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15.février.202015.2.2020 // Les Crises

Lettre de Grande-Bretagne : Pourquoi le Parti travailliste a perdu

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Source : Consortium News, Alexander Mercouris, 17-12-2020

Les commentaires post-électoraux disent que le parti de Corbyn a obtenu « son pire résultat depuis 1935 ». Alexander Mercouris montre pourquoi il s’agit d’une grave déformation.

L’ampleur de la défaite des travaillistes est exagérée

La victoire électorale du Parti conservateur est une tragédie personnelle pour Jeremy Corbyn, dont la quête pour diriger un gouvernement travailliste progressiste s’est soldée par un échec. C’est aussi une tragédie pour la Grande-Bretagne, qui a perdu l’occasion offerte par un gouvernement travailliste progressiste dirigé par Corbyn.

Cela peut aussi devenir une tragédie pour le Parti travailliste, mais seulement s’il tire des conclusions erronées de sa défaite.

Ce dernier point doit être souligné, d’autant plus que certains articles montrent qu’on cherche clairement à surestimer l’ampleur de la défaite du Parti travailliste.

La plupart des commentaires avancent que les travaillistes ont obtenu « leur pire résultat depuis 1935 ». Il s’agit d’une grave déformation des faits.

Le premier ministre Boris Johnson, à gauche, et le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn pendant le débat de campagne. (Capture d’écran)

Le pourcentage de votes travaillistes à l’élection est de 32,2 %. Cela se compare aux 30,4 % obtenus aux élections générales de 2015, juste avant que Corbyn ne devienne le chef, lorsque le Parti travailliste était dirigé par Ed Miliband.

Il est également plus élevé que les 29 % obtenus par le Parti travailliste lors des élections générales de 2010, alors qu’il était dirigé par le premier ministre travailliste au pouvoir à l’époque, Gordon Brown.

Pour aller plus loin dans le passé, la part de suffrages des travaillistes aux élections générales précédentes était de 27,6 % en 1983 et de 30,8 % en 1987.

Nombres absolus de suffrages

En termes de nombre absolu de suffrages, le Labour a obtenu plus de suffrages en 2019 que lors de l’élection générale de 2005 (10 269 076 contre 9 552 436), qu’il a remportée sous la direction du premier ministre travailliste alors en exercice, Tony Blair.

L’affirmation selon laquelle le Parti travailliste a obtenu « son pire résultat depuis 1935 » est fondée uniquement sur le nombre de députés qu’il a fait réélire à la Chambre des communes après l’élection, qui s’élève à 202.

Il s’agit en effet d’un chiffre historiquement bas. Toutefois, cette affirmation ne tient pas compte du fait que les travaillistes avaient déjà perdu – lors de l’élection générale de 2015 – 40 de leurs sièges en Écosse, sur lesquels ils pouvaient auparavant compter pour faire réélire un député travailliste de manière sûre. Ces 40 sièges ont été perdus au profit du Parti nationaliste écossais (SNP), parti de gauche indépendantiste, et non des conservateurs. Le SNP les a conservés depuis lors.

Le Parti travailliste n’a jamais été en mesure de regagner ces 40 sièges perdus et, compte tenu de la montée du sentiment indépendantiste en Ecosse, il semble de plus en plus improbable qu’il le fasse un jour.

Inutile de dire que si les travaillistes avaient conservé ces 40 sièges en 2015, et s’ils les avaient conservés lors des dernières élections générales, leur cohorte de députés serait maintenant de 242 et non de 202. C’est beaucoup plus que les 209 députés qu’il a eus après l’élection de 1983.

L’ignorance, voire dans certains cas un mépris délibéré, de l’extraordinaire transformation politique qui a eu lieu en Écosse en 2015 et qui a depuis lors affecté l’arithmétique électorale et parlementaire britannique, fausse sérieusement le débat sur la politique dans le pays.

Tout comme le Parti travailliste, le SNP est un parti social-démocrate de gauche. Le basculement politique en Écosse – qui a eu lieu lors de l’élection de 2015, et non lors de l’élection qui vient d’avoir lieu – ne s’est pas fait de gauche à droite ni des conservateurs aux travaillistes. Il est passé de la gauche sociale-démocrate unioniste (Labour) à la gauche sociale-démocrate indépendantiste (SNP).

Le SNP vient de remporter 45 % des voix en Écosse, contre 25,6 % pour les conservateurs et 18,1 % pour les travaillistes. Les conservateurs viennent d’ailleurs de perdre sept de leurs 13 sièges. En Écosse, il existe un fort sentiment anti-conservateur et, en cas de suspension du Parlement, le SNP a clairement indiqué qu’il aurait soutenu le Parti travailliste.

Dans le même ordre d’idées, si le passage au SNP n’avait pas eu lieu, et si le vote en Écosse s’était poursuivi comme lors des précédentes élections d’avant 2015, la part totale du score des travaillistes lors de la présente élection n’aurait pas été de 32,2 %. Elle aurait été d’environ 34 pour cent.

C’est proche des 35 % obtenus par Tony Blair aux élections de 2005, que les travaillistes ont remportées, et c’est la même chose que les 34 % obtenus par les travaillistes aux élections de 1992, lorsqu’ils étaient dirigés par Neil Kinnock, qui a préparé le terrain pour la vague de 1997.

En résumé, Corbyn a remporté en 2019 plus de voix et un plus grand pourcentage des suffrages que ses deux prédécesseurs immédiats, Gordon Brown et Ed Miliband. Le Parti travailliste sous sa direction a également fait beaucoup mieux que lors des deux élections tenues pendant la période de l’ascension de Margaret Thatcher dans les années 1980. Corbyn a fait un peu moins bien que Kinnock en 1992, mais seulement à cause d’un effondrement antérieur en Écosse dont il n’est pas responsable. Corbyn a obtenu un résultat légèrement inférieur à celui de Tony Blair en 2005 en termes de pourcentage de voix exprimées, mais nettement supérieur en termes de nombre de votes réels.

Tout cela peut être comparé aux prédictions apocalyptiques qui ont été faites sur sa direction avant l’élection de 2017. On disait alors que la direction de Corbyn était si incompétente et si désastreuse qu’elle détruirait le Parti travailliste en tant que force politique.

De toute évidence et en réalité, Corbyn a fait beaucoup mieux que cela. En fait, pour ce qui est de l’histoire électorale récente du Parti travailliste, la part de scrutins qu’il a gagnée pour le Parti travailliste était honorable, et il a laissé au Parti travailliste une plus grande part des votes et un nombre de membres beaucoup plus important et plus actif que lorsqu’il l’a trouvé.

Rassemblement pour l’indépendance de Écosse 2018. (Azerifactory, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

Le Parti travailliste n’a pas perdu parce qu’il est « trop à gauche ».

Tout cela devrait rendre sceptique sur les affirmations selon lesquelles les travaillistes ont perdu l’élection à cause du « radicalisme excessif » de Corbyn ou parce que les travaillistes sous sa direction sont devenus « trop à gauche ».

Il se trouve que le radicalisme du manifeste sur lequel les travaillistes se sont battu pour le scrutin a été exagéré.

Ses trois principales propositions – la fin des frais d’inscription des étudiants et l’augmentation des dépenses de l’aide sociale et du National Health Service, la renationalisation des chemins de fer et de certains services publics, et les projets d’augmentation des dépenses d’infrastructure et de construction de logements sociaux avec une proposition spécifique visant à fournir à tous les ménages britanniques un accès gratuit au haut débit – n’auraient pas été considérées comme radicales à l’apogée de la social-démocratie travailliste entre 1945 et 1980.

L’ampleur des dépenses proposées par les travaillistes n’aurait pas non plus été excessive pour un pays riche comme la Grande-Bretagne, ni n’aurait provoqué sa faillite Encore une fois, le programme de dépenses qui a été annoncé aurait été considéré comme non exceptionnel pendant l’apogée du mouvement social-démocrate travailliste de 1945 à 1980.

Les agents électoraux du Parti travailliste ont en fait constaté que les promesses du programme étaient populaires dans l’ensemble. Le problème n’était pas l’hostilité au programme en tant que tel, ou la préoccupation qu’il soit « excessivement radical » ou « trop à gauche ». C’était un scepticisme sur la capacité d’un gouvernement travailliste dirigé par Jeremy Corbyn à mettre en œuvre un tel programme.

Il y a une autre raison de douter que l’échec du Labour aux élections soit dû au fait qu’il était perçu comme « trop à gauche ». C’est l’échec total de l’alternative de centre-gauche supposée plus « modérée » à sa droite.

Aucun des députés travaillistes « modérés » qui ont fait défection au Parti travailliste en 2019 en se plaignant du « radicalisme excessif » et de l’antisémitisme des travaillistes n’a été réélu à la Chambre des communes. Change UK, le parti que certains d’entre eux ont créé, n’a pas réussi à gagner un seul siège et semble certain d’être dissout.

Quant aux députés travaillistes « modérés » qui ont choisi de rejoindre les Libéraux-démocrates, ils n’ont pas non plus réussi à gagner des sièges.

Luciana Berger – ancienne membre du cabinet fantôme de l’ancien dirigeant travailliste Ed Miliband – qui a quitté le parti travailliste en mettant spécifiquement en avant son prétendu problème d’antisémitisme, et qui était très désireuse de remporter les élections dans les quartiers de Finchley et Golders Green, une circonscription parlementaire à forte population juive – n’a finalement pas réussi à le faire. Le siège a été conservé par les conservateurs.

Quant aux Libéraux-démocrates – le parti traditionnel du centre gauche « modéré » de Grande-Bretagne – les attentes avant l’élection selon lesquelles ils allaient gagner jusqu’à 100 sièges et dépasser le Parti travailliste en termes de pourcentage des voix ont été terriblement déçues.

Le pourcentage de voix des Libéraux-démocrates a effectivement augmenté, mais seulement légèrement, passant d’un dérisoire 7,4 % en 2017 à seulement 11,6 %. Comparez cela avec le pourcentage des voix du Parti travailliste supposé « extrémiste » de Jeremy Corbyn, qui est trois fois plus important avec 32,2 %.

Jo Swinson en 2017. (Keith Edkins, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

En outre, les Libéraux-démocrates ont subi l’humiliation de voir leur nombre de députés passer de 12 à 11 par rapport à 2017, alors que leur leader, Jo Swinson, a en fait perdu son siège en Écosse au profit de l’allié présumé du Labour, le SNP social-démocrate de gauche.

Comparez ces résultats lamentables avec ce que les Libéraux-démocrates ont réalisé aussi récemment que lors des élections générales de 2005, lorsque le « modéré travailliste » Tony Blair était au pouvoir en tant que Premier ministre. Lors de cette élection, la proportion de voix des Libéraux-démocrates était de 22 % et leur nombre de députés était de 62.

La stratégie des Libéraux Démocrates pendant campagne a consisté en fait à positionner le parti comme l’alternative « raisonnable » du « juste milieu » à la fois pour les conservateurs et pour le Parti travailliste prétendument « extrémiste » de Jeremy Corbyn. En conséquence, les Libéraux Démocrates ont fait leur campagne en promettant d’annuler Brexit tout en déclarant qu’ils n’accepteraient jamais d’entrer dans une coalition avec le « gauchiste » Jeremy Corbyn.

Lors du scrutin les électeurs conservateurs anti-Brexit les plus « modérés » ont choisi de soutenir leur parti, tandis que la tendance parmi les électeurs censément « modérés » du centre gauche a été de délaisser les Libéraux-démocrates censément plus « modérés » au profit du Parti travailliste censément plus « extrémiste ».

Comparez cela à ce qui s’est passé lors des élections générales de 1983, lorsque l’électorat britannique a vraiment pensé que le Parti travailliste était devenu trop à gauche et trop radical.

Au cours de ces élections, la part des voix de ce qui était alors l’Alliance entre les libéraux et le Parti social-démocrate (l’ancêtre des Libéraux- démocrates d’aujourd’hui) a augmenté régulièrement, de sorte qu’à la fin du scrutin, ils ont remporté 25,4 % des voix, contre les 13,8 % que les libéraux avaient obtenus lors des élections précédentes de 1979 Cela s’est fait aux dépens des travaillistes, dont le pourcentage de voix est passé de 36,9 % en 1979 à 27,6 % en 1983.

Les travaillistes n’ont pas perdu les élections parce que l’électorat les considérait comme trop à gauche. Les faits démontrent le contraire. Tout comme l’affirmation selon laquelle les travaillistes ont enregistré leur « pire résultat depuis 1935 », cette affirmation est une fausse représentation colportée par ceux qui veulent que les travaillistes reviennent aux politiques du statu quo et à la triangulation [en science politique, la triangulation désigne le fait pour une personnalité politique de présenter son idéologie comme étant « au-dessus et entre » la droite et la gauche de l’échiquier politique – Wikipedia, NdT] de l’époque de Blair.

Manifestation anti-Brexit à Manchester, Angleterre, le 1er octobre 2017. (Robert Mandel via Wikimedia)

Pourquoi le Parti travailliste a-t-il perdu ?

La réponse simple et inévitable – et qui gagne progressivement en crédibilité, malgré les dénégations continues de certains milieux – réside dans la position des travaillistes sur le Brexit.

Une étude sur les pertes du Labour démontre clairement ce fait. Bien qu’il y ait eu un revirement du Parti travailliste vers le Parti conservateur dans toute l’Angleterre et le Pays de Galles (l’Écosse, comme nous l’avons vu plus haut, a maintenant une orientation politique totalement différente), ce revirement n’a pas été uniforme et a été le plus important, et les pertes du Parti travailliste ont été de loin les plus importantes, dans le nord de l’Angleterre et dans les Midlands anglais.

Ce n’est pas une coïncidence si ces régions ont voté massivement pour Brexit lors du référendum de 2016.

En revanche, dans les régions qui ont voté contre le Brexit lors du référendum de 2016, le résultats du Parti travailliste a mieux résisté, et les pertes du Labour ont été relativement peu importantes.

A titre d’exemple, à Londres, qui lors du référendum de 2016 a voté massivement contre le Brexit (avec une marge de 60 à 40), les travaillistes ont perdu de peu Kensington & Chelsea (par seulement 150 voix) mais ont remporté Putney face aux conservateurs. Au total, les travaillistes détiennent autant de sièges à Londres après les élections qu’avant.

Le même schéma s’est répété dans d’autres régions qui ont voté contre le Brexit lors du référendum de 2016.

A Canterbury, qui a également voté contre le Brexit lors du référendum de 2016, et que le Labour a remporté pour la première fois face aux Conservateurs lors des élections de 2017, le Labour a de nouveau gagné avec une plus grande majorité et une augmentation de sa part du vote.

Il en va de même dans d’autres zones urbaines anti-Brexit, comme Manchester, Bristol et Cardiff. Les travaillistes ont gagné dans les trois cas, balayant tous les sièges qui s’y affrontaient.

Dans l’ensemble, comme le montrent clairement les enquêtes sur les élections en Angleterre et au Pays de Galles, les travaillistes ont conservé la grande majorité de leurs électeurs qui ont voté contre le Brexit lors du référendum de 2016, mais ont perdu environ la moitié de leurs électeurs qui ont voté pour le Brexit lors de ce référendum. C’est ce qui a causé la défaite du Labour et la victoire des conservateurs.

En simples termes d’arithmétique parlementaire, cela signifie que le parti travailliste a perdu une série de sièges dans son ancien fief, dans le nord de l’Angleterre et dans les Midlands anglais, qui avaient voté pour le Brexit lors du référendum de 2016, ce qui a donné aux conservateurs la nette victoire électorale et la large majorité parlementaire dont ils disposent maintenant.

Cela met en évidence l’explication sous-jacente de la débâcle des travaillistes, qui était sa ligne politique sur le Brexit, incroyablement trop compliquée.

Là où Boris Johnson et les conservateurs avaient un message simple et clair – « Faisons le Brexit » – le parti travailliste a combattu les élections sur une politique de négociation d’un accord de Brexit entièrement nouveau, différent de celui de Boris Johnson, qu’il a déclarée vouloir ensuite soumettre au vote lors d’un second référendum, l’option de rester dans l’Union européenne étant proposée comme alternative.

Cette proposition, qui engageait les travaillistes à un second référendum sur une question dont la plupart des électeurs britanniques avaient appris qu’elle avait été tranchée par le référendum de 2016, ne pouvait qu’être impopulaire auprès des électeurs qui, lors du référendum de 2016, avaient voté pour le Brexit. Ce qui a cependant rendu cette proposition totalement délétère, c’est la position adoptée à l’égard du référendum proposé par la quasi-totalité des dirigeants travaillistes.

John McDonnell, chancelier fantôme du Labour et sa performante numéro 2 ; Emily Thornberry, secrétaire fantôme des affaires étrangères du Labour ; Diane Abbott, secrétaire fantôme de l’intérieur du Labour ; et Keir Starmer, porte-parole Brexit du Labour, ont tous déclaré qu’ils voteraient lors de ce deuxième référendum en faveur du maintien dans l’Union européenne – autrement dit contre l’accord que le Labour disait vouloir négocier avec l’Union européenne.

Quant à Corbyn lui-même, il a dit qu’il resterait « neutre » – en d’autres termes, lui aussi annonçait que lors du référendum, il ne soutiendrait pas l’accord que les travaillistes disaient vouloir négocier avec l’Union européenne.

Il va sans dire que cela aurait signifié que si les travaillistes ne soutenaient pas leur propre proposition d’accord, il aurait été pratiquement certain que l’accord serait rejeté, et l’option de rester dans l’Union européenne aurait été gagnante.

Cela a montré que la deuxième proposition de référendum était manifestement ce qu’elle était : un mécanisme compliqué pour annuler le résultat du référendum de 2016 en organisant ce qui aurait été un référendum manifestement truqué sur un accord qui était clairement destiné à échouer.

Sans surprise, les électeurs de la classe ouvrière pro-Brexit du nord de l’Angleterre et des Midlands anglais, quand on leur a présenté une proposition comme celle-ci, ont tourné le dos aux travaillistes et ont voté pour les conservateurs à la place.

C’est cette ligne politique sur le Brexit fondamentalement malhonnête – qui visait à annuler le résultat du référendum de 2016 sans le dire réellement – qui explique, selon moi, la forte antipathie à l’égard de Jeremy Corbyn que les agents électoraux travaillistes ont découverte alors qu’ils faisaient campagne dans leur ancien bastion du nord de l’Angleterre et des Midlands anglais.

Lors des élections générales de 2017, l’électorat britannique a accueilli chaleureusement Jeremy Corbyn, qui était considéré comme un homme simple et de principe, quoique plutôt excentrique, sincèrement attaché à améliorer la vie du peuple britannique.

En revanche, lors des élections générales de 2019, Jeremy Corbyn a proposé une politique de Brexit qui était en fin de compte à la fois malhonnête et absurde, et il est apparu comme un politicien comme les autres.

La colère profonde et le sentiment de trahison dans ces circonstances ne sont pas du tout surprenants, et ils ont été aggravés chez les électeurs plus âgés – dont un nombre impressionnant avait voté pour le Brexit – parce qu’ils se seraient souvenus que Corbyn s’était opposé à l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne pendant la majeure partie de sa vie politique.

L’effet surestimé des campagnes de dénigrement contre Corbyn

Cette colère et ce sentiment de trahison expliquent aussi pourquoi les calomnies sur Corbyn en tant qu’antisémite, traître, ami des terroristes, et ainsi de suite, continuellement ressassées par le Parti conservateur et ses amis médiatiques de droite, ont cette fois-ci fait leur effet, ce qu’elles n’avaient pas réussi à faire en 2017.

La tentation de voir ces calomnies comme la raison de la défaite électorale des travaillistes est compréhensible.

Il faut résister à cette tentation. Tous les dirigeants travaillistes depuis la création du Parti travailliste, à l’exception de Tony Blair, ont été la cible de diffamations de la part de la droite. La campagne de diffamation contre Corbyn a peut-être été plus intense que d’autres. Cependant, les électeurs de la classe ouvrière du nord de l’Angleterre et des Midlands anglais – traditionnellement le noyau dur du Parti travailliste – se sont historiquement avérés être les électeurs les moins sensibles à de telles calomnies.

Le fait qu’à cette occasion ils se soient retournés contre Corbyn et le Parti travailliste au point que certains d’entre eux ont commencé à répéter ces calomnies montre à quel point leur colère et leur sentiment de trahison étaient forts.

Inévitablement, face à de tels sentiments, la réponse de ces électeurs aux propositions du Parti travailliste dans son manifeste, au lieu de les soutenir comme cela avait été le cas en 2017, a été brutale. Étant donné que ces électeurs ne croyaient plus Corbyn ni le Parti travailliste sur le Brexit, ils ne les croyaient plus sur autre chose.

Tout cela n’était pas seulement prévisible, mais a été largement prédit. Des commentateurs allant de Neil Clark, à gauche, à Dominic Lawson, à droite, ont souligné à maintes reprises, avant et pendant les élections, que la proposition du Parti travailliste sur le Brexit était suicidaire sur le plan électoral et qu’elle entraînerait certainement une lourde défaite pour le parti.

On sait que Jeremy Corbyn lui-même s’est longtemps opposé à la proposition pour cette raison précisément, tout comme ses principaux conseillers, Andrew Murray et Seamus Milne. Le président du Parti travailliste, Ian Lavery, qui est lui-même un député du nord de l’Angleterre, s’y est également opposé fermement et publiquement. Plusieurs autres députés travaillistes représentant des sièges dans le nord de l’Angleterre et dans les Midlands anglais s’y sont également opposés.

Alors pourquoi cette politique bizarre et apparemment suicidaire a-t-elle été adoptée ?

On en a beaucoup parlé, certains attribuant cela à la faiblesse de Corbyn, qui se serait laissé intimider pour accepter une politique qu’il savait être mauvaise par les éléments fortement anti-Brexit et blairistes au sein de la direction travailliste et parmi les députés travaillistes.

Cette affirmation est assez convaincante. Certaines personnalités éminentes du Parti travailliste, notamment le chancelier fantôme John McDonnell, le ministre fantôme de Brexit Keir Starmer, la ministre fantôme des Affaires étrangères Emily Thornberry et la secrétaire fantôme de l’Intérieur Diane Abbott, ont effectivement exercé des pressions extraordinaires sur Corbyn pour l’amener à adopter cette ligne politique.

Marche du People’s Vote, octobre 2018. (Colin, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

Keir Starmer, qui est un adversaire acharné du Brexit et un fervent partisan du maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, semble avoir été non seulement un partisan de cette ligne, mais aussi son principal auteur, qu’il a emprunté à la campagne anti-Brexit et pro-Union européenne de People’s Vote.

Starmer est un brillant avocat, et tant la politique que les tactiques qu’il a suivies en tant que responsable pour le Brexit au sein du Parti travailliste étaient en fait tout à fait conformes à ce que l’on pouvait attendre d’un tel avocat, qui considérait le Brexit comme un problème qu’il fallait essentiellement régler par des campagnes d’influence et des tactiques parlementaires astucieuses, plutôt que comme le principal casse-tête politique du Parti, ce qu’il était en fait.

Cette approche a notamment amené le Parti travailliste à s’impliquer dans une série de manœuvres parlementaires complexes, orchestrées par divers députés conservateurs dissidents anti-Brexit, dont le but premier semble avoir été de gêner les deux premiers ministres conservateurs successifs, Theresa May et Boris Johnson.

Ces intrigues ont momentanément embarrassé le gouvernement conservateur. Toutefois, la participation du Parti travailliste à ces intrigues n’a fait que renforcer dans le pays l’impression que le Parti travailliste s’opposait au Brexit. Conjuguée à la politique référendaire du Parti travailliste, l’impression qu’elle a donnée dans les régions du nord de l’Angleterre et des Midlands anglais favorables au Brexit s’est finalement révélée désastreuse.

Changement dans le caractère et la base du Labour

Il est toutefois important de reconnaître qu’il y avait aussi des raisons impérieuses pour lesquelles le Parti travailliste a finalement adopté sa ligne pour un deuxième référendum. Ces raisons ont trait au changement de nature du Parti travailliste et de sa base électorale qui s’est opéré au cours des trois dernières décennies.

Bien que les électeurs de la classe ouvrière du nord de l’Angleterre, des Midlands anglais et d’ailleurs, aient été autrefois les principaux partisans du Parti travailliste, ce n’est plus le cas.

Alors qu’aux élections de 1979, environ 80 % des électeurs qui votaient pour le Labour étaient des travailleurs manuels, cette proportion est aujourd’hui tombée à environ 40 %.

Jusqu’aux années 1980, le Parti travailliste se présentait comme « la branche politique » d’un « mouvement ouvrier » dont les syndicats étaient « la branche industrielle ». Cela fait des décennies que je n’ai pas entendu un homme politique travailliste parler du Parti de cette façon. Ce n’est pas surprenant non plus, car ce langage ne décrit plus le Parti travailliste dans sa véritable acception.

En particulier pendant l’ère du New Labour de Tony Blair, le Parti travailliste a cherché à répondre au déclin de sa base électorale ouvrière causé par la désindustrialisation et l’attaque de Margaret Thatcher contre les syndicats en recentrant de plus en plus le Parti travailliste sur la conquête des électeurs de la classe moyenne les plus progressistes, à Londres et dans les grandes villes de Grande-Bretagne.

Cela signifie que si, pour des raisons historiques, les anciens bastions ouvriers du nord de l’Angleterre et des Midlands anglais continuent de fournir une très grande partie des députés travaillistes siégeant à la Chambre des communes, une proportion de plus en plus importante des membres du Parti travailliste et de ses députés sont maintenant issus de la classe moyenne, comme le sont de nombreux électeurs qui ont soutenu le Parti travailliste aux élections.

La montée de Jeremy Corbyn a intensifié cette tendance. L’une des caractéristiques de la période d’ascension de Corbyn au sein du Parti travailliste est qu’il y a eu une énorme augmentation du nombre de membres du parti, avec une grande majorité des nouveaux membres issus de la classe moyenne progressiste.

Une autre caractéristique frappante de l’ère Corbyn a été la division de plus en plus nette de l’électorat britannique en fonction de l’âge.

Alors qu’aux élections de 1983, 42 % des jeunes de 18 à 24 ans avaient voté pour le Parti conservateur, contre 33 % seulement pour le Parti travailliste, aux élections générales qui viennent d’avoir lieu, 57 % des 18 à 24 ans ont voté pour le Parti travailliste, contre 19 % seulement pour le Parti conservateur.

En revanche, les électeurs en âge d’être retraités, dont un grand nombre auraient voté travailliste dans leur jeunesse et qui auraient autrefois occupé des emplois d’ouvriers dans les mines de charbon et les usines britanniques aujourd’hui fermées, votent maintenant majoritairement conservateur. Lors de l’élection générale qui vient d’avoir lieu, 62 % des retraités ont voté conservateur, contre seulement 18 % qui ont voté travailliste. Cela correspond presque exactement aux 60 pour cent de retraités qui ont voté pour le Brexit lors du référendum de 2016.

Partisans du Brexit, décembre 2018. (Mark Ramsay/Flickr)

En résumé, l’appui au Parti travailliste vient maintenant en très grande majorité des jeunes, soit des étudiants ou des travailleurs ayant un emploi rémunéré, dont très peu travaillent dans les mines et les usines, ce qui définissait autrefois le genre de personnes qui votaient pour le Parti travailliste.

De plus, ces nouveaux électeurs travaillistes ont tendance à vivre, étudier et travailler non pas dans les anciennes petites villes industrielles et minières du nord de l’Angleterre dans les Midlands, mais plutôt dans les grandes villes et les agglomérations de Grande-Bretagne.

Ce sont aussi les villes qui fournissent de plus en plus les cadres politique des travaillistes, Londres jouant un rôle disproportionné.

Corbyn est lui-même un député londonien. Tout comme presque tous les autres membres clés du groupe de direction actuel du Labour. John McDonnell, Keir Starmer, Emily Thornberry et Diane Abbott sont également des députés de Londres.

Il devient beaucoup plus facile de comprendre la nature du problème du Brexit pour les travaillistes une fois que l’on a compris que la grande majorité de ceux qui forment maintenant leur base électorale plus jeune et de classe moyenne ont voté pour que la Grande-Bretagne reste dans l’Union européenne lors du référendum de 2016.

Cette tendance est particulièrement marquée chez les plus jeunes électeurs, qui sont également les plus susceptibles de voter pour les travaillistes. Parmi les jeunes électeurs âgés de 18 à 24 ans qui ont voté lors du référendum de 2016 sur le Brexit, 73 % ont voté pour que la Grande-Bretagne reste dans l’Union européenne.

Dans l’ensemble, 63 % des électeurs travaillistes ont voté lors du référendum de 2018 pour que la Grande-Bretagne reste dans l’Union européenne, contre seulement 37 % qui ont voté pour que la Grande-Bretagne la quitte.

Le clivage du Brexit

Cela explique la division criante au sein de l’électorat qui soutient le Parti travailliste sur la question de Brexit, qui devait finalement se révéler si désastreuse pour le Parti travailliste lors des élections.

Il s’agit d’un clivage qui a également un caractère culturel particulier.

On dit souvent que le soutien au Brexit en Angleterre et au Pays de Galles est essentiellement une position nationaliste anglaise anti-immigration.

Bien que cela soit partiellement fondé, il est important de dire que les électeurs de la classe ouvrière anglaise – les électeurs qui formaient le noyau dur de l’électorat travailliste et qui ont déserté le parti travailliste en grand nombre lors des élections – n’ont jamais été enthousiastes à l’égard de l’Union européenne. Ces électeurs étaient en très grande majorité la population qui a voté contre l’adhésion de la Grande-Bretagne à la Communauté économique européenne (l’ancêtre historique de l’Union européenne actuelle) lors du référendum de 1975, alors que l’immigration en provenance de l’UE n’était pas un problème important. C’est également cette même tranche démographique – à l’époque encore le noyau dur de l’électorat travailliste – qui a poussé les travaillistes à adopter une position franchement anti-européenne et pro-Brexit lors des élections générales de 1983.

Ces électeurs ont toujours considéré l’Union européenne comme une entité hostile, alignée sur les élites et le patronat, et hostile à leurs intérêts.

Le sentiment anti-immigrants y est sans aucun doute pour quelque chose, l’opinion communément exprimée étant que l’adhésion à l’UE permet aux employeurs britanniques de faire venir des travailleurs bon marché d’Europe de l’Est et du Sud, ce qui entraîne une baisse des salaires en Grande-Bretagne et la perte d’emplois pour les travailleurs britanniques. Bien qu’il semble y avoir une part de vérité dans cette affirmation, il est frappant de constater que ces sentiments sont souvent exprimés aujourd’hui par des travailleurs qui sont maintenant à la retraite et qui ne reçoivent donc plus de salaire ou n’ont plus d’emploi rémunéré.

En revanche, le nouvel électorat urbain de classe moyenne plus jeune des travaillistes – qui représente maintenant une majorité des électeurs qui votent pour le Parti travailliste – a une opinion extrêmement positive sur l’Union européenne.

Pour ces électeurs, le retrait de l’Union européenne signifie la fermeture des portes de la Grande-Bretagne au reste du monde et un repli insulaire.

C’est inacceptable, surtout à Londres, qui se conçoit aujourd’hui de plus en plus comme une métropole mondiale et pas seulement comme une ville britannique.

Non seulement ces deux points de vue et sentiments sont diamétralement opposés, mais ils s’accompagnent également d’une dose considérable de préjugés de classe de part et d’autre.

Passeport et Euros. (Images Money/Flickr)

Les électeurs de la classe ouvrière sont mécontents de ce qu’ils considèrent – avec une certaine justesse – comme la condescendance des électeurs de la classe moyenne aisée à Londres et dans les grandes villes. Ils ont tendance à se moquer des affirmations selon lesquelles le Brexit entraînera une catastrophe économique, voyant dans ces affirmations l’alarmisme égoïste d’une classe moyenne inquiète de perdre ses vacances européennes et ses bourses Erasmus.

De leur côté, les électeurs de la classe moyenne urbaine ont trop souvent tendance à considérer l’hostilité de la classe ouvrière envers l’Union européenne comme le produit d’une ignorance teintée de racisme et de xénophobie, qui est cyniquement exploitée par des démagogues de droite tels que Boris Johnson et Nigel Farage.

À cheval sur un fossé

Étant donné les sentiments passionnés de chaque côté du clivage sur le Brexit des travaillistes, il était inévitable que ces derniers aient du mal à maintenir ensemble les deux côtés de leur coalition électorale de moins en moins maniable et de plus en plus fracturée dans des élections où le Brexit est la question primordiale.

Comme il s’agissait d’un dossier si brûlant que le parti travailliste n’avait finalement pas d’autre option que de soutenir un côté de son propre clivage sur le Brexit, il a fait le bon choix – pour ses propres intérêts à long terme – en acceptant finalement la proposition d’un deuxième référendum.

Non seulement la nouvelle base de la classe moyenne du Parti travailliste est maintenant beaucoup plus importante que son ancienne base de la classe ouvrière, mais c’est aussi la partie de la base du Parti travailliste qui connaît la croissance la plus rapide, et qui est plus structurée et plus dynamique. Pour dire les choses franchement, c’est la partie de la coalition électorale du Parti travailliste dont il a le plus besoin à l’avenir.

Si le Parti travailliste avait adopté une position plus clairement pro-Brexit, il aurait risqué de s’aliéner ce nouvel électorat, tandis que ses membres et ses militants seraient devenus démoralisés et désabusés. Le soutien dans les principaux bastions urbains du Labour aurait disparu, non pas au profit des conservateurs, mais des Libéraux-démocrates.

En fait, c’est précisément ce qui a commencé à se produire au cours du premier semestre de cette année.

Au moment même où le parti conservateur de droite perdait son soutien au profit du Parti du Brexit de Nigel Farage, le parti travailliste de gauche voyait simultanément son soutien diminuer au profit des libéraux démocrates fortement anti-Brexit, précisément parce qu’à ce moment-là, il résistait à l’idée de s’engager dans un deuxième référendum.

Lors des élections européennes de mai 2019, le parti travailliste a été dépassé par les libéraux démocrates en pourcentage des voix obtenues, tout comme les conservateurs ont été dépassés par le Parti du Brexit lors de ces mêmes élections. Les Libéraux-démocrates commençaient même à gagner les électeurs travaillistes anti-Brexit dans la circonscription de Jeremy Corbyn à Islington, dans le nord de Londres.

Un Parti libéral-démocrate victorieux, dépassant les travaillistes en termes de part des voix et remportant des sièges travaillistes dans les centres urbains d’Angleterre et du Pays de Galles lors d’une élection générale britannique, constituerait une menace existentielle bien plus grande pour celui-ci que l’hypothèse où le Parti conservateur remporterait des sièges travaillistes dans ses anciens bastions du nord de l’Angleterre et dans les Midlands anglais.

Les travaillistes peuvent survivre à la perte d’une circonscription comme Blyth Valley, qu’ils peuvent raisonnablement espérer regagner un jour, au profit des conservateur. Si, toutefois, le parti devait perdre une série de sièges dans des endroits comme le nord de Londres et Manchester au profit d’un parti de centre-gauche rival comme les Libéraux-démocrates, il n’y aurait aucune certitude qu’il les regagnerait un jour. L’existence même du Labour en tant que principal parti d’opposition de centre-gauche en Grande-Bretagne serait remise en question.

Cela signifie qu’une fois que la campagne du People’s Vote, avec sa revendication d’un second référendum, a commencé à gagner du terrain parmi les électeurs de la base électorale de la classe moyenne urbaine du Parti travailliste, ce n’était qu’une question de temps avant que le Parti travailliste ne s’aligne et n’adopte la politique d’organiser un second référendum.

Cela a conduit directement à la débâcle des élections qui ont suivi.

L’échec de Corbyn

Dire tout cela n’acquitte pas Jeremy Corbyn et les dirigeants du Parti travailliste de leur responsabilité dans ce qui s’est passé.

Le défaut fondamental de l’approche de Corbyn et des travaillistes dans toute l’affaire Brexit est qu’ils n’ont réalisé que beaucoup trop tard l’ampleur du problème qu’elle représentait.

On dit que Corbyn lui-même trouvait toute l’affaire du Brexit ennuyeuse. J’ai entendu des histoires selon lesquelles, chaque fois que le sujet de Brexit se présentait, ses yeux prenaient un air absent, pour ne s’éclairer que lorsque la discussion revenait sur les questions qui l’intéressent vraiment, comme le logement ou les prestations sociales.

Jusqu’à la fin de 2018, cette approche a raisonnablement bien fonctionné. Le gouvernement de Theresa May s’est démenée pour élaborer une politique Brexit cohérente et s’est présenté aux élections générales de 2017 sans en avoir une, de sorte que le parti travailliste n’a pas été contraint d’expliquer la sienne.

C’est ce qui a permis à Corbyn et au Parti travailliste de retirer la question du Brexit de tout le débat lors des élections de 2017 et de l’orienter vers les politiques populaires de Corbyn et du Parti travailliste en faveur d’un changement transformationnel. Tout ce que Corbyn et le Parti travailliste avaient à faire était de dire qu’ils allaient « respecter le résultat du référendum de 2016 » et cela a suffi. Cela a simultanément rassuré les électeurs pro-Brexit dans les foyers ouvriers du nord de l’Angleterre et des Midlands anglais que leur choix en 2016 était respecté, tout en ne provoquant aucune inquiétude de la part des électeurs de la classe moyenne anti-Brexit dans les centres urbains de Grande-Bretagne, qui ne se voyaient pas présenter une véritable politique du Brexit dont ils devaient s’inquiéter.

En conséquence, les travaillistes ont réalisé aux élections de 2017 l’une des plus fortes poussées de sympathie pour un parti d’opposition dans l’histoire électorale britannique, puisqu’ils ont fait passer leur pourcentage de votes de 30 % à 40 %.

Cependant, une fois que Theresa May a effectivement présenté une proposition pour le Brexit, l’échec de Corbyn et des travaillistes à élaborer une stratégie cohérente sur le Brexit s’est rapidement révélé au grand jour.

Inévitablement, la campagne People’s Vote, soutenue avec enthousiasme par des personnalités du parti travailliste anti-Brexit telles qu’Emily Thornberry et Keir Starmer, a comblé le vide.

Harold Wilson en 1986. (Allan Warren, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

Un dirigeant travailliste plus souple, plus sensible aux opinions divergentes du Parti travailliste et comprenant mieux le danger que le Brexit représentait pour les perspectives électorales du Parti travailliste, aurait traité les choses différemment.

Un tel chef aurait compris que l’intérêt du Parti travailliste était de « faire » le plus vite possible Brexit, de sorte que tout le sujet soit écarté bien avant une élection et pendant que les conservateurs étaient encore au pouvoir.

Inévitablement, étant donné la difficulté de l’arithmétique parlementaire, cela aurait signifié prendre des mesures pour aider Theresa May à faire passer son accord à la Chambre des communes.

Ce genre d’approche aurait donné au Parti travailliste tout un ensemble d’avantages considérables.

Les conservateurs se seraient retrouvés avec une cheffe impopulaire et discréditée en la personne de Theresa May. Ils se seraient également retrouvés avec un accord sur le Brexit que la plupart des conservateurs du pays détestaient et rejetaient, et auquel le Parti du Brexit et son chef Nigel Farage s’opposaient vivement.

Il en aurait résulté un Parti conservateur divisé et démoralisé, rongé par les querelles et menacé dans ses propres bastions par le Parti du Brexit de Nigel Farage nouvellement formé.

Cela aurait préparé le terrain pour une vague travailliste de la même ampleur que celles de 1945 et de 1997.

Il y a des preuves que Jeremy Corbyn a sérieusement réfléchi à cette approche. Lors de la conférence du Parti travailliste à l’automne 2018, il a semblé tendre la main à Theresa May d’une manière qui laissait entendre qu’il était prêt à l’aider à obtenir un accord pour le Brexit à la Chambre des communes.

Si Corbyn a toutefois songé à adopter cette approche, les événements indiquent qu’il y a rapidement renoncé.

Peut-être que Starmer ou Thornberry l’en ont dissuadé. Il est plus probable qu’il a été découragé par la crainte de la réaction inévitablement furieuse qu’auraient eue certains députés travaillistes anti-Brexit et des militants de son propre parti, ainsi que le journal The Guardian.

Si de telles craintes expliquent les actions de Corbyn, il faut alors dire que ces craintes étaient sans fondement.

Corbyn n’aurait pas eu besoin de demander aux députés travaillistes de voter en faveur de l’entente de Theresa May lors d’un vote à la Chambre des communes. Une directive d’abstention aurait suffi. Cela aurait automatiquement limité toute possibilité de protestations outragées de la part des députés travaillistes anti-Brexit et anti-Corbyn mécontents.

Quant à l’opinion anti-Brexit dans l’ensemble du Parti travailliste, Corbyn aurait pu l’apaiser en soulignant qu’une entente sur le Brexit aux conditions de Theresa May, qui aurait maintenu la Grande-Bretagne en fait, sinon en nom, dans l’Union douanière et le marché unique de l’Union européenne, serait facilement réversible par un futur gouvernement, et que le Parti travailliste gardait cette option ouverte. Ce qui aurait donné à ce genre d’assurance une force supplémentaire, c’est qu’elle aurait résumé l’accord de Theresa May de façon tout à fait correcte.

Il ne fait aucun doute que certaines personnes auraient encore réagi avec colère, mais avec la question du Brexit mise de côté, le Parti travailliste se serait rapidement réuni derrière Corbyn, de même que le Parti conservateur aurait commencé à s’effondrer.

L’échec de Corbyn à saisir cette occasion contraste vivement avec la compétence dont a fait preuve un ancien chef travailliste, Harold Wilson, dans sa gestion d’une crise semblable dans les années 1970.

C’était la conséquence inévitable de la décision des membres du Parti travailliste d’élire un chef – Jeremy Corbyn – qui, malgré ses nombreuses vertus et ses belles qualités, est d’un tempérament impropre à ce rôle, de sorte qu’il a toujours préféré, en fin de compte, éviter les confrontations et remettre à plus tard les décisions difficiles, même lorsque ses propres intérêts et ceux du Parti travailliste exigeaient une approche plus ferme.

Il en est résulté une dérive, qui a finalement conduit Corbyn et la direction du Parti travailliste à être confrontés à un choix binaire : soit accepter un second référendum, soit refuser de le faire.

Bien qu’ils aient choisi ce qui était, du point de vue du Parti travailliste, la politique la moins mauvaise d’accepter un deuxième référendum, ce choix a inévitablement ouvert la voie à leur défaite et à celle du Parti travailliste.

L’avenir

Boris Johnson prononçant son discours de victoire, le 13 décembre 2019. (Capture d’écran sur YouTube)

La défaite électorale a toutefois eu ce seul effet positif pour le Parti travailliste : il a finalement réussi à se débarrasser de la question du Brexit.

Boris Johnson n’a plus d’excuse pour ne pas « faire le Brexit », et on peut supposer que ce sera bientôt « fini ». Les électeurs ouvriers pro-Brexit qui ont afflué vers Johnson dans le nord de l’Angleterre et dans les Midlands anglais pour « faire le Brexit », et qui viennent de lui donner sa majorité, n’auront alors plus aucune raison de lui être fidèles. Il doit y avoir au moins une chance raisonnable qu’avec des politiques attrayantes et un autre dirigeant non contaminé par la question du Brexit, le Parti travailliste puisse les reconquérir.

Pour que cela se produise, le nouveau chef travailliste doit cependant s’appuyer sur cette partie de l’héritage de Corbyn que la plupart des électeurs – et pas seulement les électeurs de la classe ouvrière – ont trouvé attrayante. Cela signifie qu’il doit s’en tenir à la plupart des politiques énoncées dans le manifeste du Parti travailliste. Comme l’ont montré cette élection et l’élection précédente de 2017, ces programmes sont globalement populaires et, dans une élection qui n’est plus obscurcie par le Brexit, elles ont de bonnes chances d’obtenir un soutien.

Elles offrent certainement une bien meilleure perspective de réunification de la base électorale maintenant fracturée du Labour que ne le ferait un retour à la triangulation blairiste stérile.

Cela indique que le prochain chef travailliste devrait être une personne vraiment engagée dans le programme de Corbyn, mais également capable de communiquer avec les électeurs de la classe ouvrière dans le nord de l’Angleterre et dans les Midlands anglais d’une manière que Corbyn n’a finalement pas réussi à faire.

Rebecca Long Bailey, une avocate compétente et fidèle à Corbyn, d’origine ouvrière du Nord, et représentant un siège à Salford qui, lors du référendum de 2016, a voté pour le Brexit, mais qu’elle a pu conserver lors de l’élection avec seulement une baisse de soutien relativement faible, est une figure possiblement évidente.

Le parti travailliste, malgré certains titres de journaux, reste une force électorale puissante. Il bénéficie du soutien d’un tiers de l’électorat britannique, même après une campagne électorale qui s’est déroulée dans les circonstances les plus défavorables. La question du Brexit étant enfin réglée, il est peu probable que l’ensemble des circonstances particulières qui ont rendu les élections de 2019 si difficiles pour les travaillistes se reproduisent.

La voie à suivre pour le Parti travailliste est de garder son sang-froid et d’éviter de sombrer dans les récriminations et les luttes intestines entre factions. Objectivement, il n’y a aucune raison pour qu’il ne puisse pas gagner à nouveau.

Alexander Mercouris est commentateur politique et rédacteur en chef de The Duran.

Source : Consortium News, Alexander Mercouris, 17-12-2020

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Urko // 15.02.2020 à 10h47

Avec ce genre d’analyses, le parti travailliste n’a aucune chance de reconquérir ses électeurs. L’auteur croit que le progressisme doit rester la ligne du labour ? Mais c’est justement ce qui l’a perdu ! Les classes populaires, du Royaume-Uni comme d’autres pays, ont peu à peu intégré que le progressisme constituait leur pire ennemi. Un ennemi qui, en douceur et souriant, parlait de sociétal pour ne plus parler de social, parlait des immigrés pour ne plus parler d’ouvriers, parlait d’ouverture pour ne plus parler de culture, parlait de discrimination positive pour bloquer l’ascension sociale, parlait de minorités pour se débarrasser de la majorité, parlait de flexibilité du travail pour disposer d’une main d’œuvre moins chère, parlait urbanisation mais pensait gentrification… En bref, un ennemi mortel séduisant les classes populaires comme Ka séduisant Mowgli pendant qu’il l’enserre de ses anneaux… Le progressisme est la mise en œuvre politique des aspirations matérialistes de la bourgeoisie qui ne veut plus rendre de compte aux autres franges de la société. Ça a fini par se voir. Le travaillisme, le vrai, est l’antithèse du progressisme. Le second a emmené le premier vers une impasse ; il se propose désormais de le diriger vers un abîme.

21 réactions et commentaires

  • Linder // 15.02.2020 à 06h58

    Conclusion de l’auteur: “La voie à suivre pour le Parti travailliste est de garder son sang-froid et d’éviter de sombrer dans les récriminations et les luttes intestines entre factions. ” Brillant ! Sauf que comme on doit pouvoir donner ces recommandations à n’importe quel parti, dans n’importe quel pays de n’importe quelle planète, je doute qu’elle puisse suffire à redresser le Parti travailliste.
    Ce long article pourrait se résumer en :
    – la défaite semble importante en nombre de siège mais pas en nombre de voix
    – les travaillistes voulaient le Brexit mais pas son électorat
    L’auteur délaye, délaye, délaye.

    • Fritz // 15.02.2020 à 11h06

      Il me semble que vous faites un contresens : l’auteur dit que ce sont les dirigeants du Labour qui ne voulaient pas vraiment le Brexit, et ont adopté une position hypocrite, ce que l’électorat ouvrier du parti a sanctionné le 12 décembre dernier. Certes, Mercouris précise que les ouvriers ne forment plus qu’une grosse minorité de l’électorat travailliste (40 %, contre 80 % en 1979).
      C’est ce nouvel électorat du New Labour qui refuse le Brexit, un peu comme l’électorat bourgeois du PS avait voté en masse pour le Traité de Maastricht puis pour le TCE.

  • gracques // 15.02.2020 à 08h34

    Effectivement l’article est long … et lire est fatiguant. Alors comprendre, mon dieu c’est extenuant.
    Votre commentaire ‘les tavaillistes voulaient le Brexit, mais pas leurs électeurs ‘ est un contresens.

  • Fabrice // 15.02.2020 à 08h47

    On retrouve en filigrane les manœuvres politiciennes dans ce texte on sent que l’auteur voudrait dire et les gars vos électeurs ce sont la classe moyenne (les jeunes) pas les travailleurs (les vieux) il vous suffisait de faire croire aux brexit et après de le faire oublier très vite.

    Il oublie juste que cette classe moyenne est celle qui est la plus en danger avec les directives européennes, que son analyse est méprisante par rapport à ceux qui ont voté pour le brexit et qui après qui ont voté pour les conservateur par rejet des méthodes utilisés par les politiciens pour rejeter le choix démocratique des britanniques

  • Fritz // 15.02.2020 à 09h22

    Article remarquable. J’en extrais cette démonstration par A + B :
    « si les travaillistes ne soutenaient pas leur propre proposition d’accord, il aurait été pratiquement certain que l’accord serait rejeté, et l’option de rester dans l’Union européenne aurait été gagnante.

    Cela a montré que la proposition d’un deuxième référendum était manifestement un mécanisme compliqué pour annuler le résultat du référendum de 2016, en organisant ce qui aurait été un référendum manifestement truqué sur un accord qui était clairement destiné à échouer.

    Sans surprise, les électeurs de la classe ouvrière pro-Brexit du nord de l’Angleterre et des Midlands anglais, quand on leur a présenté une proposition comme celle-ci, ont tourné le dos aux travaillistes et ont voté pour les conservateurs à la place. »

    Bref, ces électeurs ouvriers ont reniflé l’arnaque. Certes ils ne constituent plus que 40 % de l’électorat travailliste, contre 80 % en 1979. Mercouris aurait pu ajouter que c’est John Smith, chef du Labour Party de 1992 à 1994, qui a découplé son parti des syndicats. En ce sens, Smith est le père du New Labour de Blair.

  • florian lebaroudeur // 15.02.2020 à 09h29

    Au delà de ses convictions, l’auteur décrit remarquablement bien le problème sociologique qui caractérise tous les pays développés, bientôt rejoints par les pays intermédiaires.
    _Une classe ouvrière déclassé, vieillissante, laissé à l’abandon et qui n’a plus rien à perdre
    _Une jeunesse diplomée, précarisée, hors-sol et qui n’a pas conscience d’elle-même
    _Une classe dirigeante désarçonné par l’érosion des matrices idéologiques et religieuses qui constituaient leur socle

    Tout ceci a pour effet d’anéantir les structures qui permettaient la cohésion de la société ainsi que les savoirs-faire qui permettaient la reconnaissance sociale des individus.
    Avec bien sur en toile de fond ( je le répète ), le défi posé par l’obsolescence pétrolière qui s’accorde très mal avec un avenir artificiel, urbain et progressiste et surtout avec une posture privilégiant le confort de ses illusions au détriment de la prise en compte de l’interconnexion complexe du monde à laquelle on ne peut s’y soustraire, n’en déplaise aux prophètes de l’IA et du transhumanisme.

  • jc // 15.02.2020 à 09h30

    Le SNP écossais indique peut-être la nouvelle voie à suivre, celle d’une confédération “girondine” de régions souveraines plutôt l’actuelle fédération “jacobine” grande-bretonne. Corbyn ne l’a peut-être pas compris (pas plus que Mélenchon en France). mais peut-être le SNP non plus, qui semble tenir à rester dans l’actuelle UE jacobine… (pour moi l’actuelle orientation de l’UE vers une europe jacobine des régions -diviser pour mieux régner- est une véritable arnaque).

    Une nouvelle union européenne “girondine”, bottom-up -mais qui garde toutes ses strates, en particulier régionales et nationales- capitale Genève?

    • jc // 15.02.2020 à 09h59

      Pour moi le véritable clivage est: top-down républicain contre bottom-up démocrate. En GB, aux USA, en France… (En France LaRem contre LaDem). Et la démocratie véritable est bottom-up.

    • tchoo // 15.02.2020 à 21h28

      Si les régions autonomes sont une arnaque au niveau européen il en est de même au niveau de la France.
      Les 13 régions créés par Hollande sont là pour commencer à le montrer

      • jc // 16.02.2020 à 10h33

        C’est Bruxelles qui, il me semble, a imposé (top-down) ce découpage grotesque à la France sous Hollande et Valls.

        Pour moi le terme “autonome” doit être précisé. Bruxelles cherche ainsi -clairement pour moi- à diviser pour mieux régner et l’autonomie des régions, vue de Bruxelles, n’est qu’un vain mot, un élément de langage, qui incite les indépendantismes régionaux (Écosse, Catalogne) à se libérer de leur pouvoir central séculaire. Dans une (ma) vision bottom-up chaque strate a une autonomie maximale mais elle est loin d’être autonome puisque reliée à la strate supérieure (la France pour ses provinces, l’Europe pour elle) et à ses strates inférieures (les départements pour les provinces, les provinces pour la France).

        C’est le concept d’ “autonomie maximale” qui, pour moi, est central.

  • zeroudoudou // 15.02.2020 à 09h47

    Ce qui est arrivé aux travaillistes devrait servir de leçon à la gauche française, en particulier à la FI (dont je n’attends pas grand chose pour l’instant tant ses membres sont décevants pour la plupart, au premier rang desquels Mélenchon) qui devrait choisir une position ferme sur l’euro au lieu de faire croire qu’on peut espérer des négociations avec l’Allemagne. L’euro est une catastrophe, point barre, l’idée qu’on puisse obtenir des avancées sociales en échange ne tient pas debout. La gauche française a trop peur d’être assimilée au nationalisme et au racisme, mais c’est ridicule, ça n’a strictement rien à voir, d’une part le RN a récemment accepté l’euro, d’autre part le souverainisme n’est pas un nationalisme dans le sens de l’extrême droite. Par ailleurs peut-être craint-elle que l’opinion ne soit pas prête, mais ce n’est pas comme ça que doit fonctionner un parti, il doit choisir sa ligne, la proposer, et à terme l’opinion épouse ou non ces propositions, or l’opinion finira bien par se lasser de l’UE, de plus on ne peut pas convaincre les récalcitrants si on n’essaye pas de les convaincre…

  • Santerre // 15.02.2020 à 10h39

    Article salutaire . Il fallait remettre ces pendules à l’heure , mais, seigneur, que de verbiage inutile. L’auteur aurait été inspiré de faire plus concis. C’est un peu comme Lordon, on ressort exténué de la lecture en s’agaçant que les deux tiers soient superflus. Moralité, je ne lis plus Lordon. C’est le syndrome Diplo. 🙂

  • Urko // 15.02.2020 à 10h47

    Avec ce genre d’analyses, le parti travailliste n’a aucune chance de reconquérir ses électeurs. L’auteur croit que le progressisme doit rester la ligne du labour ? Mais c’est justement ce qui l’a perdu ! Les classes populaires, du Royaume-Uni comme d’autres pays, ont peu à peu intégré que le progressisme constituait leur pire ennemi. Un ennemi qui, en douceur et souriant, parlait de sociétal pour ne plus parler de social, parlait des immigrés pour ne plus parler d’ouvriers, parlait d’ouverture pour ne plus parler de culture, parlait de discrimination positive pour bloquer l’ascension sociale, parlait de minorités pour se débarrasser de la majorité, parlait de flexibilité du travail pour disposer d’une main d’œuvre moins chère, parlait urbanisation mais pensait gentrification… En bref, un ennemi mortel séduisant les classes populaires comme Ka séduisant Mowgli pendant qu’il l’enserre de ses anneaux… Le progressisme est la mise en œuvre politique des aspirations matérialistes de la bourgeoisie qui ne veut plus rendre de compte aux autres franges de la société. Ça a fini par se voir. Le travaillisme, le vrai, est l’antithèse du progressisme. Le second a emmené le premier vers une impasse ; il se propose désormais de le diriger vers un abîme.

    • florian lebaroudeur // 15.02.2020 à 15h16

      “Le parti travailliste n’a aucune chance de reconquérir ses électeurs. L’auteur croit que le progressisme doit rester la ligne du labour ?”

      C’est le seul électorat qu’il leur reste, et celui-ci est devenu beaucoup trop gentrifié pour accepter de faire cause commune avec les gueux. Mais l’inexorable baisse du niveau de vie va réduire au fur et à mesure le nombre de protégés des effets de la globalisation.
      En France, les progressistes déçus par LAREM et par les parties traditionnels se tournent désormais vers le faux nez de l’écologie pour ne pas succomber à l’affreux populisme.
      Au Royaume-Uni, il n’y a pas encore de sas de secours pour le déni

  • Strickland // 15.02.2020 à 11h27

    Tout ces mots alors que la raison de l’echec de Corbyn tient en moins de 140 caractères :
    https://mobile.twitter.com/titaniamcgrath/status/1205288815910367232

  • jc // 15.02.2020 à 12h43

    Urko: “Le travaillisme, le vrai, est l’antithèse du progressisme”

    Conservateurs de tous bords, unissons-nous!

    • Urko // 15.02.2020 à 13h04

      Le conservatisme de gauche, en effet, a toujours refusé de s’allier au conservatisme de droite. Les progressistes des deux camps se sont eux réfugiés ensemble dans la citadelle LaRem, en France. Rien de tel au Royaume-Uni

    • Leterrible // 15.02.2020 à 13h17

      N’empêche…remarquable prose ( niveau langue française…). Et qui ne peut que faire mouche sur beaucoup..!
      Développée , je pense , d’un point de vue situé à l’extrême ..
      Mais…laquelle..??

  • petitjean // 15.02.2020 à 18h55

    Pourquoi toutes ces contorsions, toutes ces digressions ?
    le peuple n’a-t-il pas voté ?
    tout le reste est billevesée !……………….

  • Brigitte // 15.02.2020 à 21h00

    Tout cela n’est pas nouveau….les ouvriers ont déserté la gauche depuis longtemps. D’abord, les ouvriers sont pour la majorité des travailleurs immigrés, peu syndiqués et n’ayant pas une conscience de classe historique. Ensuite, la gauche est devenue libérale et s’est déplacée vers la problématique sociétale (minorités, écologie) plutôt que sociale (chômage, salaires, retraites), ce qui satisfait d’avantage les jeunes urbains. A cela s’ajoute la fibre indépendantiste, qui touche plus le RU ou l’Espagne que la France, pour l’instant en tout cas. Cette dernière revendication siphonne forcément l’électorat contestataire de gauche.
    La gauche n’arrive pas à recoller les morceaux. En Angleterre, elle a raté le Brexit. En France, elle a raté les gilets jaunes, dont elle n’a pas réussi à traduire politiquement les aspirations. Test grandeur nature sur sa désincarnation populaire. Elle devrait pourtant méditer la phrase de Jaurès. «A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien»

    • jc // 16.02.2020 à 13h14

      Version jacobine: «À celui qui n’a plus rien, sa patrie est son seul bien»;
      Version girondine: “À celui qui n’a plus rien, son village est son seul bien”.

      Les Gilets Jaunes, des Girondins (Jaunes bien sûr) qui s’ignorent?

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