Traduction – bien tardive – d’un intéressant papier de Kissinger, sorti le 5 mars 2014 – 2 mois déjà…

À mon avis, Henry Kissinger passe trop vite le problème du putsch et du gouvernement, et le non respect de l’accord du 21 février – qui ont poussé les Russes à soutenir la sécession de la Crimée… Ainsi que le problème des négociations commerciales, qui ont des conséquences importantes sur la Russie, et qu’il faut donc associer…

Le débat public sur l’Ukraine tourne autour de la question d’un affrontement. Mais savons-nous où nous allons? Dans ma vie, j’ai vu quatre guerres débuter dans un grand enthousiasme et avec le support de l’opinion publique, toutes finalement inextricables et ayant abouti pour trois d’entre elles à un retrait unilatéral. Une politique se juge à la façon dont elle se termine, non de la façon dont elle commence.

Bien trop souvent le problème ukrainien est présenté comme un rapport de force dans lequel l’Ukraine doit rejoindre l’Est ou l’Ouest. Mais si l’Ukraine veut survivre et prospérer, cela ne sera pas en servant d’avant-poste pour l’un ou l’autre camp, contre l’autre, mais en servant de pont entre les deux.

La Russie doit comprendre qu’essayer de satelliser de force l’Ukraine, et par là même modifier une fois encore les frontières de la Russie, condamnerait Moscou à répéter l’histoire, et à s’engager dans un cycle autoréalisateur de pressions réciproques avec l’Europe et les USA.

L’Ouest doit comprendre que, pour la Russie, l’Ukraine ne sera jamais une quelconque terre étrangère. L’histoire russe débute dans la principauté de Kiev. C’est à partir de là qu’a essaimé la religion russe. L’Ukraine a fait partie de l’histoire Russe pendant des siècles, et leurs passés sont entremêlés depuis plus longtemps encore. Certaines des plus importantes batailles russes pour la liberté, à commencer par la bataille de Poltava en 1709, ont eu lieu sur sol ukrainien. La flotte de la mer Noire – levier pour la puissance militaire russe en méditerranée – stationne, via un bail de longue durée, sur la base de Sébastopol, en Crimée. Même des dissidents aussi reconnus qu’Aleksandr Soljenitsyne et Joseph Brodsky ont insisté sur le fait que l’Ukraine était une partie intégrante de l’histoire russe et, par conséquent, de la Russie.

L’Union Européenne doit reconnaître que son inertie bureaucratique et le fait de mettre la stratégie au second plan par rapport à la politique intérieure lors des négociations sur les relations entre l’Ukraine et l’Europe ont contribué à transformer une négociation en crise. La politique étrangère est l’art d’établir des priorités.

Les Ukrainiens sont l’élément décisif. Ils vivent dans un pays multilingue, à l’histoire complexe. La partie ouest a été incorporée à l’Union Soviétique en 1939 quand Staline et Hitler se sont réparti le butin. La Crimée, dont 60% de la population est Russe, n’est devenue une province ukrainienne qu’en 1954, quand Nikita Khrouchtchev, ukrainien de naissance, l’a offert lors de la célébration en Russie du 300ème anniversaire d’un accord avec les cosaques. L’ouest est majoritairement catholique, l’est est majoritairement russe orthodoxe. L’ouest parle ukrainien, l’est parle essentiellement le russe. Toute tentative d’un côté de l’Ukraine de dominer l’autre – tel qu’en a été le dessein mènerait à terme à une guerre civile ou à une sécession. Faire de l’Ukraine un acteur de la confrontation Est-Ouest saborderait pour des décennies toute tentative de rapprocher la Russie et l’Ouest – notamment la Russie et l’Europe – au sein d’un système de coopération international.

L’Ukraine n’est indépendante que depuis 23 ans, ayant auparavant été soumise, depuis le XIVe siècle, à des puissances étrangères. Sans surprise, ses leaders n’ont pas appris l’art du compromis, et encore moins celui de la perspective historique. La politique ukrainienne depuis l’indépendance démontre clairement que la racine de tous les problèmes se situe dans les velléités des politiciens ukrainiens d’imposer leur volonté à des parties non consentantes du pays, en s’appuyant sur un clan, puis sur l’autre. C’est l’essence même du conflit entre Viktor Ianoukovytch et son principal adversaire politique Iulia Timochenko. Ils représentent respectivement l’un des deux camps en Ukraine, et n’ont pas accepté de se partager le pouvoir.

La sagesse devrait guider la politique des USA en Ukraine vers la recherche d’une coopération entre les deux camps. Nous devrions œuvrer pour la réconciliation, non la domination d’un camp par l’autre.

Ni la Russie ni l’Ouest, et encore moins les différentes factions en Ukraine, n’ont agi suivant ce principe. Tous ont aggravé la situation. La Russie ne sera pas capable de mettre en œuvre une solution militaire sans s’isoler, au moment où plusieurs de ses frontières sont déjà en situation précaire. A l’Ouest, la diabolisation de Poutine ne fait pas office de politique, mais est une excuse pour l’absence de politique.

Poutine devrait prendre conscience que, quelles que soient ses doléances, il ne pourra pas imposer militairement sa politique sans déclencher une nouvelle Guerre froide. De leur côté, les États-Unis devraient éviter de traiter la Russie comme un pays aberrant auquel il faut enseigner patiemment des règles de conduite établies par Washington. Poutine est un stratège habile – à la lumière de l’Histoire russe. Sa compréhension des valeurs et de la psychologie américaine ne fait pas partie de ses plus grandes qualités. Tout comme la compréhension de l’histoire et de la psychologie russes sont loin d’être des points forts des hommes politiques américains.

Les responsables de chacun des camps devraient revoir leur copie afin de trouver des solutions, et non donner dans la surenchère de postures politiciennes. Voici la manière dont j’envisage une sortie de crise compatible avec les valeurs et les enjeux de sécurité des protagonistes :

  1. L’Ukraine devrait avoir le droit de choisir librement ses partenariats économiques et politiques, y compris avec l’Europe
  2. L’Ukraine ne devrait pas rejoindre l’OTAN, une position que j’ai déjà tenue il y a 7 ans, la dernière fois que cette situation s’est présentée
  3. L’Ukraine devrait être libre de constituer tout gouvernement respectant l’expression de la volonté populaire. Des leaders ukrainiens sensés/raisonnés opteraient alors pour une politique de réconciliation entre les différentes parties de leurs pays. Sur la scène internationale, ils devraient une position comparable à celle de la Finlande. L’indépendance farouche de cette nation ne fait aucun doute et elle coopère avec l’Ouest dans la plupart des domaines, en évitant toutefois soigneusement toute hostilité institutionnelle envers la Russie.
  4. Les règles de l’ordre mondial établi sont incompatibles avec l’annexion de la Crimée par la Russie. Mais il devrait y avoir moyen de revoir la relation entre l’Ukraine et la Crimée de façon à poser les bases d’une relation plus sereine. Dans cette optique, la Russie devrait reconnaître la souveraineté de l’Ukraine sur la Crimée. L’Ukraine devrait renforcer l’autonomie de la Crimée lors d’élections menées en présence d’observateurs internationaux. Cette démarche comprendrait la levée de toutes les ambiguïtés concernant la flotte de la Mer Noire à Sébastopol.

Ce sont des principes, non des prescriptions. Les personnes ayant une bonne connaissance de cette région sauront que tous ne seront pas audibles par toutes les parties. Le critère n’est pas la satisfaction complète, mais la frustration équilibrée. Si on ne parvient pas à une solution basée sur ces éléments ou d’autres comparables, la descente vers la confrontation ne fera qu’accélérer. Et ceci cela n’arriver que trop tôt.

Henry A. Kissinger (secrétaire d’État de 1973 à 1977) – Washington Post 5 mars 2014

Traduction : www.les-crises.fr (les phrases en gras ne le sont pas dans l’article original)

28 réponses à [Traduction] La fin de la crise en Ukraine, par Henry Kissinger

  1. dufourcq Le 16 mai 2014 à 05h31
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    Pour élargir le champs de vision : Voici un article sur la position chinoise

    http://www.questionchine.net/la-chine-la-russie-et-l-ukraine-les-embarras-de-l-alliance-sino-russe?artpage=4-4

    La crise ukrainienne n’est qu’un des éléments d’une beaucoup plus vaste confrontation.

    A ce sujet , il faut se rappeler que lors de la crise des balkans , c’est l’ambassade de Chine à Belgrade qui fut bombardée… pas l’ambassade de Russie.


    • Charles Michael Le 16 mai 2014 à 18h19
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      ENORME !

      A lire sur TheGuardian maintenant et tout frais: Unfolding Ukraine Crisis
      par Tony Brenton.

      en gros; oublions la Crimée, comprenons Putin et respectons la Russie, finlandisons l’Ukraine.

      en conclusion de l’article: fin de la Pax Americana


      • Charles Michael Le 16 mai 2014 à 18h49
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        traduction du début:

        Tony Brenton from Guardian 16 mai

        Le déroulement de la crise en Ukraine signale un nouvel ordre mondial
        Le meilleur résultat pour l’Ukraine, et pour l’Occident, serait un accord avec la Russie pour écarter les grandes puissances.
        Une sortie de la crise Ukrainienne pourrait être vaguement discernable. Les négociations promuent par les Allemands a le soutien de tous les gouvernements impliqués. Le but est d’avoir un cessez-le-feu, des discussions sur de futurs arrangements constitutionnels, et l’élection d’un nouveau président le 25 Mai. Il y a encore plein de façons que cela se passe mal, les Ukrainiens de l’Est ne sont pas encore impliqués et auront besoin de l’être, la polarisation continue avec chaque camp perdant graduellement le contrôle de leurs brutaux auxiliaires. Mais les choses paraissent marginalement plus porteuses d’espoir, depuis l’agrément raté de Genève d’il y a un mois.
        L’Occident a du avoir à apprendre quelques dures leçons pour aboutir au gâchis où nous sommes maintenant.
        Il est généralement convenu que l’UE (dans un style, splendidement décrit par un commentateur, d’ « de mégalomanie impotente ») a précipité les choses en vagabondant dans la part la plus sensible du pré-carré russe, sans se poser sérieusement la question de quelles seraient les réactions. Ceci n’était pas une erreur isolée, mais la culmination de 20 années où l’Occident n’a pas prit au sérieux la Russie, notablement avec la guerre au Kosovo et l’expansion de l’Otan. Quand la Russie a réagit (d’une manière légalement indéfendable, mais historiquement compréhensible) en annexant la Crimée et déstabilisant l’Ukraine, les vues occidentales ont alors virer à 180 degrés sur le besoin de contenir une Russie revancharde assoifée de rebatir l’Union Soviétique.

        ……. la suite est pas mal, si d’autres peuvent continuer ?


  2. Passant Le 16 mai 2014 à 06h34
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    Quelques infos intéressantes :

    La 1ère : le fils de Joe Biden entre dans le conseil d’administration de la plus grande entreprise gazière d’Ukraine :
    http://politicaloutcast.com/2014/05/welcome-third-world-kleptocracy-u-s-joe-bidens-son-gets-slice/
    Vous noterez qu’il s’appelle R. Hunter Biden, le chasseur

    Autre information :
    La Russie a racheté à bas coûts les actions d’entreprises russes détenues par des actionnaires autres et s’est fait depuis 20 milliards de dollars d’augmentation de valeur boursière :
    http://www.le-veilleur.com/articles.php?idcat=2&idrub=35&id=1738

    Dernier point, un cable wikileaks de 2008 sur la nécessité d’élargir l’OTAN jusqu’à l’Ukraine avec déjà l’évocation d’un risque de guerre civile et de partition du pays en 2
    https://wikileaks.org/plusd/cables/08MOSCOW265_a.html#efmAB5ACs


  3. Charles Michael Le 16 mai 2014 à 07h02
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    Ce sont un peu des voeux pieux et vieux de deux mois.

    la référence à l’ordre mondial établi est assez ambigue:
    – est-ce une référence au droit international; notion éminement vague et aux applications notoirement discriminantes et partisannes?
    – cet ordre mondial établi, je pense dans la pensée de Kissinger après la dispartion de l’URSS, est la Pax America. Mais justement cette Paix nous a valu une série de guerres et interventions miltaires souvent sous l’égide de l’Otan, sans parler des conflits en Amérique Latine (avec ou sans prétexte de guerre à la drogue). Cet “équilibre” a donc vu et facilité la progression de l’ hégomonisme militaire occidental, particulièrement mal ressenti dans les pays musulmans (avec ou sans prétexte de guerre aux terroristes).
    – cet ordre mondial comprendrait aussi la globalisation et la prédominance du mantra de l’économie libérale, la main invisible du marché, et la concentration des richesses ( 63.000 personnes possédant plus de 100 millions de $ dans le monde) et la diminution des masses salariales en proportion.
    – cet ordre, se servant des Droits de l’Homme (mais ne les respectants pas) en érigeant le R2P, Droits de protéger, ou devoir d’ingérence (sélectif), défiant justement le Droit International au Kosovo ou par les attaques de drones.

    Plutot que de vouloir, comme le fait ici Kissinger, réduire le conflit en Ukraine, à un simple conflit local, il paraitrait plus réaliste de se concentrer sur deux faits têtus:
    – la Russie garde la porte de la marche européenne vers l’Est et la porte de la marche asiatique vers l’Ouest.
    – les économies occidentales développées et on peut y joindre le Japon sont financièrement prisonnières d’une pyramide de Ponzi, (USA et UK compris, mais moins l’Allemagne) et tous comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Indonésie, le Brésil & Co importent gaz et pétrole.


  4. captain flemme Le 16 mai 2014 à 07h11
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    Acte I. Brzezinski, le bad Cop qui souffle sur les braises et notamment la Pologne en lui laissant croire qu’elle peut jouer les gros bras (ca rappelle Dantzig …)

    et une fois que le bordel est bien installé …

    Acte II. Kissinger qui jour le good Cop en proposant une solution négociée actant les avantages acquis par les putschistes

    Trop drôle les duettistes !!

    Juste une remarque pour qui peut me répondre. Est ce que la Crimée Russe ne provoque pas un déséquilibre de fait dans le corps électoral Ukrainien ? Avant il y avait un status quo et une alternance Est/Ouest. Sans la Crimée fortement russophone, est ce que l’Ouest ne va systématiquement prendre le dessus ? provoquant l’arrimage de fait de l’Ukraine à l’Ouest …


    • Crapaud Rouge Le 16 mai 2014 à 12h35
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      Excellente question ! Il y a effectivement une perte de poids électoral qui n’est pas négligeable. Un site dont je n’ai pas l’adresse sous la main a fait la même remarque, ce qui fait que les Russes, tant qu’ils pouvaient conserver leur base navale, n’avaient aucun intérêt à réintégrer la Crimée.


  5. perceval78 Le 16 mai 2014 à 07h26
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    Dans la même veine , un bon article dans Huffington Post sur la désinformation coté occidental .

    http://www.huffingtonpost.fr/charles-grandjean/liberte-democratie-armes-desinformation-massive-ukraine_b_5252155.html


  6. bluetonga Le 16 mai 2014 à 07h37
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    Propos qui se complètent par l’extrait d’interview suivant, où Kissinger dédouane Poutine des responsabilités de cette guerre.

    http://www.dedefensa.org/article-kissinger_poutine_et_l_ukraine_15_05_2014.html

    Sans doute Kissinger appréhende-t-il les perspectives d’un conflit susceptible de dégénérer et d’endommager directement l’économie et la politique américaine. Peut-être s’irrite-t-il du manque de cohérence et de réalisme de la Maison Blanche. Il est clair qu’il roule pour les USA, mais qu’il désapprouve le jeu dangereux et inconsidéré mené par Washington (diaboliser Poutine n’est pas une stratégie, cela reflète un manque de stratégieà.


    • passenger Le 16 mai 2014 à 09h47
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      Non, Kissinger rétropédale, tout simplement. Il cherche la sortie pour éviter la défaite majeure, tout en faisant comme si les frustrations devaient être partagées. Il affirme que Poutine ne peut imposer une solution militaire alors qu’il n’a même pas commencé de conflit armé! L’ordre américain a l’air de se faire du soucis. Qu’une vieille charogne comme Kissinger achève sa vie en voyant sa fin est une belle chose.


      • pierre9459 Le 16 mai 2014 à 10h57
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        Peu importe ce que Kissinger peut dire.
        Pour moi, cette ordure restera éternellement celui qui a orchestré le Putsch au Chili en 1973 et ainsi permis à la bande d’assassins de Pinochet de mettre en place une des pires dictatures que l’Amérique du sud ait connue !
        Donc en effet, que cette vieille hyène , à la fin de sa vie, commence à voir se fissurer son jouet, c’est on ne peut plus jouissif !


        • Crapaud Rouge Le 16 mai 2014 à 14h06
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          Peu importe ce que Kissinger peut dire.” : de toute façon, comme l’avait déjà remarqué un lecteur de ce blog, seuls les personnalités à la retraite font entendre des voix discordantes. On aimerait qu’elles viennent de ceux qui sont encore en poste, les “employés du système”. Il va sans dire qu’ils s’en gardent bien, ils ne feraient pas long feu.


  7. Magpie Le 16 mai 2014 à 07h44
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    La semaine prochaine (mardi 20 et mercredi 21) se tiendra à Shanghai la 4ème sommet de l’interaction et de la construction des mesures de confiance en Asie (CICA).
    http://www.s-cica.org/page.php?page_id=7&lang=1

    Il semble que le Président chinois doive y recevoir (entre autres) ses homologues russes et iraniens.
    http://thediplomat.com/2014/05/iranian-russian-presidents-to-visit-china/

    A quelques jours des élections ukrainiennes,
    – dans un contexte régional “un peu” tendu (émeutes anti-chinoises au Vietnam, attentats d’indépendantistes Ouighours supposés dans des gares chinoises…),
    – avec apparemment la poursuite des “opérations antiterroristes” de Kiev à l’Est de l’Ukraine
    http://www.bloomberg.com/news/2014-05-16/ukraine-troops-advance-as-u-s-warns-russia-of-sanctions.html
    – tandis que les Etats-unis menacent de “saigner l’économie russe”
    http://www.20minutes.fr/monde/1376557-washington-menace-de-saigner-l-economie-russe-si-moscou-empeche-la-presidentielle-en-ukraine

    c’est manifestement une rencontre qu’il faudra observer avec le plus grand intérêt.

    Accessoirement, cela permet de découvrir cette organisation internationale régionale méconnue, qui regroupe 24 Etats importants, que ce soit pour le projet russe eurasiatique, ou l’avenir de l’hyper-puissance américaine (Afghanistan, Azerbaijan, Bahrein, Cambodge, Chine, Egypte, Indie, Iran, Iraq, Israel, Jordanie, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Mongolie, Pakistan, Palestine, République de Corée, Russie, Tajikistan, Thailande, Turquie, Emirats arabes unis, Ouzbekistan,Vietnam).


    • Magpie Le 16 mai 2014 à 12h37
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      Bonjour M. Griesmar,

      Mon propos était plus sur la montée des tensions en Asie, et j’avais mis “supposés” pour indiquer qu’étant donnée la “relative opacité” (euphémisme) des informations disponibles en Chine, il était difficile d’avoir un avis tranché sur les motivations des acteurs. Je ne souhaitais vexer ni les Ouïghours de France ni de Chine ni d’ailleurs – et vous demande de me pardonner si la formulation n’était pas assez explicite 😉

      Ce que je voulais dire (en résonnance avec le commentaire n°1 de Dufourq), c’est que la Chine perçoit plus vivement ces derniers mois les tensions liées à la question du Xinjiang. Le 30 avril dernier, une explosion à la gare d’Urumqi-sud a fait 3 morts et 79 blessés, alors que le président chinois était en visite dans la région. On se souvient de l’épisode de la voiture qui a foncé dans la foule des touristes à la porte sud de la cité interdite en octobre dernier (2 victimes, une trentaine de blessés).

      Je ne vous suivrai pas dans votre comparaison avec l’incendie du Reichtag (Godwin Point Alert !) mais il est certain qu’il y a un réflexe déplorable en Chine : tourner immédiatement les regards vers le nord ouest dès qu’un événement violent a lieu, quand bien même s’avère t-il au bout de quelque heures qu’il s’agisse de l’acte d’un déséquilibré (rien de définitif encore, mais c’est apparemment ce dont relève l’attaque au couteau de la gare de Canton de la semaine dernière).

      On a l’air un peu loin de la crise ukrainienne, mais dans ce qu’auront la semaine prochaine à se dire Jinping et Vladimir, le climat régional risque de jouer… La Chine a identifié le Xinjiang à l’un de ses talons d’Achille, dans la mesure où les occidentaux ont prouvé ces dernières années qu’ils utilisaient des groupes radicaux islamistes ou manipulaient des militants démocrates (cf le documentaire “Comment la CIA prépare les révolutions colorées”), afin de déstabiliser des Etats.

      Les événements de ces derniers mois en Asie – les attaques citées plus haut, les tensions avec le Japon, le Vietnam, les Philippines, le “cas Nord-coréen” et j’en passe rendent plausible un soutien de la Chine à la Russie – qui risquerait de compliquer fortement le projet américain de “saigner au scalpel l’économie russe”.

      Cordialement,
      MagPie


    • Perret Le 16 mai 2014 à 21h25
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      Il est possible que dans ce cas précis vous ayez raison, mais des attentats ont bien été commis par des Ouïghours ou supposés tels, avec en sous main un appui des services américains, tout cela dans une absence de communication de mainstream sur ces faits alliée à une sur-communication sur la répression chinoise.
      En outre, il est utile de parler de la question ouïghoure au milieu de cette affaire où l’on voit resurgir du passé des nazis tout frais et bien nourris : c’est Ian Johnson (Une mosquée à Munich, Lattès) qui explique que des éléments des divisions SS du flan sud de l’URSS (essentiellement composées de turkmènes) se sont retrouvés à Munich et y ont été enregistrés comme Ouïghours : c’est à partir de ces quelques centaines d’anciens SS que Munich devient le centre international de cette contestation. Autres lieux, autres méthodes, mais toujours le même fonds de sauce mafioso-djihado-nazi…


  8. kopenhague Le 16 mai 2014 à 08h18
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    Article interessant de john Pilger dans the gardian traduit sur “le grand soir” :http://www.legrandsoir.info/ukraine-les-etats-unis-nous-entrainent-dans-une-guerre-contre-la-russie-the-guardian.html


    • Caroline Porteu Le 16 mai 2014 à 09h56
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      Le titre parle de lui même :

      Ukraine : les Etats-Unis nous entraînent dans une guerre contre la Russie (The Guardian)

      Il est rassurant de voir que tous les grands médias Européens ne sont pas aussi veules et mensongers que les grands médias français .


      • kinimodo Le 16 mai 2014 à 15h26
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        Très bon article, ça nous change en effet !
        un extrait :
        …Chaque année l’historien américain William Blum publie son “archive actualisée du résumé de la politique étrangère des Etats-Unis” qui montre que, depuis 1945, les Etats-Unis ont tenté de renversé plus de 50 gouvernements, la plupart démocratiquement élus ; ont grossièrement interféré dans les élections de 30 pays ; bombardé la population civile de 30 pays ; utilisé des armes chimiques et biologiques ; et tenté d’assassiner des dirigeants étrangers…

        Je cherche en vain un comparatif synthétique , sous forme de tableau ou autre, sur les USA et la Russie, traitant le plus de points possibles (géographie, démographie, économie, actions et géopolitique, ressources, aspects militaires, etc…) qui permette de cerner et comparer ces deux grands acteurs qui encadrent l’Europe.

        C’est pour certains de mes amis, peut être avez vous les mêmes ?… marre à chaque fois d’expliquer les fondamentaux de ces deux puissances et qui des deux est la plus belliqueuse et la plus dangereuse.


  9. Charles Michael Le 16 mai 2014 à 09h26
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    Obama a longtemps retardé, résisté à toute décision d’intervention militaires:
    contre l’Iran malgré divers lobying
    contre la Lybie laissant le rôle glorieux à Cameron et Sarkozy
    contre la Syrie laissant Hollande et Fabius en plan
    il encourage le réarmement au Japon
    et a signé récement un protocole d’assistance militaire avec les Philippines
    en plus de ceux existants avec la Corée et Taîwan

    et il a dès le début, concernant l’Ukraine, exclu toute intervention militaire US directe, donc de l’Otan.

    Paradoxalement, ces stratégies d’encerclements pour le Pacifique, Europe et Orient (du Sud Est Méditerannéen à l’Afghanistan) confirment une évolution vers un certain isolationisme et la recherche du maintien de la puissance US par leurs alliés (proxy) ou par la technologie(drones et NSA) ou par des fractions financées et armées.
    La nouvelle chanson de l’indépendance énergétique retrouvée des USA (affirmation complétement fausse) y joue un rôle important:
    – nous n’avons pas besoin de vous; mais nous serons là pour vous fournir en armes (vrai) et énergies (faux)
    – sous notre ombrelle nucléaire (bluff) vous devrez gérer vous mêmes vos conflits régionaux suivant nos indications.


    • Caroline Porteu Le 16 mai 2014 à 09h58
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      @Charles Michael
      Toute intervention officielle pour plus de précision .
      Car le militaire américain (pardon le milicien privé) qui vient de se faire arrêter à Slaviansk devait sûrement être en train d’y faire du tourisme …


  10. onizuka1884 Le 16 mai 2014 à 10h43
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    Même dans la presse US, les origines de la crise commencent à s’expliquer tout doucement…

    “Come on daddy, Biden, give me a country!”

    http://www.washingtontimes.com/news/2014/may/13/joe-bidens-son-hunter-head-legal-unit-ukraines-lar/

    http://abcnews.go.com/blogs/politics/2014/05/bidens-son-gets-ukrainian-oil-company-gig/

    Commentaire d’un lecteur du WT:

    “Apparently this Administration thinks it’s ok to use the CIA to start a civil war in another country in order to get the Veep’s son appointed to the Board of a major private company in that country. How blind does someone have to be to not see what is happening here???”


  11. skirlet Le 16 mai 2014 à 11h04
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  12. RienQueLaVérité Le 16 mai 2014 à 15h28
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    Toute déclaration de Kissinger est à prendre avec des pincettes…


    Les Etats-Unis stérilisent la population des pays en développement

    Par La Voix de la Russie ¦ Pandémies fictives, lois sur la vaccination obligatoire – ce ne sont
    que des préparatifs de la stérilisation totale de la population « inutile » de la Terre.

    En 1989 une étude Memorandum-200, ouvre du conseiller à la sécurité nationale américaine Henry Kissinger datant de 1974, a été rendue publique. L’étude était consacrée à l’augmentation de la population dans le monde et aux conséquences que celle-ci pourrait avoir pour la sécurité des Etats-Unis et des intérêts américains dans le monde.

    En guise de solution le Memorandum-200 proposait de réduire la population des pays en développement ce qui permettrait aux Etats-Unis d’accéder aux ressources naturelles de ces derniers.

    Le plan secret de Kissinger a été immédiatement mis en ouvre. Dans les années 1980-1990 la stérilisation est devenue le moyen de contraception le plus populaire en Amérique latine. Plusieurs organisations et agences proposaient la stérilisation mais seulement quelques-unes étaient brésiliennes. Fédération internationale de planification familiale, Pathfinder Fund américain, Association pour la contraception chirurgicale volontaire – toutes les organisations opéraient sous l’égide de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). En 1989 le gouvernement brésilien, jadis fervent partisan du programme de stérilisation ayant pour l’objectif affiché la lutte contre la pauvreté, a déclaré que ce programme était devenu « excessif et superflu ». Selon certaines données presque 90% de femmes brésiliennes d’origine africaine ont été stérilisées dans le cadre de ce programme.

    Depuis 2011 une vaste campagne de stérilisation a été lancée au Rwanda en visant 700 000 hommes. S’étalant sur trois ans, elle est intégralement financée par l’USAID. La campagne est certes volontaire mais « à chaque fois qu’une campagne de stérilisation a des dimensions considérables, elle aboutit à une coercition », fait remarquer le président de l’Institut américain de recherche sur la population (Population Research Institut) Steven Mosher. Il considère que « les conséquences pour la vie familiale et le développement économique du Rwanda seront assez tangibles » et qu’il s’agit du « meilleur moyen » de prévenir le SIDA. Il oublie cependant que les lois américaines interdisent à financer des avortements forcés et des stérilisations.

    Il ne s’agit que de plusieurs exemples de ce qui se passe un peu partout dans le monde. Dans une guerre pour les ressources la fin justifierait les moyens surtout si l’augmentation de la population compromet l’avenir économique des pays développés, dirait Kissinger. Mais il ne faut pas oublier que la stérilisation forcée est constitutive d’un crime contre l’humanité, si elle est pratiquée de façon importante et systématique. Ses auteurs devront alors être jugés par la Cour pénale internationale.

    Source : http://french.ruvr.ru/2014_04_11/Les-Etats-Unis-sterilisent-la-population-des-pays-en-developpement-3356/


  13. Daniel Le 16 mai 2014 à 15h43
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    Presque un peu de la palissade ce que Kissinger dit au sujet de la complexité de l’Ukraine. Les russes et les peuples de l’est européen le savent depuis toujours, pas les technocrates de la Comission Européenne et moins encore les néo-conservateurs américains.

    De loin plus intéressante c’est l’analyse de Helmut Schmidt au même sujet parue dans le “Bild” de cette semaine (en allemand et, hélas, payant).

    http://www.bild.de/bild-plus/politik/inland/helmut-schmidt/bild-interview-altkanzler-europa-ukraine-krise-36003626,view=conversionToLogin.bild.html


  14. Hellebora Le 16 mai 2014 à 18h48
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    Pas complètement dans le sujet : le 70 ème anniversaire de la déportation des Tatars de Crimée, ce 18 mai.

    Le discours donné ce 16 mai (ci-dessous) récupère sans vergogne l’événement pour renforcer le gvt provisoire de Kiev qui s’adosse à l’UE :
    http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-14-390_en.htm


  15. olivier69 Le 16 mai 2014 à 20h05
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    US contre Russie ? Un écran de fumée ? L’idéologie américaine, vraiment ? Regardons par exemple, ce que pensaient les américains de leur politique étrangère et intérieur…
    Sous un angle différent, nous assistons plutôt à une guerre inspirée par le monde judéo-protestant et qui a donc des origines religieuses (perception de la monnaie et du commerce). Curieux, ce sont les musulmans, les orthodoxes, les catholiques dans le monde qui se battent entre eux ! Pas pour leurs pratiques mais pour leurs espaces !
    Question : Est-ce normal, naturel, intrinsèque à leurs propres conceptions religieuses respectives ou allume t-on des mèches financières ? La politique et la religion divisent malheureusement encore excessivement par manque de débats philosophiques. A quand donc les “néo” lumières” ?
    En France, les dates les plus importantes pour le libéralisme et le socialisme seraient Noël, Pâques, et le 14 juillet ?
    Ou donc placer les athées ? Je leur répondrai : il y avait les marchands du temple (origine du christianisme) et il y a une devise écrite sur le billet vert…..
    En ce sens, ils ne sont pas nécessairement pratiquant. Mais, je présume qu’ils sont aussi modérés sur le sujet, qu’ils ont probablement une approche du commerce et de la monnaie différente de la mienne, religieusement parlant. Et de savoir, si la science pouvait remplir ce rôle religieux (la fonction) ? L’équilibre et la modération s’entretiennent (religieusement ou pas).
    La croyance est réelle parce que l’on ne connait justement pas tout !
    Question : Alors si oui, la science peut-elle être aussi excessive (eugénisme par exemple), et connaitre également les mêmes dérives que l’intégrisme religieux ?
    C’est à craindre ! L’ingénierie financière, une conversion religieuse ? La religion est-elle culturelle ?


  16. Spipou Le 16 mai 2014 à 21h51
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    Quoi qu’on puisse penser de Kissinger et de ce qu’il a fait par le passé, c’est un vieux routier de la négociation et… Il connaît l’histoire ! C’est le premier américain (ou européen) depuis le début de la crise que je vois citer la date de 1709 !

    Je partage tout à fait son point de vue sur l’absence de politique des pays occidentaux…


    • olivier69 Le 17 mai 2014 à 00h04
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      TOUT UN CHACUN, NOUS TOUS,
      Accommoder du pathétique ?
      De façon très familière, oui, commençons par nous même. Je pense d’ailleurs que le site de mr Berruyer (comme d’autres) est une représentation des formes que l’on pourrait développer en terme de respect de la diversité. Je vous invite à partager notre engagement pour trouver des solutions potentielles face aux enjeux. Je pense cette forme de communication a notamment le mérite de recréer un lien social. Il permet également de canaliser les frustrations par la communication. Il est une source d’informations très moderne et respectable. Il suggère des angles d’analyse multiples. Il permettra peut-être à la France, de traverser solidairement ce moment difficile. Ou d’anticiper des instruments de réflexion, et/ou…..
      Alors, Non ! Ce n’est pas le moment du jugement dernier… 🙂
      L’avenir n’est pas écrit et n’est pas destiné à être écrite ! Faire partie de la planète.
      JE VOUS, MOI SEUL


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