Les Crises Les Crises
5.janvier.20265.1.2026 // Les Crises

Concentrer les relations avec les pays européens pro-Trump « pour les éloigner de l’UE » : les révélations classifiées de la stratégie de sécurité américaine

Merci 13
Je commente
J'envoie

Une version plus complète, publiée par Defense One, décrit les plans de l’administration Trump visant à rompre ses anciennes relations et à en créer de nouvelles.

Source : Defense One, Meghann Myers
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, s’exprime aux côtés du président Donald Trump à la Maison-Blanche à Washington, D.C., le 2 décembre 2025. ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP via Getty Images

Avec ses appels en faveur de « familles fortes et traditionnelles » et du « renouveau de la santé spirituelle et culturelle américaine », la dernière National Security Strategy [stratégie de sécurité nationale] marque une rupture majeure non seulement avec celle qui l’a immédiatement précédée, mais aussi avec celle de la première administration Trump.

Une version plus longue de la NSS, qui a circulé avant que la Maison Blanche ne publie tardivement la version non classifiée jeudi soir, partage les mêmes points majeurs : concurrence avec la Chine, désengagement de la défense européenne, changement d’orientation concernant l’hémisphère occidental. Mais la version non publiée propose également de nouveaux moyens pour exercer le leadership sur la scène mondiale et une manière différente d’influencer l’avenir de l’Europe, à savoir par le biais de ses valeurs culturelles.

Voici quelques points à retenir de la version non publiée, qui a été passée au crible par Defense One.

Make Europe Great Again (Rendre à l’Europe sa grandeur)

Alors que la NSS rendue publique appelle à la fin d’une « OTAN en expansion perpétuelle », la version complète entre davantage dans les détails sur la manière dont l’administration Trump souhaiterait, je cite, « rendre à l’Europe sa grandeur », tout en appelant les membres européens de l’OTAN à se passer du soutien militaire américain.

Partant du principe que l’Europe est confrontée à un « effacement civilisationnel » en raison de ses politiques d’immigration et de sa « censure de la liberté d’expression », la NSS propose de concentrer les relations des États-Unis avec les pays européens sur quelques nations dont les administrations et les mouvements actuels partagent les mêmes idées, très certainement de droite.

L’Autriche, la Hongrie, l’Italie et la Pologne sont répertoriées comme des pays avec lesquels les États-Unis devraient « travailler davantage… dans le but de les éloigner de l’Union européenne. ».

« Et nous devrions soutenir les partis, les mouvements et les personnalités intellectuelles et culturelles qui aspirent à la souveraineté et la protection/restauration des modes de vie traditionnels européens… tout en restant pro-américains », indique le document.

Le C5

Au cours de l’été, le président Trump a fait la une des journaux lorsqu’il a déploré le fait que la Russie ait été exclue du Groupe des Huit (aujourd’hui le Groupe des Sept ou G7) comme étant « une très grave erreur. » Il a même laissé entendre qu’il aimerait voir la Chine rejoindre le groupe pour former un G9.

Sa stratégie de sécurité nationale propose d’aller plus loin en créant un nouvel organisme regroupant les grandes puissances, un organisme qui ne serait pas soumis aux exigences du G7 selon lesquelles les pays doivent être tout à la fois prospères et démocratiques.

La stratégie propose un « Core 5 » (noyau 5), ou C5, composé des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de l’Inde et du Japon, qui font partie des pays comptant plus de 100 millions d’habitants. Il se réunirait régulièrement, comme le fait le G7, lors de sommets sur des thèmes spécifiques.

Premier point proposé à l’ordre du jour du C5 : la sécurité du Moyen-Orient, et plus précisément la normalisation des relations entre Israël et l’Arabie saoudite.

« L’hégémonie n’était pas réalisable »

La version complète de la NSS aborde également la question de « l’échec » de l’hégémonie américaine, un terme qui n’est pas mentionné dans la version rendue publique.

« L’hégémonie est un objectif erroné et irréalisable », selon le document.

Dans ce contexte, l’hégémonie fait référence au leadership d’un pays sur le monde, utilisant son soft power pour encourager les autres pays à accepter d’être dirigés.

« Après la fin de la Guerre froide, les élites américaines chargées de la politique étrangère se sont convaincues que la domination permanente des États-Unis sur le monde entier était dans le meilleur intérêt de notre pays », indique la NSS. « Cependant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts. »

L’administration semble utiliser ce raisonnement pour se désengager de la mission de défense de l’Europe qui incombe aux États-Unis, alors qu’elle concentre son attention sur les cartels de la drogue implantés au Venezuela.

« L’administration Trump a hérité d’un monde dans lequel les armes de guerre ont brisé la paix et la stabilité de nombreux pays sur plusieurs continents », indique la NSS. « Nous avons tout naturellement intérêt à atténuer cette crise. »

Le document précise qu’il n’appartient pas aux seuls États-Unis d’agir, mais précise également que la Chine et la Russie ne doivent pas être autorisées à remplacer le leadership américain. La stratégie préconise de nouer des partenariats avec les « leaders régionaux » afin de contribuer au maintien de la stabilité.

« Nous récompenserons et encouragerons les gouvernements, les partis politiques et les mouvements d’une région lorsque ceux-ci sont globalement en accord avec nos principes et notre stratégie », indique le document. « Mais nous ne devons pas négliger les gouvernements qui ont des points de vue différents, avec lesquels nous partageons néanmoins des intérêts communs et qui souhaitent travailler avec nous. »

Après la publication de cet article, la Maison Blanche a nié l’existence de toute version de la stratégie de sécurité nationale autre que celle publiée en ligne..

« Il n’existe aucune autre version, privée ou classifiée », a déclaré la porte-parole Anna Kelly à Defense One. « Le président Trump est transparent et a apposé sa signature sur une seule NSS qui donne clairement pour instruction au gouvernement américain d’appliquer les principes et les priorités qu’il a définis. »

Kelly a ensuite ajouté que « toutes les autres soi-disant « versions » ont été divulguées par des personnes éloignées du président qui, comme ce « journaliste », ne savent absolument pas de quoi elles parlent. »

Source : Defense One, Meghann Myers, 09-12-2025

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

Morne Butor // 05.01.2026 à 08h16

Et en attendant, la seule politique de l’Union Européenne semble être d’attendre le départ de Trump. Grosse erreur, car les USA ne vont pas changer leur fusil d’épaule et revenir en arrière pour appliquer une stratégie d’influence qui ne suffit plus face à la montée de la Chine.

7 réactions et commentaires

  • Morne Butor // 05.01.2026 à 08h16

    Et en attendant, la seule politique de l’Union Européenne semble être d’attendre le départ de Trump. Grosse erreur, car les USA ne vont pas changer leur fusil d’épaule et revenir en arrière pour appliquer une stratégie d’influence qui ne suffit plus face à la montée de la Chine.

    • John V. Doe // 05.01.2026 à 09h02

      Que nous, l’Europe occidentale, n’ayons pas de stratégie de rechange est une chose, que la NSS sera appliquée sous une majorité Démocrate (généralement mondialiste) aux USA en est une autre à laquelle ce trop bref avis ne donne pas l’ombre d’une preuve ni d’une source fiable.

      • Morne Butor // 05.01.2026 à 11h35

        Trump a mis le pied dans la porte. Les entreprises US vont exploiter le pétrole vénézuélien. Pensez-vous qu’un futur candidat démocrate va proposer de rendre le contrôle de son pétrole au Vénézuela ? Je pense que çà n’arrivera jamais.

    • RV // 05.01.2026 à 10h18

      Oui,
      Républicains et Démocrates, même combat en ce qui concerne la politique extérieure.
      Rien de neuf sous le soleil.

      Voici la liste des pays bombardés, mais pas que, après la seconde guerre mondiale par les États-Unis d’Amérique du nord, Démocrates ou Républicains indifféremment à la tête de l’Empire.

      – Indonesia (1958) – Cuba (1959-1961) – Guatemala (1960) – Congo (1964) – Laos (1964-1973) – Vietnam (1961-1973) – Cambodia (1969-1970) – Guatemala (1967-1969) – Granada (1983) – Liban et Syrie (1983, 1984) – Libya (1986) – Salvador (1980) – Nicaragua (1980) – Iran (1987) – Panama (1989) – Iraq (1991) – Kuwait (1991) – Somalia (1993) – Bosnia (1994, 1995) – Sudan (1998) – Afghanistan (1998) – Yugoslavia (1999) – Yemen (2002) – Iraq (1991-2003) – Iraq (2003-2015) – Afghanistan (2001-2015) – Pakistan (2007-2015) – Somalia (2007-2008, 2011) – Yemen (2009, 2011) – Libya (2011, 2015) – Syria (2014-2015) – Yemen (2025) – Iran (2025) – Venezuela (2026)

      liste publiée par la Chine en 2023 et complétée par mes soins

  • Octave_Key // 05.01.2026 à 09h38

    Trump recueillait une certaine sympathie car il se vantait d’être le prsésident le moins interventionniste.
    En fait, il ne vaut pas mieux que les aures. Les Etats-Uniens sont déidément des barbares sans scrupules. Attendons de voir comment le peuple vénézuélien va réagir à cette politique colonialiste…

  • Lt Briggs // 05.01.2026 à 13h27

    « La stratégie préconise de nouer des partenariats avec les « leaders régionaux » afin de contribuer au maintien de la stabilité »

    En gros, des sheriffs régionaux qui dirigeraient chacun sa zone et qui ne rendraient de comptes à personne : les Etats-Unis « s’occupent » des Amériques, Israël du Moyen-Orient, la Russie du monde post-soviétique, etc.
    Il faut lire entre les lignes. La puissance et la richesse des Etats-Unis dépend en grande partie du statut du dollar comme réserve mondiale. Jamais les USA ne renonceront de leur plein gré à ce statut. Tout pays exportateur de pétrole, où qu’il se situe sur la carte du monde, qui déciderait de vendre son brut dans une autre monnaie que le dollar serait en tête de liste de l’Axe du mal et provoquerait donc l’interventionnisme américain. Pour que la NSS soit opérante, il faudrait que les sheriffs régionaux s’engagent auprès des Etats-Unis à empêcher qu’un pays de leur zone d’influence se dédollarise, ce qui est plus qu’improbable.
    Les Etats-Unis se voient toujours comme la Nation garante de la bonne marche du monde. Or c’est justement ce que les BRICS lui contestent. Il faudra voir comment ses membres réagissent à cette NSS.

  • nulnestpropheteensonpays // 05.01.2026 à 17h42

    Sauf que nous ne sommes plus en 1940 , aujourd’hui , même le plus consanguin des américains du bayou voit en direct ce qu’est son pays . Et nous pareils , nous savons que les dirigeants européens nous ont vendu parce qu’ils sont tous corrompus jusqu’à la moelle .Nous n’avons plus rien a attendre des dirigeants occidentaux ,à part le fascisme .

  • Afficher tous les commentaires

Ecrire un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Charte de modérations des commentaires

Et recevez nos publications