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7.novembre.20267.11.2026 // Les Crises

Israël a endommagé 82 % des bâtiments de Gaza. Les effondrements nous enterrent vivants

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Les habitants de l’immeuble de six étages qui s’est récemment effondré savaient qu’ils étaient en danger, mais n’avaient nulle part ailleurs où dormir.

Source : Shahad Ali, Truthout
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des secouristes de la Défense civile palestinienne se tiennent au milieu de la poussière et des décombres sur le site de l’effondrement de l’immeuble résidentiel Al-Saada, dans l’ouest de la ville de Gaza, en bande de Gaza, le 16 septembre 2026. Photo de Mohammed Al Qumsan / Middle East Images / AFP via Getty Images

Khaled Al Soutari, qui se trouvait à l’intérieur de l’immeuble résidentiel de six étages situé dans l’ouest de la ville de Gaza et qui s’est effondré le 16 septembre, dort désormais dans la rue, sans tente, anéanti par la perte de 21 de ses voisins.

« Ils étaient bien plus que de simples voisins pour moi », m’a confié Al Soutari lorsque je l’ai interviewé deux jours après l’effondrement de l’immeuble, alors qu’il était assis dans la rue avec un groupe de ses voisins, à côté du bâtiment effondré. « C’étaient mes meilleurs amis. Nous partagions nos repas, nos rires et nous avions des discussions interminables malgré la dure réalité que nous vivions. J’ai du mal à imaginer la vie sans eux. »

Al Soutari m’a expliqué que depuis plus de six mois, le bâtiment, qui avait déjà été endommagé par des bombardements israéliens, s’était encore affaibli à cause des infiltrations d’eaux usées. Des fissures plus profondes étaient également apparues dans les murs, et des morceaux de béton avaient commencé à tomber. Puis, une nuit, le bâtiment s’est soudainement effondré.

« Nous étions en train de dormir quand, soudain, le sol s’est mis à trembler comme si un tremblement de terre venait de se produire. J’ai commencé à crier à ma femme et à mes enfants de sauter par un trou dans le mur, mais nous n’avons pas pu le faire car le bâtiment s’est effondré », m’a raconté Al Soutari. « En quelques secondes, je me suis retrouvé sous les décombres, entouré des cris de ma famille et d’autres personnes qui hurlaient : “Nous sommes là. Nous ne voulons pas mourir. Aidez-nous.” Je ne pouvais ni respirer ni crier. Pendant un instant, j’ai cru que c’était la fin. »

« Heureusement, un de mes voisins m’a repéré et a réussi à me libérer du béton qui m’écrasait le dos », a-t-il poursuivi. « En revanche, ma femme et mes trois enfants sont restés coincés sous les décombres pendant des heures avant que la Protection civile n’intervienne et ne parvienne à les secourir. »

Al Soutari a ajouté que sa fille, Sham, s’était blessée à la jambe lors de l’effondrement et avait dû subir une intervention chirurgicale pour se faire poser une plaque.

La municipalité avait inspecté l’immeuble quelques jours avant son effondrement et avait demandé aux habitants de le quitter, a déclaré Al Soutari, expliquant que sa famille avait tenté de le faire, mais qu’elle n’avait trouvé nulle part où aller.

« Je parlais sans cesse à mes voisins qui habitaient dans l’immeuble de ma crainte qu’il ne s’effondre sur nous à tout moment, mais nous étions impuissants. Nous ne pouvions rien faire d’autre que rester là », m’a-t-il confié.

« Je n’ai pas de source de revenus stable », a-t-il ajouté. « Je n’avais même pas les moyens d’acheter un briquet pour allumer le feu de cuisine pour ma famille. Je vis de l’aide humanitaire depuis des mois. Comment pourrais-je acheter une tente ou louer un logement ? »

Mahmoud Bassal, porte-parole de la défense civile de Gaza, a déclaré qu’environ 2 000 autres bâtiments répartis dans toute la bande de Gaza risquaient également de s’effondrer complètement.

L’immeuble Al-Sadah abritait des dizaines de Gazaouis déplacés, alors même que ses murs calcinés et fissurés présentaient depuis longtemps des signes de graves dommages structurels. Outre les 21 morts, dont des enfants, cet effondrement a également fait 14 blessés. Au total, 45 personnes ont été sauvées des décombres, bien que la défense civile de Gaza ne dispose pas des engins de chantier et des équipements lourds nécessaires pour déblayer les décombres et mener des opérations de recherche et de sauvetage.

À l’approche de l’hiver, de nouveaux effondrements de bâtiments sont à craindre

L’effondrement de l’immeuble Al-Sadah n’était pas un cas isolé. Mahmoud Bassal, porte-parole de la Protection civile de Gaza, a déclaré dans un communiqué publié après l’effondrement de l’immeuble Al-Sadah qu’environ 2 000 autres bâtiments répartis dans toute la bande de Gaza risquaient également de s’effondrer complètement.

Le 18 septembre, un autre immeuble s’est également effondré dans le quartier d’Al-Sabra, à Gaza. Bassal a publié un communiqué indiquant que, dans ce cas précis, les équipes de la défense civile avaient réussi à accéder à l’immeuble et à secourir cinq enfants qui s’y étaient retrouvés piégés. Il a également précisé qu’ils avaient subi des blessures légères.

Ces incidents ont exacerbé les craintes de milliers de Gazaouis qui n’ont d’autre choix que de continuer à vivre dans des bâtiments endommagés menacés d’effondrement. Ce danger pourrait s’aggraver à l’approche de l’hiver, les fortes pluies et les vents violents risquant d’affaiblir davantage des structures déjà endommagées et de provoquer leur effondrement. Le ministère de la Santé de Gaza a indiqué que, depuis le début de la guerre menée par Israël en octobre 2023, 50 Palestiniens ont trouvé la mort dans l’effondrement de bâtiments endommagés par les combats à travers la bande de Gaza.

L’effondrement des bâtiments est devenu un danger imminent dans toute la bande de Gaza en raison des destructions sans précédent causées par la guerre menée par Israël contre la bande de Gaza, qui aurait endommagé jusqu’à 82 % des structures de la bande de Gaza.

À cette dévastation généralisée s’ajoutent les restrictions strictes imposées par Israël concernant l’entrée à Gaza d’engins de chantier et de matériel de déblaiement des décombres. Les autorités israéliennes classent les engins de chantier, notamment les bulldozers, les pelleteuses, les grues et les concasseurs, parmi les biens « à double usage » susceptibles d’être utilisés à des fins militaires.

Selon les Nations unies, les destructions causées par la guerre ont laissé environ 68 millions de tonnes de gravats à travers la bande de Gaza. À ce jour, seulement environ 310 000 tonnes, soit moins de 0,5 %, ont été déblayées. Le Bureau des médias du gouvernement à Gaza indique que la bande de Gaza a besoin d’au moins 500 engins de chantier pour rouvrir les routes et déblayer les décombres. Or, Israël n’a autorisé l’entrée que d’un petit nombre de machines légères, dont beaucoup manquent de pièces de rechange et d’entretien. Cette grave pénurie a entravé les premières étapes du processus de reconstruction, qu’il s’agisse du déblaiement et du recyclage des décombres, de l’extraction des matériaux de construction réutilisables ou de la mise en place d’abris temporaires pour les Gazaouis déplacés.

Israël a également imposé des restrictions à l’entrée de matériaux de construction de base, tels que le ciment, l’acier et le gravier, nécessaires pour entamer la reconstruction. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré en août qu’Israël n’autoriserait pas le début de la reconstruction dans la bande de Gaza avant que celle-ci ne soit désarmée. De plus, Israël a empêché l’entrée de matériaux qui auraient pu offrir aux habitants de Gaza des solutions d’hébergement plus durables, améliorer les abris de fortune et permettre des réparations d’urgence sur les habitations partiellement endommagées.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), les autorités israéliennes ont rejeté à deux reprises, pour des raisons de sécurité, une demande présentée par l’Organisation internationale pour les migrations visant à coordonner l’entrée à Gaza de près de 37 000 pièces de bois et de 660 kits d’abris d’urgence via le point de passage de Kerem Shalom, les 26 août et 2 septembre.

Les habitants de Gaza se voient massivement privés du droit fondamental à un logement

Partout à Gaza, trouver un logement décent est devenu de plus en plus difficile. Plus d’un million de Gazaouis sont désormais contraints de vivre dans des tentes de fortune qui n’offrent guère d’intimité ni de protection contre la chaleur estivale et le froid hivernal. Même cette solution est désormais inabordable pour beaucoup. Une tente peut désormais coûter 350 dollars, et même pour ceux qui ont les moyens de s’en offrir une, trouver un endroit où l’installer représente un autre défi.

« Combien d’entre nous devront mourir avant que le monde ne nous considère comme des êtres humains dotés de droits et de dignité ? »

Israël contrôle désormais près de 70 % de la bande de Gaza à l’intérieur de la « ligne jaune », contraignant plus de 2 millions de Gazaouis à vivre sur environ 30 % du territoire. La surpopulation qui en résulte ne laisse aux familles déplacées que très peu d’endroits où installer leurs tentes. Même lorsqu’elles trouvent un endroit, beaucoup doivent payer un loyer mensuel pour un petit lopin de terre. Par exemple, louer une minuscule parcelle de terrain nu sur laquelle planter une tente peut coûter 150 dollars par mois. Réunir une telle somme est impossible pour beaucoup à Gaza, car la guerre a détruit leurs moyens de subsistance et poussé la pauvreté à des niveaux sans précédent.

De nombreuses familles n’ont d’autre choix que de vivre dans des bâtiments endommagés, dont beaucoup menacent de s’effondrer. Certains habitants de Gaza qualifient souvent ces bâtiments de « bombes à retardement » en raison du grave danger qu’ils représentent pour ceux qui y vivent.

Même si les habitants de Gaza sont conscients des risques, beaucoup d’entre eux (comme Al Soutari et sa famille) n’ont d’autre choix que de rester dans bon nombre de ces bâtiments. S’ils partaient, ils risqueraient de se retrouver à la rue, sans abri pour se protéger des intempéries.

Le risque de nouveaux effondrements de bâtiments susceptibles de mettre en danger la vie des habitants de Gaza persistera tant que la communauté internationale n’exercera pas de pressions sur Israël pour qu’il autorise l’entrée de matériel lourd et de machines à Gaza, se retire des zones qu’il a occupées à l’intérieur de la « ligne jaune » et autorise l’entrée immédiate de matériaux de construction.

Ces mesures sont indispensables pour permettre aux habitants de Gaza de reconstruire leurs maisons détruites et de mener une vie normale sans craindre de perdre la vie simplement parce qu’ils sont contraints de vivre dans ou à proximité de bâtiments dangereux menacés d’effondrement, n’ayant nulle part ailleurs où aller.

« Combien d’entre nous devront mourir avant que le monde ne nous considère comme des êtres humains dotés de droits et de dignité ? », a demandé Al Soutari au lendemain de l’effondrement.

« Même si ma famille et moi avons survécu, nous vivons désormais littéralement dans la rue, sans nulle part où aller », m’a-t-il confié. « Je n’ai ni tente, ni endroit où l’installer. Nous en avons vraiment assez de cette vie horrible. »

Cet article est soumis à une licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) ; vous êtes libre de le partager et de le republier conformément aux conditions de cette licence.

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Shahad Ali est étudiante en littérature anglaise, elle est aussi écrivaine originaire de Gaza.

Source : Shahad Ali, Truthout, 23-09-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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