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2.septembre.20262.9.2026 // Les Crises

La lutte contre les caméras de surveillance est un combat en faveur de la démocratie

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Dans le cadre d’un mouvement qui prend de l’ampleur, plus de 80 collectivités ont annulé, rejeté ou désactivé les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation.

Source : Ed Vogel, Truthout
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des militants s’expriment pour s’opposer aux lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation lors d’une conférence de presse à la mairie, le 4 juin 2025, à Austin, au Texas. Ricardo B. Brazziell / The Austin American-Statesman via Getty Images

Lorsque des habitants du comté de Madison, en Caroline du Nord, ont souhaité s’exprimer au sujet des caméras de surveillance du comté basées sur l’IA lors d’une récente réunion des commissaires du comté de Madison, la réponse du commissaire Michael Garrison a été simple : « Vous ne prendrez pas la parole sur Flock ce soir. »

Une vidéo montrant l’intervention de Garrison pour empêcher le public de s’exprimer est rapidement devenue virale, trouvant un écho auprès d’autres personnes menant des combats similaires au sein de leurs communautés. Ce type d’atteinte à la démocratie n’est pas rare lorsqu’il s’agit de lutter contre Flock Safety, le système de lecture automatique de plaques d’immatriculation en général, et d’autres formes de surveillance.

Pour les milliers de personnes à travers le pays qui réclament la fin de l’utilisation des lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation, il est désormais évident que ce combat va bien au-delà d’une simple question de la surveillance. Fondamentalement, la mobilisation visant à mettre fin à l’utilisation des lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation est un combat mené pour imaginer et mettre en place des pratiques démocratiques porteuses de sens.

Alors que des entreprises comme Flock Safety, Axon et Motorola Solutions (entre autres) vendent des caméras aux municipalités et aux services de police dans tout le pays sous prétexte d’améliorer la sécurité publique, celles-ci, basées sur l’IA sont bien plus puissantes que ne le laissent entendre les entreprises qui les commercialisent, et il apparaît de plus en plus clairement qu’elles réduisent en réalité notre sécurité à tous. Ces caméras, dont le nom est trompeur, fonctionnent en permanence, collectant à toute heure des données sur les voitures qui passent, et ne se contentent pas d’enregistrer les plaques d’immatriculation des véhicules en circulation : elles permettent à la police et aux entreprises clientes d’effectuer des recherches sur pratiquement toutes les informations capturées sur une photo, notamment la marque, la couleur et le constructeur d’une voiture, ainsi que la présence éventuelle de bosses, d’autocollants sur le pare-chocs, etc.

Au cours de l’année qui vient de s’écouler, on s’est rendu compte à quel point les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation sont dangereux : les produits de Flock Safety auraient en effet été utilisés dans le cadre de contrôles d’immigration, de la surveillance des avortements, d’incidents répétés de harcèlement, et auraient fait l’objet de failles majeures en matière de cybersécurité. Mais Flock n’est pas la seule entreprise concernée. Motorola Solutions collabore depuis longtemps avec les services fédéraux chargés de l’immigration, tandis qu’Axon entretient des liens étroits avec le Département de la Sécurité intérieure (DHS) et a déjà commis de graves violations éthiques par le passé. Flock a, à juste titre, suscité la colère du public, mais ces problèmes sont caractéristiques du secteur de la surveillance policière dans son ensemble.

Après avoir pris connaissance de l’utilisation de ces caméras dotées d’IA dans leurs communes, des milliers de personnes dans le pays ont exigé le retrait des caméras de lecture automatique des plaques minéralogiques. À ce jour, plus de 80 communes ont annulé, rejeté ou désactivé leurs caméras, s’inscrivant ainsi dans la contestation croissante de l’appareil de surveillance. Ces luttes ont également mis en lumière un problème structurel bien plus profond partout où ces technologies de surveillance sont utilisées : une crise de la démocratie. Dans bon nombre de ces luttes contre les caméras dotées d’IA, les membres des communautés ont mis au jour les procédures menées dans le plus grand secret par leurs services de police ou leurs élus pour approuver l’utilisation de ces outils, sans rien qui ressemble à un processus démocratique, tel que la communication au public, la consultation de la population, le contrôle public ou la moindre trace de transparence.

L’année écoulée a mis en évidence à quel point les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation sont dangereux, les produits de Flock Safety ayant, selon certaines informations, été utilisés dans le cadre de contrôles d’immigration, de la surveillance des avortements, d’incidents répétés de harcèlement, et ayant fait l’objet de failles majeures en matière de cybersécurité.

À Greenville, en Caroline du Sud, les élus n’ont jamais voté en faveur de l’utilisation des produits de Flock Safety. C’est la police locale qui a utilisé des fonds provenant de la confiscation civile d’actifs pour signer un contrat. À Saranac Lake, dans l’État de New York, les habitants ont dénoncé leur service de police pour avoir décidé d’adopter les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation de Flock Safety, affirmant qu’un éventuel contrat n’avait jamais été discuté lors d’une réunion du conseil municipal. À San Diego, la police a signé un nouveau contrat avec Flock sans passer par le processus de validation de la ville.

Et ce manque de transparence ne se limite pas aux lecteurs de plaques d’immatriculation. Denver a signé un contrat avec Flock pour des drones, mais ne l’a jamais communiqué à la commission de contrôle de la ville. Même dans des villes où un processus démocratique semble exister, comme Oakland, des accords conclus en coulisses ont permis de faire avancer l’extension des lecteurs automatiques de plaques minéralogiques de Flock après que le projet d’extension ait été rejeté en commission.

Lorsqu’ils ont été mis au pied du mur, de nombreux élus ont réagi négativement à la mobilisation citoyenne, comme l’illustre l’incident survenu dans le comté de Madison, donnant clairement l’impression que ces élus ne considèrent pas que le public a un rôle à jouer dans la définition de ce qu’est la sécurité publique ou communale. À l’instar des luttes menées contre certaines infrastructures carcérales et pratiques policières, ces combats ont mis en lumière le fait que l’expansion de la surveillance est le symptôme d’un problème structurel plus profond lié à la mise en œuvre de la démocratie dans les villes de tout le pays..

Face à cette situation, la population résiste, recourant aux outils démocratiques, souvent limités, dont elle dispose. Outre les interventions lors des réunions publiques, elle se renseigne sur ces outils en déposant des demandes d’accès aux documents publics, mène des actions de sensibilisation politique et organise des événements publics afin de parvenir à un consensus quant à la nécessité de supprimer ces caméras de surveillance dotées d’IA. Confrontée à des élus et à des services de police obstinés, la popuulation intensifie la pression et se lance dans des actions directes. Alors que le PDG de Flock Safety qualifie ces groupes de « terroristes », les citoyens mettent à profit les rares infrastructures démocratiques disponibles, comme les fanzines [Un fanzine est un « journal libre » ou revue qui appartient à l’univers des médias alternatif, NdT], pour démanteler les systèmes de surveillance.

Le démantèlement de l’appareil de surveillance, en constant développement, est l’une des nombreuses tâches que nous devons entreprendre pour faire face à cette crise aux multiples facettes. Des organisations telles que l’ACLU ont tenté de mettre en place des garde-fous et de limiter l’expansion de cet appareil de surveillance par le biais de mécanismes de contrôle, mais ces mesures se sont souvent révélées insuffisantes pour s’attaquer au problème structurel. Pour s’attaquer au cœur du problème, nous ne devons pas nous contenter de réglementer, il nous faut démanteler complètement le réseau de surveillance, tant public que privé, qui favorise le fascisme. Si les luttes contre les lecteurs automatiques de plaques minéralogiques nous ont appris quelque chose, c’est que ces dispositifs sont des outils totalitaires, à la fois symptomatiques et constituant également un mécanisme concret qui rend possible cette conjoncture politique.

Les démocraties ne devraient pas avoir besoin de surveiller leurs citoyens. Pour beaucoup aux États-Unis, le fascisme est depuis longtemps la norme, mis en œuvre par le biais du maintien de l’ordre, de l’incarcération et d’une politique génocidaire. Pour d’autres, l’autoritarisme s’est normalisé avec le recours croissant à la surveillance dans notre vie quotidienne depuis le 11 Septembre. Et pour certains, l’année qui vient de s’écouler a mis en évidence à quel point la production et la collecte massives de données, facilitées par les géants de la technologie et soutenues par le gouvernement fédéral, ont porté atteinte à notre sécurité et à notre sûreté à tous.

Que ce soit par le suivi constant des smartphones, la collecte massive de données effectuée par les voitures neuves ou encore les dispositifs de surveillance policière, nous avons été collectivement bernés par des stratégies marketing bien ficelées qui nous vendent confort et sécurité, alors que ces outils génèrent en réalité d’énormes ensembles de données révélant des aspects intimes de nos vies. Ces ensembles de données sont ensuite utilisés à notre encontre par des entreprises et des organismes publics tels que le DHS, en particulier à l’encontre de toutes celles et ceux qui sont déjà victimes d’oppression, de criminalisation et d’autres formes de violence.

Ce que beaucoup ont maintenant compris, c’est la violence profonde que recèlent ces outils et la certitude que de nombreux préjudices en découleront si nous n’exigeons pas collectivement la fin de la surveillance généralisée. Nous ne pouvons pas mettre en place des outils qui créent des asymétries de pouvoir aussi marquées et espérer que des mesures de modération ou de régulation empêchent qu’ils soient utilisés pour intensifier la répression.

Les luttes contre la surveillance (et les centres de données) ont mis en évidence une volonté politique et un désir de démocratie plus radicale que tout ce que nous avons jamais connu. Ce qui est encourageant, c’est de voir que ce mouvement en pleine expansion contre les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation et d’autres dispositifs de surveillance rassemble des gens qui ont des engagements politiques très variés.

Depuis un an, on voit que des personnes de tendances politiques bien différentes souhaitent travailler ensemble pour résoudre les problèmes qui nous concernent tous. Les nombreux collectifs qui s’opposent à la surveillance comprennent que les enjeux sont trop importants pour ne pas unir leurs forces. Partout dans le pays, les citoyens veulent définir eux-mêmes ce que signifie la sécurité au sein de leurs communautés. Nous reconnaissons tous ensemble que la sécurité rélle n’est pas un produit que l’on achète ou que l’on vend.

Il ne sera pas facile de mener ou d’animer des débats publics constructifs sur la sécurité, mais nous n’avons aucun choix. Soit nous commençons à mettre en pratique la démocratie, soit le rêve de surveillance construit par le DHS et les technofascistes régnera en maître.

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Ed Vogel est chercheur et militant.

Source : Ed Vogel, Truthout, 15-07-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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