J’aime beaucoup cette phrase de Mark Twain :

“Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été trompés.” [Mark Twain]

Dans le même ordre d’idées, je pense également à un exemple saisissant d’une personne préférant fuir la noire réalité : voici un passage de l’excellente émission récente d’Arrêts sur Images avec Marc Ferro sur l’aveuglement (que j’incite les lecteurs à regarder en entier sur le site pour 1 €) :

“Daniel Schneidermann : Alors, en même temps vous dites « ce refus de croire l’inimaginable », bien évidemment vous n’étiez pas le seul à ne pas vouloir « croire l’inimaginable. » Je voudrais vous montrer un extrait de film tout à fait saisissant sur ce sujet. C’est l’extrait d’un film de Lanzmann : Le Rapport Karski. Jan Karski, c’est ce résistant polonais qui est chargé par la résistance polonaise d’aller informer les Britanniques et les Américains, et Roosevelt, de ce qu’il se passe en Pologne, notamment le sort des Juifs, mais pas seulement. Il va aux États-Unis, il rencontre Roosevelt, Roosevelt refuse de le croire comme tout le monde, et à un moment ce Karski va rencontrer un membre de la Cour suprême américaine, un membre qui s’appelle Felix Frankfurter, qui est lui-même Juif, et à qui Karski raconte les informations qu’il est chargé de transmettre à propos de la Pologne. Et donc Lanzmann a retrouvé Karski qui lui raconte cet entretien avec ce membre Juif de la Cour suprême, en présence de l’ambassadeur du gouvernement polonais en exil qui assiste à l’entretien. On regarde.

// EXTRAIT DU FILM

Karski : Il se lève [Felix Frankfurter]. « Jeune homme… Je ne suis plus tout jeune. Je suis un juge des hommes. Un homme comme moi… devant un homme comme vous… doit être totalement honnête. Et je vous dis : je ne vous crois pas ! »

Ciechanowski intervient : « Felix ! Mais que dites-vous donc ? Vous savez qui est cet homme, il a rencontré le président. On l’a mis et remis à l’épreuve, en Angleterre, ici. Felix, il ne ment pas ! »

Frankfurter est toujours debout. « Monsieur l’Ambassadeur… » Très solennel, « Je n’ai pas dit qu’il mentait. J’ai dit que je ne le croyais pas. Ce sont deux choses différentes. Mon esprit et mon cœur sont faits de telle manière que je ne peux pas accepter cela. Non ! Non ! »

// FIN DE L’EXTRAIT

Daniel Schneidermann : Voilà. Récit tout à fait… Vous ne pouvez pas le quitter des yeux. Récit tout à fait saisissant, au fond, des mécanismes mentaux qui font qu’on refuse d’accepter une vérité inimaginable. Même quand le messager, là, est garanti, certifié.

Marc Ferro : Absolument. Oui.

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