Bien sûr, cela serait également dans l’intérêt d’Israël, car cela prolongerait la guerre au Moyen-Orient et pourrait entraîner les gouvernements européens dans ce conflit.
Source : Responsible Statecraft, Trita Parsi
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
Alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky arrive à Washington, de nombreux indices laissent penser qu’il ne cherche plus simplement à obtenir un soutien américain accru dans sa guerre contre la Russie. Il semble de plus en plus s’attacher à un objectif bien plus lourd de conséquences : faire fusionner la guerre en Ukraine et le conflit entre les États-Unis et l’Iran en un seul théâtre stratégique.
La distinction est importante. Si les deux guerres n’en font plus qu’une, l’Ukraine cesse d’être un simple bénéficiaire de l’aide militaire américaine pour devenir un acteur direct de la guerre que mène Washington contre Téhéran. De la même manière, les États-Unis ne seraient plus simplement le principal fournisseur d’armes de l’Ukraine. Ils deviendraient une partie belligérante active contre la Russie dans un conflit qui s’étend de la mer Noire à la mer Caspienne.
Pour Kiev, cela représenterait la percée stratégique qu’elle recherche depuis l’invasion russe de 2022.
Dès le début de la guerre, les dirigeants ukrainiens n’ont cessé d’exhorter l’OTAN à aller au-delà de la simple fourniture d’armes et de renseignements. Zelensky a lancé à plusieurs reprises des appels en faveur d’une zone d’exclusion aérienne qui serait imposée par l’OTAN, avertissant que toute mesure moins sévère reviendrait à permettre à la Russie de bombarder les villes ukrainiennes en toute impunité. Il a fait pression sur les gouvernements occidentaux pour qu’ils fournissent des systèmes d’armes de plus en plus sophistiqués bien avant que ceux-ci ne soient politiquement acceptables à Washington. Il a également fait valoir que la victoire exigeait que l’Occident renonce à ce qu’il considère comme une retenue auto-imposée face à l’escalade.
L’administration Biden a exprimé sa solidarité face à la situation difficile de l’Ukraine, mais a systématiquement refusé de franchir plusieurs lignes rouges. Le président Joe Biden a refusé l’envoi de troupes terrestres américaines, arguant qu’un combat direct entre les forces américaines et russes risquait de déclencher une guerre plus large entre puissances nucléaires. A plusieurs reprises, il a exclu la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, car son application aurait obligé des pilotes américains à abattre des avions russes. Son administration a dans un premier temps refusé de fournir des avions de chasse F-16, des missiles ATACMS à longue portée et d’autres systèmes avancés par crainte d’une escalade incontrôlée, n’assouplissant certaines de ces restrictions que progressivement, après de longs débats internes.
Tout au long de ces prises de décisions, le principe directeur de Washington est resté le même : aider l’Ukraine à se défendre sans que les États-Unis ne deviennent un belligérant direct contre la Russie, tout en écartant toute diplomatie qui aurait pu mettre fin aux combats.
Aujourd’hui, cependant, le paysage stratégique a changé. La guerre menée par l’administration Trump contre l’Iran a engendré exactement le dilemme que de nombreux critiques avaient prédit. Washington dispose d’une supériorité militaire écrasante, mais il a subi une défaite stratégique face à Téhéran. L’Iran a démontré sa capacité à étendre le champ de bataille horizontalement, à imposer des coûts sur plusieurs théâtres d’opérations et à contraindre les États-Unis à défendre leurs alliés et leurs intérêts loin des lignes de front initiales. Dans l’escalade, c’est l’Iran qui domine. Trump ne dispose d’aucune option militaire valable et son impatience l’empêche de mener les initiatives diplomatiques avec rigueur..
La vulnérabilité de Trump offre une occasion historique à Kiev. Au lieu d’apparaître comme un pays dépendant de l’aide américaine, l’Ukraine peut désormais se présenter comme un atout stratégique capable d’aider Washington à transformer une débâcle militaire en une splendide victoire. La guerre des drones menée par l’Ukraine a été l’innovation militaire qui a évolué le plus rapidement au cours des trois dernières années. Son expérience en matière d’intégration de systèmes autonomes peu coûteux dans la guerre conventionnelle est pratiquement sans égale.
Tout aussi important, l’Ukraine pourrait offrir à Washington ce qui lui fait actuellement défaut : une opportunité d’étendre le conflit à un théâtre géographique entièrement nouveau. Autrement dit, retourner contre l’Iran son escalade horizontale.
Du point de vue ukrainien, c’est la mer Caspienne qui présente cette possibilité. Une pression exercée contre l’Iran depuis le nord compliquerait la planification militaire de Téhéran, le forcerait à redistribuer ses ressources limitées et réduirait sa capacité à dicter le lieu où le conflit se déroule.
Du point de vue de Kiev, offrir cette capacité fait passer l’Ukraine du statut de bénéficiaire des États-Unis à celui de sauveur.
Mais pour Kiev, l’enjeu stratégique le plus important serait de fusionner ces deux conflits en un seul. Une telle fusion modifierait fondamentalement la logique politique de ces deux guerres. Le personnel américain, les moyens de renseignement, la logistique et la planification opérationnelle seraient de plus en plus étroitement liés sur les deux théâtres d’opérations. La coopération militaire entre la Russie et l’Iran inciterait également Washington à les considérer comme les composantes d’un seul et même conflit plutôt que comme des crises distinctes.
Une fois ce seuil franchi, la distinction entre le soutien à l’Ukraine et la lutte contre la Russie deviendrait de plus en plus difficile à maintenir.
Cette dynamique serait également du goût d’Israël. Premièrement, elle donnerait un nouveau souffle à la guerre contre l’Iran. Deuxièmement, elle internationaliserait davantage le conflit en entraînant les gouvernements européens sur le théâtre iranien par le biais de leurs engagements sans faille envers l’Ukraine. Et troisièmement, ce qui est peut-être le plus significatif, elle transformerait le discours politique. La défaite de l’Iran ne serait plus présentée comme une nécessité pour défendre Israël, mais plutôt pour défendre l’Ukraine.
Compte tenu du soutien dont bénéficie l’Ukraine tant au sein de l’élite que de l’opinion publique – après tout, elle a été victime d’une invasion illégale – un tel cadrage est bien plus acceptable politiquement que de centrer la guerre sur Israël, étant donné la chute vertigineuse de la popularité d’Israël en Occident en raison de son génocide à Gaza et de son rôle déterminant dans le déclenchement de la guerre illégale contre l’Iran.
Cela ne signifie pas pour autant que le pari de l’Ukraine sera couronné de succès. Mais Trump pourrait y être sensible, compte tenu de la situation difficile dans laquelle il s’est lui-même mis dans le détroit d’Ormuz. (Toutefois, à en juger par la décision de ne pas tenir de conférence de presse aujourd’hui, cela pourrait signifier que la rencontre entre Zelensky et Trump, qui a eu lieu plus tôt à la Maison Blanche, n’a pas été couronnée de succès.)
Bien que la politique de Biden vis-à-vis de l’Ukraine mérite de nombreuses critiques, il a résisté à ce type d’escalade car le risque d’une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie pourrait déboucher sur une guerre bien plus vaste et catastrophique. Ces préoccupations n’ont pas disparu simplement parce que la Maison Blanche a changé de mains ou parce que Trump s’est piégé lui-même dans une guerre insensée.
Les tentatives visant à résoudre un problème stratégique en élargissant la portée d’un conflit ont souvent rendu les deux problèmes plus difficiles à résoudre. Le plus grand danger aujourd’hui n’est peut-être pas que Trump choisisse de mener deux guerres simultanément, mais que des mesures d’escalade apparemment mineures ouvrent la voie à une catastrophe que Biden et Trump ont tous deux cherché à éviter.
*
Trita Parsi est cofondateur et vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible Statecraft.
Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses collaborateurs.
Source : Responsible Statecraft, Trita Parsi, 28-07-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
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Commentaire recommandé
Il faut prendre aussi en compte , le capitalisme en crise , Tous ces dirigeants qui ne sont que des pantins en occident ,les lieutenants des milliardaire dans ces équipes de gangsters . La russie se bat contre l’europe entière ,les états unis , l’australie . Et tant qu’ils trouveront des mercenaires , des pauvres , des sadiques , des pervers des deux cotés, ils auront de la chair à canon . Et si ça dure , il va arriver un moment où ils n’auront plus de mercenaires , y’a de la marge encore , Ce sera à notre tour d’aller sur le front . On sait déjà tous comment ils feront , attaque sous faux drapeau , bobards, etc etc .En allemagne ils viennent de voter afd en grande partie pour éviter ça .En france les seuls partis qui sont pour éviter ça sont le fn et LFI . Les uns parce qu’ils sont autoritaires patriarcaux et que le régime de poutine leurs va pour ça , et ça permet au système de continuer sous une autre forme moins libérale , les autres parce qu’ils sont intelligents et qu’ils veulent briser les reins du patriarcat et sortir de ce monde conflictuel pour un monde d’associations égalitaires sans contraintes autres qu’environnementales . les échéances électorales dans nos ploutocraties donnent à poutine des raisons d’esperer . Moi perso , si je suis sur d’avoir raison ,si je pense que les sociétés occidentales sont perverties et mortifèrs , que le pouvoir doit rester à l’état, je n’hésiterais pas une seconde si le besoin s’en fait sentir et si j’en ai les moyens . les bombes tactiques n’ont pas été inventées pour rien .Posez vous la question , objectivement de ce que vous feriez . On dit toujours que poutine est aussi un milliardaire et que c’est un oligarque aussi , certes , mais pas libéral , et tous les milliardaires libéraux à l’occidental russes , il les a flingués . C’est pourquoi , il ne faut plus de milliardaires tout court !
9 réactions et commentaires
Il faut prendre aussi en compte , le capitalisme en crise , Tous ces dirigeants qui ne sont que des pantins en occident ,les lieutenants des milliardaire dans ces équipes de gangsters . La russie se bat contre l’europe entière ,les états unis , l’australie . Et tant qu’ils trouveront des mercenaires , des pauvres , des sadiques , des pervers des deux cotés, ils auront de la chair à canon . Et si ça dure , il va arriver un moment où ils n’auront plus de mercenaires , y’a de la marge encore , Ce sera à notre tour d’aller sur le front . On sait déjà tous comment ils feront , attaque sous faux drapeau , bobards, etc etc .En allemagne ils viennent de voter afd en grande partie pour éviter ça .En france les seuls partis qui sont pour éviter ça sont le fn et LFI . Les uns parce qu’ils sont autoritaires patriarcaux et que le régime de poutine leurs va pour ça , et ça permet au système de continuer sous une autre forme moins libérale , les autres parce qu’ils sont intelligents et qu’ils veulent briser les reins du patriarcat et sortir de ce monde conflictuel pour un monde d’associations égalitaires sans contraintes autres qu’environnementales . les échéances électorales dans nos ploutocraties donnent à poutine des raisons d’esperer . Moi perso , si je suis sur d’avoir raison ,si je pense que les sociétés occidentales sont perverties et mortifèrs , que le pouvoir doit rester à l’état, je n’hésiterais pas une seconde si le besoin s’en fait sentir et si j’en ai les moyens . les bombes tactiques n’ont pas été inventées pour rien .Posez vous la question , objectivement de ce que vous feriez . On dit toujours que poutine est aussi un milliardaire et que c’est un oligarque aussi , certes , mais pas libéral , et tous les milliardaires libéraux à l’occidental russes , il les a flingués . C’est pourquoi , il ne faut plus de milliardaires tout court !
+8
AlerterEn gros avec le fn , on échappe à cette guerre pour s’attaquer à plus faible . pour les pauvres par contre , ils le seront plus parce que les milliardaires vont se recentrer sur leurs territoire .
+2
AlerterMachin voulait que Bibi « partage » les missiles ; sans commentaires 🙂
Ils ont quand même tenté une provocation par drone sur un bateau Russe en Caspienne : l’Iran a parlé de Khorramshahrs sur la Bankova : ils se sont platement excusé.
Cette histoire de conjonction des fronts a fait un flop monumental… Enfin pour l’instant. Une bavure reste possible ; genre un drone dans un pellerinage. (Sont plus à un faux drapeau près…)
+3
Alertertrump a été élu la premiere fois pour éviter la guerre contre la russie que voulait clinton , l’un en bon milliardaire suprémaciste recentré sur son territoire , l’autre en bonne néolibérale colonisatrice . Pourquoi trump est allé en iran ? pour faire la même chose qu’au venezuela , et c’est la limite du modèle de trump adossé aux energies fossiles .trump est en contradiction avec l’iran trop loin ,trop chere , l’amérique du sud est plus facile d’accès . c’est peut etre juste un coup de poker finalement , perdu pour le coup . Et même son opposition à la chine est contradictoire et ça c’est du surement à la peur de la perte de l’hégémonie du dollars . trump est une erreur de l’histoire américaine , il est tenu entre plusieurs centres d’intérets contradictoires . le réel danger pour le monde , ce sont les démocrates . A moins bien sur que l’aile gauche gagne , mais là aussi ils seront en contradiction avec un siècle d’hégémonie sur lequel est basé leur modèle .
+3
AlerterJe suis d’accord : les démocrates actuels sont des idéalistes, et il n’y a rien de pire que les idéalistes pour s’enfoncer aveuglément dans une guerre « juste ».
+1
AlerterIl y a aussi de beaux idéalistes parmi les républicains. L’idéal n’est peut-être pas le même, mais tout aussi dangereux. Aller attaquer l’Iran doit bien partir d’une idée quelconque mais qui vient de se fracasser sur une dure réalité.
+2
AlerterPour le moins capilotracté
Les USA + Israël en échec stratégique face à l’Iran et des stocks de munitions au plus bas. L’Europe en déroute économique qui voit monter les extrêmes. L’Ukraine qui n’arrive plus à reconstituer ses troupes et qui ne peut plus défendre son ciel et Zelenski aux capacités de stratège alimenté par les anglais qui voudrait fusionner les deux conflits ? Pas sérieux
+3
AlerterC’est Peut-être l’intérêt de Zelensky de lier les 2 conflits, même si cela ne semble pas du tout évident pour moi, mais est-ce vraiment l’intérêt de Netanyahou? C’est un aspect que l’article n’évoque pas mais si l’Ukraine se bat avec les Etats-Unis contre l’Iran, la Russie risque d’accroître son engagement envers l’Iran et donc contre Israël. Or, Israël ne peut pas se permettre d’avoir comme adversaire directe la Russie pour de très nombreuses raisons. En voici quelques unes :
– il y a beaucoup de juifs russes en Russie et en Israël. Il ne serait pas du tout bon pour eux de les mettre dans une situation de conflit de loyauté.
– la Russie a une capacité militaire qui n’est pas du tout celle de ses voisins arabes et les techniques qui marchent contre des enfants palestiniens peuvent ne pas être adaptées à des soldats qui luttent depuis 2014 contre les meilleurs experts de l’OTAN.
– beaucoup d’israéliens pourraient décider de quitter Israël et de retourner dans un pays moins exposé. Or, les israéliens les plus susceptibles de le faire sont, ceux qui contribuent le plus à l’économie d’Israël.
– deux puissances nucléaires doivent éviter de s’affronter (le fait que l’Inde et le Pakistan l’ont déjà fait n’est pas la preuve que c’est sans risque d’escalade fatale pour la planète).
+2
AlerterL’ escalade, sans cesse depuis 2022…!!!! Mais il y a bien un moment où cela va déraper, comme en 1914. Sauf que ce sera une guerre nucléaire. Je ré écoutais Henri Guillemin sur l’ avant 1914….et que de similitudes : rivalités impérialistes, discours guerriers, ré armement, allongement service militaire, parano collective, longue période de paix qui a fait oublier les horreurs des guerres, nullité des politiciens. ….
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