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26.septembre.202126.9.2021 // Les Crises

Shlomo Sand : « L’Histoire devrait être enseignée de façon critique »

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Professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv, Shlomo Sand ne cesse d’interroger l’Histoire. C’est la fonction même de cette discipline, qu’il dénonce. Pour lui, l’Histoire a servi à la création d’un récit national, utile aux élites. Un mythe chaud qui n’aurait plus lieu d’être et qui empêche toute avancée ; comme en Israël où il fait croire que Hébron ou Jérusalem sont la patrie des juifs.

Source : L’Humanité, Shlomo Sand

Votre dernier ouvrage s’intitule Crépuscule de l’Histoire (1). Un titre qui fait peur. Il s’apparente à la fin de l’Histoire ?

SHLOMO SAND : Je parle du métier. Il y a quelque chose, concernant le métier d’historien, qui est en train de changer. La discipline est en train de changer. Pendant des siècles, dans toutes les civilisations, l’Histoire avait pour tâche de fournir des modèles pour les élites politiques. L’Histoire était toujours écrite à côté de la force. Parce que ce ne sont pas les masses qui ont pu lire l’Histoire à travers les siècles. C’était une sorte de genre littéraire qui a fourni une certaine vision du monde pour les élites. Avec la naissance des États-nations au XIXe siècle, ce métier devient principal dans la pédagogie de l’État.

Des écoles à l’université, on commence à apprendre l’Histoire. D’Augustin Thierry à travers Michelet jusqu’aux historiens du XXe siècle, Ernest Lavisse en tête, on a formé l’Histoire comme métier principal parallèlement aux métiers scientifiques. Ma question de départ est : pourquoi apprendre l’Histoire ? Pourquoi pense-t-on que c’est naturel ? J’ai donc analysé les développements de ce métier. L’ossature, les vibrations les plus importantes dans le métier étaient l’histoire nationale.

C’est pour cela qu’elle est devenue non seulement une discipline universitaire comme la sociologie mais aussi un métier principal dans l’éducation. L’État-nation a construit des nations. Pour construire des nations, il faut plusieurs paramètres : une langue commune, un ennemi commun, mais aussi il faut une mémoire collective. C’est-à-dire ne pas penser que nous sommes un collectif seulement aujourd’hui, mais que cela a toujours existé. Pour le prouver, l’Histoire a été mise à contribution. On savait que le principe de base de ce métier était de former des nations. Il faut cela pour un passé commun, pour partir en guerre ensemble. Donner l’impression qu’on a toujours eu cette identité collective.

Cela diffère-t-il selon les nations ?

SHLOMO SAND : Le mythe national, tel qu’il existe en France avec par exemple « nos ancêtres les Gaulois », n’est pas un mythe chaud. Il s’est refroidi. S’il ne faut pas tant étudier l’histoire nationale, qu’est-ce qu’il reste ? Faut-il étudier le colonialisme, le siècle des Lumières ? Enseigner plutôt l’histoire culturelle que politique ? Personne n’a la réponse. Le métier d’historien recule. Même Régis Debray a récemment écrit un livre de deuil en ce sens. Moi, je ne suis pas en deuil. Je ne suis pas contre l’Histoire.

Je crois que l’Histoire peut jouer un rôle important dans la formation de l’esprit, mais peut-être une autre Histoire. Faut-il continuer à enseigner l’Histoire au lycée ? Oui, mais pas comme aujourd’hui. Il faut armer les élèves avec des métiers qui ne sont pas moins importants que la fonction de l’Histoire dans leur imaginaire et dans leur éducation. Par exemple, est-ce qu’apprendre la communication pour s’armer contre les médias dominants ce n’est pas une tâche principale de l’école et du lycée ?

Est-ce qu’apprendre l’économie politique pour créer des salariés qui ont conscience de leurs intérêts n’est pas important ? On apprend le droit seulement à l’université, pourquoi pas à l’école et devenir un citoyen d’un autre type qui sait lutter pour les droits civiques ? Pourquoi l’Histoire est-elle obligatoire et pas l’économie politique ou la communication ? En France, on apprend un peu la philosophie. Mais c’est rare dans le monde. En Israël, par exemple, elle ne fait pas partie d’un corpus d’éducation des élèves.

Mais si la philosophie apprend aux gens comment penser, l’Histoire leur enseigne quoi penser. Il faut donc commencer par « comment penser » dans toutes les écoles du monde. Mais je n’ai pas d’illusions. L’école moderne ne peut pas être son propre fossoyeur ! L’Histoire ne doit pas être plus importante. C’était un métier majeur pour la création des nations. Ce n’est plus le cas. Malheureusement la plupart des historiens ne sont pas de mon avis. Il faut enseigner l’Histoire avec le même état d’esprit que le tableau de Magritte où était inscrit « Ceci n’est pas une pipe ».

On n’admet pas que la plupart des histoires de l’Histoire sont des mythes. Et pourtant… Ça va continuer. Il y a des mythes nouveaux sur le capitalisme. Quand je lis Finkielkraut ou Zemmour, leur lecture de l’Histoire, je suis effrayé. Avec l’Histoire on peut faire n’importe quoi. Or l’Histoire n’est pas la vérité. Ce ne sera jamais une pipe mais toujours le dessin d’une pipe. Et l’Histoire devrait être enseignée comme ça, de façon critique, en dévoilant le bagage idéologique que chacun possède. Moi, je ne l’ai jamais caché. C’est une partie de mon livre.

Dans vos travaux, vous vous êtes attaqué à la théologie, puis au mythe chaud sioniste. Et cette fois ?

SHLOMO SAND : Je commence à décomposer le mythe d’une Europe qui commencerait avec Athènes et se termine avec Nadine Morano. Je ne rigole pas. Cette vision est fausse. J’ai une méthode qui s’apparente au matérialisme historique. Je montre que les bases du travail en Méditerranée étaient complètement différentes de celles de l’Europe. Le bagage scientifique gréco-romain, par exemple, est passé par les Arabes. Il y a mille ans d’écart entre la fin de la gloire gréco-romaine au Ve siècle et la naissance au XVe siècle de ce qu’on appelle la Renaissance !

Ce n’est qu’avec la conquête de Tolède et de Cordoue qu’on commence à injecter une partie de cette culture gréco-romaine en Europe. Donc il n’y a pas de continuité. Dans le deuxième chapitre, pour la première fois, je développe une critique très sévère en face de mes maîtres de l’École des Annales, qui m’ont permis d’avoir un autre rapport avec l’idéologie, la culture… Avec ce livre, je fais une sorte de bilan, plutôt négatif. Parce que je suis arrivé à la conclusion qu’une partie de la découverte de cette histoire culturelle était basée sur une fuite de la politique.

Si presque toute l’Histoire, jusqu’à Voltaire, était histoire politique, de même qu’au XIXe siècle ce n’était pas le cas de l’École des Annales, née dans les années 1920 pour ne pas se confronter à l’histoire politique qui devenait une histoire de masse. Ce périodique qui s’appelait Annales, base de toutes les études historiographies dans les années 1950, 1960, 1970, ne proposait pas une page sur la Première Guerre mondiale. Vous imaginez un tel périodique qui ne se confronte pas avec la Grande Guerre, ni avec le taylorisme, ni avec les grèves de 1936, ni avec la guerre d’Espagne, ni avec l’antisémitisme, ni avec les massacres staliniens ?

Je suis arrivé à Paris en 1975, comme étudiant. Quelques mois auparavant étaient publiés les trois grands livres de Jacques Le Goff et Pierre Nora, Faire de l’histoire. C’était le sommet de l’historiographie française. Aucun article sur Vichy, aucun article sur la guerre d’Algérie. Pourtant, pratiquement la même année, Joseph Losey réalise Monsieur Klein, sur la rafle du Vél’d’Hiv. Mais les historiens, eux, ne touchent pas à ça !

Est-ce que cette problématique que vous soulevez touche les milieux des historiens partout dans le monde ? Est-ce qu’un débat existe auquel vous participez avec ce livre ou, au contraire, lancez-vous un débat ?

SHLOMO SAND : Je dis dans mon livre que je suis privilégié. Comme j’ai grandi ici, en Israël, où le mythe est chaud, j’ai eu l’avantage de pouvoir regarder de l’extérieur le mythe qui s’est refroidi en France. Les mythes nationaux ne se sont pas refroidis seulement en France, mais aussi aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne. Il y avait un groupe à la Sorbonne après 1945, composé de personnalités comme Albert Soboul, Georges Lefebvre, occupant une place hégémonique et proche des marxistes, qui se cristallise à cause des conditions de la Libération.

À ce moment-là, Lucien Febvre, de l’École des Annales et fondateur de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), a reçu une forte somme de la Fondation Rockefeller. Dans le cadre de la guerre froide, il fallait arrêter le marxisme en Europe. Si les marxistes ou les ex-marxistes en Grande-Bretagne gardent une hégémonie dans l’Histoire, en France, Soboul et ses amis reculent devant la puissance de l’EHESS. Le phénomène des Annales, qui réunit beaucoup de gens intelligents comme Furet, Le Goff… fait l’histoire moins conflictuelle même si très matérialiste.

Il y aura ainsi beaucoup de thèses sur la vie des paysans d’autrefois, beaucoup moins sur les luttes sociales. Si les historiens britanniques, à la même époque, publient de plus en plus de livres sur l’apparition de la classe ouvrière au XIXe siècle, il n’y a pas d’équivalent en France de cet élan d’analyses socio-économiques de formation des luttes sociales. Les historiens des Annales, qui deviennent hégémoniques, préfèrent le Moyen Âge et les luttes sociales deviennent mineures. Il n’y a pas non plus, en France, de livre comme celui de Howard Zinn aux États-Unis.

L’Histoire s’écrit en permanence au Proche-Orient peut-être plus qu’ailleurs ? Comment les peuples écrivent cette histoire ici où se trouvent des Israéliens et des Palestiniens ?

SHLOMO SAND : Celui qui a traduit le livre Une histoire populaire américaine, de Howard Zinn, en hébreu l’a fait en prison parce qu’il avait refusé de partir à l’armée. Il a rencontré Zinn et lui a demandé s’il pensait qu’un tel livre pourrait être écrit en Israël. Zinn, juif américain, a répondu qu’il ne le pensait pas, parce qu’il n’y a pas de tradition universaliste en Israël. En France cela existe, c’est pour cela que je n’ai pas perdu espoir. L’affrontement entre de Gaulle le conservateur et Sartre l’universaliste a, par exemple, créé une possibilité de se détacher de cette guerre atroce en Algérie. Ici, il n’y a presque pas de tradition universaliste. Ceux qui s’en réclamaient sont partis.

Il faut analyser la situation actuelle à partir de la colonisation sioniste qui a commencé au XIXe siècle. La colonisation ne s’est jamais arrêtée. Même entre 1949 et 1967. C’était une colonisation interne. Droite et gauche, sauf les communistes, ont accepté le slogan « Judaïser la Galilée ». C’est pour cela qu’aucun homme politique israélien ne fait une démarche sérieuse pour un compromis avec les Palestiniens. Je ne juge pas chaque phase de la colonisation moralement et politiquement au même niveau. Je reconnais les acquis du sionisme avec la création de l’État d’Israël (et non pas d’un État juif). Mais je reconnais les frontières de 1967. D’un côté il y a cette continuité, de l’autre, il y a mon jugement politique différent. Parce que je suis politiquement modéré. J’ai fait une erreur en soutenant les accords d’Oslo, pensant que c’était une ouverture. Tous mes amis gauchistes m’ont dit que c’était encore un leurre. Je me suis trompé.

Parce qu’Oslo n’a pas amené la gauche à décoloniser. Parce que le mythe chaud en Israël fait croire que Hébron, Jérusalem, Jéricho sont la vraie patrie des juifs. Chaque élève en Israël, à partir de 7 ans jusqu’à 18 ans (il y a une matière au bac), apprend la Bible comme on apprend un livre d’Histoire. Pour créer un attachement à la terre mythique d’autrefois. Personne ne peut s’en libérer. Heureusement que j’ai été viré de l’école lorsque j’avais 16 ans. Peut-être que cela a contribué au fait que je puisse penser, parler. Et aussi parce que j’avais un père communiste.

Mais aucun facteur n’est, en soi, suffisant. Pendant des années j’ai refusé la campagne Boycott-désinvestissement-sanctions (BDS). Mais aujourd’hui je pense qu’il n’y a aucune force politique capable de changer le cap, de changer cette radicalisation droitière et pseudo-religieuse de la société. J’accepte maintenant chaque pression sur l’État d’Israël, qu’elle soit diplomatique, politique, économique. Sauf la terreur. Si quelqu’un ne soutient pas le BDS aujourd’hui, il doit savoir qu’il aide à la continuation de ce désespoir tragique des Palestiniens qui, sans arme, résistent à ce statu quo.

(1) Crépuscule de l’Histoire. Éditions Flammarion, 320 pages, 23,90 euros.

Déconstruction et peuple juif. Malgré les difficultés, morales et politiques, Shlomo Sand, historien israélien, n’a cessé de poursuivre ses recherches basées sur la déconstruction des mythes historiques. Ses récents ouvrages ont ainsi été retentissants. Une sorte d’iconoclaste qui ne se plierait pas au grand mensonge national. Pas plus en Israël qu’en France où il a étudié. Avec Crépuscule de l’Histoire, il termine une trilogie commencée par Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008 ), suivi de Comment la terre d’Israël fut inventée : De la Terre sainte à la mère patrie (Flammarion, 2012).

Source : L’Humanité, Shlomo Sand, 22-01-2016

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Commentaire recommandé

James Whitney // 26.09.2021 à 11h39

 » L’intérêt de l’histoire, justement, est d’apprendre que le monde n’a pas toujours fonctionné comme ça, ce qui permet de justifier une critique de l’état actuel. Plus largement, l’histoire est l’un des principaux moyens de donner aux citoyens une culture qui alimente leur réflexion et ne les laisse pas désarmés face à la propagande. »

Avec ça je suis d’accord. Ce qui n’empêche que le plus souvent l’histoire est écrit par les puissants ou les sbires des puissants, donc « déconstruire les mythes historiques » est une nécessité.

Sand est un grand historien. J’ai beaucoup appris en lisant son « Comment le peuple juif fut inventé » et son « Comment la terre d’Israël fut inventé ».

18 réactions et commentaires

  • Fabrice // 26.09.2021 à 07h43

    Il faut faire attention autant l’histoire nous permet de retenir les leçons des erreurs et réussites du passé, voir celle-ci avec notre vision actuelle c’est ignorer, nier et oublier l’évolution qui nous a mené à notre vision actuelle, critiquer les faits historiques comme si ils étaient réalisé avec notre vision est une aberration totale, qui poussent certains à condamner sans nuancer le passé en passant à côté que nos ancêtres nous ont évité de passer par ces erreurs.

    Donc oui l’histoire est souvent horrible mais c’est elle qui nous a construit, et que nous condamner à l’auto-flagellation est justement une vision judéo-chrétienne de culpabilisation poussé jusqu’au nihilisme qui focalise que sur les horreur/erreurs du passé en oubliant que les autres histoires qui évoluèrent en parallèle ou s’entrecroisèrent ne furent pas de doux agneaux victimaires.

    Ne corrigeons pas l’histoire dans cette optique mais acceptons cet héritage et créons une nouvelle histoire humaniste qui permette enfin de vivre, en bonne entente sans nous soumettre à un effacement ou à des autodafés déconnectés qui provoqueront soit une réaction de rejet violent ou remplacera des injustices par des injustices tout aussi dévastatrices.

    L’histoire est un éternel recommencement si on en tire pas des leçons ou si on cherche à l’oublier, les victimes du passer ne doivent pas devenir les bourreaux de demain car martin Luther king l’a très bien dit : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

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    • RGT // 26.09.2021 à 18h19

      L’histoire telle qu’elle est acceptée ET transmise ET enseignée n’est que la vérité des vainqueurs qui l’utilisent comme paravent pour « justifier » leur présence à la tête du pouvoir.

      Et si d’aventure une « révolution » parvient à se débarrasser des anciennes « élites », le nouveau régime (et tous ses despotes « éclairés ») se dépêchera de réécrire l’Histoire (avec un grand H) pour qu’elle corresponde à ses objectifs.

      Pour les incrédules, qu’ils se contentent simplement d’examiner avec attention le « roman national » des institutions monarchiques et qui a été (en partie) remplacé par un « nouveau roman national » qui « corrigeait » les mensonges de « l’ancien régime » sans toutefois dénoncer ses véritables crimes qui auraient sans conteste fait exploser la « France » en une multitude d’états régionaux qui avaient été colonisés par des « rois » plus avides que leurs voisins.

      Et bien sûr le « gouvernement libre » a eu pour première préoccupation d’aller « péter la gueule » des provinces qui voulaient prendre le large afin de respecter la tradition (remontant très loin dans l’histoire humaine – quand les humains ont fait l »erreur fatale de confier leur sort aux « meilleurs ») et qui a été conceptualisée par les premiers empires, Rome n’étant que celui qui a le mieux réussi en occident.

      Analysez simplement le « roman » concernant la « république » en prenant un minimum de hauteur et vous comprendrez que ce n’est que poudre aux yeux uniquement destiné à permettre aux « élites » de garder leurs places confortables.

      Si vous croyez encore au « Roman national » vous devriez commencer par ôter vos œillères.

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      • Fabrice // 26.09.2021 à 20h30

        relisez mon intervention ce n’est pas ce que j’ai dit vous extrapolez selon vos certitudes, je ne vas pas entrer dans une polémique qui n’a pas lieu d’être.

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  • Guadet // 26.09.2021 à 07h46

    « Est-ce qu’apprendre la communication pour s’armer contre les médias dominants ce n’est pas une tâche principale de l’école et du lycée ? Est-ce qu’apprendre l’économie politique pour créer des salariés qui ont conscience de leurs intérêts n’est pas important ? »
    Ce serait surtout une manière d’enfermer les gens dans un monde déjà trop fondé sur la communication et sur les intérêts économiques. L’intérêt de l’histoire, justement, est d’apprendre que le monde n’a pas toujours fonctionné comme ça, ce qui permet de justifier une critique de l’état actuel. Plus largement, l’histoire est l’un des principaux moyens de donner aux citoyens une culture qui alimente leur réflexion et ne les laisse pas désarmés face à la propagande. Shlomo Sand, au contraire, en critiquant l’histoire et en prétendant « déconstruire les mythes historiques », contribue à créer un vide qui permettra d’assoir une idéologie totalitaire à l’abri des questionnements.

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    • James Whitney // 26.09.2021 à 11h39

       » L’intérêt de l’histoire, justement, est d’apprendre que le monde n’a pas toujours fonctionné comme ça, ce qui permet de justifier une critique de l’état actuel. Plus largement, l’histoire est l’un des principaux moyens de donner aux citoyens une culture qui alimente leur réflexion et ne les laisse pas désarmés face à la propagande. »

      Avec ça je suis d’accord. Ce qui n’empêche que le plus souvent l’histoire est écrit par les puissants ou les sbires des puissants, donc « déconstruire les mythes historiques » est une nécessité.

      Sand est un grand historien. J’ai beaucoup appris en lisant son « Comment le peuple juif fut inventé » et son « Comment la terre d’Israël fut inventé ».

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      • RGT // 26.09.2021 à 18h39

        « L’intérêt de l’histoire, justement, est d’apprendre que le monde n’a pas toujours fonctionné comme ça… »

        L’intérêt de l’histoire « officielle » consiste simplement à fournir des « arguments » pour con-vaincre la population que les dirigeants actuels sont les « sauveurs » et que leurs prédécesseurs étaient des tyrans sanguinaires.

        La dernière partie est juste, mais prétendre que les dirigeants actuels sont des « sauveurs » est un immense mensonge.
        Les dirigeants actuels ne sont ni mieux ni pires que leurs prédécesseurs, ils sont seulement différents et n’ont pas les mêmes objectifs (qui ne concernent d’ailleurs toujours que leur propre intérêt).

        Quand les bolchéviks ont fait tomber le régime tsariste les arguments qu’ils développaient étaient tout à fait justes, de même que pour toute révolution d’ailleurs.
        Ce qui pique cependant c’est ce que font les « révolutionnaires » une fois au pouvoir…

        Quand on se contente d’ailleurs d’examiner avec attention ce qui s’est réellement passé après la chute de l’URSS, le désastre pour la population russe a été largement pire qu’à la révolution de 1917 sous les « bienfaits » d’Eltsine qui a fait tirer à l’arme lourde sur le parlement élu APRÈS la chute de l’URSS parce que les députés ne voulaient pas approuver ses « réformes » à la Macron destinées à enrichir encore plus ses « amis » oligarques en plongeant l’ensemble des « gueux » dans la misère et la précarité.

        Sans parler de Khrouchtchev qui a « défoncé » Staline en ajoutant une pléthore de crimes imaginaires (il n’en avait pas besoin) afin de se faire passer pour le « libérateur ».

        L’histoire est TOUJOURS écrite par les vainqueurs et le seul objectif consiste seulement à justifier leur statut de « sauveurs ».

        Pendant ce temps, la population déguste car elle n’a pas le droit de participer à ces intrigues de palais.

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    • John V. Doe // 26.09.2021 à 13h50

      Ce sont au contraire les mythes historiques qui permettent de construire l’idéologie totalitaire. Voyez la France du début du XXe siècle : 1870 et l’écrasement de la Commune de Paris vont conduire à l’acceptation des boucheries de 14′. La glorification de celles-ci et de ses généraux vont conduire tout droit à Vichy, Pétain & C°. Le mythe de De Gaulle va lui permettre d’imposer la dictature présidentielle de la Ve République qui foule aux pieds la démocratie parlementaire.

      En Angleterre, c’est le mythe de la Magna Carta qui est en grande partie responsable d’une système profondément injuste et truqué dans sa structure qui fait que Thatcher a détruit la nation avec jamais plus de 38% des voix. Aux Usa, c’est le mythe des Père Fondateurs, une clique de bourgeois prévaricateurs, esclavagistes et grands propriétaires, qui cimente aujourd’hui encore une constitution complètement déséquilibrée en faveur des possédants, Zinn n’a pu que l’ébrécher.

      Ne parlons même pas des mythes de l’Empire Germain qui en matière de totalitarisme reste quand même imbattable. Il est d’ailleurs fort probable qu’il ne faille pas chercher plus loin la justification leur point de vue inhumain voire quasi-sanguinaire à l’égard du Sud de l’Europe en commençant par la Grèce qui a vu les travailleurs perdre 30% et les retraités 50% de leurs revenus. Italie, Espagne et même France n’ont plus qu’à attendre leur tour.

        +12

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      • John V. Doe // 26.09.2021 à 13h53

        En Belgique, c’est Henri Pirenne qui va inculquer aux têtes brunes de Wallonie le mythe d’une Belgique imaginaire remontant à Rome. Cela va désarmer les unitaristes face au mouvement totalitaire (linguistico-raciste) flamingant dont le mythe est largement plus « chaud », pour reprendre les termes de Shlomo Sand.

          +7

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        • Grd-mère Michelle // 27.09.2021 à 15h27

          Que pensez-vous de l’émission « Un jour dans l’histoire » sur la Première/radio/RTBF, dont les sujets sont souvent choisis en rapport direct avec les événements du moment? Il me semble que notre service public, en matière d’Histoire, fait des efforts pour rétablir certaines vérités(aussi dans les émissions du genre « Retour aux sources » en Tv…)
          Ce qui compenserait sa soumission aux diktats gouvernementaux concernant notre histoire actuelle de « crise sanitaire »… et sa dévotion sans réserve à l’industrie du numérique, considérée et utilisée comme « progrès » en son sein (voir l’arrivée du DAB+ en radio, qui risque d’enterrer la bande FM et supprimer ainsi quantité de radios « libres », privées).

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  • Davout // 26.09.2021 à 08h52

    J’adore l’Histoire. Depuis ma plus petite enfance.
    Mais je la prends avec des pincettes de plus en plus longue.
    Plus j’avance plus j’ai même tendance à l’écoeurement dev as n’y les innombrables « oublis », raccourcis, assertions peremptoires sur la base de sources plus que douteuses et même mensonges pur et simple des Historiens même réputés les plus sérieux,titulaires de chaires les plus prestigieuses.
    Et tout ça juste pour donner corps à une théorie qui les séduit, pour embellir un personnage qu’ils apprécient ou au contraire noircir un autre qu’ils détestent.
    L’Histoire est bien trop belle pour être confiée à des Historiens.
    D’une manière generale, je vous conseille de bannir tous les Historiens péremptoires, c’est à dire 98% des historiens médiatiques. De minables tripatouilleurs.
    Préférez les universitaires qui doutent, évaluent humblement les diverses théories.

      +15

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    • Havoc // 26.09.2021 à 13h19

      Des pincettes de plus en plus longues, est-ce qu’on n’appellerait pas cela « des pinces », par hasard ?

        +3

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    • Gracques // 26.09.2021 à 14h50

      Hé oui , c’est pour cela que j’adore  » l’Histoire » …. en fait, le passé est mouvant !

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  • fryckprof // 26.09.2021 à 10h13

    Bonjour,

    Je pense qu’il y a dans cet article au demeurant très intéressant – mais pourquoi le relayer en 2021 – un problème dans l’emploi du terme METIER. Il me semble qu’à plusieurs reprises il pourrait être remplacé par MATIERE.

      +2

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  • Gaspard des Montagnes // 26.09.2021 à 12h36

    Bien d’accord sur ce que dit Shomo Sand sur le récit historique mais ne nous méprenons pas, actuellement le 1er problème est l’affaiblissement des connaissances historiques chez les plus jeunes mais aussi dans d’autres tranches de la population.
    En cause, principalement 2 facteurs, la réduction de l’enseignement des grandes lignes historiques et l’affaiblissement du bruit de fond sur l’histoire dans la vie quotidienne (médias, livres, échanges personnels, etc..). Si l’on veut pouvoir approfondir la culture historique il faut en passer par ces étapes.

    Concernant la culture gréco-romaine, il oublie cependant de citer l’apport byzantin dès le quattrocento, les contacts étaient nombreux entre l’Italie et l’empire romain d’orient, et n’ont fait que s’amplifier avant sa chute.

      +8

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    • Gracques // 26.09.2021 à 14h56

      oui et un Bruno Dumezil (le neveu) ne serait peut être pas trop d’accord et discourait sur la « romanisation » des « barbares » …. l’empire romain s’est il effondré ? grosse polemique….

      Ce qui n’enleve rien sur les remarques de Shlomo Sand sur les bases de la Renaissance.

      Du coup , justement le metier d’historien n’est pas mort.

        +2

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  • Christian Gedeon // 26.09.2021 à 15h20

    Ah non! Pas lui, pas sur les Crises! J’ai lu son livre phare! C’est un tissu de conneries! Oh les Crises pas vous pas ça. Ce grand ami des ayatollahs
    Sur votre site? Je n’en reviens pas. Faites un fact checking des contre vérités de son livre vedette. Vous avez à juste titre critiqué le Monde. Mais là donner la parole à ce grand malade ça me dépasse.

      +2

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  • METZGER // 03.10.2021 à 02h57

    « Comment le peuple juif fut inventé » et « Comment la terre d’Israël fut inventé » sont de grands livres dérangeants, très instructifs et qui m’ont aidé à réfléchir sur « l’utilisation de l’histoire à des fins politiques ».

    Plus proche de nous, Bernard LUGAN éclaire de façon cruelle ( pour la doxa ambiante ) notre passé colonial et l’esclavagisme.

    Je comprends la réaction de Christian Gedeon qui appelle de ses vœux un grand autodafé. Espérons que les aspirations à la vérité, et à la liberté dépassent la cancel culture à la mode…

      +0

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