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3.janvier.20263.1.2026 // Les Crises

La honte comme moteur d’insoumission : la vie publique de Noam Chomsky

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Il est d’une franchise désarmante, arbore un sourire en coin, possède un esprit éblouissant jamais en repos. Il s’est toujours senti en décalage total avec le monde. À dix ans, il publie son premier article (dans le journal de l’école) – un chant funèbre sur la chute de Barcelone sous les coups de Franco. À treize ans, il hante les librairies anarchistes de New York et travaille dans un kiosque à journaux avec son oncle, s’imprégnant avidement de tout ce qu’un brillant mélange d’esprits immigrés a à offrir, de loin l’environnement intellectuel le plus riche qu’il ait jamais rencontré. À seize ans, il se réfugie dans l’isolement à l’annonce de la bombe d’Hiroshima, incapable de comprendre la réaction des autres face à cette horreur. À vingt-quatre ans, il abandonne sa bourse de Harvard pour vivre dans un kibboutz, ne revenant que par hasard pour mener à bien une carrière universitaire.

À vingt-huit ans, il révolutionne le domaine de la linguistique avec son livre Syntactic Structures. À vingt-neuf ans, il devient professeur associé au Massachusetts Institute of Technology (et professeur titulaire trois ans plus tard), bien que ses compétences technologiques se limitent à l’usage du magnétophone. À trente-cinq ans, il se lance dans le militantisme anti-guerre, délivrant des conférences, écrivant des lettres et des articles, encourageant les séminaires et pour s’opposer à la guerre au Vietnam, aidant à organiser les manifestations d’étudiants et la résistance à la conscription. À trente-huit ans, il risque une peine de cinq ans d’emprisonnement en manifestant au Pentagone, passant la nuit en prison aux côtés de Norman Mailer, qui dans Les armées de la nuit le décrit comme « un homme mince aux traits anguleux, à l’expression ascétique, et à l’air doux mais d’une intégrité morale absolue »[1]. À quarante ans, il est le seul visage blanc dans la foule aux funérailles de Fred Hampton, après que le jeune dirigeant des Black Panthers a été abattu par le FBI lors d’un raid digne de la Gestapo [2]. Telles sont les premières années de la vie du plus grand intellectuel dissident américain, élevé dans un quartier germano-irlandais profondément antisémite de la ville quaker de Philadelphie, avant d’obtenir une chaire de linguistique d’élite au cœur du système Pentagone, au MIT [Référence au financement par le public de structures privées. le Pentagone a financé le MIT jusqu’en 1975 environ, NdT].

Source : Counter Punch, Michael K. Smith
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Source de la photographie : Andrea Womack – Domaine public

« Un homme d’une intelligence stupéfiante. » – Norman Finkelstein

«Une influence gargantuesque » – Chris Hedges

« … brillant … inébranlable … implacable … héroïque ». – Arundhati Roy

« Incroyablement minutieux ». – Edward Said

« [Un] talent féroce ». – Eduardo Galeano

« Une artillerie intellectuelle » – Israël Shamir

« Un phare qui brille au dessus d’une mer de sottises ». – Kathleen Cleaver

Au terme d’une brillante carrière universitaire au sommet de l’IvoryTower [ Inside the Ivory Tower est un classement des meilleurs programmes universitaires au monde en relations internationales., NdT]., Chomsky fustige la soumission de ses collègues intellectuels envers le pouvoir, rejetant les déclarations vertueuses de Washington quant à son prétendu engagement en faveur de la liberté, de l’égalité et de la démocratie, et démontrant par de nombreux exemples ses véritables valeurs : la cupidité, la domination et la malhonnêteté. Il se livre à une analyse minutieuse de l’affirmation selon laquelle les médias traditionnels exerceraient un contrôle objectif sur les excès des puissants, rassemblant des preuves accablantes démontrant qu’ils ne sont en réalité qu’un service de propagande travaillant pour le compte de ces derniers. Démystifiant avec acharnement le flot de mensonges et de manipulations destinés au grand public, il sait transformer les dangereuses illusions sur la bonne volonté des États-Unis en une vision lucide de la réalité impériale.

Voilà comment nous découvrons que la guerre du Vietnam n’est pas une noble quête pour défendre la liberté, mais une attaque quasi génocidaire contre une ancienne colonie française visant à soumettre une paysannerie sans défense ; qu’Israël n’est pas l’exemple glorieux d’un socialisme démocratique particulièrement respectable, mais une Sparte moderne sur la voie de l’autodestruction ; que la guerre froide n’est pas un choc entre la liberté et l’esclavage, mais une opposition partagée face au nationalisme indépendant, qui voit une pléiade d’États néonazis clients des États-Unis se faire passer pour le « monde libre »[3].

De telles idées sont considérées comme des hérésies dans le monde universitaire, et Chomsky se forge rapidement une réputation d’excentrique politique parmi ses collègues plus dociles (la grande majorité), alors même qu’il gagne une stature considérable en tant qu’intellectuel publiquement reconnu dans la société américaine en général mais aussi à l’échelle internationale. Ces perceptions contrastées de sa crédibilité donnent lieu à une schizophrénie frappante quant à la façon dont il est perçu : qualifié d’aliéné par les experts et les professeurs, Chomsky voit ses conférences politiques se vendre à guichets fermés des années à l’avance et attirer un public nombreux partout dans le monde.

Les commentateurs de l’élite qui le considèrent comme un novice en raison de son manque d’expérience en sciences politiques se contredisent en reconnaissant son génie pour ses travaux linguistiques, bien qu’il n’ait pas non plus d’expérience formelle dans ce domaine. Néanmoins, ils ont raison en ce qui concerne son génie. Lorsque Chomsky se lance lancé dans la linguistique, le modèle dominant d’acquisition du langage est le « behaviorisme », hypothèse qui veut que les enfants acquièrent le langage par imitation et « renforcement » (réactions gratifiantes des autres quand le langage est utilisé correctement), mais Chomsky se rend immédiatement compte que cela ne peut pas expliquer la richesse de l’utilisation la plus simple du langage, évidente dès le plus jeune âge chez tous les enfants en bonne santé, qui utilisent régulièrement des expressions qu’ils n’ont jamais entendues auparavant.

Lorsque Chomsky soumet le paradigme behavioriste à un examen rationnel, celui-ci s’effondre rapidement, remplacé par la reconnaissance du fait que la capacité langagière est en fait innée et qu’elle est un produit de la maturation, émergeant à un stade approprié du développement biologique, exactement comme les caractéristiques sexuelles secondaires qui ne sont pas évidentes pendant l’enfance émergent au cours de la puberté. Comme tant d’autres des intuitions de Chomsky, cette idée selon laquelle la capacité linguistique fait partie du déroulement d’un programme génétique semble plutôt évidente rétrospectivement, mais dans les années 1950, elle est révolutionnaire et propulse le jeune professeur du MIT au rang de star internationale du monde universitaire, en tant que penseur le plus perspicace dans un domaine que ses intuitions non étayées par des diplômes transforment complètement.[4]

À l’époque, Chomsky semble vivre une vie parfaite d’un point de vue purement personnel. Il avait un travail fascinant, une reconnaissance professionnelle, une sécurité économique à vie, un mariage plein d’amour et de jeunes enfants qui grandissaient dans une belle banlieue de Boston, un équilibre idéal entre épanouissement personnel et épanouissement professionnel. Mais à ce moment-là, un nuage sombre du nom de Vietnam obscurcit l’horizon, et Chomsky se lance, non sans une grande réticence, dans une carrière militante de premier plan, sacrifiant au passage la quasi-totalité de sa vie personnelle[5].

À l’époque d’Eisenhower, les États-Unis s’appuient sur des mercenaires et des factions alliées pour attaquer le Vietminh, une force nationaliste dirigée par des communistes qui ont combattu les Français et cherchent à obtenir l’indépendance du Sud-Vietnam avec pour objectif ultime la réunification du Sud et du Nord-Vietnam par le biais d’élections nationales. Bien que les États-Unis assassinent systématiquement ses dirigeants, le Vietminh ne réagit à la violence dont il est victime pendant de nombreuses années. Finalement, en 1959, une autorisation est accordée au Vietminh pour qu’il puisse recourir à la force pour se défendre, ce qui entraîne l’effondrement du gouvernement sud-vietnamien (État client des États-Unis), dont le monopole militaire est le seul moyen de se maintenir au pouvoir.

Les plans de décolonisation se poursuivent. Le Front national de libération est créé et, dans son programme fondateur, il appelle à l’indépendance du Sud-Vietnam et à la formation d’un bloc neutre composé du Laos, du Cambodge et du Sud-Vietnam, dans le but ultime d’unifier pacifiquement l’ensemble du Vietnam. À ce moment-là, il n’y a pas de forces nord-vietnamiennes dans le Sud, ni de conflit militaire entre le Nord et le Sud[6]. Cela ne se produira que plus tard, et sera la conséquence directe de l’insistance des États-Unis visant à soumettre le Sud.

Pour contrer la menace politique de l’indépendance du Sud-Vietnam, le président Kennedy envoie l’armée de l’air américaine bombarder les régions rurales du Sud-Vietnam en octobre 1962 et rassembler les villageois dans des « hameaux stratégiques » (camps de concentration), afin de les séparer du mouvement de guérilla nationaliste que le Pentagone reconnaît ouvertement soutenir. Cet acte d’agression flagrant des États-Unis est mentionné dans la presse, mais sans susciter la moindre protestation dans l’opinion publique, laquelle ne se manifeste que des années plus tard[7].

Lorsque Chomsky commence à s’exprimer sur le Vietnam, les lieux de réunion sont rares et le soutien de l’opinion publique pratiquement inexistant. En fait, il est même reconnaissant de la présence habituelle de la police, qui lui évite d’être passé à tabac. « À l’époque, manifester contre la guerre, cela voulait dire parler plusieurs soirs par semaine dans une église devant un public d’une demi-douzaine de personnes, se souvient Chomsky des années plus tard, dont la plupart s’ennuyaient ferme ou étaient hostiles, ou chez quelqu’un où quelques personnes étaient rassemblées, ou lors d’une réunion dans une université qui parlait du Vietnam, de l’Iran, de l’Amérique centrale et des armes nucléaires, dans l’espoir que les participants seraient peut-être plus nombreux que les organisateurs »[8] La qualité de son analyse est extraordinaire et Chomsky se place d’emblée « au tout premier rang » des contempteurs de la guerre (Christopher Hitchens), contribuant à déclencher un mouvement anti-guerre de masse au cours des années suivantes[9] Contrairement aux opposants « pragmatiques » à la guerre, qui justifient l’impérialisme américain sur le principe mais craignent qu’il ne mène pas à la victoire militaire au Vietnam, Chomsky appelle l’agression américaine par son nom, se range du côté de ses victimes et demande instamment que soit mis fin à cette guerre immédiatement et sans conditions.

Bien que s’écartant radicalement de l’orthodoxie établie, les positions de Chomsky sur la guerre sont toujours mûrement réfléchies, jamais dans une opposition aveugle. Par exemple, bien qu’il s’oppose à la conscription de jeunes hommes pour les amener à combattre dans une guerre criminelle, il ne s’oppose pas à la conscription en tant que telle. En fait, il souligne que la conscription signifie que les soldats ne sont pas coupés de la société civile dont ils font partie, et que cela conduit à ce qu’il considère comme un formidable effondrement du moral des soldats lorsque le mouvement anti-guerre dénonce l’intervention américaine au Vietnam comme une agression pure et simple. Lorsque la conscription est supprimée en 1973, le Pentagone passe à une armée de « volontaires », c’est-à-dire une armée de mercenaires composée de pauvres et de personnes à faibles revenus, or Chomsky estime que ceux-ci sont beaucoup moins susceptible d’être affectés par l’agitation populaire contre la guerre, sans même parler de la question plus grave de l’attribution injuste de la responsabilité de la « défense nationale » au secteur le plus défavorisé de la population sur le plan économique. Pour ces raisons, il estime qu’un service militaire universel est préférable à une armée fondée sur le « volontariat » mise en place par des forces économiques fortement coercitives[10].

Contrairement à ses détracteurs de l’establishment, Chomsky ne considère pas l’analyse des classes comme une théorie de la conspiration, mais plutôt comme un outil indispensable pour rendre compte correctement des faits connus. Par exemple, alors qu’il n’y a aucun intérêt national à attaquer le Sud-Vietnam, l’élite a tout intérêt à supprimer l’exemple contagieux d’un mouvement d’indépendance nationale réussi en Asie du Sud-Est, faute de quoi cela pourrait encourager d’autres pays du Pacifique à « devenir communistes » (c’est-à-dire à vouloir leur indépendance), ce qui aurait pu finalement inverser l’issue de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique si le Japon avait fini par s’accommoder du monde officiellement socialiste plutôt que de Washington.[11]

Compte tenu de la nature irréfutable de ce type d’analyse (anticapitaliste), Chomsky est tenu à l’écart du grand public. Les rares fois où il apparaît dans les médias traditionnels, sa maîtrise écrasante des faits pertinents veut dire qu’on ne peut ni le distraire, ni l’emmener là où il ne veut pas. Lorsque les intervieweurs tentent de le faire dévier de son sujet, ils sont rapidement confrontés à cette question subtile : « Les faits sont-ils importants ? » suivie d’un tsunami d’informations menant inexorablement à une conclusion hérétique.

Compte tenu de sa maîtrise des preuves et de la logique, il est franchement suicidaire pour les détracteurs de Chomsky appartenant à l’establishment de l’affronter directement, ce qui explique probablement pourquoi si peu d’entre eux le font. La poignée d’entre eux qui s’y essaient sont rapidement anéantis par un bombardement massif de faits gênants. Puisque « les faits n’en ont rien à faire de vos sentiments », tous les membres de ce dernier groupe sont obligés de se pencher sur les émotions irrationnelles qui les ont conduits à adopter les conclusions erronées, ce que Chomsky démontre, mais aucun d’entre eux s’y prête.

William F. Buckley voit sa version erronée de la guerre civile grecque après la Seconde Guerre mondiale exposée dans sa propre émission – Firing Line. « Votre vision de l’histoire est assez confuse », commente Chomsky en face à face avec lui, après que le célèbre réactionnaire fait référence à une insurrection communiste imaginaire avant l’intervention des nazis en Grèce[12].

Richard Perle, un néoconservateur tente de détourner sa discussion avec Chomsky qui porte sur l’intervention américaine et le refus du droit à l’indépendance nationale dans le monde pour l’amener à parler d’une analyse des modèles de développement concurrents, ce qui est un sujet entièrement différent. Sans réponse aux faits et à la raison, il en est réduit à demander rhétoriquement au public s’il ne trouve pas la mythologie de l’establishment plus plausible que ce qu’il appelle les arguments « profondément cyniques » de Chomsky, qui révèlent une vérité honteuse[13].

John Silber, président de l’université de Boston, se plaint que Chomsky ne place pas les faits dans un contexte approprié lorsqu’il mentionne que les États-Unis ont assassiné l’archevêque salvadorien Oscar Romero, fait exploser la station de radio de l’église et découpé le rédacteur en chef du journal indépendant en morceaux à la machettes[14]. Silber néglige de préciser quel contexte serait mesure de jouer un rôle de rédemption pour de telles atrocités[14].

Frederick Bolkestein, ministre néerlandais de la défense, balaye d’un revers de main la thèse de Chomsky et d’Edward Herman sur les médias capitalistes la qualifiant de théorie du complot et rejetant les convictions anarchistes de Chomsky, simples « rêves de petit garçon ». Au cours du débat, Chomsky réfute chacune des accusations de Bolkestein, tout en soulignant qu’elles ne sont absolument pas pertinentes pour évaluer la thèse avancée dans le livre de Chomsky et Herman, « La fabrication du consentement », qui est l’objet du débat.

L’expression « La fabrication du consentement » tire son origine du monde des relations publiques, dont les pratiques confirment plus qu’amplement la thèse de Chomsky et Herman selon laquelle, dans un système capitaliste, les médias grand public tendent généralement à fonctionner comme un service de propagande au service de l’État sécuritaire et des intérêts privés qui le dominent. En tout état de cause, Bolkestein lui-même conforte le modèle de propagande de Chomsky et Herman alors même qu’il tente de le réfuter, s’opposant à la sous-estimation supposée de Chomsky concernant les meurtres attribuables à Pol Pot ( ennemi officiel des États-Unis) tout en ignorant complètement les massacres perpétrés par l’Indonésie, alliée des États-Unis, au Timor oriental, auxquels Chomsky a comparé les meurtres commis au Cambodge. Or c’est exactement ce que prédit le modèle de propagande : les crimes d’État commis par son propre camp seront ignorés ou minimisés, tandis que ceux des ennemis officiels seront exagérés ou inventés, tout en suscitant une grande indignation morale, qui n’est jamais de mise lorsque ses propres crimes sont en débat[15].

Ces quatre KO intellectuels infligés par Chomsky semblent avoir dissuadé le reste de l’establishment de, ne serait-ce que considérer débattre avec lui[16] Une anecdote racontée par le regretté Alexander Cockburn laisse penser qu’ils avaient en fait tout simplement peur. « Un membre éminent de l’élite intellectuelle britannique », raconte Cockburn, l’a averti de ne pas entrer en conflit avec Chomsky au motif qu’il est « un adversaire terrible et implacable » qui affronte les questions centrales de front et ne cède jamais de terrain dans le cadre d’une manœuvre plus compliquée. C’est pourquoi, explique Cockburn, les gardiens de l’idéologie officielle s’en prennent si souvent à Chomsky en le vilipendant gratuitement et en le maltraitant de manière puérile : « Ils éludent le véritable débat qu’ils craignent de perdre, et le remplacent par des insultes et des contrevérités.»[17] (c’est nous qui soulignons).

Ces porte-parole de l’establishment sont si peu préparés à s’engager dans une discussion de fond qu’ils refusent à Chomsky le droit habituel de se défendre, même contre leurs attaques personnelles répétées. Après avoir démontré que les affirmations de l’élite à son sujet ne sont rien d’autre que de vulgaires calomnies, Chomsky constate que ses lettres au rédacteur en chef ne sont pas imprimées ou sont déformées par un montage hostile au point d’en être méconnaissables.

Plutôt que de s’en offusquer, Chomsky n’accorde aucune importance à une telle attitude, la considérant comme inévitable. S’il avait été traité autrement, dit-il souvent, il en aurait conclu qu’il faisait quelque chose de mal.

Même s’il reste imperturbable face aux attaques personnelles, on ne peut pas en dire autant de sa réaction face à la propagande présentée comme de l’information. Christopher Hitchens et Alexander Cockburn ont tous deux raconté qu’un jour, Chomsky s’est rendu chez le dentiste et s’est entendu dire qu’il grinçait des dents pendant son sommeil. Après avoir consulté Mme Chomsky, il s’est avéré que ce n’était pas le cas. Une enquête plus approfondie a révélé que Chomsky grinçait effectivement des dents, mais pendant la journée, chaque matin, lorsqu’il lisait le New York Times[18].

La raison derrière ces réactions divergentes est simple. Chomsky voit bien que la diffamation est puérile et insignifiante, et il peut donc facilement l’ignorer. Mais l’impact mortel du lavage de cerveau à grande échelle le fait réagir de manière viscérale, le faisant inconsciemment grincer des dents face à l’hypocrisie des élites.

Cette rage nourrit son appétit dévorant pour la lecture, lui conférant l’avantage incommensurable d’une vie entière consacrée à un apprentissage acharné. Lecteur avide depuis sa plus tendre enfance, il a dévoré des centaines, voire des milliers de livres durant son adolescence, empruntant jusqu’à une douzaine d’ouvrages à la fois à la bibliothèque municipale de Philadelphie, parcourant sans relâche les classiques du réalisme – Austen, Dickens, Dostoïevski, Eliot, Hardy, Hugo, Tolstoï, Tourgueniev, Twain et Zola – , ainsi que la littérature hébraïque, y compris la Bible, et les textes marxistes et anarchistes. [19]

Cet appétit insatiable pour les livres se poursuit tout au long de sa vie, et cela s’enrichit par nombre d’autres sources imprimées. Que ce soit à la maison ou au travail, il est toujours entouré d’énormes piles de livres, bien plus que ce qu’une personne peut lire en plusieurs vies. Les résultats concrets d’une vie aussi studieuse peuvent être amusants. Chomsky lui-même a raconté qu’un jour, sa première femme Carol et lui ont entendu un grand fracas à 4h30 du matin, et ont pensé qu’il s’agissait d’un tremblement de terre. En fait, il s’agissait d’une montagne de livres qui s’était écroulée sur le sol de la pièce à côté[20].

Même si Chomsky ne peut lire qu’une partie de tout ce qu’il aurait voulu lire, cette partie est d’une ampleur stupéfiante pour n’importe quel lecteur ordinaire. Outre la montagne de livres qu’il a lus pendant son adolescence, il lit, selon sa femme Carol, six quotidiens et quatre-vingts journaux d’opinion, sans compter les milliers de lettres personnelles qu’il reçoit du grand public et qui forment une partie importante de ses lectures[21]. Avant le 11 septembre, Chomsky consacre en moyenne vingt heures par semaine à sa correspondance personnelle, chiffre qui a probablement augmenté après le 11 septembre, lorsque l’intérêt pour le travail de Chomsky s’est accru[22]. Son assistante personnelle de longue date, Bev Stohl, confirme qu’il répond aux courriels tous les soirs jusqu’à 3 heures du matin[23], tandis que Chomsky lui-même dit fréquemment qu’il écrit 15 000 mots par semaine en réponse à des lettres personnelles, ce qu’il affirme sans ambages être « une estimation de la C.I.A.». Même sans tenir compte du temps consacré à sa correspondance privée, on voit que Chomsky lit énormément, et pas du tout à des fins de divertissement, il s’agit plutôt d’une passion qui s’est manifestée très tôt dans sa vie lorsqu’il a lu une ébauche de la thèse de son père sur David Kimhi (1160-1236), grammairien hébreu[24], ce qui s’est avéré être le premier pas sur un chemin compliqué vers la célébrité intellectuelle seize ans plus tard, avec la publication de Syntactic Structures.

Le goût immodéré de Chomsky pour la lecture semble avoir été égalé par celui du public pour l’écouter parler. Il a probablement parlé à plus d’Américains en personne que quiconque avant lui, dispensant des conférences et prononçant des discours politiques à un rythme effréné pendant près de soixante ans. À une époque où Zoom n’existe pas encore, cela implique de nombreux déplacements, qu’il accepte sans se plaindre, que ce soit en voiture, en avion ou en train. Outre des destinations partout aux États-Unis, il se rend également en Colombie, en Palestine, au Nicaragua, en Irlande, en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Canada, en Inde, au Mexique, en Grande-Bretagne, en Espagne, en France, à Cuba, au Laos, au Vietnam, au Japon, en Italie, en Turquie et en Afrique du Sud, entre autres endroits où des militants l’invitent à se rendre.

Ses exposés sont brillants et systématiquement suivis d’ovations. Mais c’est lors des sessions de questions et de réponses que la maîtrise inégalée de Chomsky se révèle. Des heures durant, on lui pose des questions portant sur des dizaines de sujets différents, cela va de l’histoire du travail à l’organisation syndicale en passant par les tactiques de guérilla, la guerre des drones, la théorie économique, la contre-insurrection et la résistance populaire, et des heures durant, il répond patiemment avec une précision lumineuse et des détails fascinants, tout en fournissant un éventail étonnant de titres de livres, de résumés d’articles, de leçons d’histoire, de citations éloquentes et d’explications contextuelles sur un nombre apparemment illimité de conflits politiques passés et présents. Sa prodigieuse capacité de mémorisation surpasse de loin n’importe quelle mémoire purement photographique, qui submerge l’esprit de détails inutiles, tandis que Chomsky sélectionne toujours dans une multitude d’informations ce qui est immédiatement et historiquement pertinent au regard de la question posée par une personne, avant de passer à la suivante, puis à la suivante, et ainsi de suite, ville après ville, décennie après décennie.

Peu lui importe d’avoir un public nombreux ou restreint, qu’il s’exprime sur une petite station de radio universitaire ou devant des milliers de personnes dans une université prestigieuse. Au contraire, un public plus large, bien qu’habituel pour Chomsky, est moins souhaitable, car il met en évidence le fait décourageant que trop peu d’intellectuels sont prêts à relever le défi de l’éducation politique et de l’organisation populaire, ce qui constitue une diminution normative de l’offre par rapport à une forte demande publique. En bref, le socialiste libertaire Chomsky n’a aucun intérêt à être un « produit en vogue », et le fait qu’il puisse être considéré comme tel représente davantage l’échec de la classe intellectuelle à s’engager politiquement auprès du public qu’un quelconque mérite personnel de sa part. En outre, Chomsky refuse délibérément de cultiver son talent d’orateur, évitant les joutes oratoires et rhétoriques au profit de ce qu’il appelle son style « pompeusement ennuyeux », qui consiste à s’appuyer uniquement sur la logique et les faits. Il pense qu’il vaut mieux laisser aux propagandistes le soin d’émouvoir le public.

Cette préférence pour l’analyse plutôt que pour la satisfaction émotionnelle a toujours été évidente chez Chomsky. Par exemple, au début des années 80, l’accumulation massive d’armes nucléaires de première frappe déclenche l’émergence du mouvement « Nuclear Freeze » [gel du nucléaire], qui mobilise un énorme soutien populaire en faveur d’un gel bilatéral (États-Unis – URSS) de la production de nouvelles armes nucléaires en focalisant sans relâche l’attention du public sur des visions apocalyptiques de l’anéantissement nucléaire.

Chomsky prend bien sûr conscience, dès la révélation de l’incinération nucléaire d’Hiroshima, du danger que représente un monde prêt à exploser dans une fureur atomique, mais il rejette l’idée selon laquelle les visions paralysantes d’une destruction totale constituent un moyen efficace pour parvenir au désarmement nucléaire. Chomsky estime par contre que le public doit prêter attention à la politique impérialiste plutôt qu’au matériel militaire, puisque c’est la politique qui produit les résultats. [25]. En 1982, alors que le mouvement Nuclear Freeze rassemble plus d’un million de personnes à New York pour protester contre l’accélération de la course aux armements nucléaires, Chomsky se retire de l’événement lorsqu’il n’est fait aucune mention de l’invasion et de la destruction du Liban par Israël, y compris le meurtre de conseillers soviétiques, une incitation directe à une confrontation potentiellement fatale entre les superpuissances. [26].

Alors que le Freeze continue de se concentrer comme un laser sur l’énorme pouvoir destructeur des bombes nucléaires, Chomsky estime que cette approche est insultante et simpliste, et n’est pas surpris lorsque le groupe est finalement absorbé par l’Agence pour le contrôle des armements et le désarmement, alors dirigée par Kenneth Adelman, qui a obtenu ce poste après avoir déclaré lors de son audition de confirmation qu’il n’a jamais envisagé la moindre forme de désarmement.

En dépit de ces divergences d’opinion, et même par rapport aux opinions des mouvements populaires qu’il cherche à encourager, la stature publique de Chomsky ne cesse de croître. Bien que soumis à un black-out quasi total de la part des grands médias (pendant des années après la fin de la guerre du Vietnam, on ne trouve ses écrits que dans les pages du magazine de droite Inquiry et du journal South End Press, détenu et géré par ses employés), Chomsky a néanmoins été largement salué pour son esprit analytique brillant, son activisme infatigable et son engagement sans faille à révéler la vérité. Si lui-même minimise les éloges personnels, il est adulé par une multitude d’admirateurs, allant de professeurs érudits et journalistes radicaux à des étudiants, militants, auteurs, chefs spirituels, aspirants politiques, réalisateurs, musiciens, comédiens, champions du monde de boxe, prisonniers politiques, dirigeants internationaux et fans émerveillés du monde entier. Avec tous ces compliments qui résonnent sans cesse à ses oreilles, il est d’autant plus remarquable qu’il n’ait jamais perdu son humilité.

Lawrence Krauss, le célèbre physicien se souvient avoir été profondément impressionné par le fait que Chomsky acceptait toujours de lui consacrer une heure de son temps lorsqu’il passait le voir à son bureau alors qu’il était jeune étudiant au MIT, alors même que Chomsky n’avait aucune obligation professionnelle envers les étudiants qui n’étaient pas inscrits en linguistique. « Il m’a témoigné un respect auquel je ne m’attendais pas », déclare Krauss, reconnaissant, des années plus tard, tout en qualifiant les travaux de Chomsky d’« incisifs, instructifs, provocateurs et brillants »[27].

Fred Branfman, militant et journaliste se dit impressionné par la facilité apparente avec laquelle Chomsky parvient à passer au crible des quantités considérables de documents imprimés et à en extraire l’essentiel pour une utilisation concrète immédiate. Lorsque Chomsky se rend au Laos en 1970 pour en savoir plus sur les réfugiés victimes des bombardements intensifs américains dans la région, Branfman lui donne un livre de 500 pages sur la guerre au Laos à 10 heures un soir, et il est stupéfait de l’entendre réfuter un point de propagande lors d’un entretien avec un fonctionnaire de l’ambassade américaine dès le lendemain, citant une note de bas de page enfouie dans des centaines de pages du texte. Branfman est également frappé par le fait que, à la différence de nombreux intellectuels, Chomsky reste au plus près de ses émotions les plus profondes. En entendant des paysans laotiens décrire les effets horribles des bombardements américains, il fond en larmes[28]. Branfman trouve Chomsky intense, motivé et implacable dans sa lutte contre l’injustice, mais aussi chaleureux, bienveillant, sage et doux.

Un documentaire sur Chomsky, sorti en 2003, salue son étonnante productivité, le qualifiant de « rebelle sans pause », ce qui est d’ailleurs le titre du film. Après quatre décennies consacrées à des activités intellectuelles publiques, avec des journées de travail de dix-huit heures, le professeur du MIT est connu pour travailler toute la nuit en buvant des litres de café, tout en restant disponible pour des interviews le matin.[29]

Alexander Cockburn, journaliste qui est son ami, souligne la capacité de Chomsky à fournir une « vue d’ensemble » cohérente de la politique, « étayée par les données d’un millier de petites images et de théâtres discrets de conflits, de luttes et d’oppression », toutes issues de son extraordinaire réactivité face à l’injustice. « Chomsky ressent les abus, la cruauté et l’hypocrisie du pouvoir plus que quiconque », a écrit Cockburn. « C’est un état de vigilance permanente. »[30]

Edward Abbey, célèbre auteur américain et défenseur de la nature sauvage écrit que Chomsky mériterait le prix Nobel de la vérité, si celui-ci existait [31].

Nick Griffin, professeur de philosophie britannique déclare que Chomsky est « extraordinairement bien informé » et que le simple fait de lui parler est « époustouflant; « Il a tout lu et se souvient de ce qu’il a lu », s’émerveille-t-il[32].

Martin Duberman, historien et militant de la lutte pour les droits des homosexuels, parlant de l’ouvrage dissident « L’Amérique et ses nouveaux mandarins », salue le détachement apparemment olympien de Chomsky, son ton « dépourvu d’exagération ou de dénaturation », son refus de toute « autosatisfaction » et la rare capacité qui lui permet « d’admettre quand une conclusion est incertaine ou quand les preuves mènent à plusieurs conclusions possibles ». Le plus remarquable est peut-être que Chomsky est capable, selon Duberman, « de voir les insuffisances dans les opinions ou les tactiques de ceux qui partagent sa position – et même parfois le mérite de ceux qui ne la partagent pas », ce qui est un talent rare quand tout va bien, mais qui est pratiquement inexistant dans le tribalisme effréné qui prévaut aujourd’hui[33].

Edward Said, brillant universitaire palestinien , exprime son admiration pour la volonté inlassable de Chomsky de faire face à l’injustice et pour l’étendue impressionnante de ses connaissances. « Il y a quelque chose de profondément émouvant à voir un esprit aux idéaux si nobles qui ne cesse de s’émouvoir face à la souffrance humaine et à l’injustice. On pense ici à Voltaire, à Benda ou à Russell, même si, plus que n’importe lequel d’entre eux, Chomsky maîtrise ce qu’il appelle la  » réalité  » – les faits – sur un spectre époustouflant »[34].

James Peck, rédacteur en chef de Pantheon, ressent une sorte de vertige intellectuel à la lecture de Chomsky, trouvant ses critiques « profondément dérangeantes » et impossibles à cataloguer, dans la mesure où « il n’existe aucune tradition intellectuelle qui rende vraiment compte de sa pensée » et « aucun parti ne le revendique ». Toujours novatrice et originale, « sa position n’est ni un libéralisme devenu radical, ni un conservatisme en révolte contre la trahison des principes revendiqués ». Il n’est « le porte-parole d’aucune idéologie ». Sa singularité, selon Peck, « ne cadre avec rien », ce qui est en soi « une indication de la nature radicale de sa dissidence »[35].

Howard Zinn, historien populaire recourt à l’ironie pour décrire le phénomène Chomsky : « Je me suis retrouvé dans un avion en partance pour le sud, assis à côté d’un type qui s’est présenté comme étant Noam Chomsky. . . . En discutant avec lui, je me suis rendu compte qu’il était très intelligent ». Zinn, lui-même conférencier très apprécié, se voit parfois interroger sur le nombre exact d’ouvrages publiés par cet éminent professeur. Il commence toujours sa réponse en précisant « À ce jour », puis marque une pause pour créer un effet dramatique, laissant entendre d’un air narquois que tout chiffre qu’il pourrait donner risquait fort d’être rendu obsolète par la dernière salve de Chomsky[36]. Daniel Ellsberg est du même avis, déclarant un jour que se tenir informé du travail politique de Chomsky est un défi considérable, car « il publie plus vite que je ne peux le lire »[37].

Bill Moyers, figure libérale influente, est impressionné par le fait que Chomsky semble admirer davantage l’intelligence des gens ordinaires que les compétences pointues de ses collègues appartenant à l’élite. Lors d’une interview à la fin des années Reagan, il dit à Chomsky : « [Il] semble un peu incongru d’entendre un homme de la Ivory Tower du Massachusetts Institute of Technology, un érudit, un éminent linguiste, parler des gens ordinaires avec une telle admiration ». Chomsky n’y voit rien de paradoxal, affirmant que celle-ci découle tout naturellement des preuves apportées par l’étude du langage elle-même, qui démontre de manière écrasante que les gens ordinaires possèdent une intelligence créative profondément enracinée qui distingue les humains de toutes les autres espèces connues[38].

Si paradoxe il y a, on le trouve dans la capacité apparemment illimitée des élites intellectuelles à pervertir l’intelligence humaine naturelle pour en faire une intelligence spécialisée au service du pouvoir. Cependant, cela fait d’eux non pas la partie la plus intelligente de la population, contrairement à ce qu’ils croient, mais, au contraire, la plus crédule et la plus facile à tromper, un point que Chomsky a souvent soulevé.

Au cours des dernières années publiques de Chomsky, le fruit de l’utilisation de l’intelligence de notre espèce au service de la stupidité institutionnelle est mis en évidence à travers les menaces croissantes d’effondrement climatique, de guerre nucléaire et de fanatisme idéologique, qui supplantent toute perspective de démocratie, remettant en question le caractère essentiel de cette intelligence pour la survie même de l’humanité.

Heureusement, Chomsky nous laisse de sages conseils quant à la direction que notre intelligence devrait prendre mais aussi celle à éviter, si on veut échapper à la catastrophe imminente. Pour ce qui est de la première, il dit : « vous devriez rester fidèles aux opprimés »[39] ; quant à ce qui est de la seconde, il dit : « Nous ne devrions pas succomber à des croyances irrationnelles »[40].

En juin 2023, Chomsky est victime d’un accident vasculaire cérébral grave qui le laisse paralysé du côté droit du corps et avec une capacité de parole limitée.

Son appétit pour l’information et sa sensibilité face à l’injustice restent cependant intacts. Lorsqu’il voit les nouvelles concernant la Palestine, rapporte sa femme, il lève son bras valide dans un geste muet de tristesse et de colère[41].

À 97 ans, il est toujours aussi compatissant et provocateur.

Incroyablement bien joué, Professeur Chomsky.

Joyeux anniversaire [42].

Notes

[1]Mailer cité dans Robert F. Barksy, Robert Barsky, « Noam Chomsky : une voie discordante », Paris, Odile Jacob, 1998.

[2] L’enfance de Chomsky, voir Mark Achbar, ed. « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », avec Edward Herman, Éditions Agone, 2008 ; Voir également Robert F. Barsky, Robert Barsky, « Noam Chomsky : une voie discordante », Paris, Odile Jacob, 1998. Chomsky aux funérailles de Fred Hampton, voir Christopher Hitchens, Covert Action Information Bulletin event at the University of the District of Colombia, C-SPAN 1995 https://www.counterpunch.org/2025/12/08/shame-was-the-spur-the-public-life-of-noam-chomsky/.

[3] Sur les États clients néo-nazis des États-Unis, voir Noam Chomsky et Edward S. Herman, « La Washington connection et le fascisme dans le tiers monde, avec Edward Herman et J.-E. Hallier, 2 tomes, Paris, Éditions Albin Michel, 1981 ), et de nombreux ouvrages ultérieurs. Sur le Vietnam, voir Noam Chomsky, « L’Amérique et ses nouveaux mandarins, Paris, Seuil, 1969 » ; Noam Chomsky, « At War With Asia – Essays on Indochina » (Pantheon, 1970) ; et Noam Chomsky, « For Reasons of State » (The New Press, 2003). Sur le Moyen-Orient, voir Noam Chomsky, «Israël, Palestine, États-Unis : Le triangle fatidique », Montréal, Ecosociété, 2006 ; Noam Chomsky & Gilbert Achcar, « La Poudrière du Moyen-Orient », Paris, Fayard, 2007; Noam Chomsky, « Middle East Illusions » (Rowman & Littlefield, 2007). Sur la guerre froide, voir Noam Chomsky, World Orders Old and New, (Columbia, 1994).

[4] Chomsky semble n’avoir jamais confondu les symboles de la connaissance (les diplômes) avec la connaissance elle-même, et il a très tôt eu la preuve que les esprits les plus brillants étaient souvent dépourvus de diplômes. L’oncle qu’il a aidé alors qu’il tenait un kiosque à journaux était extrêmement intelligent et cultivé, il avait même une pratique profane de la psychanalyse, pourtant il n’avait jamais dépassé le niveau de la quatrième année d’école primaire. En ce qui concerne sa mère, bien qu’elle ne soit jamais allée à l’université, Noam reconnaît qu’elle est « beaucoup plus intelligente » que son père et ses amis, qui, selon lui, « sont tous titulaires d’un doctorat, grands professeurs et rabbins », mais « racontent surtout des bêtises ». Concernant l’oncle de Chomsky, voir Mark Achbar (éd.), « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », avec Edward Herman, Éditions Agone, 2008. Concernant la mère de Chomsky, voir Noam Chomsky (avec David Barsamian), « Pouvoir et terreur : entretiens après le 11 septembre », Paris, Le Serpent à plumes, 2003

[5]Chomsky trouvait l’activisme politique déplaisant et détestait renoncer à sa riche vie personnelle. Voir Mark Achbar, « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », avec Edward Herman, Éditions Agone, 2008

[6] Noam Chomsky interviewé par Paul Shannon, « The Legacy of the Vietnam War » – Indochina Newsletter, .numéro 18, novembre-décembre 1982, pps. 1-5, disponible sur www.chomsky.info.net

[7] Noam Chomsky, « The Chomsky Reader », (Pantheon, 1987) pps. 224-5.

[8]Chomsky cité dans Milan Rai, « Chomsky’s Politics » (Verso, 1995), p. 14.

[9]Christopher Hitchens, Covert Action Information Bulletin event at the University of the District of Colombia, C-SPAN, 1995, disponible sur You Tube à l’adresse https://www.youtube.com/watch?v=ODficd8Z818

[10]Peter R. Mitchell et John Schoeffel, eds. « Comprendre le pouvoir : l’indispensable de Chomsky », éd. par Peter R. Mitchell et John Schoeffel[1

[11]Voir Noam Chomsky, « Vietnam and United States Global Strategy », The Chomsky Reader, (Pantheon, 1987) pps. 232-5.

[12] « Firing Line with William F. Buckley : Vietnam and the Intellectuals », épisode 143, 3 avril 1969.

[13] « The Perle-Chomsky Debate – Noam Chomsky Debates with Richard Perle », Ohio State University, 1988, transcription disponible à l’adresse www.chomsky.info.net.

[14] « On the Contras – Noam Chomsky Debates with John Silber », The Ten O’clock News, 1986, transcription disponible à l’adresse www.chomsky.info.net.

[15] Mark Achbar, « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », Éditions Agone, 2008

[16]Il y a également eu un « débat » entre Chomsky et Alan Dershowitz en 2005 sur l’avenir d’Israël et de la Palestine, bien que la prestation de Dershowitz n’ait pas été beaucoup plus qu’une clownerie intellectuelle, donnant lieu à de multiples « je » démontrant ainsi son incapacité à aller au-delà de son fantasme narcissique (« je crois », « je pense », « je demande », « je propose », « je soutiens », « j’ai écrit », « je peux vous le dire », « je suis en faveur », « je vois », « j’espère », etc.). Il a cité l’Ecclésiaste sans pertinence, a appelé à une paix « tchékhovienne » plutôt que « shakespearienne », et a ignoré des décennies d’opposition totale des États-Unis et d’Israël à tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une libération nationale pour les Palestiniens. Chomsky l’a ironiquement félicité pour la seule déclaration véridique qu’il a faite, à savoir que Chomsky avait été conseiller auprès de jeunes au Camp Massad dans les montagnes de Pocono dans les années 1940. Voir « Noam Chomsky v. Alan Dershowitz: A Debate on the Israel-Palestinian Conflic », Democracy Now, 23 décembre 2005.

[17]Alexander Cockburn dans David Barsamian, « Chronicles of Dissent – Interviews with Noam Chomsky » (Common Courage, 1992) p. xii.

[18]Une réaction compréhensible étant donné les déformations grotesques du « Newspaper of Record ». Concernant les grincements de dents de Chomsky, voir Alexander Cockburn dans David Barsamian, « Chronicles of Dissent – Interviews with Noam Chomsky » (Common Courage, 1992) p. ix ; Christopher Hitchens, Covert Action Information Bulletin event at the University of the District of Colombia, C_SPAN, 1995, disponible sur You Tube à l’adresse https://www.youtube.com/watch?v=ODficd8Z818

[19]Robert Barsky, « Noam Chomsky : une voie discordante », Paris, Odile Jacob, 1998 ; Mark Achbar ed. « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie », Éditions Agone, 2008

[20]Noam Chomsky dans David Barsamian, « Class Warfare – Interviews With David Barsamian » (Common Courage, 1996), p. 26.

[21] « Noam Chomsky : Rebel without a pause », 2003 Documentaire

[22] Robert Barsky, « Noam Chomsky : une voie discordante », Paris, Odile Jacob, 1998

[23] Bev Bousseau Stohl, « Chomsky And Me – A Memoir », (OR Books, 2023) p. 53.

[24] « Noam Chomsky : une voie discordante », Paris, Odile Jacob, 1998

[25] «Une focalisation étroite sur les armes stratégiques tend à renforcer le principe de base du système idéologique […] selon lequel le conflit entre les superpuissances est l’élément central des affaires mondiales, auquel tout le reste est subordonné ». Noam Chomsky, « Priorities For Averting The Holocaust », dans « Radical Priorities » (Black Rose, 1984), p. 283.

[26] « La conclusion est que si nous espérons éviter une guerre nucléaire, la taille et la nature des arsenaux nucléaires sont des considérations secondaires . Noam Chomsky, « The Danger of Nuclear War and What We Can Do About It », « Radical Priorities », (Black Rose, 1984) p. 272.

[27] « Chomsky and Krauss : An Origins Project Dialogue », You Tube, 31 mars 2013

[28] Fred Branfman, « When Chomsky Wept », Salon, 17 juin 2012.

[29] Bev Boisseau Stohl, « Chomsky And Me – A Memoir », (OR Books, 2023) p. 92.

[30]Alexander Cockburn dans David Barsamian, « Chronicles of Dissent – Interviews with Noam Chomsky » (Common Courage, 1992), p. x – xi.

[31]Edward Abbey, éd. « The Best of Edward Abbey » (Counterpoint, 2005), préface.

[32]Cité dans le documentaire Rebel Without a Pause, 2003.

[33]Martin Duberman cité sur la quatrième de couverture de « L’Amérique et ses nouveaux mandarins », Paris, Seuil, 1969 (Première édition Vintage Books)

[34]Edward Said, « The Politics of Dispossession », (Chatto and Windus, 1994) p. 263.

[35]James Peck, introduction à The Chomsky Reader, (Pantheon, 1987) pps. vii – xix

[36] Howard Zinn, « The Future of History – Interviews With David Barsamian », (Common Courage, 1999), pps. 39-40. Bien que le nombre total de livres de Chomsky avoisine les 150 (avec des collaborations avec des amis activistes qui continuent de paraître), il est possible que personne n’en connaisse avec certitude le chiffre exact. Michael Albert, militant et ami de longue date, raconte que l’immense travail de Chomsky a un jour convaincu un groupe de militants en Europe de l’Est qu’il y avait deux Chomsky différents, l’un linguiste et l’autre militant politique. Compte tenu de la production déraisonnable de Chomsky et de son nom de famille loin d’être inhabituel dans cette partie du monde, il s’agissait peut-être d’une erreur compréhensible. Voir Michael Albert, « Noam Chomsky at 95. No Strings on Him », Counterpunch, 8 décembre 2023.

[37] Paul Jay, « Rising Fascism and the Elections – Chomsky and Ellsberg », The Analysis News, You Tube 2 novembre 2024.

[38] Bill Moyers, « A World of Ideas – Conversations With Thoughtful Men and Women » (Doubleday, 1989). L’interview est également disponible en ligne sur You Tube. Voir « Noam Chomsky interview on Dissent (1988) », <https://www.youtube.com/watch?v=mEYJMCydFNI>

[39] Milan Rai, « Chomsky’s Politics », (Verso, 1995) p. 6.

[40] Chomsky dans « Chronicles of Dissent – Interviews With David Barsamian » (Common Courage, 1992), p. 159.

[41]« Noam Chomsky, hospitalisé au Brésil », La Jornada, 12 juin 2024 (espagnol)

[42] Chomsky est né le 7 décembre 1928.

Michael K. Smith est l’auteur de La folie du roi George et de Portraits d’Empire.

Source : Counter Punch, Michael K. Smith, 08-12-2025

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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2 réactions et commentaires

  • Tzevtkoff // 03.01.2026 à 11h39

    Sympa les photos de Chom dans le Lolitta express avec son copain Epstein. L’idolâtrie de ce type sur ce site est étrange.

  • Dominique65 // 03.01.2026 à 13h54

    Merci pour ce rappel sur cette personnalité hors du commun… et donc peu connue car tué dans les medias.
    Meilleurs vœux à toute l’équipe de ce site, à tous ses lecteurs et à toutes les personnes de paix et de bonne volonté. Ce qui fait beaucoup de monde, mais possédant peu de pouvoir en ce moment.

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