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27.juillet.202627.7.2026 // Les Crises

Israël a demandé à Facebook de censurer des contenus liés à la guerre contre l’Iran

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Des documents internes de l’entreprise examinés par The Intercept montrent qu’Israël a exhorté Facebook et Instagram à supprimer les publications soutenant l’Iran.

Source : The Intercept, Sam Biddle
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Un quartier résidentiel touché par un missile balistique iranien à Arad, dans le sud d’Israël, le 22 mars 2026. Photo : The Yomiuri Shimbun via AP Images

Le gouvernement israélien a demandé à Meta de censurer les contenus publiés sur les réseaux sociaux concernant la guerre qu’il mène actuellement contre l’Iran, selon des documents internes consultés par The Intercept.

Les documents de l’entreprise montrent qu’Israël a demandé à Meta de supprimer les publications sur Facebook et Instagram exprimant un soutien à l’Iran, une opposition à Israël, et même des images montrant les impacts de missiles iraniens.

Le gouvernement a signalé divers contenus liés à la guerre, notamment des publications déplorant la mort de l’ayatollah Khamenei suite à son assassinat par les États-Unis et Israël le jour même du début du conflit, des contenus soutenant les attaques de représailles iraniennes, ainsi que des comptes iraniens partageant des analyses militaires et de la propagande favorables au point de vue du régime iranien.

« Les gouvernements qui cherchent à réprimer les discours critiques à l’égard de leurs efforts de guerre, c’est une pratique aussi vieille que le monde. »

Dans certains cas, Meta s’est conformée aux demandes de censure, comme le montrent les documents, bien que l’on ignore pour quels motifs. Meta affirme qu’elle ne supprime que les contenus lorsque la loi l’exige ou ceux qui enfreignent ses règles en matière de liberté d’expression.

Interrogée sur le nombre de demandes de retrait liées à l’Iran qui avaient été acceptées à ce jour depuis le début de la guerre, l’entreprise n’a pas répondu. Le ministère israélien de la Justice, qui soumet des demandes de retrait aux plateformes de réseaux sociaux, n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Le lobbying israélien auprès des réseaux sociaux n’est pas nouveau. Depuis des années, le pays s’appuie sur ses relations étroites avec Meta pour faire pression en faveur d’une application ciblée des règles de modération des contenus de l’entreprise.

Selon son site web, le bureau du procureur général d’Israël dépose régulièrement des plaintes auprès des plateformes de réseaux sociaux au nom des agences de sécurité de l’État concernant des contenus jugés illégaux ou censés promouvoir le « terrorisme. » Dans les documents examinés par The Intercept, le bureau n’a, dans certains cas, pas allégué que les contenus publiés sur les réseaux sociaux enfreignaient la loi israélienne. Il a plutôt demandé que des publications ou des comptes soient supprimés au motif qu’ils enfreignaient le règlement de modération des contenus de Meta.

Meta, par exemple, qualifie le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) « d’organisation dangereuse » et interdit à ses utilisateurs de tenir des propos favorables à ses actions sous de nombreuses formes. Cela signifie que les publications soutenant les tirs de missiles en représailles menés par le CGRI, par exemple, pourraient enfreindre les règles de l’entreprise. Aucune interdiction de ce type n’existe pour les utilisateurs qui publient des messages favorables aux armées américaine ou israélienne.

Meta n’a pas répondu aux questions concernant les demandes relatives à la guerre en Iran, mais son porte-parole, Daniel Roberts, a fourni une déclaration à The Intercept. « Tout le monde peut signaler un contenu qu’il estime contraire à nos règles. Peu importe qui signale un contenu ou de quelle manière, nous l’évaluons en fonction de nos politiques, qui définissent ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas sur notre plateforme. Il est erroné et irresponsable de laisser entendre que ces demandes sont, d’une quelconque manière, inhabituelles ou inappropriées. »

Une entreprise, dont le siège social se trouve en Californie, peut déterminer ce qui relève ou non de la liberté d’expression pour des milliards d’utilisateurs à travers le monde, dont seule une fraction est américaine.

Meta a fait l’objet d’une attention particulière, notamment au Moyen-Orient, pour avoir supprimé des contenus qui n’enfreignaient pas ses règles. Un audit réalisé en 2022 à la demande de l’entreprise elle-même a mis en évidence des disparités dans ses pratiques de modération entre les contenus en arabe et ceux en hébreu. « Les contenus en arabe faisaient l’objet d’une application plus stricte des règles (par exemple, la suppression erronée de la voix palestinienne) par utilisateur », a constaté l’entreprise. Un rapport de 2023 rédigé par le Comité de surveillance interne de l’entreprise a décrit « l’application excessive » de la liste noire des « organisations et individus dangereux » de l’entreprise, composée de manière disproportionnée d’entités musulmanes et du Moyen-Orient.

Meta affirme depuis longtemps qu’en tant qu’entreprise américaine, elle est légalement tenue de supprimer parfois des contenus relatifs à certaines entités sanctionnées par les États-Unis, telles que le Corps des gardiens de la révolution islamique. Mais selon des juristes, cette pratique n’a pratiquement aucun précédent ni fondement dans la législation existante en matière de sanctions, qui se concentre sur les questions de soutien matériel plutôt que sur le discours politique. Il s’agit d’une politique qui a créé un immense biais idéologique : une entreprise dont le siège social est situé en Californie peut déterminer ce qui relève ou non du discours autorisé pour des milliards d’utilisateurs à travers le monde, dont seule une fraction est américaine.

Le déséquilibre concernant les crises au Moyen-Orient est encore accentué par le fait que Meta a accordé à Israël un accès privilégié à ses équipes chargées de la modération des contenus. En 2024, The Intercept a révélé comment Jordana Cutler, employée de Meta et ancienne collaboratrice de Benjamin Netanyahu, avait joué le rôle d’interlocutrice dédiée auprès du gouvernement israélien, défendant les intérêts du pays et contribuant à faciliter la suppression des discours jugés indésirables. Peu d’autres pays dans le monde disposent d’un représentant dédié au sein de Meta – en 2020, une responsable des politiques similaire pour le marché indien avait démissionné après qu’il a été révélé qu’elle avait fait pression pour que les règles soient appliquées de manière à favoriser le parti nationaliste hindou au pouvoir en Inde. Interrogée pour savoir si Jordana Cutler avait joué un rôle dans la facilitation des demandes israéliennes de retrait de contenus liés à la guerre, Meta n’a pas répondu.

« Les relations étroites entre Meta et le gouvernement israélien concernant les demandes de retrait constituent un problème de longue date », a déclaré à The Intercept Evelyn Douek, professeure à la faculté de droit de Stanford et spécialiste des politiques relatives à la liberté d’expression numérique. « Le fait que Meta accède à de nombreuses demandes de retrait est une pratique de longue date. »

Ces asymétries de pouvoir en matière de censure sont particulièrement sensibles en temps de guerre, a souligné Mme Douek.

« Le fait que les gouvernements souhaitent réprimer les discours critiques à l’égard de leurs efforts de guerre est un phénomène aussi vieux que le monde » a-t-elle déclaré. « Permettre aux gouvernements d’invoquer des raisons de sécurité nationale pour réprimer la liberté d’expression à leur guise reviendrait à anéantir la valeur même des garanties de cette liberté. »

Selon une source proche du dossier, Israël a fait pression sur Meta pour que la société mette en place une règle générale restreignant la diffusion d’images de dégâts de guerre sur son territoire, à l’image d’une politique de censure des médias israéliens qui interdit aux journalistes de documenter les impacts d’armes sans autorisation militaire. Meta a jusqu’à présent refusé d’appliquer une telle politique à ses milliards d’utilisateurs à travers le monde, a indiqué la source. Meta n’a pas répondu aux questions concernant l’état d’avancement de cette demande.

Les États-Unis et l’Iran ont signé vendredi un accord de cessez-le-feu, bien qu’Israël ait laissé entendre qu’il ne respecterait pas les termes de cet accord. Si bon nombre de demandes de censure concernaient directement la guerre, d’autres étaient indirectement liées au conflit lui-même. Les documents montrent qu’Israël a augmenté la pression pour faire supprimer des contenus exprimant l’indignation face à l’irruption, le mois dernier, du ministre d’extrême droite Itamar Ben-Gvir dans la mosquée Al-Aqsa. Il a également cherché à étouffer les publications critiquant la rhétorique israélienne qui établissait un lien entre la récente fermeture de la mosquée Al-Aqsa par Israël et la guerre en cours.

De manière générale, Meta accède à la grande majorité des demandes de retrait émanant du gouvernement israélien.

De manière générale, Meta accède à la grande majorité des demandes de retrait émanant du gouvernement israélien. Le bureau du procureur général s’est félicité d’un taux de conformité de 92 % en 2023, et un rapport de 2025 publié par Drop Site News indique que le taux global est passé à 94 % depuis l’attaque du 7 octobre perpétrée par le Hamas.

Les documents examinés par The Intercept montrent qu’Israël a demandé la suppression de contenus liés à la guerre avec l’Iran en utilisant exactement les mêmes termes que ceux évoquant l’attaque du Hamas du 7 octobre.

« Cela laisse entendre qu’elles ne s’attendent pas à ce que leurs demandes soient examinées avec beaucoup d’attention », a déclaré Mme Douek.

Mme Douek a fait valoir que ces demandes de censure en temps de guerre soulignent le danger de contrôler la liberté d’expression à l’abri du regard du public, par le biais de « processus opaques » tels que les canaux de communication parallèles avec les gouvernements.

« Ces entreprises […] ont toujours agi en fonction de leurs propres intérêts géopolitiques et commerciaux, et se sont toujours montrées plus réceptives aux demandes des gouvernements puissants. »

« Ces plateformes ont toujours affirmé qu’elles étaient neutres, ou qu’elles ne constituaient qu’un espace permettant aux gens d’exprimer leurs opinions, mais il est vrai depuis longtemps que ces entreprises ont toujours présenté une vision particulière du monde, qu’elles ont toujours donné la priorité à leurs propres intérêts géopolitiques et commerciaux, et qu’elles ont toujours été plus réceptives aux gouvernements puissants » a déclaré Mme Douek.

Cela crée une dynamique profondément déséquilibrée en ce qui concerne la guerre contre l’Iran : les deux gouvernements sans doute les mieux représentés au monde au sein de Meta – les États-Unis et Israël – sont des belligérants alliés dans un conflit contre un État sévèrement sanctionné par les règles de Meta en matière de liberté d’expression. « On aboutit inévitablement à un débat biaisé » a déclaré Mme Douek.

Source : The Intercept, Sam Biddle, 18-06-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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