Les Crises Les Crises
10.mars.202010.3.2020 // Les Crises

Conflit en Libye : Erdogan confirme la présence de combattants syriens pro-Ankara

Merci 119
J'envoie

Source : Le Parisien, AFP, 21-02-2020

Il le dit publiquement pour la première fois. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a confirmé vendredi la présence en Libye de combattants syriens supplétifs d’Ankara pour soutenir le gouvernement de Tripoli face aux forces de l’homme fort de l’Est libyen, Khalifa Haftar. Depuis 2015, le maréchal Haftar et le chef du gouvernement d’union nationale (GNA) Fayez al-Sarraj s’affrontent dans un conflit armé pour contrôler le pays.

« Il y a des éléments de l’Armée nationale syrienne (ANS) sur place. Ils (Haftar et ses soutiens) veulent qu’ils partent. Or, la compagnie de sécurité russe Wagner dispose de 2 500 hommes (en Libye), pourquoi on n’en parle pas ? », a déclaré le président turc devant la presse à Istanbul. L’ANS est une coalition de groupes armés syriens entraînés et financés par Ankara.

C’est sous la bannière de l’ANS que des combattants syriens ont participé à la dernière offensive menée en octobre par la Turquie pour déloger les milices kurdes des YPG d’une vaste bande de territoire dans le nord-est de la Syrie. L’ANS est une structure qui a remplacé l’Armée syrienne libre et relève officiellement du « gouvernement » en exil de l’opposition syrienne basée en Turquie.

Haftar face aux «envahisseurs turcs»

Plusieurs responsables étrangers ont affirmé que la Turquie avait envoyé des combattants syriens auprès du gouvernement de Tripoli de Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU, après avoir signé avec lui un accord de coopération militaire en novembre. Ankara ne l’avait à ce jour jamais confirmé.

Outre le soutien de la compagnie Wagner, considérée par des experts comme un outil aux mains du Kremlin, le maréchal Haftar bénéficie de celui des Emirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Egypte, rivaux régionaux de la Turquie.

En visite à Moscou, Haftar a assuré vendredi qu’il s’opposerait militairement « aux envahisseurs turcs » si les pourparlers inter-libyens visant à établir un cessez-le-feu durable échouent.

« Si les négociations à Genève ne débouchent pas sur la paix et la sécurité dans notre pays, que les mercenaires ne repartent pas d’où ils viennent, alors les forces armées (de Khalifa Haftar) rempliront leur devoir constitutionnel […] de défense face aux envahisseurs turco-ottomans », a-t-il assuré à l’agence de presse russe Ria Novosti.

« Notre patience atteint ses limites »

Le maréchal était en visite à Moscou, selon Ria Novosti, la Russie étant largement considérée, malgré ses dénégations, comme l’un de ses principaux soutiens dans son conflit armé avec les troupes du GNA de Fayez al-Sarraj.

Khalifa Haftar a accusé Recep Tayyip Erdogan et Fayez al-Sarraj, qui se sont rencontrés jeudi à Istanbul, de ne pas respecter les engagements issus d’une conférence internationale tenue en début d’année à Berlin. Lors de cette conférence, la communauté internationale s’est engagée à ne pas s’ingérer dans le conflit libyen. « Notre patience atteint ses limites », a averti le maréchal.

Pour lui, les pourparlers de Genève ne pourront aboutir que si sont effectifs le « retrait des mercenaires syriens et turcs, la fin des livraisons d’armes de la Turquie à Tripoli, et la liquidation des groupes terroristes ».

L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a jugé que la mise en place d’un cessez-le-feu durable était une mission « très difficile » mais « pas impossible ».


Libye. La Turquie envoie des miliciens syriens au secours de son protégé Sarraj

Source : Ouest France, Patrick Angevin, 15-01-2020

Plusieurs sources confirment désormais la présence d’un important contingent de miliciens syriens en Libye. Plutôt que d’envoyer des militaires turcs au secours du gouvernement d’accord national de Fayez al-Sarraj, le président Erdogan aurait fait le choix de déployer des combattants issus de la rébellion anti-Assad, formés et équipés par la Turquie. Dans le camp opposé, celui du maréchal Khalifa Haftar, on trouve des mercenaires soudanais et russes.

Voilà qui ne va pas mettre fin à la guerre civile qui déchire depuis 2014 ans la Libye, plongée dans le chaos par la chute du dictateur Kadhafi en 2011. Ni simplifier la conférence internationale sur le dossier libyen que l’Allemagne tente d’organiser pour ce dimanche 19 janvier à Berlin.

Plusieurs sources crédibles affirment désormais que la Turquie, alliée du Gouvernement d’accord national (GAN) du Premier ministre Fayez al-Sarraj, a déployé sur le front de Tripoli des miliciens syriens, face aux forces du maréchal Haftar. Formés et équipés par Ankara, ces derniers combattaient jusqu’ici dans le nord de la Syrie, à l’origine contre les forces du régime de Bachar al-Assad puis plus récemment contre les forces kurdes YPG, ennemies jurées de la Turquie.

Des photos et des vidéos de miliciens syriens affirmant combattre pour Sarraj en Libye ont émergé depuis un mois sur les réseaux sociaux sans qu’on puisse les authentifier, en particulier les lieux où elles ont été réalisées.

Selon le quotidien britannique The Guardian , il serait près de 650 miliciens à avoir été transportés par avion depuis la Turquie jusqu’à Tripoli. 1 350 autres miliciens seraient passés de Syrie en Turquie le 5 janvier et ils seraient en cours d’acheminement vers la Libye.

Payés vingt fois plus cher

Ces informations confirment celles de l’Organisation syrienne des droits de l’homme (OSDH), proche de l’opposition à Assad. Basée à Londres et dotée d’un réseau d’informateurs très fiables dans l’ensemble de la Syrie, l’OSDH précise que deux groupes syriens, Liwa Sultan Souleymane Chah et Faylaq al-Majed, qui ont participé aux offensives turques contre les Kurdes syriens en 2019, font partie du voyage. Notamment Yasser Abdel Rahim, commandant de Faylaq al-Majed, accusé de crimes de guerre contre des civils kurdes. L’ensemble de ces forces a été rassemblé sous la bannière de la brigade sultan Mourad, en référence à un héros de la guerre d’indépendance libyenne contre les Italiens.

Le Guardian confirme également les informations de la chercheuse arabophone, Elizabeth Tsurkov, affilié au Foreign Policy Research Institute de Philadelphie, selon lesquelles les miliciens toucheraient une solde de 2000 $, vingt fois plus qu’ils percevaient de la Turquie en Syrie. Les combattants ont signé un engagement de six mois directement avec le Gouvernement d’accord national (GNA). Mais la Turquie aurait promis à tous la nationalité turque et le rapatriement des corps sur leur terre natale en cas de décès.

Au moins six combattants syriens, et sans doute beaucoup plus, sont décédés, signale Elizabeth Tsurkov.

Le GNA et la Turquie, qui ont signé un accord de coopération militaire en novembre,démentent toute présence de miliciens syriens. Officiellement, seuls 35 conseillers militaires turcs sont présents à Tripoli pour former les combattants du GNA à l’utilisation de drones et d’armes antiaériennes.

Le président Erdogan, qui n’a de toute façon pas vraiment les moyens aériens et navals suffisants pour une opération de grande envergure en Libye, a sans doute choisi la solution des miliciens syriens. Elle présente aussi l’avantage d’éviter de payer le prix politique que constituerait le retour à Ankara de cercueils de soldats turcs.

Mercenaires russes et soudanais

La Turquie a décidé d’accroître son soutien à Sarraj, dont les forces menacent de s’effondrer à Tripoli face à l’offensive de son rival Khalifa Haftar.

Basée dans la capitale Tripoli (à l’ouest), le Gouvernement d’accord national (GNA) est présidé par le Premier ministre Fayez al-Sarraj, 59 ans. Reconnu par l’Onu, le GNA s’appuie sur des milices islamistes et les combattants de puissantes tribus de la cité marchande de Misrata. Outre le soutien symbolique de la communauté internationale, le GNA est aidé financièrement et militairement par le Qatar et la Turquie.

Basé à Benghazi en Cyrénaïque, (à l’est), le maréchal Khalifa Haftar, 76 ans, ancien général disgracié de Kadhafi, revenu d’exil en 2011, est soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. Il bénéficie aussi de l’aide depuis quelques mois de 1 000 à 4 000 mercenaires soudanais, recrutés auprès des nouveaux maîtres du Soudan, notamment Mohamed Dagalo, soupçonné de génocide au Darfour… Et aussi de plusieurs centaines de mercenaires russes, forcément acheminés avec le feu vert de Vladimir Poutine.

Aider Haftar à peu de frais, sans s’opposer frontalement à Sarraj et à l’Onu, bref être incontournable en Libye, correspond aussi à la stratégie de la Russie de Poutine : occuper tous les espaces laissés vacants par les démocraties occidentales qui, comme en Syrie, n’ont pas su gérer l’après révolution de 2011.

Source : Ouest France, Patrick Angevin, 15-01-2020

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

Fritz // 10.03.2020 à 07h34

Article intéressant. Je suppose que les quatre dernières lignes étaient la condition « sine qua non » pour être publié dans Ouest France…
Et dire qu’en 2011-2012, cette même presse s’extasiait sur la présence de « révolutionnaires » libyens aux côtés des « résistants » syriens démocrates qui combattaient Adolf Bachar Polpot al-Assad…

10 réactions et commentaires

  • Fritz // 10.03.2020 à 07h34

    Article intéressant. Je suppose que les quatre dernières lignes étaient la condition « sine qua non » pour être publié dans Ouest France…
    Et dire qu’en 2011-2012, cette même presse s’extasiait sur la présence de « révolutionnaires » libyens aux côtés des « résistants » syriens démocrates qui combattaient Adolf Bachar Polpot al-Assad…

      +37

    Alerter
  • Alfred // 10.03.2020 à 08h54

    Les occidentaux du côté des jihadistes comme d’habitude. On suppose que c’est un non événement.
    Sinon ça fait des mois que circulent des vidéos de combattants syriens transférés par la Turquie (smartphones smartphones..)
    Certains moins cons que les autres sont déjà en Italie via la filière bien connue. Pour une fois qu’on peut charger des vrais syriens sur les bateaux.

      +12

    Alerter
  • christian gedeon // 10.03.2020 à 10h41

    J’ai hélas de la mémoire.Et je me souviens. Je me souviens des gauches bêlantes et des centre droits de l’UE plaidant pour l’entrée de la Turquie « dans l’Europe ». Des discours extatiques sur le démocrate Erdogan,islamiste,mais surtout modéré.Des accusations de racisme et autres fariboles adressées à quiconque montrait le moindre scepticisme sur la question. A la multitude de romans et d’essais décrivant avec fascination à quel point l’empire ottoman ,les palais et les harems étaient magiques. Des palanquées. Hoho,le réveil est difficile. Pardoinnez moi,mais faut vraiment être con pour ne pas voir ce qui se passe.

      +11

    Alerter
  • Myrkur34 // 10.03.2020 à 10h48

    Pendant ce temps là, nicolas soutient rachida……..en meeting à Paris….mais ouf, 950 personnes admises seulement.

      +2

    Alerter
  • Koui // 10.03.2020 à 12h04

    Erdogan a raison de comparer les russes de Wagner avec les rebelles syriens, ce sont tous des mercenaires. Je me demandes si on nous dira un jour que la France a aussi payé des mercenaires en Syrie et en Libye. En tout cas, il y a une base militaire ou la France stocke les armes qu’elle récupère lors des conflits. Ces armes sont ensuite reconditionnées puis envoyées à des « combattants de la Liberté ». Je serais curieux de connaitre le détail de ces mouvements de matériels. Mais même ceux d’il y a plus de 50 ans, on ne peut pas les révéler. C’est secret défense.

      +6

    Alerter
    • Jaaz // 10.03.2020 à 12h16

      Bah non, ce n’est pas le genre de notre gouvernement que d’employeur des mercenaires, il y a, comme le rappelle un certain commentateur ici qui a hélas de la mémoire, les bons et les mauvais, les gentils et les méchants.

        +2

      Alerter
  • SanKuKaï // 10.03.2020 à 14h55

    Tous ceux qui cherchent à mettre sur sens dans les évènements et se renseignent ailleurs que dans les médias du type “Le Parisien” ou “AFP” savent ce que relate ces articles. Mais ce qui me surprend le plus c’est la désinvolture avec laquelle les journaux indiquent aujourd’hui que la Turquie a importé, promu, financé et entraîné des Jihadistes en Syrie pour renverser le président Syrien. A l’époque les journaux soutenaient qu’il s’agissait de gentils rebelles modérés de Syrie.
    Quand des pays tiers financeront des groupes armés pour libérer les Français de la tyrannie, je suppose que Le Parisien trouvera cela normal et acceptable.

      +10

    Alerter
  • Fianchet // 10.03.2020 à 21h31

    J’imagine même que cela est payé par l’argent que les européens ont versée à la Turquie pour garder les réfugiés.

      +1

    Alerter
    • Alfred // 10.03.2020 à 22h50

      Non avec cet argent la Turquie a fait un mur « à la trump » ou « à l’israelienne » entre son territoire et celui de la Syrie (séparant ainsi les kurdes au passage). L’Europe ne dresse pas de murs. Elle donne de l’argent aux autres pour faire leurs propres murs.

        +1

      Alerter
  • Afficher tous les commentaires

Les commentaires sont fermés.

Et recevez nos publications