La décision du président Trump d’engager une action militaire en Iran s’explique par la détermination d’un dirigeant israélien voulant mettre fin aux négociations diplomatiques. Seuls quelques conseillers du président ont exprimé leur opposition.
Source : The New York Times, Mark Mazzetti, Julian E. Barnes, Tyler Pager, Edward Wong, Eric Schmitt, Ronen Bergman
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est entré dans le Bureau ovale au matin du 11 février, déterminé à maintenir le président américain sur la voie de la guerre.
Depuis des semaines, les États-Unis et Israël discutaient secrètement d’une offensive militaire contre l’Iran. Mais les responsables de l’administration Trump avaient récemment entamé des négociations avec les Iraniens sur l’avenir de leur programme nucléaire, et le dirigeant israélien voulait s’assurer que ces nouveaux efforts diplomatiques ne compromettraient pas les plans.
Pendant près de trois heures, les deux dirigeants ont discuté des perspectives de guerre et même des dates possibles d’une attaque, ainsi que de la possibilité, aussi improbable soit-elle, que Trump parvienne à conclure un accord avec l’Iran.
Quelques jours plus tard, le président américain a clairement fait savoir publiquement qu’il était très sceptique quant à la voie diplomatique, balayant d’un revers de main l’histoire des négociations avec l’Iran, les qualifiant de simples années de « bavardages, bavardages et encore bavardages ».
Interrogé par les journalistes sur son souhait d’un changement de régime en Iran, Trump a répondu que « cela semblait être la meilleure des choses qui puisse arriver ».
Deux semaines plus tard, le président a entraîné les États-Unis dans la guerre. En collaboration avec Israël, il a autorisé un vaste bombardement militaire qui a promptement tué le chef suprême du pays, détruit des bâtiments civils et des sites nucléaires militaires iraniens, plongé le pays dans le chaos et déclenché des violences dans toute la région, entraînant jusqu’à présent la mort de quatre soldats américains et de dizaines de civils iraniens. Trump a déclaré que d’autres victimes américaines étaient à prévoir, alors que les États-Unis se préparent à une offensive qui pourrait durer plusieurs semaines.
En public, Trump est apparu hésitant à recourir à l’action militaire, alternant entre déclarations sur sa volonté de conclure un accord avec le gouvernement iranien et celles sur son intention de le renverser. Il n’a guère cherché à convaincre l’opinion publique américaine de la nécessité immédiate d’une guerre. Et les arguments peu convaincants avancés par lui-même et ses conseillers comprenaient de fausses allégations sur le caractère imminent de la menace que représentait l’Iran pour les États-Unis.
Mais en coulisses, son intention d’entrer en guerre s’est inexorablement renforcée, alimentée par des alliés tels que Netanyahou, qui a poussé le président à porter un coup décisif au gouvernement théocratique iranien, et par la confiance retrouvée de Trump après le succès de l’opération américaine qui a renversé le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro en janvier.
Cette reconstitution de la façon dont Trump a pris la décision de lancer une attaque soutenue contre l’Iran repose sur les témoignages de personnes ayant une connaissance directe des délibérations, ainsi que sur ceux de toutes les parties prenantes au débat, notamment des diplomates de la région, des responsables des administrations israélienne et américaine, des conseillers du président, des membres du Congrès et des responsables de la défense et des services de renseignement. Presque tous ont souhaité garder l’anonymat pour pouvoir évoquer des discussions confidentielles et des détails opérationnels.
La décision américaine de frapper l’Iran a été une victoire pour Netanyahou, qui faisait pression depuis des mois sur Trump quant à la nécessité de frapper un régime qu’il considérait comme affaibli. Lors d’une réunion à la résidence de Mar-a-Lago de Trump en décembre, Netanyahou avait demandé au président d’approuver une frappe israélienne contre les sites de missiles iraniens dans les mois à venir.
Deux mois plus tard, il obtenait encore mieux : un partenaire à part entière dans une guerre visant à renverser les dirigeants iraniens.
Dans une déclaration faite lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que Trump avait pris une « décision courageuse » en s’attaquant à une menace qu’aucun président précédent n’avait osé affronter.
Peu de membres du cercle restreint du président se sont opposés à une intervention militaire. Même le vice-président JD Vance, qui a longtemps été sceptique sur les interventions militaires américaines au Moyen-Orient, a déclaré lors d’une réunion dans la salle de crise de la Maison Blanche que si les États-Unis devaient frapper l’Iran, ils devaient « frapper fort et vite », selon des personnes proches de lui.
Lors de cette même réunion, le principal conseiller militaire de Trump, le général Dan Caine, président du Comité des chefs d’état-major, a déclaré au président qu’une guerre pourrait entraîner des pertes humaines importantes pour les États-Unis. Quelques jours plus tard, Trump a déclaré publiquement que son conseiller militaire avait été beaucoup plus rassurant. Il a écrit sur Truth Social que le général Caine avait déclaré que toute action militaire contre l’Iran serait « une victoire facile ».
D’autres responsables de l’administration ont également tenu des propos trompeurs lors de réunions privées avec des législateurs. Lors d’une réunion le 24 février avec le « Gang of eight » (les présidents de la Chambre des représentants et du Sénat ainsi que les présidents des commissions du renseignement), le secrétaire d’État Marco Rubio n’a fait aucune mention du fait que l’administration Trump envisageait un changement de régime, selon des personnes proches de ses propos.
Trois jours plus tard, alors qu’à bord d’Air Force One il se rendait à un événement à Corpus Christi, au Texas, Trump a donné l’ordre d’une attaque soutenue qui commencerait par l’assassinat du guide suprême.
« L’opération Epic Fury (Fureur héroïque) est approuvée », a déclaré Trump. « Pas d’annulation. Bonne chance. »
La Maison Blanche a insisté sur le fait que sa participation aux négociations diplomatiques avec l’Iran n’étaient pas une simple mise en scène. Mais il est apparu clairement au cours du mois dernier qu’il n’y avait jamais eu de place pour un accord qui puisse satisfaire à la fois Trump, Netanyahou et les dirigeants iraniens, ou qui puisse retarder une guerre de plus de quelques mois.
Les pourparlers n’ont abouti à rien, mais pour Trump, ils ont servi un autre objectif : gagner du temps pour mener à bien le plus important renforcement militaire américain au Moyen-Orient depuis une génération et mener, selon les termes de Trump, une guerre « d’une puissance écrasante et d’une force dévastatrice ».
Dans une interview accordée dimanche au New York Times, le président a déclaré qu’il était simplement convaincu que l’Iran ne lui donnerait jamais ce qu’il voulait.
« Vers la fin des négociations, j’ai compris que ces types-là n’arriveraient pas à un accord », a-t-il déclaré. « J’ai dit : « Allons-y, fonçons. »
Une intensification rapide
Mi-janvier, lorsque Trump a menacé pour la première fois de frapper l’Iran pour soutenir les manifestations antigouvernementales qui agitaient le pays, le Pentagone n’était pas en mesure de mener une longue guerre au Moyen-Orient.
Il n’y avait aucun porte-avions dans la région. Les escadres d’avions de chasse étaient stationnés en Europe et aux États-Unis. Et les bases dispersées au Moyen-Orient, qui abritent environ 40 000 soldats américains, disposaient de peu de moyens de défense aérienne pour les protéger d’une riposte iranienne qui ne manquerait pas de se produire.
Israël n’était pas non plus prêt pour la campagne militaire dont Netanyahu avait discuté avec Trump lors de la réunion de Mar-a-Lago de décembre. Il lui fallait plus de temps pour renforcer son stock d’intercepteurs de missiles et déployer des batteries de défense aérienne sur tout le territoire Israélien.
Le 14 janvier, Netanyahou a appelé Trump et lui a demandé de reporter toute frappe militaire à la fin du mois, lorsque les préparatifs de défense d’Israël seraient terminés. Trump a accepté d’attendre.
Les deux dirigeants se sont entretenus à plusieurs reprises au cours des semaines qui ont suivi. Netanyahou s’est également entretenu avec Vance, Rubio et Steve Witkoff, le principal négociateur de la Maison Blanche avec l’Iran. De hauts responsables militaires et des services de renseignement israéliens se sont rendus à Washington, et le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d’état-major des Forces de défense israéliennes, a communiqué régulièrement avec l’amiral Brad Cooper, du Commandement central américain.
Fin janvier, les manifestations en Iran ont été brutalement réprimées, mais les préparatifs de guerre se sont poursuivis. L’armée américaine a présenté à Trump un éventail élargi d’options, notamment l’envoi de forces américaines pour mener des raids sur des sites à l’intérieur de l’Iran.
Deux porte-avions et une douzaine de navires de soutien ont pris la mer en direction du Moyen-Orient, et le Pentagone a envoyé des avions de chasse, des bombardiers, des avions ravitailleurs et des batteries de défense aérienne.
Mi février, le Pentagone avait mis en place une force capable de mener une campagne militaire pendant plusieurs semaines.
À ce moment là, Witkoff et Jared Kushner, le gendre du président, menaient des négociations indirectes sur le nucléaire avec les Iraniens, sur ordre de Trump.
Mais certains signes indiquaient que l’administration était méfiante.
« Il nous faut comprendre que l’Iran est en fin de compte gouverné et que ses décisions sont prises par des religieux chiites, des religieux chiites radicaux, d’accord ? » a déclaré Rubio aux journalistes à Budapest le 16 février. « Ces gens là prennent des décisions politiques en se basant uniquement sur la théologie. Voilà comment ils prennent leurs décisions. Il est donc difficile de conclure un accord avec l’Iran. »
Le message était clair : même si les négociations portaient sur le démantèlement du programme nucléaire iranien, l’objectif pourrait bien se révéler être de renverser le régime iranien.
Un moment révélateur s’est produit lorsque Witkoff, lors d’une interview le 21 février, a décrit pour Fox News la réaction de Trump face à la réticence de l’Iran à accepter « l’enrichissement zéro », c’est-à-dire à démanteler sa capacité à produire du combustible nucléaire.
« Il se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait, je ne veux pas utiliser le mot « capitulé », mais pourquoi ils n’ont pas capitulé », a déclaré Witkoff.
Il a ajouté : « Pourquoi, avec ce genre de pression, avec la puissance maritime et navale dont nous disposons là-bas, pourquoi ne sont-ils pas venus nous voir pour nous dire : « Nous déclarons que nous ne voulons pas d’arme, voici donc ce que nous sommes prêts à faire. »
« Et pourtant, c’est assez difficile de les amener là », a-t-il déclaré.
Il était clair pour les conseillers du président qu’il envisageait sérieusement une offensive militaire. La question était de savoir quelle serait l’ampleur de cette campagne et quels seraient exactement ses objectifs.
Évaluation des options

- John Ratcliffe, deuxième à partir de la droite, directeur de la CIA, et le général Dan Caine, à droite, président du Comité des chefs d’état-major, faisaient partie des personnes qui ont rencontré Trump dans la salle de crise le 18 février pour discuter des options militaires. Crédit… Haiyun Jiang/The New York Times
Le 18 février, par une journée exceptionnellement chaude pour la saison à Washington, Vance, Rubio, John Ratcliffe, directeur de la CIA, et Susie Wiles, chef de cabinet de la Maison Blanche, se sont réunis avec Trump dans la salle de crise pour envisager la planification militaire.
Au cours de la réunion, le général Caine a évoqué plusieurs options, parmi lesquelles la possibilité pour les forces américaines de mener une frappe limitée afin de pousser l’Iran à négocier, ou une campagne plus large visant à renverser le gouvernement. Il a précisé que cette dernière option présentait un risque élevé de pertes américaines, pouvait déstabiliser la région et épuiser considérablement les stocks de munitions américains.
Le général Caine a souligné que toutes les options envisagées seraient beaucoup plus difficiles à mettre en œuvre que la capture réussie de Maduro au Venezuela, une opération que le président considérait comme un signe du succès potentiel des États-Unis en Iran.
Joe Holstead, porte-parole du général Caine, a refusé de commenter, affirmant que les « options et considérations » présentées au président et au secrétaire à la Défense étaient confidentielles.
Pour sa part, Vance a fait valoir qu’une frappe limitée était une erreur. Si les États-Unis devaient frapper l’Iran, a-t-il déclaré au groupe, ils devaient « frapper vite et fort ».
Un porte-parole de Vance a refusé de faire tout commentaire.
Avant la réunion, Trump semblait pencher pour une stratégie consistant à lancer une frappe de moindre envergure, suivie d’une frappe plus importante si l’Iran ne renonçait pas à son programme d’enrichissement nucléaire. Mais les arguments de Vance ont semblé trouver un écho favorable. Et dans les jours qui ont suivi, de plus en plus de responsables se sont ralliés à l’idée que les États-Unis et Israël devaient viser conjointement non seulement les programmes nucléaires et balistiques iraniens, mais aussi les dirigeants eux-mêmes.
La CIA avait élaboré une série de scénarios susceptibles de se produire si l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême du pays, était tué lors d’une offensive. Elle avait envisagé plusieurs issues possibles, car le nombre de variables ne permettait pas à l’agence d’évaluer avec certitude ce qui pourrait se produire.
L’un envisageait qu’un religieux radical remplace l’ayatollah Khamenei, voire un dirigeant encore plus déterminé à se doter de l’arme nucléaire. Un autre scénario prévoyait un soulèvement contre le gouvernement, une possibilité que de nombreux responsables des services de renseignement jugeaient improbable, compte tenu de la faiblesse de l’opposition iranienne.
Plusieurs hauts responsables de l’administration Trump ont envisagé un troisième scénario : celui où une faction du Corps des gardiens de la révolution islamique, plus pragmatique que les religieux radicaux, prendrait le pouvoir. Même si un religieux resterait probablement à la tête du pays, ce serait en réalité ce groupe de dirigeants du CGRI qui dirigerait le pays.
Une telle initiative constituerait un revirement spectaculaire pour un corps d’officiers qui s’est montré farouchement anti-américain pendant quatre décennies et qui est étroitement lié au clergé iranien.
Mais l’analyse de la CIA semblait indiquer que tant que les États-Unis n’interféraient pas dans les activités économiques de cette faction, telles que son influence dans l’industrie pétrolière, un groupe d’officiers pourrait se montrer conciliant envers les États-Unis. Ils pourraient même renoncer au programme nucléaire iranien ou empêcher les forces alliées de l’Iran d’attaquer les États-Unis.
La CIA a refusé de commenter.
Peu de voix se sont élevées pour s’opposer à l’intervention militaire. La seule exception a été Tucker Carlson, podcasteur de droite et proche allié du président, qui l’a rencontré trois fois au cours du mois dernier dans le Bureau ovale pour le dissuader de lancer une attaque.
Il a souligné les risques pour le personnel militaire américain, les prix de l’énergie et les partenaires arabes dans la région si les États-Unis entraient en guerre avec l’Iran. Il a expliqué au président qu’il ne devait pas se laisser enfermer dans une impasse par Israël, arguant que la volonté de ce dernier d’attaquer l’Iran était la seule raison pour laquelle les États-Unis envisageaient même une frappe. Il a encouragé Trump à freiner Netanyahou.
Le président a répondu qu’il comprenait les risques d’une attaque, mais il a fait savoir à Carlson qu’il n’avait pas d’autre choix que de se joindre à une frappe qui serait lancée par Israël.
Après avoir quitté la Maison Blanche à midi le 23 février, Carlson a déclaré à d’autres personnes qu’il pensait que Trump penchait en faveur d’une intervention militaire.
Une dernière série de négociations diplomatiques
La Maison Blanche a ignoré les exigences de certains législateurs qui souhaitaient que Trump obtienne l’approbation du Congrès pour lancer une campagne contre l’Iran, et n’a guère fait d’efforts pour défendre la guerre auprès du Capitole.
Mais le 24 février, quelques heures avant le discours annuel sur l’état de l’Union de Trump, les dirigeants du Congrès appartenant au groupe dit « Gang of Eight » se sont réunis dans une salle de conférence sécurisée du Capitole pour s’entretenir par vidéoconférence avec Rubio et Ratcliffe. Les deux responsables se trouvaient juste un peu plus bas sur Pennsylvania Avenue, à la Maison Blanche, mais les mesures de sécurité mises en place pour le discours du président rendaient ce trajet de trois kilomètres particulièrement fastidieux.
Rubio et Ratcliffe ont évoqué les renseignements à l’origine des frappes, le calendrier possible et la sortie de crise potentielle, si les Iraniens devaient renoncer à l’enrichissement nucléaire lors des prochaines négociations.
Et pourtant, Rubio n’a jamais mentionné que l’administration envisageait une opération de changement de régime.
Lors de la réunion d’information, Rubio a fait valoir que, peu importe qui frapperait en premier, Israël ou les États-Unis, l’Iran riposterait par une puissante salve d’armes contre les bases et les ambassades américaines. Il était donc logique, selon Rubio, que les États-Unis agissent de concert avec Israël, puisque l’Amérique serait de toute façon entraînée dans le conflit. Et Israël, a déclaré Rubio, était déterminé à agir.
Cette logique déplaisait à certains Démocrates, qui estimaient que l’administration Trump laissait Netanyahou dicter la politique américaine et avançait un raisonnement circulaire selon lequel les États-Unis devaient attaquer parce que leur renforcement militaire pourrait inciter l’Iran à frapper.
Jeudi, deux jours après le discours sur l’état de l’Union, Witkoff et Kushner se sont rendus à Genève pour négocier une nouvelle fois avec Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères anglophone et fin connaisseur des États-Unis.
Les Iraniens ont présenté aux Américains un plan en sept pages proposant les niveaux futurs d’enrichissement nucléaire, des chiffres qui ont alarmé Witkoff et Kushner.
Les Américains tenaient toujours à ce que les Iraniens s’engagent à renoncer totalement à l’enrichissement d’uranium et leur ont proposé de leur fournir gratuitement du combustible nucléaire pour leur programme nucléaire civil, mais les Iraniens ont refusé, a déclaré un responsable américain. À l’issue des négociations, Witkoff et Kushner ont informé Trump qu’ils ne pensaient pas qu’un accord puisse être conclu.
Ce jour-là, Trump a reçu quatre sénateurs dans le Bureau ovale pour une réunion sur son programme législatif. La conversation a fini par porter sur l’Iran.
Le sénateur Lindsey Graham, Républicain de Caroline du Sud et fervent partisan d’une frappe contre l’Iran, a déclaré que le président était exaspéré et ne pensait pas que les Iraniens souhaitaient conclure un accord.
« Selon moi, le président Trump pensait vraiment qu’il devait privilégier la voie diplomatique, qu’il souhaitait privilégier la voie diplomatique, et que l’option militaire était le dernier recours », a déclaré Graham lors d’une interview. Il a ajouté avoir dit à Trump qu’il ne devait pas laisser les Iraniens faire traîner les négociations trop longtemps.
« Le fait qu’il ait essayé le satisfaisait pleinement », a déclaré Graham.
D’autres pensent que la diplomatie n’était qu’une comédie, vouée à l’échec dès le départ.
Barbara Leaf, diplomate de carrière à la retraite qui, dans l’administration Biden, occupait le poste de secrétaire d’État adjointe chargée de superviser la politique au Moyen-Orient, a déclaré qu’il était évident que Trump allait inévitablement vers une action militaire, soulignant qu’il avait déployé un deuxième groupe aéronaval dans la région alors que les négociations étaient en cours.
« C’était bien la preuve qu’une guerre était en voie de planification », a-t-elle déclaré. « On n’a pas besoin de cela pour avoir plus de poids dans la diplomatie. Je n’ai jamais douté un seul instant de son choix d’une frappe militaire. »
Un coup de maître des services secrets
En réalité, les États-Unis et Israël discutaient déjà d’une éventuelle frappe le mercredi, veille des pourparlers prévus à Genève. La Maison Blanche a reporté l’opération à jeudi soir afin de donner aux Iraniens une dernière chance de renoncer à leurs ambitions en matière d’enrichissement nucléaire. Elle a ensuite été repoussée à vendredi, l’idée étant de frapper Téhéran sous le couvert de la nuit.
Le moment a finalement été déterminé par un coup de maître remarquable des services de renseignement.
La CIA, qui suivait de près les déplacements de l’ayatollah Khamenei, a appris que le guide suprême prévoyait de se rendre dans sa résidence du centre de Téhéran samedi matin. De hauts responsables civils et militaires iraniens devaient également être présents au même endroit, au même moment.
La CIA a transmis ces informations aux Israéliens, et les dirigeants des deux pays ont décidé de déclencher la guerre par une frappe audacieuse visant à « décapiter » l’ennemi en plein jour.
Alors que le vendredi après midi Trump s’envolait pour Corpus Christi afin de prononcer un discours sur l’énergie, il a donné l’ordre officiel de passer à l’action.
Après avoir atterri, le président a laissé entendre que la diplomatie avait atteint ses limites, déclarant aux journalistes qu’il n’était « pas satisfait des négociations ». Il a ajouté que depuis des décennies, l’Iran « fait exploser les jambes de nos gens, ils font sauter leurs visages, leurs bras. Ils détruisent nos navires un par un, et chaque mois, il y a quelque chose d’autre.».
Selon quatre responsables iraniens, bien que de nombreux indices aient laissé présager que les Américains préparaient une éventuelle attaque, les Iraniens pensaient qu’une frappe était peu probable en plein jour.
On était un samedi matin, début de la semaine de travail en Iran, les enfants étaient à l’école et les gens se rendaient au travail.
Les participants à la réunion du Conseil suprême de sécurité nationale n’ont pas jugé urgent de se réunir dans des bunkers souterrains ou d’autres lieux secrets qui pourraient être inconnus des espions américains ou israéliens.
Selon des responsables, l’ayatollah Khamenei a déclaré à son entourage proche que, en cas de guerre, il préférait rester sur place et devenir un martyr plutôt que d’être jugé par l’histoire comme un dirigeant qui s’était caché.
Il se trouvait dans son bureau, situé dans une autre partie du complexe, pendant que les hauts dirigeants se réunissaient. Il a demandé à être informé à l’issue de la réunion.
Les missiles ont frappé immédiatement après le lancement de l’attaque.
Source : The New York Times, Mark Mazzetti, Julian E. Barnes, Tyler Pager, Edward Wong, Eric Schmitt, Ronen Bergman, 02-03-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
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