Al-Fassel et Pishtaz News publient des articles favorables aux États-Unis concernant la guerre contre l’Iran et le projet de l’administration Trump visant à réaménager Gaza.
Source : The Intercept, Sam Biddle
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
Al-Fassel et Pishtaz News ressemblent à des sites d’information classiques. Ils disposent de pages d’accueil soigneusement conçues et de comptes actifs sur les réseaux sociaux, où ils partagent des reportages et des vidéos sur la géopolitique du Moyen-Orient, respectivement en arabe et en farsi, ainsi qu’en anglais. Le compte X d’Al-Fassel indique que la mission de la publication est « d’enquêter sur des événements d’une grande importance souvent négligés par les médias locaux et régionaux, et de les mettre en lumière ». Le compte X de Pishtaz News indique qu’il a été créé « pour enquêter sur les informations importantes que les médias locaux et régionaux négligent souvent et pour les approfondir ».
Ces reportages passés sous silence partagent la même orientation idéologique et la même ligne éditoriale : celle de la Maison Blanche. Le compte YouTube d’Al-Fassel, par exemple, a enregistré des millions de vues sur des vidéos en arabe louant la politique de l’administration Trump à l’égard de Gaza et exhortant le Hamas à cesser de « recevoir des ordres du régime iranien » et à libérer les prisonniers israéliens. Sur Pishtaz News, un sondage publié récemment sur la page d’accueil posait la question suivante : « Comment décririez-vous votre opinion concernant l’état de santé actuel et le lieu où se trouve le Guide suprême ? » Les réponses possibles vont de « En bonne santé mais en fuite » à « Défiguré » ou « Mort ». L’excellence des dirigeants saoudiens et émiratis, tous deux proches partenaires militaires des États-Unis, est un thème récurrent.
Ce n’est pas un hasard si cette couverture médiatique fait écho aux arguments de la politique étrangère américaine. Al-Fassel et Pishtaz News font en effet partie d’un réseau de sites web et de comptes sur les réseaux sociaux qui se présentent comme des médias d’information légitimes du Moyen-Orient, mais qui sont en réalité des usines à propagande financées par le gouvernement américain, comme l’a révélé The Intercept.
Cette mention, qui n’apparaît qu’au bas des deux sites, derrière un lien « À propos » que les lecteurs occasionnels peuvent facilement manquer, précise que ces médias sont « le fruit d’un organisme médiatique international financé par des fonds publics provenant du budget du gouvernement des États-Unis ». Cette affiliation gouvernementale n’est pas mentionnée sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram, bien que la politique de la plateforme exige l’identification des médias soutenus par l’État afin d’éviter que le public ne soit exposé à son insu à de la propagande gouvernementale.
Il est peu probable que l’obsession récente de ces sites pour la destruction de l’Iran soit une coïncidence : ces deux publications entretiennent de nombreux liens avec un réseau de fausses rédactions issues à l’origine d’une campagne d’opérations psychologiques militaires visant les internautes étrangers.
Ni Al-Fassel ni Pishtaz News n’ont répondu aux demandes de commentaires, pas plus que le CENTCOM ou le ministère de la Défense.

- L’amiral Charles Bradford « Brad » Cooper, commandant du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), arrive pour une conférence de presse conjointe avec Pete Hegseth au quartier général du CENTCOM, à la base aérienne de MacDill à Tampa, en Floride, le 5 mars 2026. Photo : Octavio Jones/AFP via Getty Images
En 2008, le Commandement des opérations spéciales des États-Unis a lancé un appel d’offres à des prestataires pour l’aider à mettre en œuvre ce qu’il a appelé la « Trans-Regional Web Initiative » (TRWI), un projet visant à assurer « la diffusion rapide et à la demande, à l’échelle mondiale, de produits et d’outils d’influence sur Internet, à l’appui des buts et objectifs stratégiques et à long terme du gouvernement américain ». En d’autres termes, de la propagande d’État orchestrée par le Pentagone.
Se faisant passer pour des rédactions en ligne indépendantes, les sites du TRWI ont recruté des « correspondants locaux » pour produire des articles « que les commandements de combat (COCOM) peuvent utiliser si nécessaire pour soutenir la guerre mondiale contre le terrorisme ». Le contrat, attribué à General Dynamics Information Technology, a donné naissance à 10 sites web qui diffusaient les messages clés de la politique étrangère américaine auprès de publics à travers le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, publiant tout, depuis des essais banals sur la coexistence interconfessionnelle jusqu’à, comme l’a rapporté Foreign Policy en 2011, des articles destinés à « blanchir l’image des dictatures d’Asie centrale ». En 2014, ces sites ont été jugés comme un échec par le Congrès et leur financement a été supprimé.
Huit ans plus tard, une équipe de chercheurs a publié un rapport inhabituel. Après les élections de 2016, l’intérêt des médias occidentaux pour la propagande en ligne s’était principalement concentré sur les campagnes d’influence attribuées à la Russie, à la Chine et à d’autres rivaux géopolitiques des États-Unis. Mais le rapport de 2022 du Stanford Internet Observatory et de Graphika, une société commerciale d’analyse d’Internet et sous-traitant du Pentagone en matière de guerre de l’information, a mis au jour un réseau de faux comptes Twitter et Facebook « pro-occidentaux » qui diffusaient des articles provenant de sites d’informations bidons. Le rapport s’est abstenu d’attribuer officiellement la campagne aux États-Unis, mais a noté que Meta et Twitter l’avaient fait. Les chercheurs ont conclu que les comptes en question avaient tenté de diffuser de manière coordonnée des articles provenant d’un réseau de sites d’informations factices mis en place par le Commandement des opérations spéciales des États-Unis.
Le rapport a révélé que, quelques années seulement après la disparition apparente du TRWI, bon nombre de ces sites avaient simplement changé de nom, affichant désormais des mentions difficiles à repérer indiquant qu’ils étaient gérés par le Commandement central des États-Unis. À la suite des conclusions de Stanford et de Graphika, certains sites ont été fermés ; d’autres ont poursuivi leurs activités. Un reportage ultérieur du Washington Post a révélé que ces révélations embarrassantes avaient poussé le Pentagone à mener « un audit approfondi de la manière dont il mène sa guerre de l’information clandestine ».
Une analyse des archives d’Internet Archive montre qu’à la suite du rapport de Stanford, les sites du TRWI qui sont restés en ligne ont modifié leur mention légale. Au lieu de mentionner le financement par le CENTCOM, ces sites ont désormais indiqué qu’ils étaient « financés par des fonds publics provenant du budget du gouvernement des États-Unis ». La formulation utilisée par le réseau restant de sites de propagande du CENTCOM est une copie mot pour mot de la phrase que The Intercept a découverte, cachée dans les pages « À propos » de Pishtaz News et d’Al-Fassel.
Ce n’est pas la seule preuve qui suggère un lien avec ce réseau de sites de propagande militaire.
Depuis leurs débuts en 2023, Al-Fassel et Pishtaz News ont régulièrement cité ou résumé les communiqués de presse du CENTCOM vantant les opérations régionales et les succès sur le champ de bataille, à l’instar des médias mentionnés dans le rapport Stanford/Graphika. Le recours aux communiqués de presse des commandements de combat, en particulier, est une stratégie éditoriale qui remonte au réseau TRWI initial, géré par le SOCOM.
Sur X, Pishtaz News ne suit que trois autres utilisateurs ; deux d’entre eux sont les comptes officiels du CENTCOM destinés aux publics persanophones et arabophones. Le compte Instagram de Pishtaz News, qui ne mentionne nulle part son caractère gouvernemental, ne suit qu’un seul autre utilisateur : « US CENTCOM FARSI ».
Que ce soit intentionnellement ou non, les publications d’Al-Fassel sur X sont souvent géolocalisées à Lutz, en Floride, à deux pas du siège du CENTCOM et du SOCOM à Tampa, ainsi que d’une multitude de sous-traitants militaires qui travaillent pour ces deux organismes.
Ces deux sites partagent également des éléments de conception communs avec les publications associées au TRWI, ce qui laisse penser qu’ils ont été créés ou gérés par le même prestataire : tous les articles se terminent par un sondage posant la question « Aimez-vous cet article ? », utilisant les mêmes icônes « J’aime » et « Je n’aime pas ». Les URL sont structurées de manière identique pour Al-Fassel, Pishtaz News et Salaam Times (un site axé sur l’Afghanistan lancé sous l’égide du TRWI et qui continue aujourd’hui sous un autre nom), ce qui suggère qu’elles ont été codées à l’aide des mêmes outils. Les trois sites utilisent également un graphique d’erreur 404 identique pour avertir les utilisateurs lorsqu’ils ont cliqué sur un lien rompu.
La conception web des sites Al-Fassel et Pishtaz News (notamment la mise en page, la structure des URL, l’image d’erreur 404 et une grande partie des mentions légales figurant dans les sections « À propos ») ressemble fortement à celle de CENTCOMcitadel.com, une publication au contenu similaire qui affiche clairement, au bas de sa page d’accueil, qu’elle est financée par le Pentagone.
« Ces sites présentent un style similaire à celui des campagnes de communication ouvertes menées précédemment par le ministère de la Défense », a déclaré à The Intercept Renée DiResta, ancienne chercheuse à Stanford et co-auteure du rapport de 2022. « Nous avions déjà observé ce schéma : une mention plus explicite de l’affiliation américaine sur la page “À propos” du domaine, puis une mention minimale, voire inexistante, sur les profils des réseaux sociaux. »
On trouve d’autres clins d’œil subtils à la véritable finalité de ces sites : les URL des versions anglaises de chaque site sont désignées par « en_GB », pour Grande-Bretagne. Dans une analyse approfondie du réseau TRWI réalisée en 2015, Roy Revie, doctorant à l’université de Bath, a observé que le réseau de sites de propagande militaire américaine désignait explicitement ses versions anglaises comme britanniques, car « le SOCOM cherche à éviter toute impression que ses sites s’adressent à un public américain ».
Dans le jargon de la guerre de l’information, ces organes de propagande sont considérés comme « ouverts » plutôt que « secrets », car leur appartenance à l’État est techniquement divulguée. Mais dans son article de 2015, Revie a fait valoir que ces sites d’opérations psychologiques se livraient tout de même à des manœuvres de tromperie. Ils utilisent le journalisme en ligne comme une forme de camouflage, a-t-il écrit, car la plupart des lecteurs ne vont pas consulter la page « À propos » d’une publication pour s’informer sur son financement. La conception de ces sites « permet au DOD [Department of Defense, NdT] de revendiquer de manière crédible une transparence totale et de conserver sa légitimité, en laissant à l’utilisateur la responsabilité de s’informer sur la source », écrit Revie.
Les publications de ces deux sites ne cessent de glorifier les États-Unis et Israël, ainsi que les alliés américains du Golfe. Ils dénigrent régulièrement l’État iranien, présentant un récit totalement partial et trompeur en cette période de guerre. « Les États-Unis affirment ne pas chercher à entrer en conflit ouvert avec Téhéran », peut-on lire dans un article publié le 2 mars dans Al-Fassel. Les deux sites ont cité à plusieurs reprises des reportages d’Iran International, une publication financée par l’Arabie saoudite, pro-israélienne et monarchiste iranienne, connue depuis longtemps pour ses déformations journalistiques. Un article de Pishtaz News du 31 mars, par exemple, s’appuyant sur un article d’Iran International dont la source était totalement anonyme, affirmait que les forces de sécurité iraniennes avaient violé collectivement des infirmières à Téhéran.
Les récents articles présentent l’Iran comme étant acculé. Un article publié le 22 mars dans Pishtaz News s’exclamait : « L’armée régulière de la République islamique, connue sous le nom d’Artesh, est de plus en plus souvent décrite par des observateurs avertis comme une force soumise à de fortes pressions et victime de négligence institutionnelle. » Un autre article anonyme daté du 25 mars, intitulé « L’Artesh se porterait mieux sans son principal rival », semble destiné à attiser les tensions entre l’armée régulière iranienne et le Corps des gardiens de la révolution islamique. « Sans le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), les ressources pourraient être directement affectées à l’armée régulière, connue sous le nom d’Artesh, permettant ainsi une modernisation significative », affirmait l’article, un argument tiré tout droit des discours des faucons iraniens de droite aux États-Unis. Dans une émission de Fox News du 18 mars, par exemple, le général à la retraite Jack Keane a suggéré que la rivalité entre l’Artesh et le CGRI pourrait être exploitée pour provoquer un changement de régime.
On ignore qui rédige exactement les contenus publiés sur ces sites. La plupart des articles ne comportent aucune signature, tandis que d’autres sont publiés sous des noms dont on ne trouve pratiquement aucune trace ailleurs sur Internet. Il se peut que certains de ces « collaborateurs » n’existent pas du tout. Une vidéo YouTube d’Al-Fassel datant de janvier, qui passait en revue les gros titres régionaux récents, était commentée par un homme arabophone vêtu d’un blazer bleu impeccable. Des experts ont déclaré à The Intercept que ce présentateur était probablement le fruit d’une IA générative et non une véritable séquence vidéo. « L’indicateur le plus fort est l’absence quasi totale de clignements des yeux », a déclaré à The Intercept Sejin Paik, professeur à l’université de Georgetown et chercheur spécialisé dans les deepfakes. Zuzanna Wojciak, chercheuse en médias synthétiques au sein de l’organisation de défense des droits humains Witness, est parvenue à la même conclusion, citant d’étranges anomalies au niveau de sa peau, de ses mains et de ses dents.
Certains articles déforment ou présentent de manière erronée les faits. Un article publié le 15 avril dans Al-Fassel au sujet des « menaces de crimes de guerre » de l’Iran contre l’Université américaine de Beyrouth a omis de mentionner que ces menaces faisaient suite à des frappes aériennes répétées menées par les États-Unis et Israël contre des écoles iraniennes. Le lendemain d’un article d’Al-Fassel décrivant les Houthis comme « affaiblis » et « largement désintégrés », incapables d’offrir autre chose qu’un « soutien verbal » à l’Iran, le groupe militant yéménite a lancé des missiles de croisière sur Israël.
Ces médias illustrent également l’ampleur des messages trompeurs diffusés par le Pentagone et la Maison Blanche : un message publié le 5 mars sur le compte Instagram de Pishtaz News se vantait ainsi : « La capacité du régime iranien à frapper les forces américaines et ses partenaires régionaux s’érode rapidement, tandis que la puissance de combat des États-Unis continue de croître. » Quatre semaines plus tard, l’Iran continuait de lancer des missiles sur des bases américaines ainsi que sur ses partenaires régionaux, et réussissait à abattre un F-15 et un A-10 Warthog américains. Un message publié le 4 avril sur le compte Instagram d’Al-Fassel affirmait, citant le secrétaire d’État Marco Rubio, que « l’Iran ne se contente pas d’un programme nucléaire pacifique, mais cherche à renforcer ses capacités militaires », alors même qu’une évaluation de 2025 du Bureau du directeur du renseignement national concluait le contraire.
D’autres articles ne se donnent même pas la peine de se faire passer pour du journalisme, ressemblant davantage à des avertissements lancés directement depuis Washington : « Les États-Unis sont tout à fait prêts à protéger leurs forces au Moyen-Orient », pouvait-on lire dans un titre de Pishtaz News daté de juin 2025. « Grâce à des capacités technologiques de pointe et à un personnel hautement qualifié, les États-Unis disposent de l’une des forces militaires les plus performantes au monde, s’adaptant en permanence à l’évolution des défis sécuritaires pour maintenir l’ordre et la stabilité. » Un tweet publié le 27 mars par Pishtaz News était plus direct. « Vous serez systématiquement anéantis », menace-t-il en farsi. « Vos commandants se cachent dans des bunkers. Ils ont envoyé leurs familles et leurs richesses à l’étranger, pourquoi continuez-vous à vous battre pour eux ? »
Certains articles prétendent inclure des commentaires provenant de véritables experts. Dans au moins un cas, cela s’est produit à l’insu de la source. Un article publié en juillet 2025 dans Al-Fassel prédisait qu’une future fermeture du détroit d’Ormuz « nuirait davantage à la Chine et à la Russie qu’aux autres nations ». L’article citait Umud Shokri, un analyste en énergie affilié à l’université George Mason, au Département d’État et au Middle East Institute. « Je tiens à préciser que je n’avais pas connaissance d’un quelconque lien entre alfasselnews.com et le gouvernement américain », a déclaré Shokri à The Intercept. « Je n’ai pas non plus eu d’entretien direct avec la plateforme, et je n’ai pas été contacté directement par elle. À ma connaissance, toute citation qui m’est attribuée semble avoir été tirée de commentaires publics antérieurs ou d’autres interventions dans les médias. »
Avant la guerre contre l’Iran, l’une des principales priorités de ces deux sites était de promouvoir les projets américano-israéliens concernant l’avenir de Gaza. Le message revient essentiellement à résumer le consensus entre les États-Unis, Israël et les pays du Golfe : selon ce consensus, toutes les souffrances des Palestiniens seraient imputables au Hamas plutôt qu’aux trois dernières années de bombardements israéliens, et le « Conseil de la paix » soutenu par Trump laisserait présager une ère de prospérité sans précédent pour les Palestiniens.
« Le futur Conseil de la paix », affirmait un article d’Al-Fassel daté de décembre 2025, « devrait créer les conditions propices à une représentation démocratique et à une participation civique significative ». Une vidéo YouTube d’Al-Fassel publiée le 12 décembre attribuait de même la responsabilité du blocus de l’aide humanitaire à destination de Gaza au Hamas et à l’Iran, plutôt qu’à Israël, avant de montrer une image générée par IA représentant une ville de science-fiction sur laquelle étaient superposées des légendes en arabe promettant des milliards d’investissements étrangers et une revitalisation économique pour Gaza. La vidéo compte actuellement près de 1,7 million de vues.
D’autres éléments concernant Gaza déforment encore davantage la réalité. Depuis octobre 2025, Gaza est divisée en deux par la « ligne jaune », une frontière arbitraire derrière laquelle les forces israéliennes se sont théoriquement retirées l’année dernière. Les Palestiniens qui se trouvent du côté israélien de la ligne sont soumis à un régime militaire d’occupation sévère, tandis que ceux qui se trouvent de l’autre côté risquent d’être tués.
Bien que l’équipe vidéo d’Al-Fassel affirme que la politique de Trump à l’égard de Gaza permettra à d’innombrables Palestiniens de rentrer chez eux, les forces israéliennes tirent régulièrement sur les civils qui s’approchent de cette zone tampon.
« Des échanges de tirs, des bombardements et des incursions limitées se sont poursuivis près de la « ligne jaune », la zone de séparation située près de la frontière avec Israël, rendant tout retour extrêmement dangereux », selon un reportage vidéo des Nations Unies. « L’espace disponible se réduisant, des milliers de familles ont été contraintes de retourner aux abords de leurs quartiers détruits, près de la « ligne jaune », malgré le risque constant, selon les habitants, d’être blessés ou tués par des tirs sporadiques. »
Ce n’est pas le cas, affirme Al-Fassel : « La Ligne jaune est plus qu’une simple frontière ; c’est une bouée de sauvetage destinée à assurer la sécurité et à tenir informées les familles de Gaza pendant le cessez-le-feu », affirmait un article publié en novembre. « La Ligne jaune n’est pas un symbole de division, c’est une ligne de vie. »

- Un bloc jaune délimitant la « ligne jaune », qui sépare depuis le cessez-le-feu d’octobre les zones de la bande de Gaza contrôlées par Israël et celles contrôlées par les Palestiniens, est visible à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le jeudi 22 janvier 2026. (AP Photo/Abdel Kareem Hana) Un bloc jaune délimitant la « ligne jaune », qui sépare les zones occupées par Israël et les zones palestiniennes de la bande de Gaza depuis le cessez-le-feu d’octobre, est visible à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 22 janvier 2026. Photo : Abdel Kareem Hana/AP
À la suite des élections de 2016 et de la panique suscitée par les opérations de propagande secrètes menées par la Russie, les principales plateformes de réseaux sociaux américaines ont commencé à apposer des mentions sur les comptes des médias contrôlés par des gouvernements. Les vidéos publiées sur la chaîne YouTube d’Al Jazeera English, par exemple, sont accompagnées d’une mention indiquant qu’« Al Jazeera est financée en tout ou en partie par le gouvernement qatari ». Bien que X ait abandonné cette politique en 2023, elle est toujours officiellement en vigueur chez Meta, propriétaire de Facebook et d’Instagram, ainsi que sur YouTube.
On ne trouve toutefois aucune mention à ce sujet dans les publications Instagram ni sur les comptes d’Al-Fassel ou de Pishtaz News. Les vidéos YouTube de ces deux comptes ne comportent pas de mention relative au financement américain ; on trouve toutefois une brève mention sur la page d’accueil de leurs comptes, dissimulée dans une section « À propos » qu’il faut développer pour pouvoir la lire.
Aucun des deux sites ne semble bénéficier d’une audience particulièrement importante sur les réseaux sociaux. Tous deux comptent un nombre dérisoire d’abonnés sur X (environ 2 400 pour Al-Fassel et seulement 132 pour Pishtaz News), dont beaucoup semblent être des comptes de spam dont les noms sont suivis d’une longue série de chiffres et qui adoptent un comportement de publication typique des réseaux de spam. Al-Fassel suscite un engagement modeste sur Instagram, où il compte plus de 7 700 abonnés. Bien que Pishtaz News ne compte que 475 abonnés sur Instagram, ses publications parviennent parfois à se démarquer ; une publication du 18 mars présentant des images du CENTCOM prises depuis le pont d’un porte-avions, par exemple, a recueilli plus de 1 100 « j’aime ».
Il arrive parfois que les contenus publiés par ces sites de propagande atteignent le public américain. Un article d’Al-Fassel daté du 27 mars, affirmant l’effondrement total de l’« Axe de la résistance » dirigé par l’Iran, a été partagé le jour même sur FreeRepublic, un forum américain conservateur, par l’utilisateur MeanWestTexan. La loi fédérale interdit au Pentagone de mener des actions de propagande à l’intention des Américains, bien qu’une interdiction similaire visant le Département d’État ait été levée en 2013.
Il arrive parfois que leurs articles touchent d’autres lecteurs occidentaux. Un article d’Al-Fassel sur les Houthis a été cité dans un article publié en 2024 dans la revue universitaire *Survival: Global Politics and Strategy* par le professeur Thomas Juneau de l’Université d’Ottawa. (Juneau n’a pas répondu à notre demande de commentaires.) Une contribution adressée au Comité des Nations unies sur les disparitions forcées par Justice for All International, une organisation à but non lucratif basée en Suisse, citait de la même manière un article d’Al-Fassel sur le Corps des gardiens de la révolution islamique, tandis qu’un rapport annuel de l’Agence suédoise de recherche sur la défense, gérée par l’État, s’appuyait en partie sur un article d’Al-Fassel consacré à l’État islamique. The Intercept a examiné plusieurs entrées sur Grokipedia, le clone de Wikipédia de X, qui citaient également des articles d’Al-Fassel.
Emerson Brooking, chercheur au Digital Forensic Research Lab de l’Atlantic Council et ancien conseiller en cyberpolitique au Pentagone, estime que le CENTCOM est très probablement à l’origine de ces sites et juge leur portée globale médiocre. En matière de propagande en ligne, a-t-il déclaré, les États-Unis « auraient des leçons à tirer de l’Iran ». Les efforts de propagande iraniens (principalement du contenu de mauvaise qualité produit à la va-vite par l’IA) ont capté l’attention des internautes d’une manière que les fausses salles de rédaction américaines n’ont pas réussi à faire.
Mais la portée limitée de ces sites ne devrait pas les faire disparaître de sitôt. Même si l’administration Trump a considérablement réduit les moyens de « Voice of America » et d’autres outils de longue date du soft power américain, ces sites ont continué à publier. Si leurs similitudes avec les opérations psychologiques militaires américaines menées depuis longtemps sont plus qu’une simple coïncidence, cela en dit davantage sur la culture de l’inertie qui règne au Pentagone que sur sa capacité à gagner les cœurs et les esprits. Brooking a déclaré à The Intercept que, comme la gestion de blogs ne représente qu’une « erreur d’arrondi » dans le budget global de la défense, de tels projets peuvent se poursuivre sans faire l’objet d’une surveillance étroite.
Un réseau de sites de propagande peu consultés pourrait sembler n’avoir que peu d’utilité. Mais c’est le genre de chose vers laquelle les autorités peuvent se tourner, a déclaré M. Brooking, lorsqu’on les interroge sur leurs efforts pour lutter contre l’Iran dans « l’espace informationnel ». « Les responsables successifs du SOCOM, du CENTCOM ou d’autres hauts responsables pourraient mettre en avant le fait qu’ils maintiennent ce réseau de sites web », a-t-il déclaré.
Source : The Intercept, Sam Biddle, 20-04-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
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