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Le Congrès s’apprête à rapprocher plus que jamais les armées américaine et israélienne

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Une nouvelle disposition permettrait de fusionner les complexes militaro-industriels américain et israélien, tout en les soustrayant davantage au regard du public.

Source : Truthout, Ben Freeman
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Un soldat israélien monte la garde entre les drapeaux israélien et américain dans un nouveau camp militaire lors d’un exercice conjoint avec l’unité américaine de missiles antimissiles Patriot à Tel-Aviv, le 20 janvier 2003.
Menahem KAHANA / AFP via Getty Images

À l’heure où l’opinion publique américaine exprime un niveau de méfiance sans précédent envers le gouvernement israélien, le Congrès vient de proposer de lier plus que jamais les États-Unis à l’armée israélienne.

La section 224, intitulée « Initiative de coopération en matière de technologies de défense entre les États-Unis et Israël », est dissimulée dans la version de la Chambre des représentants de la loi sur l’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour 2027, diffusée mardi. Cette disposition contribuerait sans doute davantage à reserrer les liens entre l’armée américaine et l’armée israélienne que les plus de 200 milliards de dollars (inflation prise en compte) d’aide militaire qu’Israël a reçus des États-Unis depuis sa création en 1948.

La section 224 jette les bases d’une coopération bilatérale en matière de recherche et développement, de coproduction d’armes, de coentreprises, d’accords de licence et, semble-t-il, de toutes les formes de coopération entre les complexes militaro-industriels américain et israélien. Les États-Unis et Israël collaborent déjà étroitement dans le domaine de la défense antimissile, mais cette disposition élargirait considérablement la coordination à pratiquement tous les domaines des technologies de défense, y compris l’IA, l’informatique quantique, les systèmes autonomes, l’énergie dirigée, la cybersécurité, les biotechnologies et bien d’autres encore. Elle propose également une « intégration des réseaux » et une « fusion des données ». En d’autres termes, les données de l’armée américaine pourraient bientôt devenir celles de l’armée israélienne.

Si elle était pleinement mise en œuvre, cette proposition permettrait d’atteindre un niveau d’intégration militaro-industrielle plus élevé que celui dont les États-Unis bénéficient avec n’importe quel autre pays au monde. Certes, les États-Unis ont collaboré étroitement avec leurs partenaires de l’OTAN dans le cadre de la coproduction et du partage des chaînes d’approvisionnement, notamment par le biais du Plan d’action pour la production de défense. Et, en tant que premier fournisseur d’armes au monde, les États-Unis fournissent des armes aux armées du monde entier. Mais il s’agit principalement d’une relation à sens unique, les États-Unis fournissant des armes à des acheteurs étrangers qui ne fabriquent eux-mêmes que rarement des pièces pour ces armes, comme c’est le cas pour la chaîne d’approvisionnement mondiale du F-35.

La section 224 serait d’une tout autre nature. Elle fusionnerait les secteurs de la défense américain et israélien dans de nombreux domaines essentiels aux champs de bataille de demain, tels que les systèmes autonomes et la cybersécurité. Elle conférerait également aux États-Unis une influence israélienne extraordinaire, bien au-delà de celle dont Israël dispose déjà grâce au lobby israélien et à son solide réseau d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Elle donnerait au gouvernement israélien l’occasion d’étendre considérablement l’un des leviers d’influence les plus puissants de la politique américaine : les emplois aux États-Unis. En agrandissant ou en créant de nouvelles installations de coproduction, comme il l’a déjà fait dans le Mississippi et l’Arkansas, le gouvernement israélien pourrait se vanter de créer des emplois sur le sol américain, s’assurant ainsi le soutien des membres du Congrès représentant les circonscriptions où ces emplois sont situés.

Il pourrait bien en résulter un système politique américain encore plus sensible aux caprices d’un gouvernement israélien qui ne semble pas hésiter à entraîner les États-Unis dans des conflits militaires au Moyen-Orient.

Ce niveau sans précédent d’intégration militaire entre les États-Unis et Israël contraste fortement avec le modèle traditionnel de coopération en matière de défense, dans lequel Israël se distinguait déjà comme le premier bénéficiaire de l’aide militaire américaine. Comme l’explique une récente note du Quincy Institute, rédigée par Steven Simon, ce glisssement d’un modèle d’aide à un modèle d’intégration militaire a des implications préoccupantes, à savoir :

Ce changement supprimera les mécanismes de contrôle politique et diplomatique qui rendent cette relation publiquement responsable, la faisant passer d’un vote annuel visible concernant l’aide à la mécanique opaque des acquisitions de défense, où le contrôle est limité et la responsabilité politique minimale. Il en résulterait une relation de défense à la fois plus étroite et moins transparente.

Tout cela intervient à un moment où l’armée israélienne a utilisé à plusieurs reprises des armes américaines lors de frappes qui ont violé le droit international humanitaire à Gaza, et alors qu’Israël a violé à plusieurs reprises les cessez-le-feu (tout comme les États-Unis eux-mêmes) dans le cadre de la guerre inutile menée par l’administration Trump contre l’Iran.

Il ne faut pas ignorer l’énorme fossé qui sépare ce que souhaite la majorité des Américains de ce que fait le président concernant Israël et ce que propose le Congrès à ce sujet. Seuls 30 % des personnes interrogées dans le cadre d’un sondage New York Times-Sienna réalisé mi-mai estiment que Trump a pris « la bonne décision » en entrant en guerre contre l’Iran, tandis que 64 % jugent qu’il a eu tort. Un sondage de l’Institute for Global Affairs publié en début de semaine a exploré plus en profondeur la psychologie des Américains en matière d’armement d’Israël, révélant que « seuls 16 % estiment que les États-Unis devraient continuer à fournir des armes à Israël sans nouvelles restrictions. 38 % souhaitent cesser complètement de fournir des armes, et 24 % supplémentaires souhaitent que la fourniture d’armes soit subordonnée à des conditions quant à leur utilisation. »

Pourtant, les dirigeants traditionnels des deux partis restent largement pro-israéliens et continuent de façonner le texte législatif de base avant que des amendements et un débat plus large au Congrès ne le soumettent à l’ensemble de l’assemblée, comme c’est le cas avec cette disposition de la National Defense Authorization Act (NDAA).

Même si c’est lentement, le vent tourne au sein des deux partis, alors que de plus en plus de membres dénoncent le fossé grandissant entre les actions d’Israël et les intérêts américains. Par exemple, le sénateur Chris Van Hollen (Démocrate-Maryland) a écrit mardi dans le New York Times que « le Parti démocrate a apporté un soutien instinctif et inconditionnel aux gouvernements israéliens, alors même que leurs actions ont de plus en plus porté atteinte aux intérêts et aux valeurs américains. » Du côté républicain, le représentant Thomas Massie (Républicain-Kentucky) et l’ancienne représentante Marjorie Taylor Green (Républicain-Georgie) ont ouvertement dénoncé l’influence néfaste du lobby israélien – une position qui leur a peut-être coûté, au moins en partie, leur siège au Congrès.

Que peuvent faire dès maintenant les autres membres du Congrès préoccupés par les actions déstabilisatrices d’Israël ? Mettre un terme à la fusion militaro-industrielle israélo-américaine. Les législateurs devraient rejeter la section 224 de la NDAA afin d’éviter une intégration profonde avec l’armée israélienne à un moment où un nombre croissant d’Américains s’opposent aux actions d’Israël dans la région.

*

Ben Freeman est directeur de la Foreign Influence Transparency Initiative au Center for International Policy.

Source : Truthout, Ben Freeman, 30-05-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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