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15.juin.202615.6.2026 // Les Crises

L’influence de la diplomatie de Trump sur le conflit dans l’est du Congo

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Le soutien américain donne des ailes au président de la RDC, Félix Tshisekedi, et suscite de grandes attentes à Kinshasa.

Source : Responsible Statecraft, Jacques Mukena, Kristof Titeca
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

L’imposition récente de sanctions américaines à l’encontre de l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, marque la dernière initiative en date de l’administration du président Donald Trump visant à soutenir le gouvernement du président Félix Tshisekedi dans son conflit avec la milice du M23 dans l’est du Congo.

Ces sanctions, prises à l’encontre d’un puissant rival de Tshisekedi pour son rôle présumé à la tête de l’Alliance du fleuve Congo, alliée au M23 [Mouvement du 23 mars, en référence à l’accord de paix, NdT], ne manqueront pas d’alimenter à Kinshasa l’espoir d’un engagement encore plus fort des États-Unis envers le gouvernement qui a conclu, en décembre dernier, des accords de paix et des accords économiques accordant notamment à Washington un accès préférentiel aux vastes ressources minérales de la RDC.

Si l’engagement de Washington n’a pour l’instant entraîné que des changements limités sur le terrain, il a suscité de vives attentes à Kinshasa, des attentes qui redéfinissent à la fois la conduite de la guerre dans l’est du pays et la dynamique de la politique intérieure en RDC même.

Des attentes en hausse et des gains limités

Jusqu’à présent, Washington a tiré profit de ses efforts principalement grâce au partenariat sur les minerais stratégiques conclu en décembre dernier, qui lui offre en principe un meilleur accès aux vastes ressources minérales de la RDC. Outre d’importants gisements de cuivre, la RDC détient plus de la moitié des réserves mondiales de cobalt. Ces deux minéraux sont essentiels aux technologies d’énergie propre et au matériel militaire.

Début février, il a été annoncé que le consortium américain Orion Critical Mineral Consortium allait signer un protocole d’accord, d’une valeur de 9 milliards de dollars, en vue d’acquérir une participation de 40 % dans les mines congolaises détenues par la société anglo-suisse Glencore. Fin mars, la société américaine Virtus Minerals a racheté le groupe congolais Chemaf pour 700 millions de dollars.

Pour l’instant, ces accords n’en sont encore qu’à leurs tout débuts. Et leur importance reste bien moindre par rapport aux investissements miniers chinois en RDC. Des entreprises chinoises détiennent des participations dans 15 des plus grandes mines de cuivre et de cobalt de la RDC, dont Tenke Fungurume, la plus grande mine de cobalt au monde. Dans le cadre d’un accord « minerais contre infrastructures » conclu en 2007, les entreprises chinoises ont obtenu les droits sur des gisements minéraux d’une valeur d’environ 93 milliards de dollars en échange d’un engagement de 3 milliards de dollars dans les infrastructures.

À ce stade, les avancées des États-Unis dans le secteur minier restent donc trop limitées et, à certains égards, trop opaques et mal préparées pour ébranler la position bien établie de la Chine dans ce secteur.

Pour Kinshasa, le résultat le plus tangible a été l’intensification des pressions américaines sur le Rwanda et ses alliés, notamment à travers une série de sanctions américaines sans précédent à l’encontre de Kigali. Mais ces mesures n’ont pas encore modifié les réalités fondamentales sur le terrain. Le Rwanda et son allié dans l’est du Congo, la milice du M23, ne se sont pas retirés de la région.

Ces signaux ont néanmoins renforcé, à Kinshasa, la conviction que Washington est désormais résolument de leur côté. On s’attend non seulement à un durcissement des sanctions, mais aussi à ce que d’autres formes de soutien suivent. Cela s’est traduit par une confiance grandissante au sein des élites politiques et militaires congolaises, confiance qui se manifeste de deux manières.

Interpréter le soutien américain comme un appui stratégique

Tout d’abord, l’idée selon laquelle un soutien accru des États-Unis à la RDC permettra à ses forces de vaincre définitivement le M23 et ses partisans rwandais a encouragé, à Kinshasa, ceux qui prônent une solution militaire au conflit. Les récents succès, notamment l’élimination du porte-parole du M23, Willy Ngoma, ont renforcé cette confiance, alors même que les pourparlers et les accords avec le M23 se poursuivent.

Dans certains milieux de la capitale congolaise, cette confiance va jusqu’à nourrir l’espoir d’une intervention américaine plus directe. Nos sources ont souligné l’impression d’imprévisibilité qui entoure le président Donald Trump, certains allant même jusqu’à évoquer un éventuel déploiement de troupes américaines dans la région. Même si elles sont exagérées, ces perceptions influencent la prise de décision, comme en témoigne le lancement par l’armée congolaise d’une nouvelle offensive fin février. Comme nous l’a confié en mars un haut responsable gouvernemental : « Il y a cinq mois, nous n’aurions pas fait cela (lancer une nouvelle offensive). Aujourd’hui, nous pensons avoir Trump à nos côtés. »

De plus, Kinshasa a continué de courtiser l’administration Trump en s’alignant sur les priorités générales de Washington, notamment en concluant récemment un accord visant à accueillir les migrants de pays tiers expulsés des États-Unis. Dans certains cercles politiques congolais, cela a nourri des attentes farfelues selon lesquelles la présence de migrants de pays tiers sur le sol congolais pourrait donner à Washington un intérêt plus direct dans la stabilité du pays, en particulier dans l’est du Congo, ce qui pourrait conduire à une intervention militaire directe des États-Unis. Ces attentes, bien que peu réalistes, n’en ont pas moins des conséquences politiques.

Rétrécissement de l’espace politique

Deuxièmement, le soutien américain a fourni au gouvernement un terrain fertile pour consolider son pouvoir sur le plan intérieur. Fin 2024, le président congolais Félix Tshisekedi a évoqué la possibilité de modifier la constitution de 2006 qu’il a qualifiée « d’obsolète », qui l’oblige à quitter ses fonctions à l’expiration de son mandat en 2028. Cependant, alors que la guerre faisait rage dans l’est du pays et que le régime était confronté à une crise de légitimité plus générale, Tshisekedi a mis cette idée de côté. Mais après que les accords de Washington de décembre dernier ont donné à Kinshasa un soutien américain plus clair grâce au partenariat « minerais contre sécurité », l’idée a refait surface avec plus de force.

Les alliés de Tshisekedi ont profité de rassemblements publics pour relancer les appels en faveur d’un amendement constitutionnel, et donc d’un troisième mandat pour le président. Parallèlement, des informations inquiétantes ont circulé concernant les activités de l’unité gouvernementale chargée de la cybercriminalité et sa répression de la dissidence interne. Dans ce contexte général, la volonté et la tolérance du gouvernement à l’égard d’un dialogue politique inclusif, indispensable pour instaurer une paix durable dans l’est du pays, semblent s’être affaiblies.

Une relation qui se renforce mutuellement

En ce sens, les accords entre les États-Unis et la RDC ont créé une dynamique de renforcement mutuel entre Kinshasa et Washington. Pour Kinshasa (et en particulier pour le gouvernement Tshisekedi), ils constituent une sorte d’assurance politique : l’alignement sur Washington devient une stratégie de survie du régime. Pour Washington, ils ouvrent l’accès à des minerais stratégiques à des conditions favorables. Les États-Unis ont largement eu le dessus dans ces négociations. Plusieurs de nos sources politiques ont décrit comment, lors des négociations politiques et économiques avec les États-Unis, les responsables congolais semblaient souvent passifs, sensibles à la pression et disposés à accepter des conditions moins optimales.

Dans ce contexte, la logique de l’engagement a évolué. Pour l’élite politique de Kinshasa, la question stratégique centrale n’est plus seulement de savoir comment parvenir à un accord politique avec le M23, mais comment garantir et maintenir des relations favorables avec Washington. Assurer l’accès aux minerais stratégiques constitue un élément clé de ce réajustement et détermine de plus en plus les calculs politiques et militaires du gouvernement.

Dans le même temps, il ne faut toutefois pas surestimer cet impact global. L’ampleur réelle des investissements économiques américains reste limitée, et les entreprises qui ont manifesté leur intérêt sont relativement modestes. Plusieurs sources ont fait remarquer que certaines de ces entreprises ont une expérience opérationnelle limitée en RDC et un bilan modeste dans le secteur minier, ce qui les rend dépendantes de partenaires non américains pour le soutien technique et opérationnel. L’avenir d’investissements américains significatifs dans ce secteur reste donc très incertain.

La réaction de la Chine

Ces évolutions ont toutefois également eu des répercussions sur la position de la Chine. Longtemps dominante dans le secteur minier congolais, Pékin a fait part de ses inquiétudes et de son malaise, plusieurs sources faisant état de manifestations inhabituellement directes de mécontentement de la part des diplomates chinois à l’égard des accords conclus entre la RDC et les États-Unis.

Concrètement, diverses sources internationales indiquent que des diplomates chinois ont critiqué l’accord minier conclu avec les États-Unis et l’ont qualifié de « structurellement inéquitable » lors de réunions tant bilatérales que multilatérales. Leur inquiétude porte sur la clause de « droit de première offre » de l’accord entre les États-Unis et la RDC, qui accorde aux entreprises américaines la priorité sur les actifs miniers stratégiques.

Ce mécontentement s’est étendu à d’autres domaines, notamment à la sélection des chefs des forces de maintien de la paix de l’ONU tant en RDC (MONUSCO) qu’au Soudan du Sud (MINUSS). Pékin aurait bloqué les candidats soutenus par les États-Unis à la tête de la MONUSCO, tout en favorisant la nomination d’un ressortissant chinois au poste de commandant de la force au sein de l’UNMISS. Le fait que ces deux nominations aient été annoncées le même jour a été interprété par plusieurs observateurs comme le signe d’un processus de négociation plus large reliant différents théâtres d’opérations.

Kinshasa ne s’est pas détournée de la Chine, et ne peut d’ailleurs pas se le permettre compte tenu des investissements colossaux réalisés par Pékin dans le pays. En mars, le ministre congolais des Mines, Louis Watum, s’est rendu à Pékin, où les deux parties ont signé un nouvel accord de coopération minière. Même si Kinshasa cherche à se rapprocher de Washington, elle s’efforce également de rassurer Pékin.

Dans l’ensemble, l’impact de l’engagement américain en RDC jusqu’à présent tient bien moins aux résultats concrets obtenus qu’aux attentes qu’il a suscitées, ce qui a redéfini tant les calculs militaires que les ambitions politiques nationales à Kinshasa.

*

Jacques Mukena est assistant d’enseignement et de recherche à l’Institut des politiques de développement de l’Université d’Anvers et chercheur à l’Institut Ebuteli.
Kristof Titeca est professeur à l’Institut de politique de développement (IOB) de l’Université d’Anvers et chercheur associé à l’Institut Egmont (Bruxelles).

Source : Responsible Statecraft, Jacques Mukena, Kristof Titeca, 04-05-2026

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