensemble par rapport aux opérations financières pilotées par l’État. Qu’il s’agisse du placement d’emprunts, publiques ou privés mais avec garantie publique, ou de la gestion de prêts bonifiés issus de la banque d’investissement émanant de la Banque Centrale, on est en présence d’un poids dominant de circuits de financement contrôlés par l’État. Dans ces conditions, parler d’une autonomie de l’entreprise bancaire face à la puissance publique est difficile. S’il est incontestable que quelques grandes banques, en particulier celles liées aux établissements français, allemands et belges et par qui transitaient le placement hors de Russie des grands emprunts, ont pu discuter d’égal à égal tant avec la Banque centrale qu’avec le Ministère des Finances, ceci n’est pas généralisable aux autres banques. Par ailleurs, la circulation du personnel de direction entre des postes dans l’administration et des fonctions dans ces grands établissements bancaires, les liens de parenté directs et indirectes, les mariages aussi, ont largement contribué à une collusion entre l’État et le secteur privé dans ce domaine.

Les deux Russie ?

On peut nettement distinguer dans les premières années du vingtième siècle une géographie particulière du développement de la Russie, géographie qui prend, par la force des choses, une dimension très politique. Ainsi, on peut constater une opposition croissante entre des grandes entreprises, qi sont situées en Ukraine et dans le bassin qui va de la Pologne à Saint-Pétersbourg et qui sont souvent liées aux capitaux étrangers et tributaires de l’aide de l’État, et des entreprises moyennes et petites situées dans la région de Moscou, la région des Terres-Noires et sur le cours supérieur de la Volga. Les propriétaires de ces dernières sont, à partir de 1904-1905, c’est à dire de la guerre Russo-Japonaise, en conflit ouvert avec le pouvoir. Ils le sont tant pour des raisons économiques, en particulier l’accaparement des moyens publics par les grandes entreprises dont les responsables sont intégrés à l’élite politique impériale, que politiques[19]. Par ailleurs, il convient de signaler le poids des communautés religieuses, et en particulier celle des “vieux-croyants”[20] ou la communauté juive, dans le développement de ce que l’on peut appeler le « second capitalisme » russe. Ce poids est en effet considérable dans le développement de ce capitalisme autochtone. L’opposition entre les deux groupes tourna au conflit ouvert, dans les années qui précédèrent immédiatement le premier conflit mondial. Ceci traduit un second déséquilibre, le fait que la croissance économique n’arrive pas à trouver des facteurs endogènes d’alimentation. Pour spectaculaire qu’ait été la croissance de 1885 à 1905, elle n’a pas induit un processus où l’enrichissement de certains groupes sociaux permettrait de fournir à l’économie son propre aliment. Ainsi, après la dépression entamée en 1903, dépression qui fournit son matériau à une forte opposition ouvrière au régime dans les centres industriels[21], et prolongée par la guerre de 1904-1905, la reprise de la croissance est très largement tirée par les commandes de matériel issues du budget militaire[22], ce qui conduit à relativiser les thèses sur le développement autonome du capitalisme en Russie[23]. A l’exception de la pression fiscale, qui pèse lourdement sur la paysannerie, les relations monétaires et marchandes mordent peu sur le monde rural[24] qui, et c’est une différence notable avec le schéma de développement de l’Europe occidentale au XIXème siècle, reste assez largement à l’écart de l’ensemble de la logique de développement, même s’il en subit de manière évidente les contrecoups. La croissance reste portée soit par l’exportation (pour les matières premières agricoles comme les grains mais aussi le beurre) soit par les dépenses publiques. On voit donc se constituer une économie à deux secteurs, relativement séparés, un modèle qui se reconstituera, quoi que sous une forme un peu différente, à partir de la collectivisation en URSS.

La nature hétérogène du développement capitaliste

On constate alors deux choses évidentes mais qui sont elles-mêmes contradictoires. La première est que le mode de production capitaliste s’était bien répandu en Russie dès avant la Révolution, et ceci date même d’avant l’abolition du servage, même si cette dernière a certainement entraîné une accélération dans le développement du capitalisme. Dès 1890-1900 les formes pré-capitalistes dans l’économie apparaissent dominées par la logique du développement capitaliste. Cependant ce développement du capitalisme se fait en « peau de léopard », avec des divergences régionales très fortes, avec des régions qui restent largement à l’écart de cette logique de développement, ou qui ne la subissent que de manière indirecte et d’autres, comme le bassin industriel qui va de la Pologne (alors Russe) aux environs de Saint-Pétersbourg où se développent des formes très modernes de capitalisme. La seconde est que le modèle de développement diverge de celui des pays d’Europe occidentale. Le capitalisme reste en Russie lié à l’Etat tsariste non seulement pour des raisons politique mais aussi pour des raisons essentiellement économique. L’autonomie du développement économique par rapport à la sphère politique est donc très limitée et partielle. De même, comme on l’a déjà dit, le modèle de développement n’arrive pas à trouver ses sources spontanées d’alimentation. Cela explique le caractère très contradictoire de la sphère financière qui se développe suivant deux logiques distinctes.

Dès lors, on peut avancer l’hypothèse que le mode de développement de l’économie russe, de 1880 à 1914, s’il a donné lieu à une forte croissance, a aussi abouti à l’existence d’une scission de l’économie en deux, avec un secteur extrêmement moderne, financé largement par des crédits internationaux ou des prêts de la Banque d’Etat, et alimentant largement la demande de l’Etat (les dépenses militaires entre autres mais aussi le développement des voies ferrées) ou les exportations, et un secteur nettement moins moderne, subissant la pression de l’Etat et alimentant la consommation nationale. Cette hypothèse signifierait que le dualisme de l’économie soviétique, qui a été repéré à partir des plans quinquennaux par bien des auteurs[25] et opposant l’industrie lourde aux industries de consommations et à l’agriculture, ne serait pas le résultat du « modèle soviétique » mais serait en fait la continuité de cette scission de l’économie issue des stratégies de développement mises en place par Vyshnegradky et Witte[26]. En ce cas, il faut considérer que la stratégie de développement adoptée à partir des années 1880 a été un succès mais a conduit aussi à une situation de « lock-in » sur une trajectoire de développement divergente de celle des pays de l’Europe occidentale.

Nicolas II
Le dernier Tsar

Une révolution inévitable ?

L’existence de ces logiques contradictoires dans le développement économique a sa traduction au niveau politique. Non seulement la « bourgeoisie » russe est faible, incapable de s’affirmer comme classe dominante, mais elle est aussi très largement divisée. Une partie de la bourgeoisie russe cherche en réalité à rejoindre l’aristocratie et la bureaucratie tsariste ; une autre est ouvertement en conflit avec le pouvoir tsariste et rechercha, dès les années 1912-1913, à passer une alliance avec les forces contestataires, qu’il s’agisse du mouvement social-démocrate (les Menchéviks et les Bolcheviks) ou qu’il s’agisse des héritiers du populisme russe (les Socio-Révolutionnaires)[27]. Cette situation est le pendant politique de la misère accumulée dans la société, mais aussi de l’oppression d’un régime incapable de mettre en œuvre ne serait-ce qu’un début des réformes que l’on peut qualifier de « démocratique » et qui avaient caractérisées des pays comme la Grande-Bretagne ou la France. D’une manière plus profonde, cette situation renvoie à l’inachèvement de l’Etat moderne dans le cadre de l’autocratie tsariste. Ce sont ces éléments rassemblés qui rendirent très probablement la révolution nécessaire. La division de la bourgeoisie, la collusion d’une partie de cette dernière avec l’aristocratie et le régime tsariste ne laissait probablement pas d’autre choix. Quand on regarde l’histoire de la Russie de 1904 à 1914, on constate un tel blocage que TOUTE réforme un tant soit peu importante enclenche en fait un processus révolutionnaire, ou une forme de contestation radicale du pouvoir tsariste. C’est ce dernier qui, part sa rigidité (et son incompétence), a largement conduit à rendre la Révolution inévitable.

 

Notes

[1] Pour une analyse de ce dernier, A. Gerschenkron, “Economic Backwardness in historical perspective”, in A. Gerschenkron, Historical Backwardness in Historical Perspective – A book of essays, The Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1962. T.H. Von Laue, Sergeï Witte and the Industrialization of Russia, Columbia University Press, NY, 1963 ; idem, “The State and the economy”, in C.E. Black (ed.), The transformation of the Russian society since 1861, Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1960. K.C. Talheim, “Russia’s economic development”, in G. Katkov, E. Oberländer, N. Poppe et G. von Rauch, (edits.), Russia enters the Twentieth Century, Temple Smith, Londres, 1971. R. Portal, “The industrialization of Russia” in J. Habakkuk et M. Postan (edits.), The Cambridge Economic History of Europe, vol. VI, part. II, Cambridge University Press, Cambridge, 1966.

[2] Gregory P., Russian National Income, 1985-1913 , Cambridge University Press, Cambridge, 1982,

[3] Idem, p. 73.

[4] Voir Marie J-J., Le Dimanche Rouge, Paris, Larousse, 2008

[5] T.H. Von Laue, Sergeï Witte and the Industrialization of Russia, op.cit..

[6] B.V. Anan’itch, “the economic policy of the tsarist government and enterprise in Russia from the end of the nineteenth century through the beginning of the twentieth century”, in F.V. Cartensen (ed.), Entrepreneurship in the Imperial Russia and the Soviet Union, Princeton University Press, Princeton, 1983.

[7] Stepanov, V. L., « Statist Industrialization and Economic Autarky » in Russian Studies in History. Vol. 47. No. 3, 2009.

[8] O. Crisp, “Russian financial Policy and the Gold Standard at the end of the nineteenth century”, in Economic History Review, vol. VI, n°2, 1953, décembre.

[9] Ce qui conduit un opposant à la politique de S. Witte à parler de “socialisme d’État” ; voir E. Tsyon, Les finances russes et l’épargne française, Calmann-Levy, Paris, 1885.

[10] P.I. Lyachtchenko, Istorija Narodnogo Hozjajstva SSSR, Gospolitizdat, Moscou, Vol.2, 1950. P.R. Gregory, Russian National Income 1885-1913, Cambridge University Press, Cambridge, 1985.

[11] T.H. Von Laue, Sergeï Witte and the Industrialization of Russia, op. cit.

[12] Montlibert de, C., (2014), L’émancipation des serfs de Russie – L’année 1861 dans la Russie impériale, Bruxelles, Académie Royale de Belgique ; Moon, D. (2001), The Abolition of Serfdom in Russia, Harlow, Pearson Education Limited.

[13] Gorshkov, Boris B. (2006) “Serfs, Emancipation of” in Encyclopedia of Europe, 1789–1914. John Merriman and Jay Winter, eds. in chief, (2006), Encyclopedia of Europe, 1789–1914, New York, Charles Scribner’s Sons ; Mironov, B., (1996) “When and Why was the Russian Peasantry Emancipated?” in Bush M.L., (Ed.), (1996), Bush M.L., (Ed.), (1996) Serfdom and Slavery: Studies in Legal Bondage Ed. London, Longman, pp. 323–347

[14] Atkinson D., (1983), The end of the Russian land commune : 1905-1930, Stanford University Press, Stanford.

[15] Shanin T., The Akward Class. Political Sociology of Peasantry in a developping society : Russia 1910-1925, Oxford University Press, Oxford, 1972

[16] S.I. Borovoj, Kredit i Banki v Rossii, Gosfinizdat, Moscou, 1958.

[17] I. F. Gindin, Gosudarstvennyi bank i ekonomitcheskaja politika tsarskogo pravitel’stva, Nauka, Moscou, 1960.

[18] I.N. Slansky (ed.), Gosudarstvennyi bank. Kratkii otcherk dejatel’nosti za 1860-1910 gody, Gosudarstvennyi Bank Izdatelstvo, St. Petersbourg, 1910, p. 54. Coll., Otchet za 1913, Gosudarstvennyi Bank Izdatelstvo, St. Petersbourg, 1914, p.14.

[19] C. Goldberg, The association of Industry and Trade: 1906-1917, PhD., State University of Michigan, Chicago, 1974. J.L. West, The Moscow Progressists : Russian Industrialists in Liberal Politics : 1905-1914, Ph.D., Princeton University, princeton, 1975. R.A. Roosa, “Russian Industrialists and ‘State Socialism’ 1906-1917”, in Soviet Studies, vol. 23, n°2, 1972, pp. 395-417. J.D. White, “Moscow, Petersburg and the Russian Industrialists”, in Soviet Studies, vol. 24, n°2, 1973, pp. 414-420.

[20] W.L. Blackwell, “The Old Believers and the rise of the private industrial enterprise in early nineteenth century Moscow”, in W.L. Blackwell (ed.), Russian economic development from Peter the Great to Stalin, Praeger, New York, 1974. Kirillov I.A. La vérité de la vieille croyance, Barnaoul, 2008. Sur les « vieux croyants » on lira avec profit Pascal P. Avvakum et les débuts du Raskol, EPHE, Mouton & Co, Paris, 1963.

[21] Nossatch V.I., Profsoyuzny Sankt-Peterburga 1905-1930, [Syndicats de Saint-Pétersbourg, 1905-1930], Saint-Pétersbourg, Neva, 2001.

[22] Voir K.F. Chatsillo, “O disproportsij v razvitij vooruzhennyh sil Rossii nakanunie pervoij mitovoj vojny (1906-1914), in Istoritcheskie Zapiski, vol. 83, 1969, pp. 123-136.

[23] Comme celles de R. Portal, in “The industrialization of Russia”, op. cit.

[24] D. Atkinson, The end of the Russian land commune : 1905-1930, Stanford University Press, Stanford, 1983.

[25] Hutchings R., The Structural Origins of Soviet Industrial Expansion, Macmillan, Londres, 1984 ; E.Zaleski, La Planification Stalinienne, Economica, Paris, 1984.

[26] Stepanov, V. L., “Three Ministers of Finance in Postreform Russia.” Russian Studies in History 35(2), 1996

[27] Venturi F., Roots of Revolution: A History of the Populist and Socialist Movements in Nineteenth-Century Russia, New York, Alfred A. Knopf, 1960.

23 réponses à [Russeurope en Exil] La situation de la Russie en 1917, par Jacques Sapir

Commentaires recommandés

Anne Le 04 octobre 2017 à 10h20

Bonjour,
Je suis étonnée que dans ce billet l’œuvre considérable du Ministre Stolypine soit passée sous silence, lui qui fit évoluer le sort des paysans de façon considérable.
Le développement des coopératives et du financement coopératif avait profondément transformé le sort des agriculteurs et créé une classe de paysans propriétaires.

  1. christian gedeon Le 04 octobre 2017 à 10h01
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    L’article est passionnant…jusqu’à la conclusion hâtivement écrite et qui en était le but ultime…c’est le tsar et son gouvernement qui sont donc responsables et coupables et ont “largement “contribué à la révolution(laquelle menchevik ou le sanglant hold up bolchevik?).Mais c’est une plaisanterie cette conclusion ou quoi? De la guerre de 1914,pas un mot.Du financement par le Reich des “révolutionnaires “(sic!) ,russes (resic!) pas un mot…du wagon blindé qui ramène Lénine et ses sbires en Russie,pas un mot. Du fait que si le tsar n’avait pas honoré la parole de la Russie pour l’entrée en guerre la France eut peut-être été écrasée,pas un mot.Du travail de sape des intêrets qui voyaient avec la plus grande inquiétude la Russie devenir une grande puissance industrielle,pas un mot…révolution inévitable? çà se discute…mais responsabilité essentiellement tsariste,çà relève de l’auto persuasion pro domo.


    • Fougnard Le 04 octobre 2017 à 11h22
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      Et sur la révolution francaise ? Pensez-vous que l’ancien régime n’y était pour rien ?
      J’attends avec impatience vos analyses sur cet épisode de l’histoire de France. Comme dirait l’autre, on ne sait jamais ce que le passé nous réserve.


      • christian gedeon Le 04 octobre 2017 à 13h14
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        Ai je dit pour “rien”?sûrement pas. Mais certes pas pour tout ou presque comme le dit Sapir. Ma version des faits est que la révolution(sic!) russe a été une des plus belles réussites de l’ultralibéralisme naissant dans l’optique de l’élimination des “concurrents”…et la Russie était en train de devenir un sacré concurrent… et vous avez raison,je ne suis pas fan de la “révolution française ” non plus,et de ses millions de morts directs et napoléoniens…que le Roi ait porté une part de responsabilité,quelle évidence. L’essentiel de la responsabilité,quelle blague…la révolution française a été essentiellement bourgeoise et a permis aux bourgeois nantis de s’enrichir considérablement au travers de la vente (pour trois francs six sous) des si mal nommés “biens nationaux”… çà ne vous rappelle rien? la vente des biens nationaux? Et je ne vous parle pas de la régression du statut de la femme en général. Alors que sous l’Ancien Régime elles tenaient oh combien leur place,elles ont disparu de la vie politique jusqu’au milieu du XX ième siècle après cette révolution…Que voulez vous,la guillotine à plein régime,le génocide breton,les noyades nantaises, la femme réduite à l’état d’accessoire,ce n’est pas vraiment ma tasse de thé.


        • Fritz Le 04 octobre 2017 à 20h35
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          Et revoilà @christian gedeon qui utilise un billet d’analyse approfondi pour exhaler sa colère et ses ressentiments divers… un inventaire à la Prévert.
          Cela dit, je ne pense pas que la Révolution de 1917 ait été “inévitable”, même si certains l’avaient pressentie (comme Anatole Leroy-Beaulieu).


          • Christian Gedeon Le 05 octobre 2017 à 13h45
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            Les faits sont les faits…et dire Prevert me fait plaisir,mdr…quant à la colère,on pourrait plus precisemeNt dire que je suis désabusé,toujours etonne par la prégnance des dogmatismes idéologiques ,en dépit de ce qu’enseigne l’histoire.


          • Kouli Le 05 octobre 2017 à 18h44
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            Quel est le problème ? Les affirmations de Gedeon sont factuelles et véritables.
            C’est le principe de ces billets, pouvoir discuter.


    • Pierre Tavernier Le 04 octobre 2017 à 14h49
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      L’article arrête son analyse à 1914, et aux causes purement internes et même structurelles dirais-je. On peut le regretter, mais à titre personnel je trouve que cela donne une cohérence à la grille de lecture de l’article, article que j’ai également trouvé excellent.
      Quant à la conclusion, elle n’engage que son auteur, et on est bien sur libre d’y adhérer ou pas. Notons toutefois que le format “billet” d’un blog est peu propice pour y inclure l’ensemble des évènements ayant eu une incidence sur une page de l’histoire aussi complexe, de même que la nécessaire brièveté des commentaires est peu propice pour en discuter.


    • moshedayan Le 05 octobre 2017 à 12h21
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      Votre remarque est juste partiellement : je dirais 50-50 la rigidité du système tsariste n’a pas permis à la Russie de conduire de façon “supportable” pour le pays la Première Guerre mondiale. Les révolutions russes sont l’expression de tentatives de survie d’un empire ou d’une nation. Mais comme l’a fait remarquer Vladimir Poutine, en parlant du traité de Brest-Litovsk, la réponse bolchévique a été une profonde erreur en tant que réponse au besoin de survie de la Russie, et presque une trahison des intérêts de la patrie.
      En cela, si la Russie s’était abstenue d’aider la France et l’Angleterre (voir la légende des taxis de la Marne – l’armée russe a dû précipiter son offensive pour aller au secours des Alliés, alors que son plan de mobilisation et de mouvements des unités était inachevé), elle serait effectivement aujourd’hui pratiquement au même rang que les Etats-Unis.


    • georusse Le 05 octobre 2017 à 17h06
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      Bon article et bon commentaire. Au moins Sapir fait mentir sur l’idée d’une Russie arriérée que la révolution est venue sauvée. Un mauvais développement a peut-être contribué à causer cette funeste révolution mais les contributions que CG rappelle ont plus largement leur part de responsabilité.


  2. Anne Le 04 octobre 2017 à 10h20
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    Bonjour,
    Je suis étonnée que dans ce billet l’œuvre considérable du Ministre Stolypine soit passée sous silence, lui qui fit évoluer le sort des paysans de façon considérable.
    Le développement des coopératives et du financement coopératif avait profondément transformé le sort des agriculteurs et créé une classe de paysans propriétaires.


    • Pierre Tavernier Le 04 octobre 2017 à 17h06
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      Bonjour Anne
      Je sais bien que cela n’est pas la meilleure des sources, mais voici ce qu’en dit Wikipédia :
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Piotr_Stolypine
      Avez-vous d’autres sources (sur internet ou ouvrages) sur ce personnage à nous communiquer ?
      Cordialement


      • santiago64 Le 04 octobre 2017 à 18h03
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        Il y a le livre de Soljenitsyne “La roue rouge- Premier nœud août 14” où il y a un grand développement du rôle de Stolypine.


    • Toff de Aix Le 05 octobre 2017 à 08h01
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      Encore une fois il s’agit d’un problème de redistribution : si la majorité ne profite pas de la création de richesses, il se produira fatalement un basculement. Les paysans propriétaires dont vous parlez n’ont sans doute pas été majoritaires, sinon ils l’auraient pesé suffisamment et la révolution n’aurait pas pu aboutir.

      Toute ressemblance avec ce qui se passe aujourd’hui est bien sûr totalement fortuit..


    • V_Parlier Le 05 octobre 2017 à 14h41
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      C’est ma foi vrai.
      L’article reste toutefois assez équilibré, bien que personnellement j’aurais préféré lire: “Ce sont ces éléments rassemblés qui rendirent très probablement la révolution INEVITABLE”. (plutôt que: nécessaire).


  3. theuric Le 04 octobre 2017 à 13h42
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    Certes, il y a des points historiques qui pourraient se discuter.
    Mais ce qui importe ici c’est la notion d’instabilité due à ce que le pouvoir politique tarde à s’adapter à l’évolution interne de son pays.
    Mais cela peut-il nous inspirer pour le futur des pays européens, ce qui veut dire pour l’Union-Européenne?
    Il y a, il est vrai, une telle instabilité entre son administration et les gouvernements et les peuples des nations la composant.
    De plus, nous sommes pas au-devant d’un pays structuré depuis de nombreux siècles, voire des millénaires, mais à une union n’ayant que quelques décennies d’existence et dotée d’une légitimité toute relative, et, en certains lieux, quasiment inexistante.


  4. basile Le 04 octobre 2017 à 14h54
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  5. Lithan Le 04 octobre 2017 à 14h55
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    La ressemblance entre le Tsar Nicolas II et Dmitri Medvedev est frappante… hormis la barbe !


    • basile Le 04 octobre 2017 à 15h05
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      c’est vrai aussi. Et ils nous ressemblent plus de visage que les aventuriers qui ont peuplé le continent nord américain


  6. Alain Le 04 octobre 2017 à 16h16
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    J’ai toujours trouvé le parallélisme entre Louis XVI et Nicolas II passionnant: deux souverains faibles qui trouvaient le pouvoir une épreuve mais qui l’assumaient par devoir de maintenir coûte que coûte une tradition (héritage à transmettre à leurs successeurs). Deux souverains pleinement conscients que l’autocratisme n’était plus acceptable mais n’ayant ni la force de l’amender, ni la force d’utiliser toute la violence nécessaire à le maintenir. mêmes causes, même résultats: ne pouvant mener ni révolution, ni contre-révolution, ni passer le flambeau à quelqu’un de plus volontariste, d’autres l’ont fait à leur place avec encore plus de violences


  7. Fox 23 Le 04 octobre 2017 à 17h30
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    Il est certain que Jacques Sapir a mal choisi la date de référence pour la fin de son étude.Il met toutefois bien en exergue le fonctionnement à 2 vitesses (pour le moins) de la société russe, ne pouvant que se terminer de la façon qu’on sait.


  8. Rhubarbe Le 05 octobre 2017 à 13h48
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    Pas moyen de trouver un bon livre qui traite de la chute de l’empire russe, c’est a dire la transition entre l’autocratie qui s’affaiblit et le bolchevisme (notamment, j’ai rapidement lu une fameuse période de monarchie constitutionnelle de 5 ans si je ne me trompe ou les bolchéviques étaient représentés a la chambre). Quelqu’un à une référence ? Quelque chose avec une approche un peu juridique en mode droit constit si ça existe (mais j’en doute).
    Et pitié ne me citez pas “la chute de l’empire des tsars” de Lievens qui n’est qu’un titre “putaclic” puisqu’il parle quasi exclusivement de la guerre et des relations entre les pays AUTRES que la Russie, une grosse déception.
    J’ai déjà Heller et Riasanovsky qui sont trop généralistes.
    Merki !!


  9. christian gedeon Le 06 octobre 2017 à 13h33
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    Il est vrai qu’il est dur de renoncer aux rêves et aux histoires fabriquées style les gentils ouvriers contre le méchant tsar…pareil pour la boucherie de la “révolution française”…tout comme les anglais n’arrivent pas encore à condamner tout à fait un des pires assassins de masse que l’Europe ait connu,Cromwell…la vraie vérité est que la révolution russe a été commanditée,financée et exécutée par des voyous à la solde du reich allemand et des intêrets industriels européens….et çà a bien marché,aujourd’hui encore la Russie n’ a pas encore rattrapé son retard industriel global…tout le reste est de la roupie de sansonnet…


    • Jérôme Le 09 octobre 2017 à 23h53
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      En fait, votre version n’est ni plus vraie, ni plus fausse que celle que vous dénoncez. Elle est tout aussi incomplète car les deux versions sont complémentaires.

      S’il est indéniable que des puissances étrangères, étatiques (l’Allemagne) ou non étatiques (plusieurs pontes de Wall Street et du Big business américain notamment qui ont déroulé tapis rouge à Trotsky), il est tout aussi indéniable que les révolutions russes, la libérale-bourgeoise puis la bolchévique, ont aussi résulté de mécanismes internes à la société de l’empire russe.

      Lénine, Trotsky, et compagnie n’étaient pas de simples pions agissant aux ordres des impérialistes anglo-saxons ou allemands. Ils étaient des acteurs parfaitement indépendants qui coopéraient momentanément avec des puissances étrangères pour atteindre leurs propres objectifs politiques et in fine se retourner contre ces alliés de circonstance qui leur vendaient la corde pour les pendre.

      Je partage évidemment votre appréciation sur l’effet cataclysmique de la révolution bolchévique. La Russie ne s’en est toujours pas remise. Si l’objectif des soutiens anglo-saxons et des allemands, en provoquant le chaos en Russie, était de retarder l’émergence de la Russie comme la superpuissance économique, militaire et politique de l’Eurasie/heartland que, à l’aube du 20ème siècle, elle semblait devoir devenir, le succès de l’entreprise a comblé leurs vœux.


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