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13.août.202613.8.2026 // Les Crises

Essais nucléaires : la Chine fait un pas de plus vers sa propre triade nucléaire

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Dans un contexte de tensions militaires croissantes en Asie de l’Est, Pékin a testé son tout premier missile balistique lancé depuis un sous-marin (SLBM) à capacité nucléaire.

Source : Responsible Statecraft, James Park
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Lundi, la Chine a procédé à un tir d’essai d’un missile balistique à longue portée lancé depuis un sous-marin (SLBM) en direction du Pacifique Sud, suscitant des réactions inquiètes de la part des pays de la région Asie-Pacifique.

Bien que Pékin ait qualifié cette manœuvre de simple exercice « de routine », elle est tout sauf courante dans l’historique des essais de missiles chinois. Ce n’est en effet que la troisième fois que la Chine lance un missile à longue portée directement dans le Pacifique. La première remonte à 1980 et la plus récente à septembre 2024. Plusieurs motivations stratégiques et géopolitiques pourraient être à l’origine de ce dernier essai de missile.

Tout d’abord, il y a un aspect technique et militaire. Les essais de missiles sont une pratique courante chez les puissances nucléaires. Par exemple, les États-Unis, l’Inde et la Russie testent régulièrement des missiles balistiques à partir de différentes plateformes. Ces essais jouent un rôle utile dans l’évaluation des capacités et le maintien de l’état de préparation, et ne peuvent être considérés comme de simples provocations.

La Chine, puissance nucléaire en pleine expansion, dispose de capacités qu’elle souhaite tester et valider. Elle a généralement procédé à des essais de missiles sur des trajectoires à forte élévation depuis son propre territoire, afin d’éviter de survoler d’autres pays ou d’atterrir dans les eaux internationales. Toutefois, ces essais verticaux en altitude ne permettent pas de reproduire intégralement les conditions d’un vol intercontinental. Des lancements en pleine mer dans l’océan Pacifique permettraient à Pékin de recueillir des données que les essais nationaux, de plus courte portée, ne permettent pas de valider, notamment la précision du guidage sur des distances intercontinentales et les performances de vol sur l’ensemble de la trajectoire.

Ce qui rend ce dernier essai de missile particulièrement remarquable d’un point de vue technique, c’est qu’il a été lancé depuis un sous-marin à propulsion nucléaire. Les essais précédents avaient en effet été menés à partir de lanceurs terrestres. Cela souligne les progrès constants réalisés par la Chine pour se doter de forces nucléaires plus abouties et plus résistantes, et, à terme, d’une capacité de « riposte secondaire » plus fiable, c’est-à-dire la capacité de mener une riposte dévastatrice en cas d’attaque nucléaire contre la Chine. Alors que les forces nucléaires terrestres sont généralement plus faciles à surveiller par satellite, les sous-marins à propulsion nucléaire opérant en eaux profondes sont bien plus difficiles à détecter, ce qui permet à la Chine de riposter même si ses forces terrestres sont détruites.

Les experts nucléaires considèrent la composante sous-marine comme le maillon faible de la triade nucléaire chinoise, qui comprend également des lanceurs terrestres et des armes air-sol. Alors que la Chine s’efforce de mettre en place une triade nucléaire pleinement opérationnelle, elle cherchera sans cesse à valider ses capacités, et les pays doivent s’attendre à ce que des essais de grande envergure, comme celui qui vient d’avoir lieu, se reproduisent à l’avenir.

Au-delà de l’aspect technique, ce tir de missile s’explique sans doute par des motivations géopolitiques. Pékin a nié que ce tir ait été destiné à envoyer un message à un pays en particulier, et cette affirmation n’est pas totalement dénuée de fondement, étant donné qu’un tel essai nécessite des mois de préparation. Mais même s’il s’agit d’un essai planifié à l’avance, Pékin conserve une certaine marge de manœuvre quant à la fenêtre précise de lancement.

Le moment choisi pour ce lancement – quelques jours après l’annonce du déploiement par les États-Unis d’un système de défense antimissile de type « Iron Dome » [dome de fer] au Japon et quelques heures seulement après la signature d’un traité officiel de défense mutuelle entre l’Australie et les Fidji – est donc intéressant. La Chine ne peut se réjouir de voir l’architecture régionale américaine de défense antimissile se renforcer ni du fait que les nations insulaires du Pacifique renforcent leurs liens de sécurité avec des armées rivales. Cet essai lui a donné l’occasion d’exprimer son mécontentement, même si seul Pékin sait s’il a été délibérément programmé en fonction de ces événements.

Ce qui semble relativement clair, c’est que Pékin estime qu’il est toujours nécessaire de montrer sa détermination face à Washington et à ses alliés régionaux, dans un contexte sécuritaire de plus en plus hostile en Asie-Pacifique. Bien que le président chinois Xi Jinping et le président américain Donald Trump se soient engagés à améliorer leurs relations bilatérales lors de leur sommet de mai, les relations sino-américaines restent largement marquées par la confrontation. Et les tensions entre la Chine et les alliés régionaux des États-Unis continuent de s’intensifier autour des points chauds que sont Taïwan, la mer de Chine du Sud et la mer de Chine de l’Est.

Au cours des derniers mois, le contexte sécuritaire dans la région Asie-Pacifique s’est rapidement tendu et est devenu plus instable. À la suite des déclarations faites en novembre 2025 par la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, qui a établi un lien entre la défense de Taïwan et la survie nationale du Japon, la Chine a adopté une posture diplomatique et militaire plus agressive à l’égard du Japon, ce qui a incité Tokyo à durcir sa propre position vis-à-vis de la Chine et à renforcer son intégration militaire avec les États-Unis et les Philippines.

De leur côté, les Philippines ont également durci leur position diplomatique vis-à-vis de la Chine dans un contexte d’escalade des différends territoriaux en mer de Chine du Sud et ont renforcé leur coopération militaire avec les États-Unis et le Japon afin de contrer la Chine. Parallèlement, la Chine a intensifié ses activités et exercices militaires conjoints avec la Russie pour contrer l’engagement militaire croissant des États-Unis et de leurs alliés.

La tendance générale qui se dessine ici met en évidence un durcissement du dilemme sécuritaire dans la région Asie-Pacifique. Du point de vue de Washington et des alliés régionaux des États-Unis, le renforcement militaire de la Chine et ses démonstrations de force autour de Taïwan et dans les eaux de l’Asie de l’Est justifient un renforcement des signaux de dissuasion et une intégration militaire plus étroite entre les alliés. Du point de vue de Pékin, ses activités militaires dans la région constituent une réponse justifiée visant à dissuader ce qu’elle perçoit comme des efforts menés par les États-Unis pour encercler et contenir militairement la Chine, tout en favorisant la séparation définitive de Taïwan, en violation du soi-disant « principe d’une seule Chine. »

En fin de compte, ces dynamiques risquent de renforcer les perceptions mutuelles de menace et d’alimenter une rivalité militaire hostile. Même si Pékin, Washington et les alliés des États-Unis peuvent tous être convaincus que leurs actions sont défensives et justifiées, leur focalisation simultanée et unidimensionnelle sur le renforcement de la dissuasion – en l’absence de diplomatie et de mesures de réassurance mutuelles – peut apparaître comme hostile aux yeux des uns et des autres et, à terme, accélérer une course aux armements régionale déstabilisante.

Pour Washington et ses alliés de la région Asie-Pacifique, la réaction instinctive face au dernier essai de missile mené par Pékin consiste probablement à mettre davantage l’accent sur la dissuasion militaire. Cependant, ils continueront à se retrouver pris dans un paradoxe : leurs efforts pour renforcer la dissuasion encouragent la Chine à intensifier son comportement de dissuasion agressif, rendant ainsi la région de moins en moins sûre.

*

James Park est chercheur associé au sein du programme Asie de l’Est de l’Institut Quincy. Ses domaines de recherche portent notamment sur la politique étrangère et la politique intérieure de la Corée du Sud, les questions de sécurité en Chine et la politique américaine à l’égard de l’Asie de l’Est.

Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses collaborateurs.

Source : Responsible Statecraft, James Park, 10-07-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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