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28.octobre.202628.10.2026 // Les Crises

Trump qualifie les manifestants de terroristes. Jusqu’où ira-t-il ?

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La Maison Blanche considère que Palestine Action au Royaume-Uni et d’autres organisations de gauche américaines constituent une menace pour la sécurité nationale. C’est du moins ce qu’elle affirme.

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Manifester, c’est du terrorisme. C’est du moins le message que l’administration Trump a fait passer à travers une série de mesures récentes, qui ont abouti la semaine dernière à la désignation de l’organisation britannique Palestine Action comme groupe terroriste.

L’administration Trump a inscrit Palestine Action et deux autres entités européennes sur la liste des « terroristes mondiaux spécialement désignés » (SDGT), une catégorie créée à la suite des attentats du 11 Septembre 2001. En désignant Palestine Action comme SDGT, l’administration s’est donné les moyens d’imposer des sanctions économiques à l’encontre de ce groupe et de toutes les personnes qui lui sont associées, notamment en gelant tous leurs avoirs détenus aux États-Unis et en leur interdisant toute transaction financière avec des acteurs américains.

Au-delà des transactions financières, cela signifie également qu’il est interdit à toute personne américaine d’entretenir avec ce groupe des interactions vaguement définies qui constitueraient un « soutien matériel » ou la fourniture de « services ». Quiconque enfreindrait cette interdiction s’exposerait à des sanctions civiles ou pénales, ou pourrait lui-même être inscrit sur la liste SDGT.

La question de savoir ce que pourrait désormais recouvrir exactement un « soutien » illégal à Palestine Action est préoccupante. Le groupe, qui mène des manifestations dites « d’action directe » impliquant souvent des actes de vandalisme, affirme œuvrer pour mettre fin à la « participation mondiale au régime génocidaire et d’apartheid d’Israël ». Le Royaume-Uni a « interdit » Palestine Action en tant qu’organisation terroriste l’année dernière, invoquant notamment un incident survenu en 2024 au cours duquel des membres s’étaient introduits dans une base militaire et avaient aspergé de peinture rouge deux avions. Depuis l’entrée en vigueur de cette interdiction, des centaines de personnes au Royaume-Uni ont été arrêtées pour le simple fait d’avoir brandi des pancartes en soutien au groupe.

En théorie, le droit américain présente une caractéristique importante qui fait défaut au système britannique : la protection de la liberté d’expression et d’association garantie par le Premier amendement. Dans son communiqué désignant Palestine Action comme « organisation terroriste », l’administration Trump a réaffirmé que les « activités protégées par la Constitution » ne donneraient pas lieu à des sanctions.

Mais cela ne console guère ceux qui suivent de près la manière dont le gouvernement américain n’a cessé, depuis longtemps, de restreindre la portée du Premier amendement au nom de la lutte contre le « terrorisme ». Notre Cour suprême a estimé qu’aider un groupe désigné à résoudre pacifiquement ses griefs équivalait à un « soutien » criminel au terrorisme ; notre ministère des Finances a un jour laissé entendre qu’accueillir les dirigeants d’un groupe désigné pour un dialogue pacifique pourrait constituer un « soutien » interdit au terrorisme ; et, sous l’administration Trump, des étudiants et chercheurs non citoyens comme Mahmoud Khalil ont été confrontés à la détention et à des menaces d’expulsion pour avoir manifesté pacifiquement et exprimé des opinions que l’administration a qualifiées de soutien au terrorisme.

À ce stade, il convient de se poser la question suivante : qu’est-ce que le « terrorisme » au juste ? L’administration Trump décrit Palestine Action comme faisant partie d’un « réseau terroriste violent d’extrême gauche », alors que les poursuites pénales engagées contre les membres du groupe concernent principalement des actes de vandalisme, notamment contre des fabricants d’armes complices de la campagne militaire israélienne à Gaza, que des organisations de défense des droits humains comme Amnesty International et B’Tselem ont qualifiée de génocide. (Un manifestant a été condamné pour avoir blessé un agent des forces de l’ordre.)

Cette qualification rappelle les récentes poursuites engagées par le ministère de la Justice contre un groupe de manifestants au Texas pour avoir allumé des feux d’artifice et vandalisé des voitures devant le centre de détention de l’ICE de Prairieland. Un manifestant avait également échangé des coups de feu avec un agent des forces de l’ordre et l’avait blessé au cours de l’incident, mais le ministère de la Justice a retenu les chefs d’accusation de « soutien matériel au terrorisme » contre 15 manifestants et a obtenu des peines de prison totalisant plusieurs centaines d’années à leur encontre.

Qu’est-ce qui fait que les actions de Palestine Action ou des manifestants de Prairieland relèvent du « terrorisme » plutôt que de simples délits ? Les procureurs fédéraux ont insisté sur le fait que les manifestants texans faisaient partie d’une « cellule antifa » complotant des actes terroristes, invoquant des preuves telles que leurs vêtements noirs et la possession d’ouvrages antifascistes pour justifier des peines de plusieurs décennies de prison, même pour des manifestants qui n’avaient commis aucun acte de violence.

Cette poursuite judiciaire pour « terrorisme » pour le moins stupéfiante s’inscrit dans la lignée du mémorandum présidentiel sur la sécurité nationale (NSPM-7) de l’administration Trump, intitulé « Lutte contre le terrorisme intérieur et la violence politique organisée ». Ce mémorandum s’engage à mener une répression contre les forces de « l’antifascisme », ainsi que contre les partisans de « l’anti-américanisme » et de diverses formes « d’extrémisme » et « d’hostilité envers ceux qui défendent des opinions américaines traditionnelles sur la famille, la religion et la moralité ». L’administration a également insisté sur le fait qu’un manifestant tué par l’ICE était un « terroriste national ». Elle a qualifié « antifa » cette « organisation terroriste nationale » (bien que cette désignation n’existe pas). Et elle a publié un rapport étrange alléguant l’existence d’un vaste complot mené par Cuba visant à soutenir « de puissantes associations à but non lucratif de gauche, des collectifs anti-ICE, des groupes socialistes et des organisations militantes marxistes à travers les États-Unis ».

Quelles seront les conséquences pour ceux qui expriment leur désaccord avec la politique étrangère du gouvernement américain vis-à-vis d’Israël ou de Cuba ? Qu’en est-il de ceux qui « soutiennent » Palestine Action en affirmant avoir été classés à tort ? Qu’en est-il des associations à but non lucratif qui financent et organisent des actions militantes ? Qu’en est-il de ceux qui participent pacifiquement à une manifestation respectueuse de la loi alors que d’autres y commettent des actes illicites ?

Tout cela nous ramène à la question fondamentale : « Qu’est-ce que le terrorisme ? » La réponse est claire : ce sont ceux qui détiennent le pouvoir qui en décident. Depuis les attentats du 11 Septembre, le public s’est habitué à ce que le président, les procureurs, les agents des services d’immigration et autres responsables de la sécurité nationale exercent des pouvoirs illimités pour cibler ceux qu’ils jugent « terroristes ». L’absurdité de ce postulat de base apparaît aujourd’hui plus clairement que jamais, alors que ce terme continue d’être utilisé comme une arme et politisé à l’encontre des populations mal vues.

Mais, bien sûr, ce système a toujours été vicié. Considérer le « terrorisme » comme quelque chose de distinct de la simple criminalité, assimiler les crimes à des actes de guerre, qualifier la contestation de trahison et admettre que le « terrorisme » nécessite des mécanismes extra-juridiques exceptionnels pour y faire face : tels sont les piliers qui ont soutenu la « guerre contre le terrorisme » pendant près de 25 ans.

*

Elizabeth Beavers est professeure adjointe de droit et spécialiste des questions juridiques liées à la sécurité nationale à la faculté de droit du Delaware.

Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses collaborateurs.

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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