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30.mai.202630.5.2026 // Les Crises

L’Iran aurait endommagé ou détruit des centaines de cibles sur des bases américaines, selon un rapport

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Les forces iraniennes ont endommagé ou détruit des centaines de cibles sur des bases américaines depuis le début de la guerre, causant des dégâts bien plus importants que ce qu’avait précédemment indiqué le gouvernement américain, comme le révèlent de nouveaux reportages s’appuyant sur des images satellites. L’analyse de ces images réalisée par le Washington Post montre qu’au moins 228 installations ont été touchées par l’Iran depuis le début de la guerre, notamment « des hangars, des casernes, des dépôts de carburant, des avions ainsi que des équipements clés de radar, de communication et de défense aérienne. »

Source : Sharon Zhang, Truthout
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des bombardiers B-1 Lancer de l’armée de l’air américaine (USAF) sont stationnés sur le tarmac de la base RAF Fairford, dans le sud-ouest de l’Angleterre, le 10 mars 2026. Fairford est l’une des deux bases, avec celle de Diego Garcia dans l’océan Indien, que le Royaume-Uni a autorisé les États-Unis à utiliser pour mener des « opérations défensives spécifiques en Iran » visant à détruire les missiles iraniens à la source, a déclaré le ministre britannique de la Défense dans un communiqué.
Henry Nicholls / AFP via Getty Images

Au total, sur les 15 bases américaines de la région, 217 structures et 11 équipements ont été touchés, selon l’article. Cette évaluation n’est pas exhaustive, précise le journal, et pourrait omettre des dégâts qui ne sont pas visibles sur les images utilisées pour cette analyse.

L’analyse a été réalisée à partir de plus de 100 images satellites haute résolution publiées par des agences affiliées à l’État iranien, précise la publication, et recoupées avec des images de plus faible résolution, ce qui a confirmé qu’aucune des images iraniennes n’avait été manipulée. Les images satellites se font rares aux États-Unis en raison de la censure exercée par des entreprises privées à la demande du gouvernement américain.

« Les experts qui ont examiné l’analyse du Post ont déclaré que les dégâts constatés sur les sites suggéraient que l’armée américaine avait sous-estimé les capacités de ciblage de l’Iran, ne s’était pas suffisamment adaptée à la guerre moderne des drones et avait laissé certaines bases insuffisamment protégées » indique le reportage du Post. Les photos des dégâts suggèrent que les frappes étaient d’une grande précision, ont déclaré les experts, les bombes ayant touché leurs cibles sans laisser de cratères aléatoires.

Les dégâts causés aux installations pourraient faire grimper les coûts estimés de la guerre encore plus haut que ce qui avait été reconnu précédemment par l’administration Trump.

Si certaines frappes ont pu être stratégiquement permises par les forces américaines, d’autres images et rapports indiquent qu’il y a eu des lacunes tactiques qui ont permis aux frappes iraniennes de causer plus de dégâts que prévu, selon l’analyse.

On y voit notamment des images montrant qu’un centre tactique au Koweït n’était protégé que par un mince toit en tôle, offrant peu ou pas de protection contre les frappes de drones. Ce centre a été frappé par l’Iran dès le premier jour de la guerre, tuant six militaires, et les survivants ont par la suite critiqué le manque de préparation de l’armée américaine face à cette attaque.

En effet, ce reportage s’appuie sur des informations précédentes selon lesquelles les bases américaines auraient subi des dégâts importants qui n’ont pas été reconnus par les responsables du Pentagone. En réalité, un reportage diffusé la semaine dernière par NBC a révélé que l’administration Trump avait connaissance de ces dégâts, mais qu’elle refusait de répondre au public et au Congrès lorsqu’on l’interrogeait sur leur ampleur.

« Personne ne sait rien. Et ce n’est pas faute d’avoir demandé », a déclaré à NBC un assistant républicain du Congrès. « Nous posons des questions depuis des semaines sans obtenir de détails, alors même que le Pentagone réclame un budget record. »

The Intercept a également rapporté précédemment que le Pentagone dissimulait les données sur le nombre de victimes américaines de la guerre, qui s’élevait à plus de 400 morts et blessés lors du dernier décompte.

Lors d’une audition devant le Congrès la semaine dernière, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré qu’il regrettait ces pertes, mais les a minimisées en les qualifiant de « conséquence du conflit. »

*

Sharon Zhang est journaliste chez Truthout, où elle couvre les affaires internationales, la politique et le monde du travail. Elle est titulaire d’un master en études environnementales. Vous pouvez la retrouver sur Twitter et Bluesky.

Source : Sharon Zhang, Truthout, 06-05-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises


Le Pentagone efface des soldats américains blessés de la liste des victimes de la guerre en Iran : « La définition même d’une dissimulation »

Le gouvernement américain a modifié son décompte des victimes américaines, en retirant de manière inexplicable 15 soldats blessés au combat.

Source : The Intercept, Nick Turse
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des marins américains s’apprêtent à mettre en place des munitions sur le pont d’envol du porte-avions de classe Nimitz USS Abraham Lincoln, le 28 février 2026, en mer. Photo : U.S. Navy via Getty Images

Alors qu’un cessez-le-feu fragile est en vigueur dans la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, le Pentagone joue sur les chiffres des statistiques de pertes américaines, ajoutant et retirant des éléments du décompte alors que les questions sur le bilan humain s’accumulent.

Le jour où le cessez-le-feu entre l’administration Trump et l’Iran est entré en vigueur, le décompte des morts et blessés américains s’élevait à 385. Malgré une pause dans les hostilités, ce nombre avait lentement augmenté pour atteindre 428 lundi, selon les statistiques du Pentagone. Pourtant, mardi, le nombre de soldats blessés au combat a diminué de 15 sans commentaire public du ministère de la Guerre, ramenant le total à 413. Le décompte est resté stable mercredi, à l’exception d’un décompte public du ministère de la Guerre qui fixait le « total général » des blessés et des morts à 411.

Ce casse-tête concernant les victimes est survenu alors que le président Donald Trump prolongeait mardi la trêve avec l’Iran, quelques heures seulement avant son expiration prévue.

Deux porte-parole du Pentagone ont déclaré ne pas être en mesure de répondre aux questions concernant les 15 victimes dont le ministère de la Défense a fait disparaître les noms mardi, affirmant que seul « l’officier de service » pouvait y répondre, mais que cette personne n’était pas à son poste. « Dès que l’officier de service sera de retour à son poste, je lui transmettrai la question » a déclaré l’un d’eux.

Un jour plus tard, et après de multiples relances, The Intercept n’a toujours pas reçu d’explication sur les raisons pour lesquelles 15 blessés ont été retirés des registres des victimes du département de la Guerre.

Quel que soit le nombre réel, le décompte officiel du Pentagone concernant les militaires morts et blessés est largement sous-estimé, ce qui résulte de ce qu’un responsable du gouvernement américain a qualifié de « dissimulation des victimes. » Le Système d’analyse des pertes de la Défense (DCAS), qui recense les militaires « décédés, blessés, malades ou accidentés » pour le Congrès et le président, omet des centaines de victimes connues.

« Ces chiffres, c’est évident, sont importants. Le fait qu’ils ne veulent pas que le public en ait connaissance en dit long » a déclaré le responsable. « C’est la définition même d’une dissimulation. »

The Intercept s’est entretenu avec deux personnes ayant travaillé sur le DCAS, qui ont déclaré qu’il y avait historiquement très peu de décalage entre la survenue d’une victime sur le terrain et son enregistrement dans le système. « Nous recevions les informations très rapidement. Nous pouvions communiquer le nombre de victimes très vite » a déclaré à The Intercept Joan Crenshaw, qui a travaillé sur le DCAS pendant la guerre contre le terrorisme, soulignant que les données étaient mises à jour quotidiennement.

Le Bureau du secrétaire à la Guerre n’a pas répondu aux questions concernant l’accumulation lente des victimes sur deux semaines ni à celles sur la raison pour laquelle le nombre de blessés au combat a augmenté de 43, 28 ou 26 depuis la cessation des hostilités le 8 avril.

Depuis que The Intercept a commencé à poser des questions précises sur la sous-estimation du nombre de morts et de blessés, la lenteur de la publication des statistiques, les mesures comptables erronées et les procédures obscures de comptage des victimes, tant le Commandement central américain que le Bureau du secrétaire à la Guerre ont fait profil bas, refusant de répondre aux questions ou d’accorder des entretiens avec des experts. Cela fait suite aux efforts de longue date de Trump pour tromper le peuple américain sur les pertes militaires américaines.

Si l’on met de côté la question des blessés disparus, les statistiques officielles du Pentagone sur les victimes donnent une image faussée du conflit. Alors que le DCAS fournit un décompte continu des décès « non liés au combat » – c’est-à-dire ceux survenus à la suite d’accidents ou de maladies – il n’inclut pas les blessures « non liées au combat. » Les chiffres du DCAS montrent qu’au moins 63 membres du personnel de la Marine ont été blessés au combat. Il manque toutefois les plus de 200 marins traités pour inhalation de fumée ou lacérations suite à l’incendie du 12 mars qui a ravagé l’USS Gerald R. Ford, lequel menait des opérations aériennes 24 heures sur 24, a déclaré le général Dan Caine, président du Comité des chefs d’état-major, afin de « projeter la puissance de combat. » Ces chiffres n’incluent pas non plus un marin qui a subi une blessure non liée au combat à bord de l’USS Abraham Lincoln alors que celui-ci participait à des « missions de frappe en soutien à l’opération Epic Fury » le 25 mars.

« Ce qui m’inquiète, c’est pourquoi cette information fait désormais défaut. »

Mme Crenshaw a indiqué que les données du DCAS des années 2000 et du début des années 2010 incluaient le nombre de blessés légers, de blessés graves et de malades. Elle s’est interrogée sur la raison pour laquelle les blessures par inhalation de fumée sur l’USS Ford ne figuraient pas dans les données rendues publiques. « Cela aurait dû être saisi dans le DCAS » a-t-elle déclaré. « Ce qui m’inquiète, c’est pourquoi cette information fait désormais défaut. »

Une deuxième personne ayant également travaillé sur le DCAS pendant la guerre contre le terrorisme, qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat en raison de son emploi, a fait part de préoccupations similaires et s’est demandé ce que le Pentagone « avait à cacher. »

Depuis des semaines, le Pentagone n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires visant à savoir pourquoi le DCAS fournit le nombre de décès non liés au combat dans les zones de guerre, mais pas celui des blessures ou maladies non liées au combat.

Il est bien connu que lorsque le rythme des opérations s’accélère, comme en temps de guerre, la santé mentale et physique des troupes en pâtit. Et les études menées par l’armée elle-même ont montré – comme le soulignait un article publié en 2025 dans Military Review, la revue professionnelle de l’armée américaine – « l’impact profond des maladies et des blessures non liées au combat (DNBI) sur les jours de service perdus et la létalité globale. »

Pendant les guerres en Afghanistan et en Irak, les DNBI ont représenté 80 à 85 % des évacuations, dépassant largement les évacuations pour blessures de combat, même lors des pics d’intensité des combats. Une autre étude militaire a révélé que plus d’un tiers des victimes et près de 12 % de tous les décès de militaires en Irak et en Afghanistan entre 2003 et 2014 étaient dus à des DNBI. Et comme l’a observé une méta-analyse publiée en 2024 dans Military Medicine, « les maladies et les blessures non liées au combat (DNBI) ont historiquement constitué le principal type de pertes parmi les militaires en temps de guerre et l’un des principaux problèmes de santé auxquels est confronté le personnel militaire. »

En plus d’ignorer un nombre incalculable de militaires malades et blessés, le Pentagone a sous-estimé le nombre de morts pendant la guerre en Iran.

« Nous rendrons toujours hommage aux soldats tombés au combat » a déclaré l’amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM, lors d’une conférence de presse au Pentagone la semaine dernière. « Et les 13 personnes qui ont perdu la vie ont véritablement contribué à renforcer la détermination et à consolider la motivation des forces armées. »

Le DCAS recense également 13 décès de ressortissants américains, survenus dans des circonstances hostiles ou non, au cours de la guerre, et en publie les noms. Mais le major Sorffly Davius, officier des transmissions et des communications de la Garde nationale de l’armée de New York, affecté au quartier général de la 42e division d’infanterie, qui serait décédé d’une maladie soudaine alors qu’il était en service au Camp Buehring, au Koweït, le 6 mars 2026, ne figure ni dans le décompte de Cooper ni dans celui du Pentagone.

« Il est décédé alors qu’il était déployé au Koweït dans le cadre de l’opération Epic Fury » a déclaré le représentant Mike Lawler, républicain de New York, lors d’une cérémonie commémorative en l’honneur de Davius à la fin du mois dernier. Caine, le chef d’état-major interarmées, a également rendu hommage à Davius en « honorant nos soldats tombés au combat » pendant la guerre.

Depuis des semaines, le Pentagone ignore les demandes de commentaires visant à savoir pourquoi Davius ne figure pas sur ses listes de victimes.

Lors d’un entretien mardi, Trump a répété à plusieurs reprises que 13 militaires de sexe masculin avaient trouvé la mort au cours de l’opération Epic Fury. « Nous avons perdu 13 hommes » a-t-il déclaré sur CNBC. « Mais si quelqu’un avait dit : Nous avons fait ça et anéanti ce pays – anéanti ! – et nous avons perdu 13 hommes, les gens auraient répondu : C’est impossible. » Selon le DCAS, trois des victimes sont en réalité des femmes : le major Ariana Gabriella Savino, le sergent technique Ashley Brooke Pruitt et le sergent-chef Nicole Marie Amor.

Il y a près d’une décennie, l’administration Trump a commencé à prendre des mesures pour nuire à la transparence concernant les pertes militaires américaines. Peu après l’entrée en fonction de Trump, en 2017, le Pentagone a cessé de publier immédiatement des informations sur les morts au combat américains en Afghanistan – un changement inopiné de la politique traditionnelle qui a retardé de plusieurs jours l’annonce des pertes. Cela a fait suite à une recrudescence de la violence dans le conflit.

Après une attaque de missiles iraniens contre la base aérienne d’Al-Asad en Irak le 8 janvier 2020, Trump a colporté une pure fiction au public. « Aucun Américain n’a été blessé lors de l’attaque menée hier soir par le régime iranien » a-t-il déclaré à l’époque. « Nous n’avons subi aucune perte. »

Peu après, le Pentagone a reconnu qu’il y avait bel et bien eu des victimes et a revu ce chiffre à la hausse à au moins cinq reprises, le CENTCOM admettant finalement que 110 soldats avaient subi des traumatismes crâniens. Un rapport de l’inspecteur général publié en novembre 2021 indiquait que le nombre de traumatismes crâniens pourrait être encore plus élevé, car « le département de la Défense n’est pas en mesure de déterminer si tous les militaires sont correctement diagnostiqués et traités pour des traumatismes crâniens dans les zones de déploiement. »

Alyssa Farah, ancienne porte-parole du Pentagone, a révélé par la suite dans un podcast que la Maison Blanche de Trump avait fait pression sur l’armée pour qu’elle minimise les blessures de ces soldats. « Nous avons effectivement essuyé des résistances de la part de la Maison Blanche : Pourriez-vous présenter cela différemment ? Est-ce que cela pourrait être tous les 10 jours ou toutes les deux semaines, ou bien faire un bilan après coup ? » a déclaré Farah. « La Maison Blanche aurait préféré que nous ne fassions pas de mises à jour régulières à ce sujet. » Elle a ajouté : « Et je pense que cela a fini par occulter ce qui s’est avéré être des blessures très graves subies par les soldats américains après coup. »

Pendant la campagne électorale de 2022, Trump a également diffusé de fausses informations sur les pertes humaines, affirmant que pendant les 18 mois de sa présidence, les États-Unis n’avaient enregistré aucun décès dans la guerre en Afghanistan. « En 18 mois en Afghanistan, nous n’avons perdu personne » a-t-il déclaré. Mais une enquête de l’Associated Press a révélé qu’il n’y avait pas eu une seule période d’un an et demi au cours du premier mandat de Trump où il n’y avait eu aucun décès au combat. L’AP a déterminé qu’il y avait eu, cependant, 45 décès au combat parmi les militaires américains signalés en Afghanistan, ainsi que 18 décès « non hostiles » au cours du premier mandat de Trump.

Au printemps dernier, The Intercept a rendu compte d’une initiative du CENTCOM, du Pentagone et de la Maison Blanche visant à dissimuler le nombre de victimes de la guerre menée par les États-Unis contre les Houthis au Yémen. Cela contrastait avec l’approche de l’administration Biden, lorsque le bureau du secrétaire à la Défense et le CENTCOM avaient fourni des données détaillées sur les attaques contre des bases militaires à travers le Moyen-Orient – y compris à ce journaliste. Le CENTCOM avait communiqué le nombre total d’attaques, la répartition par pays et le nombre total de blessés. Le Pentagone avait fourni des données encore plus détaillées, avec des résumés individuels de plus de 150 attaques, comprenant des informations sur les morts et les blessés non seulement parmi les troupes américaines, mais aussi parmi les sous-traitants civils travaillant sur les bases américaines.

Nous avons un président qui méprise totalement la vérité et qui utilise sans ménagement tous les pouvoirs du gouvernement pour démanteler la presse libre. Les grands médias se sont recroquevillés, devenant ainsi les complices du projet de Trump visant à créer une Amérique « post-vérité. » Les milliardaires de droite ont sauté sur l’occasion, rachetant des organes de presse et remodelant le paysage médiatique à leur image.

Source : The Intercept, Nick Turse, 22-04-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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