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Hommage au chercheur marxiste Michael Parenti – Compilation d’entretiens

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Le chercheur marxiste, analyste politique, historien et auteur Michael Parenti est décédé à l’âge de 92 ans. Critique virulent du capitalisme, de l’impérialisme et des inégalités de classe, ses travaux intellectuels sont reconnus dans le monde entier. Il est l’auteur de plus de 20 livres, dont « Democracy for the Few » (La démocratie réservée à quelques-uns) et « Superpatriotism » (Superpatriotisme). Voici ce que nous disait Michael Parenti dans l’émission Democracy Now! en 2009. Michael Parenti :

« Eh bien, je soutiens que l’une des fonctions d’un État capitaliste est de défendre le capitalisme contre lui-même, de défendre le capitalisme contre les capitalistes. C’est Marx, oserons-nous le mentionner ? J’ai entendu dire qu’il revenait à la mode. C’est Marx qui a dit qu’un capitaliste en tuerait beaucoup d’autres, que le système commençait à se consumer lui-même. Nous avons observé cela avec Bernard Madoff et ses semblables. […] Le marché libre ne fonctionne pas. Il n’est pas libre. Ce n’est pas vraiment un marché, c’est un pillage. Et il faut y mettre fin. »

Retrouvez toutes les archives de Michael Parenti sur le site https://www.michael-parenti.org/

Source : Democracy Now, 26-01-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises


Michael Parenti : Une crise économique n’est que la conséquence inévitable de « l’apocalypse que s’inflige à lui-même le capitalisme »

Source : Democracy Now, Michael Parenti
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

AMY GOODMAN : Notre prochain invité affirme que « le capitalisme d’entreprise fondé sur le libre échange est, par nature, une catastrophe annoncée ». Michael Parenti est politologue depuis longtemps, il est l’auteur de vingt ouvrages, dont Democracy for the Few (La démocratie réservée à quelques-uns) et Superpatriotism (Superpatriotisme). Son dernier article sur la crise financière s’intitule « Capitalism’s Self-inflicted Apocalypse » (L’apocalypse que s’inflige lui-même le capitalisme). Il nous rejoint maintenant dans notre studio. Hier soir, il a délivré à Fordham une conférence intitulée « Richesse, pauvreté et empire ».

MICHAEL PARENTI : Bonjour, Amy. Bonjour, Juan.

AMY GOODMAN : Comment comprendre la situation actuelle, Michael Parenti ?

MICHAEL PARENTI : Eh bien, il nous faut comprendre que le problème auquel nous sommes confrontés est lié à l’équité et à la justice, que lorsque les fondations sont érodées, le point culminant s’hypertrophie et tout finit pas s’effondrer. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Pendant huit ans, un président nous a répété que l’économie se portait très bien, et c’est vrai, en ce qui concerne ses potes, c’était le cas. Mais pendant ces huit années, les salaires sont restés stables, voire ont diminué. Et nous nous sommes retrouvés avec beaucoup d’argent et nulle part où le placer. Mais c’est parce qu’il n’y avait plus personne en bas de l’échelle en capacité de consommer et d’acheter les biens que ces gens étaient censés acheter. On est parti du principe que le marché immobilier allait continuer à grimper, grimper et grimper, et qu’on pouvait donc se livrer à toutes ces manipulations, mais il n’y avait pas assez de gens pour acheter ces nouvelles maisons. En 2006, cinq personnes faisaient le travail. En 2007, quatre travailleurs faisaient ce même travail qui en demandait cinq en 2006. Cela représentait une augmentation de 20 % de la productivité, mais quant au revenu de ces travailleurs, il n’y a pas eu d’augmentation de 20 %, ni de 10 %, ni de 5 %, ni même de 3 %. Les gens travaillent de plus en plus dur pour gagner de moins en moins.

Et l’objectif réel, c’est vraiment de rapprocher les États-Unis de l’Indonésie. L’objectif, c’est d’éviter le Danemark et d’obtenir l’Indonésie. Je veux dire, c’est ce qu’ils disent. En 1978, plusieurs de ces financiers ont déclaré : « Dans ce pays on va droit vers une social-démocratie, et ce n’est pas ça que nous voulons. » Et oui, ils ont utilisé le terme « social-démocratie ». Ils savent tout ça. Il y a quelques mois, dans le New Yorker, un article expliquait pourquoi les Républicains étaient en difficulté, et l’un d’eux a déclaré : « Eh bien, si nous sommes en difficulté, c’est parce que nous avons accompli tout ce que nous voulions faire. Nous avons détruit la social-démocratie. » Et voilà, c’est ça leur objectif.

Et quand on les écoute aujourd’hui, c’est fascinant et scandaleux. Ils parlent de ne rien faire, simplement de plafonner toutes les dépenses, prétextant que le marché est en phase de correction. Ils utilisent des termes tels que « correction » ou « ajustement ». Ils ne craignent pas les récessions. Les récessions sont une bonne chose. Elles leur permettent d’acheter des petites entreprises à des prix bradés. Elles mettent à mal le monde du travail. Elles humilient les gens et font reculer leurs droits. Et cela, à mon avis, c’est ce à quoi nous devons faire face. Je suis furieux contre les Républicains au Congrès et la manière dont ils s’y prennent. La seule cause qui les passionne, c’est la protection des réductions d’impôts pour les plus riches. Cela semble être leur seul intérêt.

JUAN GONZALEZ : Michael Parenti, j’aimerais vous poser une question à ce sujet. Cela fait maintenant presque un an que cette crise a commencé, et pourtant rien n’a encore été tenté pour mettre en place des réformes ou des régulations. Nous continuons de nous trouver dans une situation qui voit une grande partie du système financier être accaparée par tous ces produits dérivés et ces défauts de crédit, alors que cela ne fait même pas partie des procédures bancaires normales. Quel est votre point de vue à ce sujet, compte tenu de votre conception d’une apocalypse financière auto-infligée ?

MICHAEL PARENTI : Eh bien, je soutiens que l’une des fonctions d’un État capitaliste est de défendre le capitalisme contre lui-même, de défendre le capitalisme contre les capitalistes. C’est Marx, oserons-nous le mentionner ? J’ai entendu dire qu’il revenait à la mode. C’est Marx qui a dit qu’un capitaliste en tuerait beaucoup d’autres, que le système commencerait à se consumer lui-même. Nous avons observé cela avec Bernard Madoff et les gens comme lui.

Et ce n’est pas seulement à cause d’un certain nombre de personnalités qui seraient malveillantes, car ces personnalités sont mises en avant. Ce sont elles qui récoltent les fruits. Ce sont elles qui… Oui, et ce dont nous avons besoin, c’est d’un ensemble de réglementations drastiques, et on n’en a pas assez parlé. Nous n’avons eu qu’une vague allusion à ce sujet dans ce pays, Geithner faisant référence à cela et disant que cela va être quelque chose d’un peu différent, un peu plus responsable, peut-être plus exigeant. Mais en ce qui concerne les réglementations proprement dites, nous n’avons encore rien vu venir.

Le marché libre ne fonctionne pas. Il n’est pas libre. Ce n’est pas vraiment un marché, c’est un pillage. Et il faut y mettre fin.

AMY GOODMAN : Parlez-nous des Démocrates et des Républicains. Les réactions des Républicains vous mettient hors de vous, parce qu’ils veulent des réductions d’impôts mais uniquement pour les riches. Mais qu’en est-il des Démocrates ? Je veux dire, nous venons de vous montrer un extrait avec Tim Geithner, le secrétaire au Trésor, et de son approche de cette crise.

MICHAEL PARENTI : Oh, c’est insuffisant. C’est ce qui ressort de vos questions. C’est insuffisant. Ils ne traitent pas les questions systémiques. Il y a tout ce débat au sujet d’un plan de relance. On n’a pratiquement pas entendu parler du fait que la Réserve fédérale a distribué deux mille cinq cents milliards de dollars, distribué, sans même avoir à rendre de comptes.

AMY GOODMAN : Dites-nous en plus.

MICHAEL PARENTI : Voilà ce que la Réserve fédérale vient de faire : alors que nous avions ce plan de relance de 750 milliards de dollars, qui avait été adopté par le Congrès, la Réserve fédérale a imprimé, puisqu’elle peut imprimer de l’argent et créer de l’argent, elle a distribué plus de 2 000 milliards de dollars au milieu financier américain, sans avoir à rendre de comptes, sans débat au Congrès et sans que cela ne suscite vraiment de réaction.

AMY GOODMAN : Et donc, qu’est-ce que cela veut dire ?

MICHAEL PARENTI : Eh bien, cela signifie que nous allons… Je veux dire, c’est notre argent, qui devient de l’argent réel lorsqu’il se transforme en dette, et que nous devrons le rembourser.

Vous voyez, les Républicains n’ont jamais été hostile à la dette ; ils ont été les plus grands dépensiers de dette qui aient jamais existé. Lorsque Ronald Reagan est arrivé au pouvoir, la dette nationale s’élevait à 800 milliards de dollars. Lorsqu’il a quitté ses fonctions, elle s’élevait à 2 500 milliards de dollars. Dépenser ne lui posait aucun problème. Il a également mis en place le plus grand programme fiscal qui ait jamais existé, mais il s’agissait d’un impôt régressif. C’était un impôt de sécurité sociale qui impactait des dizaines de millions de gens. Lorsque George Bush père est arrivé au pouvoir, la dette nationale est passée de 2 500 milliards à 5 000 milliards de dollars. Clinton, je veux bien lui donner crédit sur ce point, a essayé de rétablir la solvabilité. Mais lorsque George Bush fils est arrivé au pouvoir, en huit ans, la dette est passée de 5 000 milliards à 10 000 milliards de dollars. Et les Républicains ont voté en faveur de cela tout au long de leur mandat. Toutes ces dépenses étaient les leurs. Vous voyez, ils ne se soucient pas de la dette, dans la mesure où celle-ci est en réalité une redistribution vers le haut. Vous imposez les gens ordinaires et vous donnez l’argent aux créanciers riches. C’est un moyen très régressif de redistribuer la richesse vers le haut. La dette leur convient donc très bien.

JUAN GONZALEZ : Je voudrais vous demander, compte tenu des liens de plus en plus étroits entre nos banques et autres multinationales, comment peut-on remédier à une crise dans un pays. Par exemple, hier soir sur C-SPAN, j’ai entendu la commission d’enquête du député Kucinich concernant le plan de sauvetage. Il a tenu hier une audition de contrôle. Et il a interrogé le département du Trésor sur le fait que l’argent du plan de sauvetage a été versé à des banques qui, dans certains cas, utilisent ensuite cet argent pour investir à l’étranger, et ce, à hauteur de 6 milliards de dollars d’investissements à Dubaï, un investissement de 8 milliards de dollars dans une entreprise en Chine. Je pense que c’est la Bank of America, donc… Et Kucinich demandait : pourquoi donnons-nous de l’argent pour renflouer des banques qui disent ne pas pouvoir prêter aux États-Unis, mais qui utilisent ensuite cet argent pour investir à l’étranger ? Comment concilier les connexions mondiales de ces entreprises avec la nécessité, dans un pays particulier, d’endiguer la crise financière ?

MICHAEL PARENTI : Eh bien, selon moi, il faut cesser de donner le genre d’exemples que justement vous donnez, en disant que l’argent devrait être dépensé à bon escient, et qu’il doit être assorti de nombreuses conditions. En réalité, c’est le gouvernement qui devrait faire des investissements directs. Le gouvernement devrait s’impliquer directement dans la production. C’est le gouvernement qui devrait construire des logements. C’est le gouvernement qui devrait fournir les soins de santé.

Les soins de santé en sont un parfait exemple, où vous — la couverture santé est terrible. Donc, offrir une couverture santé à tout le monde nous obligera à continuer à nous battre contre ces compagnies d’assurance privées pour obtenir de l’argent, sans jamais l’obtenir. Et les compagnies d’assurance n’obtiennent rien, ne donnent rien, ne font rien. Elles ne sont qu’un péage. Elles encaissent des milliards de dollars et ne font strictement rien. Si on avait un système à payeur unique, cela viendrait directement du gouvernement, comme c’est le cas pour Medicare ou les hôpitaux pour vétérans [VA hospitals, Ndt], et voilà.

Ainsi, en ce qui concerne les banques, nous devrions peut-être commencer à les nationaliser. Nous devrions commencer à resserrer les liens entre le système financier et ce qu’on appelle, de manière très révélatrice, « l’économie réelle », dans laquelle les gens ont encore besoin de travailler, de consommer et de vivre. Et cela pourrait être une solution.

Que faisons-nous à l’échelle internationale ? Je ne sais pas. Vous avez reçu des personnes compétentes. Il vous faudra leur poser la question la prochaine fois.

AMY GOODMAN : Comment voyez-vous l’avenir du capitalisme, Michael Parenti ?

MICHAEL PARENTI : Je vois un avenir où il y aura beaucoup de souffrances. Je vois cela : l’objectif est d’avoir de plus en plus d’Indonésie et moins de Danemark et autres pays similaires.

AMY GOODMAN : Et cela signifie quoi ?

MICHAEL PARENTI : Cela signifie que même dans les démocraties sociales d’Europe occidentale, il y aura des coupes budgétaires, des privatisations, des déréglementations, une augmentation des inégalités, des réductions des services sociaux, etc., dans des pays qui étaient plutôt respectables, des pays où le capitalisme était réfréné et contrôlé, dans une certaine mesure, en tout cas.

AMY GOODMAN : Et outre la brutalité de l’Indonésie, que voulez-vous dire par « et d’autres Indonésie » ?

MICHAEL PARENTI : Eh bien, l’Indonésie, c’est un paradis du libre marché. Ils parlent de libre marché. En Indonésie, il n’y a pas de protection des consommateurs, il n’y a pas de réglementation, il n’y a pas de soins médicaux publics, il n’y a pas de service public de l’éducation. Tout simplement, les gens meurent plus jeunes.

AMY GOODMAN : Pensez-vous que des émeutes de masse vont éclater ?

MICHAEL PARENTI : Non. Eh bien, d’une part, les gens peuvent être tellement démoralisés, et d’autre part, c’est un État assez répressif, donc ce n’est pas si facile.

Source : Democracy Now, Michael Parenti, 12-03-2009

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises


Michael Parenti sur « Le combat culturel »

Source : Democracy Now, Michael Parenti
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

AMY GOODMAN : Nous terminons l’émission d’aujourd’hui avec les propos de l’écrivain, analyste politique et critique de la société Michael Parenti, auteur de plus de 20 livres, dont Democracy for the Few, Superpatriotism et, plus récemment, The Culture Struggle. Michael Parenti nous a rejoints hier dans notre studio pour discuter de la guerre en Irak, de la démocratie aux États-Unis et de ce qu’il appelle les « gentlemen impérialistes ». J’ai commencé par lui demander son avis sur la situation actuelle.

MICHAEL PARENTI : La guerre a détruit l’Irak et a déjà provoqué un bain de sang. Bush a déclaré que nous ne pouvions pas partir, car cela entraînerait un bain de sang. Le bain de sang a déjà lieu. Il se déroule en ce moment même. J’ai entendu la même chose pendant dix ans à propos du Vietnam. « Nous ne pouvons pas partir. Cela entraînerait un bain de sang. » Eh bien, en fait, lorsque nous avons quitté le Vietnam, les bombardements ont cessé, les pulvérisations d’agent orange ont cessé, les attaques au napalm et les massacres ont cessé, le programme Phoenix d’assassinats de la CIA a cessé, les effusions de sang ont cessé. Et je pense que la même chose se produirait en Irak. C’est mon opinion.

AMY GOODMAN : Qu’est-ce qui a mis fin à la guerre du Vietnam ?

MICHAEL PARENTI : Le retrait américain et… vous voulez dire, pourquoi ils se sont retirés ? La situation était tout simplement devenue intenable et impopulaire aux États-Unis. Elle semblait sans issue. Et je pense que c’est la même chose qui se passe maintenant. Vous avez vu au cours des six ou sept derniers mois au Congrès, c’est incroyable, et dans le pays, où auparavant ils hésitaient à dire : « Oh, je ne suis pas sûr que nous voulions nous retirer. » Ils le disent tous maintenant, et ils se rendent compte que la plupart des Américains veulent se retirer. Bush n’utilise plus l’expression « maintenir le cap ». Ils ont découvert que le public américain rejetait cette expression, car elle avait un caractère en quelque sorte illimité. Il n’y avait pas d’issue à cette situation, ce « maintenir le cap ». Ils l’ont donc abandonnée. Ils ne l’utilisent plus jamais. Ils savent qu’ils se trouvent eux-mêmes dans une impasse.

AMY GOODMAN : Pouvez-vous nous parler de la place de la culture dans cette histoire ? Vous venez d’écrire un nouveau livre, l’un de vos nombreux ouvrages. Il s’intitule The Culture Struggle (La lutte culturelle). Pourquoi vous intéresser à la culture aujourd’hui ?

MICHAEL PARENTI : J’ai constaté que la culture est un domaine très controversé. Partout dans le monde, d’importantes luttes se livrent autour de la culture. Et ce qu’on nous enseigne, c’est une vision progressiste qui nous dit que, face au suprémacisme culturel et à l’impérialisme culturel, nous ne devrions pas vraiment porter de jugement sur les cultures. Et pourtant, chaque culture, y compris la nôtre, se doit d’être jugée, car les cultures ne sont pas neutres. Certaines personnes en tirent profit, tandis que d’autres peuvent en être victimes.

Les femmes, par exemple, sont parmi les plus grandes victimes, les victimes universelles, de presque toutes les cultures du monde. Et plus je me penchais sur cette question, plus je me rendais compte à quel point cela était vrai. Et par « victimisation », je ne parle pas seulement des opportunités professionnelles, des rôles dans la vie ou autres, je parle de survie pure et simple. L’ampleur des préjudices, des abus et des violences infligés aux femmes dans toutes les cultures est vraiment effrayante, et il me semble — je veux dire, il existe certaines cultures villageoises en Asie centrale, au Moyen-Orient et dans certaines régions du monde où, si une jeune femme est violée, son père la tue pour restaurer l’honneur de sa famille. C’est à cela que nous sommes confrontés. Et même dans notre propre culture, la violence à l’égard des femmes est endémique. Je pense qu’une grande part du féminisme, qui se concentre tellement sur les questions de mode de vie, d’expression personnelle, de développement personnel, qui sont toutes importantes et louables, devrait peut-être accorder une attention beaucoup plus militante à cette question.

AMY GOODMAN : Vous parlez de la commercialisation massive de la culture.

MICHAEL PARENTI : Oui, eh bien, nous constatons que nous créons de moins en moins notre propre culture. Les quelques éléments que nous créons, nous les appelons « culture populaire », et même ceux-là sont commercialisés.

AMY GOODMAN : Que voulez-vous dire ?

MICHAEL PARENTI : Eh bien, il y a les chansons folkloriques, c’est-à-dire les chansons créées par le peuple, mais beaucoup d’entre elles sont enregistrées sur CD et commercialisées comme n’importe quel autre produit de l’industrie musicale. Ainsi, une part de plus en plus importante de notre musique, de nos récits et de nos expériences est désormais produite par les médias, et nous achetons une grande partie de notre culture au lieu de la créer nous-mêmes.

AMY GOODMAN : Et la psychiatrie, vous parlez de la psychiatrie comme d’une arme de contrôle.

MICHAEL PARENTI : Oui. Eh bien, la psychiatrie a toujours prétendu être purement scientifique, mais elle est en réalité imprégnée de toutes sortes de valeurs conventionnelles et élitistes. Nous savons comment la psychiatrie a traité les femmes. Avant la guerre de Sécession, les psychiatres parlaient des esclaves souffrant d’une maladie appelée drapetomanie, qui se caractérisait par une envie irrésistible de fuir l’esclavage, et qui a été considérée comme une maladie mentale pendant des générations. Jusqu’aux années 1970, l’homosexualité était considérée comme une maladie qui devait être traitée d’une manière ou d’une autre. Aujourd’hui, l’Association américaine de psychiatrie a changé d’avis et affirme que ce n’est pas une maladie. Ces deux positions ont été adoptées de manière non scientifique. La première s’inscrivait dans une culture homophobe, tandis que la seconde était une réponse à l’activisme politique des homosexuels, qui disaient : « Arrêtez ! C’est une forme d’oppression à notre égard. »

AMY GOODMAN : L’impérialisme culturel ?

MICHAEL PARENTI : L’impérialisme culturel montre simplement que l’impérialisme ne fonctionne pas isolément. Lorsqu’une puissance ou une force conquérante s’installe dans une région, elle impose alors ses propres hommes saints, ses propres normes et ses propres modes de vie culturels à la population, dans la mesure où cela sert les intérêts de la puissance colonisatrice. Et derrière l’impérialisme culturel se cache l’ethnocentrisme, la présomption que notre culture est, après tout, supérieure à la vôtre, et que nous allons donc venir vous montrer comment vous devriez vraiment vivre.

On retrouve un peu cela dans la guerre actuelle en Irak. On présume que cette civilisation vieille de 5 000 ans, celle qui a inventé l’écriture et toutes sortes d’autres choses, a besoin des conseils de la Maison Blanche de Bush pour apprendre ce qu’est la démocratie. C’est la meilleure blague de la journée. Vous n’avez même pas esquissé un sourire. Et c’est un exemple parfait d’impérialisme culturel, d’autant plus que les Irakiens ont connu une révolution démocratique en 1958, laquelle a été lentement sapée par l’aile droite du parti Baas sous Saddam Hussein, qui lui-même recevait l’aide et le soutien de la CIA. C’est un élément que les grands médias ont totalement occulté, et dont on n’entend jamais parler.

Source : Democracy Now, Michael Parenti, 08-05-2007
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises


Michael Parenti et son livre « Dirty Truths » (Les vérités cachées)

Source : Democracy Now, Michael Parenti
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

AMY GOODMAN : Vous écoutez Democracy Now ! Michael Parenti est l’un des analystes politiques les plus captivants de ce pays. Auteur et critique de la société, ses opinions sont largement ignorées des médias grand public, mais sa voix est souvent entendue ici, sur Pacifica Radio. Son nouveau livre s’intitule Dirty Truths: Reflections on Politics, Media, Ideology, Conspiracy, Ethnic Life and Class Power (Vérités sales : réflexions sur la politique, les médias, l’idéologie, le conspirationnisme, la diversité ethnique et le rapport de force entre les classes). Il y aborde la relation entre richesse et pauvreté, les injustices de la domination mondiale exercée par les entreprises américaines, la censure et le battage médiatique autour du terrorisme, autant de questions urgentes qui sont largement ignorées en cette année électorale. Nous vous présentons maintenant un entretien avec Michael Parenti enregistré lors d’une récente séance de dédicace en Californie, à l’occasion de laquelle il a exposé les idées développées dans son livre, Dirty Truths.

MICHAEL PARENTI : L’un d’entre eux, l’un de ces choix, s’intitule « Fabriquer les pauvres » et traite de la question suivante : d’où viennent les pauvres ? Vous voyez, la Bible nous dit que les pauvres seront toujours là, qu’ils sont toujours parmi nous. Mais à l’origine, d’où viennent-ils? Vous voyez ? Je réponds de façon bien peu mystérieuse à ce qui est un mystère historique, vous voyez ? Je dis que la grande richesse crée la pauvreté, que nous juxtaposons souvent richesse et pauvreté. Nous disons : « Il y a tant de richesse et tant de pauvreté, et c’est terrible », et tout ça. Mais nous devrions commencer à réaliser que ces deux choses vont souvent de pair, et que ce n’est pas un hasard. C’est parce que la richesse cause la pauvreté. Et pourtant ce n’est pas ce qu’on apprend habituellement. On nous apprend que la richesse élimine la pauvreté. « Oh, si nous obtenons tant de richesse, vous savez, et que la part de chacun augmente, tout le monde s’en trouve mieux. N’est-ce pas formidable ? »

La triste vérité, c’est que les riches sont la principale cause de la pauvreté. Quand quelques-uns accumulent d’énormes surplus, la plupart des gens, dont le travail crée ces surplus, connaissent le besoin et la privation. Les propriétaires d’esclaves vivent dans le luxe et l’opulence parce que les esclaves travaillent dur du matin au soir pour créer leur richesse, tout en ne consommant qu’une infime partie de la richesse qu’ils créent. Aujourd’hui, dans une grande partie du monde, il existe de grands latifundios [L’accaparement de la terre par le latifundio n’est pas une fin en soi ; il vise à obliger le paysan à se louer, NdT]. Partout où il y a de grands latifundios, il y a une très forte concentration de paysans sans terre et sans ressources, entassés sur les pentes de collines poussiéreuses ou qui ont fini dans des bidonvilles surpeuplés, etc. Partout où il y a de riches investisseurs qui tirent d’énormes profits de la production, il y a aussi des ouvriers qui travaillent pendant de longues heures tout en n’étant payés qu’une petite fraction de la valeur de ce qu’ils produisent.

Comme je l’ai dit, ce n’est pas un simple hasard. Quelles sont les autres façon d’accumuler des richesses ? Eh bien grâce au travail de ceux qui produisent bien plus que ce qu’ils sont autorisés à consommer. Les propriétaires d’esclaves ou les seigneurs féodaux qui passaient leurs journées à chasser, à monter à cheval, à se battre en duel, à festoyer : ont-ils créé l’abondance dont ils jouissaient ? Et aujourd’hui, les grands actionnaires, les Steve Forbes, les Nelson Rockefeller et tous ceux qui passent leur vie à faire du bateau, à faire la fête, à assister à des bals de charité, à étudier la poterie et la photographie ou à candidater aux élections, comme le font un nombre de plus en plus grand d’entre eux, ont-ils créé les fortunes qu’ils amassent grâce à leurs investissements ?

On peut voir le lien entre richesse et pauvreté lorsque les PDG licencient des milliers de travailleurs, puis s’octroient des primes et des salaires faramineux en accélérant le rythme de travail et la productivité des travailleurs qui restent, les terrorisant au passage. Et c’est justement le but recherché : vous faire peur, vous pousser à travailler de plus en plus dur pour de moins en moins, et à vous en contenter.

Et puis, il ne faut pas oublier que non seulement ils s’octroient des salaires et des primes faramineux, mais ils distribuent également des milliards, des milliards de dollars – mon Dieu, quel mécanisme d’amplification ! – Des milliards de dollars, lesquels vont aux grands actionnaires. Il ne faut pas l’oublier. Il ne faut pas oublier cela. Vous voyez, vous pouvez critiquer, il arrive qu’on critique les PDG qui touchent ces salaires énormes, mais ça c’est une chose. Quand on critique les PDG, on se rend coupable de lynchage médiatique. Parce que ce que vous dites, c’est que vous critiquez des individus cupides. Si on critique l’ensemble des actionnaires, ces 1 % ou 2 % qui se trouvent au sommet, cela ne se verra même pas dans les statistiques. Quand on fait des estimations de la répartition des revenus, on ne compte même pas les personnes au sommet. On va jusqu’à un million de dollars. C’est le salaire le plus élevé qu’on prend en compte, un million de dollars. Mais cela n’inclut pas les 2 % les plus riches qui possèdent la majeure partie de la richesse en Amérique. On ne les compte même pas. Dans les statistiques, on les maintient dans l’invisibilité. Si on devait parler de la façon dont ils s’enrichissent réellement, on passerait alors d’une dénonciation ou d’une critique d’individus cupides à une critique de classe, une analyse de classe de la répartition de la richesse et du pouvoir. Et là ça devient sérieux.

Et on pourrait alors se demander pourquoi, après deux siècles d’incroyables développements technologiques et d’expansion économique sans précédent, deux siècles d’augmentation de la productivité à peine imaginable auparavant, pourquoi, avec toute cette augmentation de productivité et cette expansion, pourquoi le nombre de personnes vivant dans la pauvreté dans le monde du marché libre a augmenté beaucoup plus rapidement que toute autre segment de la population. Pourquoi la population des bidonvilles dans le monde a-t-elle augmenté à un rythme bien plus rapide que la population mondiale totale ? Pourquoi une croissance industrielle aussi spectaculaire s’est-elle accompagnée d’une augmentation de la misère, de la détresse et de la répression ? Ainsi, la prochaine fois que quelqu’un prêchera l’évangile de l’économie libre et de la productivité, il nous faudra lui demander : au profit de qui et au détriment de qui ?

Ce que j’essaie de faire dans Dirty Truths, ce n’est pas seulement dénoncer ces choses, mais tenter d’expliquer pourquoi elles existent. Quand on commence à faire cela, on passe d’une simple critique venue de la gauche à une analyse radicale. On se rend compte que les choses qui nous sont infligées, des licenciements à la pollution de l’eau et de l’air, en passant par le gaspillage énergétique et le massacre d’innocents à l’étranger, sont motivées par des raisons rationnelles et égoïstes. Elles ne sont pas le fruit de la bêtise et de la stupidité. Elles profitent à des intérêts puissants qui cherchent délibérément à saper la nature même de la démocratie – pas nécessairement son apparence, mais sa nature.

Prenons la façon dont le pouvoir de la police a été utilisé, comment le pouvoir policier est utilisé dans notre société. Prenons le cas, un cas tragique qui s’est produit il n’y a pas longtemps, celui de Polly Klaas. Souvenez-vous, ils ont attrapé son meurtrier présumé alors qu’elle était encore en vie. Il l’avait cachée dans les bois, et une femme qui se trouvait chez elle a appelé la police. La police est arrivée, a arrêté cet homme dans les bois et a cru à son histoire. Il a dit qu’il était simplement en train de se promener au milieu de la nuit dans les bois et que sa voiture avait glissé dans un fossé. Ils l’ont aidé à sortir sa voiture et il est reparti. Ils n’ont même pas procédé à un contrôle approfondi concernant cet homme. Et ce dernier est revenu, l’a retrouvée, l’a violée et l’a tuée. Je veux dire, quel genre de travail policier était-ce là ? Je veux dire, c’était le plus minable : c’était la démonstration d’un travail policier le plus lamentable qui soit..

J’ai dit à l’époque : « Si, à Petaluma, ce type avait braqué une banque au lieu de prendre une vie humaine précieuse, ils auraient mis en place des barrages. Ils auraient fait venir des hélicoptères. Ils l’auraient attrapé en un rien de temps. » Savez-vous ce qui s’est passé environ un an plus tard à Petaluma ? Des types ont braqué une banque. J’ai sorti les coupures de presse, car c’est très rare qu’une théorie se vérifie immédiatement dans la vie réelle, comme dans un test en laboratoire. Et voilà. Ils ont braqué une banque. Savez-vous ce qui s’est passé ? Ils ont mis en place des barrages routiers. Ils ont fait appel à des hélicoptères. Ils les ont attrapés en 20 minutes. Chaque année, des dizaines de milliers d’enfants disparaissent, et la police ne mène même pas d’enquête. Pourquoi ?

Quarante églises noires ont été incendiées cette année, et des dizaines d’autres au cours des deux années précédentes. Pendant deux ans, les autorités n’ont même pas enquêté, elles n’ont même pas… Les autorités fédérales n’ont même pas levé le petit doigt pendant deux ans. Maintenant, elles disent : « Eh bien, nous ne voyons pas de complot. Nous ne voyons pas de schéma récurrent. Nous ne sommes pas sûrs qu’il s’agisse d’actes à caractère racial. » Allô ? Je dis : « Allô ? Non mais attendez, quoi. Est-ce que quelque chose m’aurait échappé ? On a ces Blancs qui incendient ces églises noires, mais on ne pense pas qu’il s’agisse d’actes à caractère racial. D’accord, très bien. Qu’est-ce qui en ferait un acte à caractère racial ? Qu’est-ce qui en ferait un acte à caractère racial ? Quelle serait la preuve ? » Eh bien, l’autre chose que les autorités ont dite, je l’ai lu dans le New York Times, je ne plaisante pas, c’est : « De toute façon, il est difficile d’arrêter les pyromanes, car ils brûlent les preuves. » Vous voyez ?

Maintenant, mesdames et messieurs, frères et sœurs, imaginez si… imaginez si 40 banques avaient été incendiées dans plusieurs États en l’espace de six mois. Et que des dizaines d’autres avaient été incendiées au cours des deux années précédentes. Les autorités fédérales auraient-elles attendu deux ans ? Vous voyez ? Est-ce qu’elles seraient intervenues et auraient commencé à interroger le président de la banque le jugeant suspect ; comme elles le font avec les églises noires. Elles interrogent les pasteurs et les fidèles. Elles interrogent les groupes d’intérêt qui ont fait pression pour qu’elles mènent l’enquête. Elles les interrogent : « Que savez-vous ? » Elles les traitent comme des suspects. Eh bien, si des banques étaient incendiées, pensez-vous qu’elles interviendraient et diraient : « Nous ne voyons pas de schéma récurrent. Nous ne savons pas s’il s’agit d’un mouvement anti-banques. Nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’un complot. Et de toute façon, il est difficile d’arrêter les incendiaires de banques, car ils brûlent les preuves. Il est difficile d’arrêter les braqueurs de banques. Ils prennent l’argent et s’enfuient » ? En fait, n’y aurait-il pas des policiers de garde devant toutes les banques des régions en question ? Y a-t-il donc une règle pour les banques et une autre pour les églises noires et les cliniques d’avortement ?

Quatre animateurs haïtiens de talk-shows aux États-Unis ont été assassinés. Tous critiquaient ouvertement le régime militaire qui avait renversé le président Aristide. Le FBI n’a pas vu de lien entre ces meurtres. Il doutait qu’il y ait un motif politique. Sept rédacteurs et publicistes vietnamiens américains ont été assassinés. Ils appelaient tous à la normalisation des relations avec le Vietnam. Le FBI dit ne pas avoir vu de lien entre ces meurtres. Il ne pensait pas qu’il y ait un motif politique. Et pourtant dans un des cas, peut-être même deux, une organisation vietnamienne revendiquait la responsabilité des meurtres. Elle portait un nom neutre et pastoral, du style « Guerriers vietnamiens pour le Christ contre le communisme », quelque chose comme ça. Le FBI a déclaré : « Ah, c’est probablement un groupe culturel là-bas. Je ne sais pas. En tout cas nous ne voyons aucune motivation politique ici. »

Eh bien, maintenant, le FBI et la police sont-ils stupides ou font-ils de la politique lorsqu’ils agissent ainsi ? Je dirais que vous êtes stupide si vous pensez qu’il s’agit ici de stupidité. Et nous adorons faire ça, soit dit en passant. Nous adorons dire : « Comme ils sont stupides ! Ils font ceci et cela. Comme c’est stupide ! Et ils veulent relever ce défi, mais c’est ce qui va se passer. Oh, quelle stupidité ! » Ce n’est pas stupide. Ils savent très bien ce qu’ils font. C’est stupide du point de vue de vos intérêts. C’est stupide d’un point de vue social. C’est stupide du point de vue de ceux qui veulent une communauté digne, meilleure, plus juste et plus équitable. Mais ils savent ce qu’ils font. Ce n’est pas… ils ne sont pas stupides. « La politique étrangère américaine, tellement stupide », j’entends les gens dire. « C’est tellement stupide ! » Je ne pense pas. Je pense que c’est une politique étrangère brillante, meurtrière, mondiale et couronnée de succès. Elle est répressive, élitiste et profite à ceux qui la mettent en œuvre. Elle a été incroyable. Et à aucun moment dans l’histoire, il n’y a eu de politique étrangère qui ait accompli ce que la puissance américaine a accompli partout dans le monde. Ils ont pratiquement tout verrouillé.

Nous adorions dire que Ronald Reagan était stupide. Pendant huit ans, j’ai dû discuter avec des gens, avec des publics, avec des personnes de gauche, pour leur dire : « Il n’est pas stupide. Arrêtez de le traiter de stupide. » Je veux dire, c’est stupide de le traiter de stupide. Ce que je veux dire c’est qu’il n’était pas très malin. Il allait en Uruguay et disait : « C’est merveilleux d’être ici en Bolivie. » Vous vous souvenez quand il a fait ça ? Mais à la différence de la plupart des présidents qui l’ont précédé, y compris Jimmy Carter et Gerald Ford, il savait qu’il avait un projet, et il savait ce qu’il voulait faire, et il l’a fait. Il a doublé le budget militaire. Il a détruit l’impôt progressif sur le revenu. Il a exercé son droit de veto à maintes reprises à des fins conservatrices avec une précision incroyable. Il a maintenu au plus bas le salaire minimum, sans bouger d’un pouce pendant son mandat. Il a redistribué des milliards de dollars de revenus. Il a appauvri les pauvres et enrichi les riches. Et quand il a quitté la Maison Blanche, il a laissé derrière lui un monde plus sale, plus pauvre, mais plus riche pour lui et les 1 % ou 2 % qui se trouvent au sommet.

Et nous sommes stupides lorsque nous pensons que ceux qui contrôlent la richesse, la technologie, les marchés, les armées, la masse monétaire, les ressources naturelles et les médias dans le monde sont stupides. Ne sont-ils pas stupides ? Ils contrôlent tout, et nous pensons qu’ils sont stupides. Nous restons assis là, avec notre air supérieur, et nous disons : « Ils ne font pas ce que je veux. Ils doivent être stupides. C’est pour ça. » Nous sommes stupides lorsque nous pensons qu’ils ne savent pas ce qu’ils font et qu’ils n’ont pas une conscience aigüe de leurs propres intérêts.

Oh, mais si vous dites qu’ils le font sciemment, eh bien, pensez-vous qu’il y s’agit d’un complot, hein ? Je veux dire, pensez-vous qu’il y a un petit groupe d’hommes assis dans une pièce qui planifient tout ça ? Voilà une image qui est censée vous bouleverser, démolir votre argumentation, qui fait mouche, vous voyez ? Je réponds : « Non, non, ils ne sont pas assis dans une pièce. Ils sautent d’avion en avion et, quand ils sont en apesanteur, ils discutent entre eux. Ou bien ils se rencontrent sur des bancs publics. » Bien sûr qu’ils sont assis dans des pièces ! Où diable pensez-vous qu’ils sont assis ? Ils ont plein de pièces à la Maison Blanche. Ils ont plein de pièces chez General Motors. Ils ont plein de pièces à Langley, en Virginie, à la CIA. Personne ne complote, ne planifie et ne conspire comme le font les intérêts dominants. Ils ont leur Commission trilatérale, et ils ont leur Conseil des relations étrangères, et ils ont leurs conférences Bilderberg, et ils ont leur Bohemian Grove, et les élites locales ont leur Bohemian Club ici à San Francisco. Ils n’arrêtent pas de se réunir, de discuter et de réfléchir avec leurs experts et leurs pairs. Et nous disons : « Il ne faut pas croire qu’ils se parlent et se fréquentent réellement. C’est du complotisme ! »

Par définition, une conspiration est une tromperie secrète à des fins illégales. Voilà ce qu’est une conspiration. Alors, pouvons-nous vraiment croire aux conspirations ? Pouvons-nous vraiment croire aux conspirations ? Bom, bom. Nous ne pouvons pas croire à toutes les conspirations. Certaines sont des théories farfelues, c’est vrai. Les hélicoptères noirs de l’ONU qui ont déjà pris le contrôle de l’Amérique, c’est difficile à croire. Mais veut-on dire par là qu’il faut rejeter en bloc toute idée de complot ? Eh bien, Parenti, si tu crois aux conspirations, alors cela veut dire qu’en nous demandant de croire aux complots, tu nous demandes de croire que les politiciens, les chefs d’État et les dirigeants d’entreprise mentent au public. Voilà ce que tu dois croire si tu crois aux complots. Tu dois croire qu’ils agissent parfois en secret, qu’ils cachent des infos et détruisent des documents compromettants, qu’ils enfreignent la loi ou la contournent, qu’ils prétendent servir le peuple alors qu’ils servent en fait leurs propres intérêts. Qui peut croire tout ça ? À ce rythme là, tu vas finir par me dire que les cloches de Pâques n’existent pas.

Mesdames et messieurs, nous ne parlons pas ici de théorie du complot. Nous parlons d’une réalité conspiratrice, d’une réalité politique. C’est bien de cela qu’il s’agit. Si les théories que nos dirigeants avancent pour justifier leurs politiques semblent parfois irrationnelles ou stupides, cela ne signifie pas pour autant que la politique elle-même soit irrationnelle du point de vue des intérêts de classe de ceux qui la mettent en oeuvre. Souvent, nous pensons que quelque chose est irrationnel ou stupide, parce que nous voyons bien le fossé entre ce qui est dit et certaines choses évidentes, alors nous disons : « Cette personne est complètement confuse. » Mais il y a une différence entre la stupidité et la supercherie. Il y a une différence entre la confusion et la tromperie. Ce qu’ils commettent, c’est une tromperie. Ils disent ces choses non parce qu’ils sont stupides, mais parce que ce sont des menteurs.

L’un des problèmes auxquels nous sommes confrontés, et l’un des problèmes que Dirty Truths, ce livre, tente d’aborder, est le fait que nous sommes en permanence bombardés d’informations. Il n’est pas vrai que nous ne pouvons pas trouver d’informations. Je veux dire, c’est vrai ça aussi. On peut demander à un journaliste d’investigation. Obtenir des réponses ou des preuves peut se révéler un vrai parcours du combattant. Pourtant, si on regarde autour de soi, on est bombardé d’informations, cependant, on ne nous explique jamais le pourquoi des choses, pourquoi elles se produisent. Chaque jour, on reçoit des rapports venant des dirigeants politiques et des médias d’information au sujet de toutes sortes de crimes, de problèmes et de conflits, mais on nous dit bien peu sur la manière dont l’ordre social est organisé et concernant les intérêts qui prévalent. En l’absence d’un cadre expliquant pourquoi les choses se produisent, nous sommes amenés à voir le monde à peu près comme le font les experts de droite et du centre. J’appelle cela de l’expertise de caniveau. J’appelle ça des excréments d’experts. Je leur donne aussi bien d’autres noms que je ne répéterai pas ici. Ces gens là voudraient aujourd’hui nous faire voir le monde comme un flux d’événements, de hasards, de personnalités, d’ambitions, d’évolutions, « évolutions », le mot est bien choisi. Vous savez ce que cela veut dire ? Des évolutions ? Vous voyez ? Pour eux, les choses n’arrivent jamais parce que les intérêts de la classe dominante exigent qu’elles se produisent. Pourtant, je ne peux m’empêcher de constater qu’une grande partie des hasards Innocents ne font que renforcer ces mêmes intérêts de classe. C’est une coïncidence extraordinaire, absolument extraordinaire.

Mesdames et messieurs, je pense que c’est ainsi que nous apprenons la stupidité. Nous apprenons à ne pas faire le lien entre les problèmes sociaux et les forces socio-économiques qui les ont créés. Nous apprenons à mutiler notre propre pensée. Nous apprenons à ne pas regarder les réalités actuelles dans le contexte d’un ensemble plus large de relations sociales.

Imaginons maintenant qu’on essaie quelque chose de différent. Supposons qu’on essaie d’expliquer que la richesse et la pauvreté sont toutes deux le résultat intentionnel de l’exploitation économique tant sur le plan national que sur le plan international. Comment pourrait-on faire paraître une telle analyse dans les grands médias traditionnels ? C’est impossible. Supposons qu’on commence par raconter une histoire en particulier, celle qui raconte la façon dont des enfants sous-payés et mal nourris en Indonésie sont engagés sous contrat par des multinationales pour des salaires de quasi famine. Cette information ne serait relayée dans aucune publication de droite, mais elle a déjà été publiée. Elle a été publiée après des années de lutte de manifestants, de certains manifestants. Elle a été publiée dans la presse grand public centriste. Finalement, grâce à un petit coup de pouce de Kathie Lee, les médias ont découvert cette question du travail des enfants en Indonésie, et maintenant, cela fait partie de l’actualité.

Et si on franchissait alors la ligne et allions jusqu’à dire que cette exploitation était soutenue par toute la puissance du régime militaire indonésien et que, en fait, les généraux indonésiens, toute la famille Suharto, étaient impliqués jusqu’au cou dans des investissements se servant du travail des enfants ? Eh bien, cela empêcherait quand même beaucoup d’autres publications de le publier, mais le New York Times et le Washington Post pourraient toutefois encore publier cette information. Je ne l’ai pas vue, mais ils pourraient encore l’inclure au paragraphe 23, page 27. Cela pourrait s’y trouver. J’ai regardé il y a quelques semaines une émission entière de Nightline avec Ted Koppel, cela concernait le travail des enfants en Indonésie, et pas une seule fois il n’a mentionné le gouvernement indonésien.

Supposons alors qu’on franchisse une autre ligne dans cette question de l’Indonésie et qu’on aille jusqu’à dire que ces mesures répressives ne dureraient pas très longtemps s’il n’y avait l’État sécuritaire américain, qui a armé, formé, payé et conseillé cette folle machine à tuer connue sous le nom d’armée indonésienne ? Et si on allait jusqu’à dire que la CIA et les services de renseignement militaire américains étaient fortement impliqués en Indonésie, soutenant ce gouvernement et maintenant le statu quo, favorisant en fait les conditions propices au travail des enfants ? Une telle histoire aurait encore moins de chances d’être rapportée dans la presse grand public ou même dans la presse de gauche. Mais comme le sujet reste très spécifique et ne s’inscrit dans aucune perspective de réflexion globale, il serait probablement publié dans des revues d’opinion libérales de gauche telles que The Nation, The Progressive ou In These Times. Ce serait un article à sensation, et ça passerait.

Maintenant, supposons qu’on continue en soulignant que les conditions qui prévalent en Indonésie, l’exploitation économique impitoyable, la répression militaire brutale, le soutien généreux des États-Unis, supposons qu’on aille jusqu’à dire que ces conditions existent également dans de nombreux autres pays. Supposons ensuite qu’on franchisse la ligne la plus grave de toutes et qu’au lieu de déplorer cela et de dire que c’est terrible, on demande pourquoi. On dirait : « Pourquoi ? Pourquoi les États-Unis se livrent-ils à des activités aussi peu recommandables et soutiennent-ils des régimes fascistes aussi peu recommandables partout dans le monde, avec ou sans le bénéfice d’élections de façade ? Pourquoi font-ils cela ? » Vous savez, pendant des années, les gens ont déploré le fait que les États-Unis aient été du mauvais côté, contre les peuples. Mais personne n’a jamais demandé : « Pourquoi ? Pourquoi font-ils cela ? »

Et si on essayait alors d’expliquer l’ensemble du phénomène en soulignant à quel point il était cohérent avec l’engagement des États-Unis à rendre le monde sûr pour un capitalisme de marché libre, pour le capital financier international mondial ? Et si on disait que cette politique avait pour objectif de maximiser les possibilités d’accumuler des richesses, de faire baisser les salaires, de faire baisser la qualité du travail des salariés dans le monde entier, y compris aux États-Unis, et de les empêcher de s’organiser pour défendre leurs propres intérêts ? Et si, à partir de tout cela, on en arrivait à la conclusion que la politique américaine n’est ni timorée, comme le disent les conservateurs, ni stupide, comme le disent les gens de gauche, mais qu’elle sait exactement ce qu’elle fait, qu’elle réussit remarquablement à faire reculer presque tous les gouvernements et mouvements sociaux qui ont tenté d’utiliser leurs terres, leur main-d’œuvre, leurs ressources et leurs marchés pour améliorer le sort de leur propre population, pour essayer d’utiliser leurs ressources pour répondre aux besoins de leur population plutôt que pour servir le capital financier mondial ?

Eh bien, une telle analyse, esquissée très rapidement ici, comme je viens de le faire, équivaudrait à une analyse marxiste de l’impérialisme capitaliste. Waouh ! Elle ne serait certainement publiée nulle part, sauf dans une publication marxiste, non pas parce qu’elle est marxiste, mais parce qu’elle est vraie. C’est l’exacte vérité. Ce n’est pas… Ce n’est pas… Marx n’a pas inventé tout ça. Il en a découvert certaines. Nous avons franchi trop de limites et nous avons commis une grave erreur : nous avons violé un tabou important. Nous avons essayé d’expliquer une situation particulière, le travail des enfants, en termes de relations sociales plus larges, de relations capitalistes entre entreprises.Notre exposé serait rejeté d’emblée comme étant idéologique et n’apportant rien de nouveau.

Il y a eu un éditorial dans The Nation. On y lisait : « Et si la Russie avait été gouvernée par un communiste élu au suffrage universel au cours des cinq dernières années. Et si ce communiste avait mené une politique économique d’austérité ayant plongé un tiers des citoyens dans la pauvreté. » En réalité, près de 70 % de la population vit en dessous ou près du seuil de pauvreté. Et si ce communiste avait anéanti la classe moyenne et avait transféré l’essentiel de ses actifs les plus précieux à une petite caste des anciens responsables du Parti communiste, ou à ses acolytes, disons. Ensuite, ce président communiste a utilisé des chars pour dissoudre le parlement démocratiquement élu parce qu’il s’opposait aux mesures drastiques et au gaspillage des fonds publics. Puis, ce communiste a réécrit la constitution, ce qui lui a permis de gouverner de facto par décret. Voilà donc tout ce qu’a fait Boris Eltsine, vous voyez.

Imaginons maintenant qu’un communiste ait fait cela, dit The Nation. Le président américain soutiendrait-il avec enthousiasme la réélection de ce président communiste ? L’article pose cette question de manière rhétorique. La réponse, implicitement, est non. En fait, ma réponse est oui, parce que le président communiste ne serait communiste que de nom et ferait exactement ce que veulent les impérialistes américains : développer un pouvoir exécutif fort qui aide à démanteler le système socialiste et à l’ouvrir à la pénétration du capital, créant ainsi la richesse privée et la pauvreté publique, détruisant les acquis et les pouvoirs des syndicats. C’est ce qu’a fait Eltsine. Si les communistes le faisaient, alors ce serait parfait. Ils l’embrasseraient et le serreraient dans leurs bras, comme ils embrassent et serrent dans leurs bras les dirigeants chinois, qui font exactement la même chose. Ce sont des communistes, mais ils ont ouvert leur pays aux investissements étrangers. Il y a maintenant des gens en Chine qui travaillent 14 heures par jour dans les zones d’activités, ou ailleurs. Bien sûr, bien sûr, ils le soutiendraient avec enthousiasme. Ce n’est pas parce que les rédacteurs de The Nation ne savent pas ce que font nos dirigeants que ces derniers ne savent pas ce qu’ils font.

La pensée politique dans ce pays, même parmi ceux qui sont censés être politiquement éclairés, est considérablement atrophiée, mes frères et sœurs. On déteste le marxisme et le pouvoir en place le redoute, parce qu’il nous pousse dangereusement à nous interroger sur les causes, à voir le lien entre les intérêts politiques et le pouvoir de classes. En l’absence de véritables médias alternatifs, nous, travailleurs intellectuels, avons le devoir de produire des documents qui encouragent plutôt que découragent les efforts des gens qui s’efforcent de faire leur propre éducation, et qui les détournent des bavardages et des phrases toutes faites des experts et ce, afin qu’ils se tournent vers une analyse critique du pouvoir et des intérêts. J’entends par là, qui interroge la façon dont nous avons été conditionnés par les médias. À la télévision, on voit régulièrement des interviewés répéter les messages de campagne qu’ils ont entendus, les mêmes phrases chocs, les mêmes slogans, les mêmes obsessions des experts. Combien de fois ces derniers temps n’ai-je pas dû répondre à la question : « Qui va gagner les élections selon vous ? Clinton ou Dole ? » Mais enfin, comment ça ? Ce choix est-il si passionnant qu’on ne peut pas attendre ? C’est une question digne d’un expert en commérages.

Quelques-uns des textes de ce livre abordent des questions théoriques, comme : le concept de fausse conscience existe-t-il ? Comment peut-on l’utiliser ? Pourquoi est-il important de trancher cette question aux fins de la compréhension politique et de l’organisation politique ? Une infime partie du contenu est assez technique, je dirais, mais je pense qu’il reste accessible et pas trop compliqué. L’un d’eux s’intitule « Political Science Fiction » (Science-fiction politique) et analyse les différentes étapes qu’a connues la profession de politologue, les paradigmes dominants en sciences politiques, depuis les traditionalistes jusqu’aux institutionnalistes, en passant par les comportementalistes, les post-comportementalistes et les radicaux, ainsi que les conflits qui ont marqué cette évolution. Mais pourquoi inclure un passage aussi technique dans un livre destiné au grand public ? Eh bien, pourquoi devrait-on traiter le lecteur profane avec condescendance ? Celui-ci est tout à fait capable de lire ceci. Le lecteur profane peut voir que, dans ce milieu particulier, sophistiqué et raffiné, se répètent les mêmes luttes, les mêmes hypocrisies et les mêmes contradictions que celles qui existent dans la société en général.

J’ai… J’ai un texte dans Dirty Truths, « Now for the Weather » (Et maintenant, le point météo). En voilà le titre. Précédemment j’ai dit que les auteurs qui lisent des extraits de leur livre à leur public ne font que se rendre coupable de complaisance scandaleuse. Je dois avouer que j’aime bien la complaisance scandaleuse, alors je vais lire, mais c’est un tout petit passage. C’est une… une petite complaisance. Je cite : « Lorsque le journal télévisé du soir nous informe de la météo, il ne mentionne pas les phénomènes potentiellement cataclysmiques, tels que la destruction de la couche d’ozone et le réchauffement climatique. La météo est définie de manière restrictive : nuageux ou dégagé, froid ou chaud. » Et c’est peut-être la phrase clé qui explique tout… peut-être tout ce que je vous ai dit ce soir. « La météo est présentée de la même manière que la politique : des détails quotidiens isolés, sans lien avec les forces structurelles plus larges qui contribuent à les créer. »

J’ai également inclus dans le livre environ quatre passages qui ont trait à mon expérience personnelle. Je ne suis pas vraiment intéressé par les choses personnelles. J’ai en fait été interviewé à plusieurs reprises par des journalistes qui voulaient écrire un article sur ma personne, du style « qui est vraiment Michael Parenti ». Je leur ai répondu : « Pourquoi ? Allons, vous plaisantez ? On est où ici ? Vous écrivez pour le magazine Parade ou quoi ? » J’espère que ce qui est le plus intéressant à mon sujet, ce sont mes idées. Les quatre textes avaient déjà été publiés, mais ils ont été réécrits. Ils ont été introduits ici parce que, je pense, que dans le microcosme — encore une fois, dans le microcosme, dans l’expérience personnelle, on retrouve le reflet du schéma global du pouvoir social. Et c’est en cela que c’était intéressant, voilà pourquoi j’ai eu envie d’écrire ces textes autobiographiques, parce qu’ils reflétaient quelque chose de plus large.

L’une concernait la censure dont j’ai fait l’objet de la part de la NPR (National Public Radio) alors qu’ils envisageaient de m’engager comme commentateur. Est-ce que vous étiez au courant de ça ? Je vous en avais déjà parlé ? J’ai reçu un appel un jour, et la dame m’a dit : « On a Cokie et Kevin, Cokie Roberts et Kevin Phillips, pour l’émission All Things Considered, et nous envisageons maintenant de nous diversifier, et c’est votre nom qui revient sans cesse », m’a-t-elle dit. « Aimeriez-vous devenir un de nos commentateurs ? » J’ai répondu : « Oui, bien sûr, ce serait formidable. » Et à ce moment là, mon ami Pete m’a dit : « Pourquoi ne montres-tu pas plus d’enthousiasme ? » J’ai répondu : « Ça ne se fera pas. Ça ne se fera pas. » La femme a poursuivi en disant : « Cela impliquerait également que vous soyez présent ici de temps en temps. » Je vivais alors à Washington, et j’ai répondu : « Bien sûr, ce serait parfait. » « Et de temps en temps, nous partons avec Cokie et Kevin, et vous viendriez avec nous pour un week-end de séminaire. » Non, un séminaire de week-end, c’est… Je veux dire, passer tout un week-end à écouter Cokie Roberts faire son numéro, c’est mon idée du purgatoire. J’ai répondu : « Oui, bien sûr. D’accord, pas de problème. Oui. » Eh bien, ça ne s’est jamais fait. Ça a été annulé par la hiérarchie. Et l’histoire ne s’arrête pas là. Un autre article que j’ai écrit racontait comment j’ai été exclu du monde universitaire, et cela, à plusieurs reprises, mais j’ai été exclu de certaines des meilleures universités américaines en raison de mon activisme politique et de mes autres activités du même style.

Source : Democracy Now, Michael Parenti, 09-10-1996
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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1 réactions et commentaires

  • Fritz // 07.03.2026 à 07h43

    L’analyse roborative de Michael Parenti nous manquera, au moment de la guerre d’agression terroriste déclenchée contre l’Iran et les Iraniens.

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