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15.mai.202315.5.2023 // Les Crises

Lula critique l’hégémonie du dollar lors de sa visite d’État en Chine

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Lors de sa première journée dans le pays, le président est également allé sur le site de Huawei et il a rencontré des dirigeants d’autres entreprises.

Source : Peoples Dispatch, Mauro Ramos
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Lula est accueilli par Dilma Rousseff au siège de la Nouvelle banque de développement à Shanghai, en Chine. La photo est disponible sur le site de la banque : Ricardo Stuckert

La présidente de la Nouvelle banque de développement (NDB), Dilma Rousseff, a reçu le président de la République du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva pour sa cérémonie de prise de fonction à la tête de la banque. C’était la première manifestation inscrite à l’agenda officiel du président lors de sa visite d’État en Chine.

Lula et Rousseff ont tenu une réunion à huis clos avec les directeurs de l’institution financière avant de procéder à la cérémonie. Première à prendre la parole, Mme Rousseff, qui fait partie des fondateurs de la banque des BRICS, a évoqué la nécessité d’accroître la capacité de l’institution.

« Il est fondamental d’étendre la portée et l’impact de la banque. D’une part, nous avons augmenté le nombre de pays membres, renforçant ainsi notre plateforme de coopération. D’autre part, nous finançons des projets de développement clés. Depuis l’assainissement jusqu’aux infrastructures dans le secteur social et le numérique », a déclaré Mme Rousseff.

La Nouvelle banque de développement a été créée en 2014 lors de la sixième conférence des BRICS à Fortaleza et dispose d’un capital initial autorisé de 100 milliards de dollars (environ 490 milliards de réals brésiliens).

En octobre 2022, la banque a annoncé que sur une période de cinq ans, elle prêterait 30 milliards de dollars pour soutenir la croissance globale et les projets de développement durable des pays qu’elle finance.

40 % de ces prêts sont destinés à des projets d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Les autres secteurs importants concernés par ces prêts concernent les énergies propres, les infrastructures de transport, le développement urbain, la gestion des ressources en eau et l’assainissement, sans oublier les infrastructures dans le secteur social et le numérique. Environ 30 % des prêts seront accordés dans les monnaies des pays membres.

Le président Lula a prononcé un discours de 15 minutes dans lequel il a déclaré : « La Nouvelle banque de développement remplit toutes les conditions pour devenir la grande banque du Sud global. Pour la première fois, une banque de développement d’envergure mondiale est créée sans qu’il y ait participation des pays développés dans sa phase initiale. Libérée, donc, du carcan des conditions imposées par les institutions traditionnelles vis-à-vis des économies émergentes. Et qui plus est : avec la possibilité de financer des projets en monnaie locale. »

Après avoir donné lecture de son discours, Lula a enlevé ses lunettes et s’est adressé à l’auditoire pendant 15 minutes supplémentaires, cette fois sans notes. Le président a déclaré que la banque était née du dialogue qu’il avait eu avec les présidents de la Russie, de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud avant les réunions du G7, auxquelles les présidents des économies émergentes étaient invités.

Dans ce contexte, Lula a été acclamé lorsqu’il a critiqué l’hégémonie du dollar dans l’économie mondiale et le rôle des institutions financières internationales dirigées par le Nord global.

« Une banque de développement doit avoir plusieurs fonctions, et non une seule. Tous les soirs, je me demande pourquoi tous les pays sont-ils obligés d’adosser leurs échanges au dollar. Pourquoi ne pouvons-nous pas commercer en utilisant notre propre monnaie ? Un président ne peut pas gouverner avec le couteau sous la gorge, » a-t-il défendu, en faisant référence aux conditions imposées par des institutions comme le Fonds monétaire international (FMI).

Qu’attendre de cette visite d’État ?

Lula s’est rendu en Chine avec une importante délégation composée de 19 députés fédéraux, sept sénateurs – dont le président du Sénat, Rodrigo Pacheco – cinq gouverneurs et sept ministres, dont Fernando Haddad, ministre des finances, Marina Silva, ministre de l’environnement, et Paulo Teixeira, ministre du développement agraire et de l’agriculture paysanne. La délégation comprend également des représentants des centrales syndicales et du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST).

L’une des membres de la commission était la députée fédérale Jandira Feghali, du Parti communiste du Brésil (PCdoB), qui, dans un entretien avec Brasil de Fato, a déclaré que ce voyage était fondamental pour les objectifs de réindustrialisation du pays.

« Il est nécessaire que le Brésil élabore un projet de développement national, qu’il renforce son industrialisation et qu’il crée de l’emploi. Le Brésil ne peut donc pas se dispenser de mener de grandes négociations et de conclure des accords avec un pays comme la Chine, qui est à la pointe dans les domaines de l’innovation, de la science et de la technologie », a déclaré la députée.

Après la réunion au siège de la Nouvelle banque de développement, Lula et une partie de sa délégation se sont rendus au centre d’innovation de Huawei à Shanghai. Parmi les personnes présentes, le gouverneur de Bahia, Jerônimo Rodrigues, du Parti des travailleurs du Brésil (PT), qui se trouve en Chine depuis la fin du mois de mars, alors que la visite d’État avait due être annulée en raison d’une légère pneumonie du président.

La semaine dernière, le gouverneur a signé un protocole d’accord avec l’entreprise afin de développer les accords entre l’État et le géant technologique dans des domaines allant de l’éducation à la sécurité publique.

Lula a également rencontré des dirigeants de BYD, le fabricant de voitures électriques qui a dépassé Tesla en termes de ventes l’année dernière, et de China Communications Construction Company (CCCC), un géant des infrastructures appartenant à l’État chinois.

Le vendredi 14 avril, Lula et son équipe ministérielle rencontreront Zhang Zhigang, le président de l’entreprise publique d’énergie State Grid, qui fait partie des entreprises susceptibles de participer aux principaux accords qui seront signés.

Le programme se poursuit par une rencontre avec le président de l’Assemblée nationale populaire de Chine, Zhao Leji, au Grand palais de l’Assemblée du peuple, et une cérémonie de dépôt de fleurs au monument aux Héros du peuple sur la place Tiananmen, la place de la Paix céleste.

Dans l’après-midi, avant la rencontre prévue avec son homologue Xi Jinping, Lula rencontrera des représentants de la Fédération des syndicats de Chine et le Premier ministre chinois Li Qiang.

Cet article a d’abord été publié en portugais sur le site Brasil de Fato.

Source : Peoples Dispatch, Mauro Ramos, 13-04-2023

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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max // 15.05.2023 à 08h25

Les échanges en monnaie locale vont devenir importants pour nombre de pays (ca ne concerne pas que les BRICS) en sachant quand même que les pays qui échangent en monnaies locales doivent avoir un intérêt commun pour le faire.
La mise en place d’une monnaie commune (a la différence de l’€ qui est une monnaie unique) en serait la naturelle prolongation. Pour faire cela il n’y a pas besoin d’être anti-USA mais simplement vouloir avoir le contrôle de ses transactions commerciales sans interférences tout en faisant des économies sur les frais de changes et bien évidement cela porte atteinte aux intérêts des USA et de l’UE qui n’on jamais cherché a s’adapter, leurs devises étant : Le $ est notre monnaie mais c’est votre problème (pour l’UE c’est la même chose). Le refus de changer les règles issus de la 2eme guerre mondiale conduit a cette situation ou les pays du reste du monde lentement mais surement cherchent de nouveaux interlocuteurs.
De plus la faillite de banques régionales aux USA n’inspire pas vraiment confiance.
Les Occidentaux doivent donc repenser leurs relations avec le reste du monde mais en ont-ils seulement la volonté.

4 réactions et commentaires

  • max // 15.05.2023 à 08h25

    Les échanges en monnaie locale vont devenir importants pour nombre de pays (ca ne concerne pas que les BRICS) en sachant quand même que les pays qui échangent en monnaies locales doivent avoir un intérêt commun pour le faire.
    La mise en place d’une monnaie commune (a la différence de l’€ qui est une monnaie unique) en serait la naturelle prolongation. Pour faire cela il n’y a pas besoin d’être anti-USA mais simplement vouloir avoir le contrôle de ses transactions commerciales sans interférences tout en faisant des économies sur les frais de changes et bien évidement cela porte atteinte aux intérêts des USA et de l’UE qui n’on jamais cherché a s’adapter, leurs devises étant : Le $ est notre monnaie mais c’est votre problème (pour l’UE c’est la même chose). Le refus de changer les règles issus de la 2eme guerre mondiale conduit a cette situation ou les pays du reste du monde lentement mais surement cherchent de nouveaux interlocuteurs.
    De plus la faillite de banques régionales aux USA n’inspire pas vraiment confiance.
    Les Occidentaux doivent donc repenser leurs relations avec le reste du monde mais en ont-ils seulement la volonté.

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    • Suzanne // 15.05.2023 à 09h48

      « Les Occidentaux doivent donc repenser leurs relations avec le reste du monde mais en ont-ils seulement la volonté. »
      Pour qu’on arrive à savoir s’ils en ont ou non la volonté, il faudrait déjà qu’on leur ait demandé leur avis. Et pour leur demander leur avis, il faudrait déjà qu’ils y ait des outils institutionnels destinés à leur demander leur avis, puis à suivre l’avis de la majorité de ceux qui ont répondu à cette demande. Inutile de dire qu’on est loin du compte, et qu’on a du boulot.

        +6

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    • Grd-mère Michelle // 15.05.2023 à 16h37

      @ Suzanne Oui, « on a du boulot »!
      Le problème étant que « on » (les citoyen-ne-s « ordinaires ») est déjà fort occupé-e-s à des tas de « boulots », rémunérés ou pas, qui s’imposent à nous, que ce soit pour « gagner notre vie », ne fût-ce que pour vivre dignement et/ou pour réussir à « fonctionner » (et être admis-es) dans une société où les injonctions subliminales (principalement véhiculées par la publicité et le « divertissement ») sont beaucoup plus nombreuses/importantes/ »matraquantes » que les obligations légales.
      Donc, il ne nous reste guère de temps pour nous consacrer à nos devoirs de citoyen-ne-s (principalement, dans un premier temps, celui de se rencontrer pour se parler- droit et devoir sérieusement malmené durant l’épisode « covid »), même si nous en avons la volonté, la conscience de leur nécessité, et surtout une « charge de famille »…
      Sans compter la fatigue, la lassitude, pour ne pas dire le désespoir causé par l’incompréhension, la confusion, produites par les informations contradictoires (vraies ou fausses…)

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      • Suzanne // 16.05.2023 à 00h16

        Bien d’accord pour partager avec vous ce découragement profond. Personnellement, chaque fois que je touche le fond, j’adresse une pensée affectueuse à Julian Assange, qui me rappelle chaque nuit d’insomnie combien je suis en réalité encore vivante et privilégiée de ma liberté et de ma vie. J’espère qu’il va tenir le coup, il faut qu’il tienne le coup.

          +5

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