Un peu d’histoire aujourd’hui, qu’il vaut mieux ne jamais oublier – et vous verrez demain que certains n’oublient pas…

Merci à Philippe Boulogne pour avoir synthétisé plusieurs sources sur le web en rédigeant ce billet…

Au XIXème siècle, l’Angleterre est devenue à la fin des guerres napoléoniennes la puissance montante. Elle se consacre pleinement à la mise en application à grande échelle du « free trade ». En Chine par contre, le déclin, les révoltes, une Cour impériale désunie font de l’Empire un pays en voie de décomposition.

Au-delà des escarmouches militaires de 1840-1842 et de 1858-1860 se cache en réalité une invasion rampante, sournoise et redoutable, contre laquelle la Chine va se mobiliser durant près d’un siècle afin de maîtriser une substance illégale et imposée par ses ennemis. En effet, afin de consolider leur hégémonie commerciale en Asie, les Anglais vont élaborer des réseaux de trafiquants pour inonder le marché chinois avec une drogue redoutable : l’opium.

Substance connue de longue date, elle est utilisée massivement par l’Empire Britannique comme une arme de destruction économique, politique et sociale. Cette politique machiavélique ne sera pas menée sans résistance ni réaction chinoises. Cependant, prétexte parfait pour mener deux opérations militaires victorieuses, l’opium est avant tout pour l’Occident le moyen imparable d’imposer à un Empire chinois inaccessible une série de traités que les Chinois continuent de considérer à ce jour comme honteux et scandaleux.

Les origines de l’opium

Depuis les Sumériens et la Grèce antique, l’opium est utilisé pour ses vertus curatives. Turcs et Arabes ayant importé le pavot par la route de la soie, l’opium, fabriqué à partir du pavot, est connu en Chine depuis l’époque des empereurs Tang (VIIe-Xe siècle). Mais, bien que ses propriétés narcotiques soient connues, l’opium est avant tout utilisé à des fins médicinales.

À partir du XIIIe siècle, l’opium est consommé comme drogue et sa consommation se propage rapidement. Par crainte de soulèvements, la Cour impériale chinoise n’ose l’interdire.

Dès le XVIIe siècle les Portugais en font le commerce grâce à leurs possessions en Inde. A Formose, aujourd’hui Taiwan, certains de ses habitants se mettent à mélanger l’opium au tabac et le fument ensemble. Cette pratique se propage au Fujian et au Guangdong où se développe la transformation de l’opium brut en chandoo, substance sirupeuse, débarrassée des produits indésirables et dont l’arôme est ainsi rehaussé, fumée au moyen de la pipe reprise des Hollandais. L’opium s’introduit également depuis l’Assam, Nord-Est indien, où il était fumé de longue date, ou encore par les Chinois établis dans l’actuelle Indonésie. Puisque l’usage du tabac qui allait à l’encontre des convenances et ébranlait les principes confucianistes était interdit depuis1644 en Chine, les Chinois sont enclins à trouver d’autres produits à fumer, dont l’opium. En 1729, la Cour impériale prononce son premier édit prohibant le trafic, bien que l’opium soit déjà très répandu à la Cour.

Cette drogue tirée des capsules du pavot, où réside le suc de la plante, contient de nombreux alcaloïdes : morphine, narcotine, codéine entres autres. L’opium provoque rapidement de véritables ravages dans l’élite chinoise. Les consommateurs sont des lettrés, des fonctionnaires et des intellectuels. Ils deviennent totalement dépendants et se ruinent pour se la procurer.

Pour l’empereur Jiaqing, ses gens « gaspillent leur temps et leur argent, ils échangent leur monnaie d’argent et leurs marchandises contre cette vulgaire saleté venue de l’étranger ».

Une atteinte sanitaire grave réduisait ainsi l’espérance de vie des Chinois adeptes du produit. Les fumeurs d’habitude (8 pipes par jour) mourraient dans les 5 à 6 ans, les fumeurs modestes (1 pipe par jour) après 20 ans. La plupart des opiomanes succombaient avant 50 ans.

Cette substance n’avait cependant pas encore rencontré pleinement son marché. La Compagnie des Indes de l’Empire Britannique aussi efficace que cupide va se charger de sa large diffusion.

La politique de l’Empire Britannique

Vers 1815, on assiste en Extrême-Orient à un renouveau considérable des activités commerciales européennes dominées par l’Angleterre. Singapour est fondée en 1819. Les Anglais souhaitent réaliser en Chine des bénéfices identiques à ceux qu’ils font en Inde. En pleine révolution industrielle, l’Angleterre frappe en vain depuis des années à la porte de l’Empire. Elle achète d’importantes quantités de thé (12 700 tonnes en 1720, 360 000 tonnes en 1830), que seule la Chine produisait alors. Si bien que le déficit de sa balance commerciale ne cesse de se creuser. Leur business model est pourtant innovant. Ils achètent des matières premières à bas prix et revendent au prix fort les produits de leur industrie textile ultra compétitive. Mais depuis le règne de Shunzhi au XVIIe siècle, la Chine est un marché très difficile à pénétrer. Elle exporte du thé et des soieries mais se refuse à acheter des produits occidentaux, à part quelques modestes acquisitions de laine ou de cotonnade.

Dès 1773, les Anglais avaient cependant obtenu le monopole de la vente de l’opium en Chine, activité encore très confidentielle. Pragmatiques et inventifs, ils décident alors de se lancer dans le trafic de stupéfiants à grande échelle. Ils maitrisent le produit puisque le pavot est cultivé au Bengale, au Bihâr et au Malwa, régions indiennes sous contrôle britannique. Vers 1750, les autorités coloniales de la Compagnie des Indes orientales (East India Company) en avaient introduit de force la monoculture provoquant ainsi la ruine de millions d’agriculteurs bengalis. Le gouverneur du Bengale, Warren Hasting, a bien noté la dangerosité du produit pour la société britannique et considère l’opium comme «un produit de luxe et de corruption qui ne devait être autorisé qu’à l’exportation hors des frontières anglaises ».

Pour les narco-investisseurs anglo-saxons, il ne reste donc qu’à briser ou contourner les régulations mises en place par l’administration chinoise impériale.

En 1780, la Compagnie des Indes, à laquelle l’Angleterre avait confié le monopole des transactions, ouvre un dépôt à Lark’s Bay près de Macao.

Au début du 19e siècle, le commerce illicite de l’opium devient sans surprise la principale activité entre l’Inde britannique et la Chine. De vastes réseaux se mettent alors en place dans lesquels la corruption tient une place majeure. Ces réseaux de trafiquants interviennent dans la vie économique et politique du pays puisque la distribution de la drogue est effectuée par des commerçants chinois mais également par des représentants corrompus de l’autorité impériale. L’opium en Chine permet aussi de trouver une valeur d’échange autre que le métal-argent, seul paiement agréé par les Chinois. En 1813, une caisse d’opium indien dont le prix de revient est de 240 roupies se vend 2 400 roupies en Chine. Les bénéfices sont donc considérables.

Au début des années 1820, l’objectif est atteint, la balance commerciale avec l’Occident s’est inversée au détriment de la Chine, en raison de l’importation massive d’opium. L’Angleterre libérale de Lord Henry Palmerston, Premier Ministre, est bien décidée à ouvrir sans restriction le pays non seulement à la drogue, mais aussi aux cotonnades du Lancashire et à la quincaillerie de Birmingham.

Des incidents qui se produisent pendant l’année 1821 incitent les Anglais à adopter une nouvelle tactique. Dorénavant, les bateaux convoyant l’opium stationneront à Lintin, dans la baie de Canton, les transactions se feront à Canton et les partenaires chinois du trafic, les Yaokou, viendront prendre livraison de la marchandise à bord de petites embarcations rapides appelées fast crabs.

Dans les années 1830, le pays est toujours fermé aux étrangers à l’exception d’un quartier du port de Canton. Obligation est faite aux étrangers de passer par l’intermédiaire d’une guilde des marchands, dénommée Co-hong, laquelle a la haute main sur les lieux de transaction qu’elle loue aux étrangers. Elle fournit aussi les pilotes et les interprètes. Le troc cotonnades et opium de l’Inde contre thé et soie de Chine continue son essor.

Alors que le trafic de drogue est à son apogée, les Anglais veulent se passer de ces intermédiaires et vendre directement la drogue, en contrebande, dans les ports du Nord de la Chine. Les comptoirs étrangers installés dans les ports chinois deviennent de véritables Etats dans l’Etat. Le port de Macao reste par ailleurs colonie portugaise.

Les libéraux anglais, partisans du libre-échange, y trouvent leur compte en pouvant lutter contre l’isolationnisme et forcer peu à peu l’Empire chinois à faire partie des circuits marchands mondiaux. Toutefois, la liberté de vendre et d’acheter l’opium, soulève de difficiles questions morales pour l’Angleterre puritaine qui ne sont cependant pas insurmontables vu les enjeux économiques. Grâce à l’interdit et au marché noir, les prix de l’opium et bénéfices retirés des ventes ne cessent de grimper. De plus, l’argent n’est plus déboursé par les marchands anglais, mais il leur revient abondamment car les Britanniques exigent de plus en plus de se faire payer en lingots d’argent, récupérant ainsi le précieux métal qu’ils ont cédé dans le commerce du thé. Alors qu’entre 1800 et 1820, 10 millions de liang d’argent entrent en Chine, en 1831 et 1833, 10 millions en sortent puis 30 millions entre 1851 et 1864. Le thé importé dans le Royaume de Sa gracieuse majesté Victoria permet au gouvernement d’engranger des taxes considérables, dont dépend le budget de l’État anglais et les investissements dans les colonies des Indes. La dilution des responsabilités permet de sauver la face devant l’opinion publique en occultant la nature réelle du commerce de l’opium, légal à Bombay, illégal à Canton.

Finalement, fabriqué à bas prix, l’opium se révèle un commerce bien plus juteux que le textile. En 1839, les revenus commerciaux de l’opium représentent 34% de ceux que la Couronne tire des Indes britanniques. Dès 1830, on évalue le nombre de drogués à 12,5 millions sur environ 400 millions de Chinois. Touchant d’abord les jeunes des familles riches cette consommation se propage surtout parmi la population masculine : 10-20 % des officiels du gouvernement central, 20-30 % des gouvernements locaux, 50-60 % des secrétaires privés et davantage encore au sein du personnel de service.

La progression des importations de caisses de 65 kilos donne une idée du trafic :

1762 :       200
1767 :   1 000
1817 :   4 228
1821  :   5 000
1828 : 18 000
1830 : 18 760
1832 : 20 000
1836 : 30 000
1839 : 40 000

Et très rapidement, l’abus d’opium ne détruit pas uniquement les institutions traditionnelles chinoises. Il est aussi un risque majeur pour la souveraineté de l’Empire, risque qui a cependant de longue date été identifié par les Chinois.

La réaction de l’Empire de Chine

Au début du 19ème siècle, l’empire chinois dirigé par la dynastie Mandchoue des Qing (d’origine Turco-Mongol-Toungouse) connaît un essor économique et démographique sans précédent (213 millions d’habitants en 1770, 332 en 1820, 410 en 1839), suivi cependant des premiers symptômes d’une crise économique et sociale importante. Les historiens évoquent la montée en puissance de la corruption, les excès de la centralisation et surtout les déséquilibres économiques engendrés par la concurrence défavorable entre l’économie chinoise fondée sur la monnaie argent et l’économie mondiale fondée sur la monnaie or contrôlée par les Occidentaux. La dépréciation constante de l’argent par rapport à l’or est en effet l’un des grands phénomènes dominant l’histoire de l’économie de l’Asie orientale aux XVIIIe et XIXe siècles. Cet empire à majorité Han gouverné par une minorité Mandchoue est de plus en plus difficile à contrôler. Les révoltes paysannes sont quasi-permanentes à cause de la famine, de la pression fiscale et des inégalités. Les mafias locales font régner la terreur et concentrent le pouvoir en l’absence d’un gouvernement incapable d’assumer ses responsabilités.

L’opium est donc une fragilité de plus, parfaitement identifiée par le pouvoir central. Pourtant, le pays entier est interdit aux étrangers et les importations strictement encadrées. Seul Canton reste ouvert aux commerçants étrangers, à condition qu’ils se soumettent au Co-hong, cette guilde des marchands qui fixe à son gré les prix et les volumes. Dès 1729, l’empereur Yong-Zheng a en effet promulgué un édit interdisant l’importation de la drogue. Et de 1729 à 1836, l’administration impériale a émis près de quarante décrets contre l’opium.

En 1813, l’empereur Jiaqing découvre que nombre d’eunuques et d’officiers de sa Garde se livrent à l’opiomanie. La répression s’abat sans faiblesse sur leur tête.

Mais le pouvoir impérial, déjà très faible, se révèle en fin de compte incapable de lutter contre les narcotrafiquants britanniques. Les paysans tentent de lutter contre l’invasion étrangère. Malheureusement, le pouvoir impérial ne soutient pas leur effort, s’en remettre à de simples paysans pour rétablir l’ordre eût été un aveu de son impuissance.

Trois lignes s’affrontent donc parmi les conseillers de l’empereur : mesures radicales d’interdiction, légalisation des importations ou absence de réglementation. Les partisans de la ligne dure sont minoritaires. L’empereur opte toutefois pour l’un de ses rédacteurs dont il a particulièrement apprécié le texte. Lin Tse-Hou est nommé haut-commissaire à Canton, avec mission de supprimer les sources du trafic.

Suite dans le prochain billet

33 réponses à Les guerres de l’opium en Chine (1/2)

  1. Yves Le 24 novembre 2012 à 05h34
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    Très bonne idée ce billet. On oublie souvent l’histoire (peut-être encore plus quand on est du “bon” côté). Pour avoir vécu en Chine, les chinois n’ont pas oublié, eux. N’importe quel visiteur du palais d’été peut par exemple voir tous les panneaux indiquant que tel bâtiment a été détruit par les franco-anglais lors de l’expédition de 1860. Ici, qui s’en souvient?
    Je pense que nous avons intérêt à vite résoudre nos problèmes par nous-mêmes, avant que d’autres n’en profitent.


    • prb Le 24 novembre 2012 à 16h13
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      “ll y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’été. L’art a deux principes, l’Idée qui produit l’art européen, et la Chimère qui produit l’art oriental. Le Palais d’été était à l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’était pas, comme le Parthénon, une œuvre rare et unique ; c’était une sorte d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle.[...]
      Cette merveille a disparu.
      Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d’Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce splendide et formidable musée de l’orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’œuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits.
      Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voila ce que la civilisation a fait à la barbarie.
      Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m’en donner l’occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.
      L’empire français a empoché la moitié de cette victoire et il étale aujourd’hui avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été.
      J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.
      En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.
      Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition de Chine.”
      Victor Hugo


    • G. Le 26 novembre 2012 à 13h31
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      Bien dit! Il a fallu que je tombe par accident sur un reportage du soir sur ARTE pour que je “découvre” la destruction du palais d’été par français et anglais… Je suis tombé des nues. Bizarre, on n’apprend pas ça à l’école!

      Un vieux prof nous avait dit un jour: “l’Occident n’est pas riche parce qu’on est les meilleurs, l’occident est riche parce qu’on est des voleurs”. Je commence a comprendre de plus en plus que oui, le comportement de nos peuples (et des peuples en général) n’a que rarement été exemplaire.

      Le plus ironique, c’est que les chinois font “peur” à une partie de nos populations. Alors qu’historiquement, c’est nous qui les avons attaqué, pillés, exploités, etc…

      Reste la question cruciale: préfèreriez vous que vous et vos enfants vivent dans la misère à présent? Là est le dilemme. Je n’ai certainement pas la réponse! Tout au moins pourrions nous envisager de rendre les trésors volés (à L’Egypte, la Chine, …)


  2. hema Le 24 novembre 2012 à 06h02
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    Décidement tu brasses large, c’est plus un blog perso économique , c’est un portail non thématique.
    Ce n’est en rien une critique, ce billet (entre autre) est trés interessant.
    Pourras tu demander à l’auteur un petite biblio (livres d’histoire, articles, voire roman historique) qui parle de cette période en Chine ?

    Cordialement


    • Yves Le 24 novembre 2012 à 08h55
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      “Les français de Shanghai” : G. Brossollet
      “Le monde chinois” : J. Gernet

      C’est une bonne approche pour nos esprits occidentaux occido-centrés ;-) )

      Et on peut aussi rajouter (pour une autre période) “le massacre de Nankin” : Xu Z. (bon édité en Chine donc peut-être un peu suspect mais j’en doute)


    • Manaflar Le 24 novembre 2012 à 11h04
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      Je complète les références d’Yves par le livre d’Alain Peyrefitte : “L’Empire immobile ou le Choc des Mondes” (Fayard). Qui traite précisément de cette période.

      L’historien y relate ce qui aurait déclenché cette guerre de l’opium : la mission de Lord Macartney en 1793 pour y établir une ambassade permanente, chose qu’il n’a jamais été approuvé par l’Empire chinois pour aucun autre pays, afin – bien sûr – d’avoir une porte d’entrée privilégiée pour le commerce.
      Cette mission ainsi que la suivante, en 1816, dirigée par Lord Amherst, furent un échec. Les Anglais, pour forcer la Chine à s’ouvrir au commerce extérieur débutèrent intensivement cette stratégie de guerre de l’opium.

      Très bon livre.

      Merci à Olivier pour ce billet, qui pourrait être encore brûlant d’actualité, comme le montre Pétouille pour l’Europe, mais aussi bien sûr avec la vague de sympathisants à la législation en Amérique du Nord au vu de l’échec cuisant de la politique “dure” de la lutte contre la drogue.


  3. Fabrice Le 24 novembre 2012 à 07h24
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    Personnellement j’ai pu constater que les chinois se souviennent plus de cet épisode et surtout de la guerre des boxer qui semble avoir provoqué la répression européenne (par forcément très subtile) beaucoup de dégâts (dont le palais d’été) que des crimes provoqués par Mao et qu’à mon avis le nationalisme sera l’idéologie qui remplacera celle du communisme à terme, ce qui ne sera pas forcément une bonne nouvelle pour nous et la région.

    Il est clair que dans cette histoire nous n’avons pas eut (mais surtout les Britanniques) une attitude glorieuse et l’on peut facilement nous désigner comme ayant le mauvais rôle.


    • Yves Le 24 novembre 2012 à 08h59
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      La seule image positive française pour un chinois, c’est la révolution de 89. Et le fait que De Gaulle est été le premier occidental (erreur de leur part, mais çà aussi c’est peut-être significatif de l’utilisation de l’histoire par le gouvernement chinois) à reconnaitre la Chine de Mao


    • Christophe Vieren Le 24 novembre 2012 à 09h41
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      Idéologie communiste en quel sens ? Au sens prolétaires de tous pays unissez-vous, c’est à dire l’abolition des nations ? Si c’est cela je partage. Si c’est au sens économique, à savoir le socialisme défini comme étant la propriété collective des moyens de production, alors le “communisme” n’est, hélas, pas incompatible avec le nationalisme. Mais pas non plus avec l’universalisme qui en est l’essence. Tout dépend de l’économie (capitaliste ou socialiste) des autres pays.


      • Fabrice Le 24 novembre 2012 à 17h18
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        sans vouloir vous vexer mais le communisme chinois ou de l’ex-URSS sont fort loin de l’idée de départ car n’a servi qu’à asservir et massacrer des millions d’individu, comme le capitalisme tel que nous le connaissons sont loin de l’idée de départ ces deux idées ont été détournées pour servir une élite afin de s’accaparer le pouvoir et la richesse.

        D’ailleurs pour moi ce ne sont plus que des dictatures qu’autre chose, seule la forme diverge mais dans le fond le résultat est le même ou le sera car personne ne veille ou n’a veillé à ce que leur but ne soit détourné.


  4. François Lacoste Le 24 novembre 2012 à 09h06
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    Merci pour ce “cours” sur les rapports sino-occidentaux, en effet on ne peut comprendre le présent sans connaitre l’histoire.
    Or des citoyens qui comprennent sont dangereux pour les pouvoirs en place.
    Est-ce une des raisons plus ou moins consciente du recule progressif de l’enseignement de l’histoire en France?


  5. Pétouille Le 24 novembre 2012 à 09h11
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    On pourrait reprendre l’actualite de cet article ‘ “. Finalement, fabriqué à bas prix, les stupefiants en general se révèlent un commerce bien plus juteux que les autres En 2012 les revenus commerciaux des stupefiants représentent xxx% du commerce mondial. Dès 2010 on évalue le nombre de drogués à ……….cf lien
    link to lemonde.fr
    link to cannabisfrancais.free.fr
    L’Union Européenne souhaite mettre fin à la prohibition des drogues :

    En mars 2009 la Commission Européenne publiait un “Rapport sur le Marché des Drogues Illicites de 1998 à 2007″ (rédiger par Peter Reuter et Franz Trautmann). Les conclusions de ce rapport montraient que la politique sur les stupéfiants mise à l’oeuvre n’a pas atteint son objectif principal : réduire l’offre et la demande de drogues illicites.
    Les interventions de Barriuso (porte paroles des coffee shop aux Pays Bas), Cowan (ancien directeur de la NORML) et Josemans (LOC) montre que la réglementation sur le cannabis progresse dans plusieurs pays et qu’elle produit des résultats concret.
    La dépénalisation aux Pays-Bas et au Portugal n’ont favorisée aucune augmentation de la consommation de stupéfiants .
    Elle garantie des conditions plus sûres aux usagers de drogues, tout en renforçant les interdictions.
    En Espagne et au Pays-Basque le modéle des Club Sociaux du Cannabis (CSC) à déja prouver qu’il fonctionner et dont on ne doute plus


  6. Christophe Vieren Le 24 novembre 2012 à 09h37
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    En deux mots : article stupéfiant !


    • Arnould Le 26 novembre 2012 à 11h06
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      Pourquoi? Tout le monde devrait connaître au moins des bribes de cette histoire. Comme de celle de Thanksgiving. Comme de celle de la basilique du Sacré Coeur en plein Paris (des bombes sont tombées sur le Montmartre durant la seconde guerre mondiale, mais elles ont malheureusement manqué ce truc). Et plein d’autres du même genre.


  7. mayla Le 24 novembre 2012 à 11h01
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    j’ai regardé il y a 3 jours un film documentaire sur une TV chinoise et qui était en totale conformité avec cet article.


  8. DAN Le 24 novembre 2012 à 12h00
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    C’est bien de rappeler l’histoire de la chine depuis 1860 notamment de l’époque coloniale , pour savoir que la chine a été humiliée et mis en esclavage notamment par l’empire britannique avec son honteux trafique d’opium particulièrement juteux et permettant l’anéantissement de la population chinoise par la dépendance à l’opium.Sur nos bancs d’école en France , on ne parle pas de cette période , et il n’ y a pas à la télè de reportage à ce sujet Aujourd’hui , cette période douloureuse n’est pas oublié par la population intellectuelle de chine qui effectivement ne porte pas les anglo-saxons dans leur coeur. Toutefois , en France Le Gal Degaulle a été le premier a reconnaître la chine communiste et son minitre écrire : Quand la Chine se réveillera . La jeunesse française devrait s-intéresser à la Chine plutôt quà la civilisation anglo-saxon !!!


  9. jeti Le 24 novembre 2012 à 13h11
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    Et c’est pour cette raison que certains auteurs estiment que la fortune de la reine d’angleterre (la reine Victoria) a été bati sur le traffic de drogue. Et sa petite fille et ses arrières petits enfants en profite toujours.


    • Bob Visser Le 24 novembre 2012 à 14h46
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      N’oubliez pas le traffic des esclaves et, aujoud’hui, les activites des banques de Londres. Les Anglo-Saxons dominent toujours la vie economique. Qui va les arreter? Les Chinois?


  10. odeur_de_sapin Le 24 novembre 2012 à 14h21
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    C’est pas joli, joli tout cela. Ceci dis c’est de l’histoire et à part présenter des excuses, que peut-on changer à présent ?

    Et puis autres temps, autres mœurs. A présent une partie de la classe politiqu et une partie de la population française serait prêt à transformer le pays en salle de shoot. Vu le nombre de drogués et les employés liées à cette activité cela concernerait combien de personnes ? Des centaines de milliers probablement et à ma connaissance la France n’est aucunement en guerre contre un envahisseur tel que ce fut la cas pour la Chine.

    En France, on connaît les villes, quartiers ou cette activité a lieu et est ce que les autorités font leur travail ? la réponse est NON.

    Un travailleur social d’un des quartiers me faisait l’aveu que tous ces pov’s jeunes à 22/23 ans en BMW et autres Audi sont au …RSA. Que fait la police ? Que font les CAF ? Je sais … ils sont débordés et pas assez nombreux.

    On pourrait agir ici en France contre la drogue, en 2012, et que fait-on, RIEN.

    Que propose-t-on ? Des salles de shoot. Donc commencons par balayer devant notre porte, plutôt que de vouloir faire la leçon à la planète entière et lancer des cris de vierge effarouchées devant les méfaits historiques des voisins.


    • Fab78 Le 25 novembre 2012 à 17h57
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      Joli parallèle.
      L’incompétence est de tous les temps et de tous les pays.
      Le réel problème , c’est que les gens qui devraient être les plus compétents ne sont pas forcément les plus compétent.
      Pire : les catégories, les groupes qui devraient être les plus compétents ne sont pas les plus compétents.
      Endormissement, pas de vague, pas de risque, pas contestation, pas de manif …
      Jusqu’au moment où ça menace votre poste, mais vous êtes tout seul … puis celui de l’empereur , de l’organisation, des dirigeants, car ils sont maintenant identifiés comme incompétents … comme des sangsues de la noble fonction, mais c’est vraiment trop tard, et trop tard, il n’y a plus rien qui puisse réussir.


  11. Marcus Le 24 novembre 2012 à 15h28
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    Très important de rappeler cette guerre de l’opium.
    Merci Olivier !

    Amitiés.
    Marc.


  12. Jyves Le 24 novembre 2012 à 15h38
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    Pour la période Mao, je recommande la lecture de la biographie “Mao” par Jung Chang et Jon Halliday (Biographies nrf Gallimard) dont je me permets de citer la première phrase :
    “Mao Tsé-toung, qui pendant vingt-sept détint un pouvoir absolu sur un quart de la population du globe, fut responsable de la mort d’au moins soixante-dix millions de personnes en temps de paix, plus que tout autre dirigeant du XXème siècle”;
    ainsi que la clôture de couverture du livre :
    “Nulle destinée de saurait sans doute mieux que celle de Mao illustrer la brutale maxime de lin Bao, qui fur longtemps son complice avant d’être sa victime : Le pouvoir politique, c’est le pouvoir d’opprimer les autres”.


  13. Alain Bernard Le 24 novembre 2012 à 18h12
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    Ne pas oublier également que la France a eut une Régie du Hashish et de la marijuana jusqu’en 1962!
    Date de l’indépendance du Maroc et de l’Algérie.
    De même il est assez connu que la presque totalité des famille de Président US ont fait fortune avec le commerce des drogues.
    Très intimement lié le commerçe de la drogue et l’Occident.

    The Pursuit of Oblivion. A Global History of Narcotics, 1500 – 2000, par Richard Davenport-Hines, Weidenfeld et Nicolson


    • Fab78 Le 25 novembre 2012 à 17h59
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      La famille Kennedy, c’était le wisky pendant la prohibition …


      • Arnould Le 26 novembre 2012 à 11h09
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        C’est une drogue. Tient, ça me fait penser aux investisseurs inquiets parceque la consommation de cognac a chuté (entendu à la radio ce matin) alors que c’est une excellentissime bonne nouvelle!


        • step Le 26 novembre 2012 à 12h12
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          les investisseurs sont accrocs à la consommation, quelle quelle soit. L’éthique n’est pas dans leurs sujets de préoccupation, hors la “communication” nécessaire pour en masquer l’absence.

          Très beau sujet olivier, j’adorre tout ces à côté de culture générale historique.


  14. milou Le 24 novembre 2012 à 23h32
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    Merci Olivier pour ce texte de Philippe Boulogne.
    Cela m’a fait remonter les quelques notions d’histoire sur la guerre de l’opium que l’on m’avait inculquée
    lorsque j’étais jeune homme.
    C’est sûr que les British avaient réussi un sale coup, et, les Chinois ne s’en sont jamais remis.
    Je comprend qu’ils n’aiment pas les occidentaux, et, qu’ils s’en méfient.
    Mais depuis qques années ils sont en train de coloniser les pays de l’OCDE, et, l’Afrique. Ils ratissent large (matières premières, terres arables….). Prenons garde !


  15. Philippe Le 25 novembre 2012 à 00h24
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    Pas que les matières premières, ils goûtent volontiers notre Beaujolais…

    link to amour-chine.blogspot.fr


  16. Victor Le 25 novembre 2012 à 12h31
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    2 articles très intéressants. Remarquables synthèses historiques qui donnent à réfléchir sur les stratégies de conquête et d’asservissement des peuples par les puissances capitalistes. On ne peut s’empêcher de penser à la célèbre formule de Marx à propos de la religion et “l’opium des peuples”. Merci.


  17. guillaume Le 26 novembre 2012 à 14h02
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    Le commerce international dominé par les occidentaux à l’époque (fin 18ème-19ème):

    - Des esclaves d’Afrique sont déplacés en Amérique pour pas cher (quelques babioles)
    - ces esclaves produisent du coton pour pas cher (quelques coups de fouet)
    - ce coton part en Angleterre où il est traité pour pas cher (par quelques prolos miséreux)
    - le textile ainsi produit part -en partie- en Inde où il remplace le textile traditionnel ; pour y parvenir les colons tranchent les mains des tisserands locaux.
    - ce textile ainsi vendu en Inde offre des capitaux pour acheter de l’opium
    - cette opium est vendu en Chine en échange de thé que l’Angleterre vend dans tout le Commonwealth.

    Pas étonnant que ce soit l’Angleterre qui est défendu cette idée à la con que le libre échange international permet du “gagnant-gagnant” pour tous… Le commerce international c’est TOUJOURS inscrit dans des rapports de forces de ce type.


  18. Fred Le 04 décembre 2012 à 01h28
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    Qui la connait celle-là ?

    ” Dans le port de Saïgon,
    Il est une jonque chinoise,
    Mystérieuse et sournoise,
    Dont nul ne connait le nom ;
    Et le soir dans l’entrepont,
    Quand la nuit se fait complice,
    Les Européens se glissent,
    Cherchant des coussins profonds.

    refrain :
    Opium, poison de rêve,
    Fumée qui monte au ciel,
    C’est toi qui nous élève,
    Aux paradis artificiels ;
    Je vois le doux visage,
    Les yeux de mon aimée,
    Parfois, j’ai son image,
    Dans un nuage de fumée.

    Et le soir au port falot,
    Les lanternes qui se voilent,
    Semblent de petites étoiles,
    Qui scintillent tour-à-tour ;
    Et parfois, dans leur extase,
    Au gré de la fumée grise,
    Le fumeur se représente,
    Ses plus beaux rêves d’amour.

    Puisqu’on dit que le bonheur,
    N’existe pas sur la Terre,
    Puisse l’aile de nos chimères,
    Un jour nous porter ailleurs ;
    Aux paradis enchanteurs,
    Pleins de merveilleux mensonges,
    Où dans l’ivresse de mes songes,
    J’ai laissé prendre mon cœur. ”

    link to youtube.com


  19. Raoul Marc JENNAR Le 16 août 2014 à 19h01
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    Très bel article, mais qui passe totalement sous silence le rôle de la France, présente aux côtés de la Grande-Bretagne lors de la guerre de 1858-1860 pour l’ouverture du marché de l’opium. La France seule a imposé à la Chine 10 des 26 traités inégaux imposés par les Occidentaux.
    Mais peut-être la deuxième partie de ce texte est-elle consacrée au rôle impérialiste de la France ?


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