20
Déc
2010

Nous allons étudier de plus près la différence entre la France et l’Allemagne, puisque l’on entend souvent que l’Allemagne serait un « modèle » à suivre – pays travailleur (« ce n’est pas eux qui inventeraient les 35 heures… »), rigoureux dans ses finances, etc. C’est en partie vrai, mais analysons plus en détail ces différences avant de trancher.

Le partage de la valeur ajoutée montre donc que les entreprises allemandes ont augmenté leurs marges, au détriment des salariés. Il apparaît clairement qu’à partir de 2000, le montant des rémunérations par habitant se met à stagner, témoignant de leur blocage, alors que les rémunérations en France augmentent continument, et dépassent les allemandes en 2004. Conclusion : l’Allemagne a bloqué ses salaires pour améliorer la rentabilité de ses entreprises et leur compétitivité. Mais en conséquence, la consommation est du coup plus faible – l’argent du consommateur ne venant que des salaires gagnés. Ceci est de nature récessive.

Le fameux « modèle allemand » ne peut donc marcher que s’il est fortement exportateur – le consommateur allemand ne pouvant acheter les produits compétitifs réalisés. Ce n’est donc en rien un “modèle”, puisque tout le monde ne peut pas l’appliquer, tous les pays ne pouvant être exportateurs nets. Il repose également sur une conception d’exploitation de ses voisins : vouloir être exportateur net (donc « gagner ») signifie vouloir que ses partenaires commerciaux soient importateurs nets, et « perdent donc en permanence ».

Ce genre de « jeu » ne dure jamais très longtemps…

Le manque de performance de ce système « parasite » s’observe sur les deux graphiques précédents, qui illustrent que la croissance allemande a été inférieure à la croissance française 13 fois en 16 ans, et que la PIB par habitant en France a désormais dépassé son homologue allemand, alors qu’il lui était inférieur de 15 % en 1995.

3 réponses à Un modèle allemand ? (1/2)

  1. guzy1971 Le 26 janvier 2011 à 08h56
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    Cela dépend ce que l’on entend par “performance”, car l’hypercroissance US gagé sur un endettement faramineux des ménages n’était pas un signe de performance, bien au contraire. Disons que la performance industrielle allemande, indéniable, tourne à vide.


  2. El-JEm Le 29 janvier 2011 à 23h07
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    bonjour,

    peux-tu donner les ref exactes du graphique présentant l’évolution des rémunération des salaires en France ?


  3. Leboutte Le 29 juillet 2011 à 14h02
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    Excellent!

    L’Allemagne est présentée comme un “modèle”, mais il est effectivement, comme c’est souvent le cas avec les pseudo-modèles, inexportable! Pour Keynes déjà, un pays structurellement exportateur net était en soi un dysfonctionnement et devait être sanctionné.

    En l’occurrence, l’Allemagne et ses provinces économiques (Autriche, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg…) devraient quitter l’Euro, et celui-ce se refaire une santé, notamment en voyant son taux descendre à un niveau plus conforme aux pays restants, tandis que la ou les monnaie(s) de la RFA et consorts pourraient logiquement se réévaluer. C’est ce que recommande par exemple Christian Saint-Etienne, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, membre du Conseil d’analyse économique ( http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/07/22/crise-de-la-dette-soit-la-federalisation-soit-l-eclatement_1551651_3232.html )

    Ce serait du capitalisme conscient et efficace, mais personnellement je m’en fiche d’un capitalisme conscient et efficace!


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