Source : La Tribune, Romaric Godin, 22/11/2016

Le programme de gouvernance de la zone euro de François Fillon est très proche des projets de Wolfgang Schäuble et d’Angela Merkel. 2017 devrait, dans ce cas, préluder d’un retour des politiques perdantes des années 2010-2013.

A quoi ressemblera la gouvernance économique de la zone euro dans un an ? Politiquement, rien n’est évidemment encore certain. Mais, après ce week-end, on peut suggérer une hypothèse quant à ceux qui dirigeront les deux plus importants Etats membres de l’Union économique et monétaire. En Allemagne, la décision d’Angela Merkel de se représenter rend très probable son maintien au pouvoir après les élections de septembre 2017, même si la constitution d’une coalition pourrait être difficile. En France, l’hypothèse d’une victoire de François Fillon à l’élection présidentielle de mai 2017 doit désormais être prise très au sérieux. Ce duo Merkel-Fillon devrait donc prendre les rênes de la zone euro. Avec quels objectifs ?

Wolfgang Schäuble devrait rester en place

En Allemagne, il y a fort à parier que rien ne devrait changer. Pour la gestion de la zone euro, Angela Merkel fera toujours confiance, dans l’hypothèse de sa reconduction, à son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble. Ce dernier, malgré son âge avancé (74 ans) demeurera sans doute à la Wilhelmstrasse, siège du ministère des Finances. Plusieurs arguments soutiennent cette idée. D’abord, l’homme vient d’annoncer qu’il se représenterait à la députation dans son fief d’Offenburg, non loin de Strasbourg. Cette nouvelle candidature affirme sa volonté de ne pas « décrocher » et donc de conserver un poste à responsabilité après les élections. Or, personne en Allemagne ne dispose d’un prestige équivalent à Wolfgang Schäuble pour diriger les Finances. Il est le ministre qui a réussi à équilibrer les comptes fédéraux pour la première fois depuis 1969. Du reste, aucun allié potentiel futur d’Angela Merkel ne peut prétendre à ce poste stratégique.

La vision allemande de l’avenir de la zone euro

Quelle est la position allemande sur l’avenir de la zone euro ? C’est celle du statu quo. Berlin refuse toute intégration supplémentaire, et notamment toute « socialisation » des dettes ou toute coordination des politiques économiques en dehors de l’ajustement unilatéral des pays en déficit. Dans les jours qui ont suivi le Brexit, les ministres des Affaires étrangères français et allemand avaient proposé d’en finir avec ces deux piliers de la politique allemande. Le projet a été écarté rapidement sur le refus de Wolfgang Schäuble. Ce dernier a donc logiquement repoussé également la proposition de la commission de donner à la zone euro une impulsion budgétaire de 0,5 % du PIB l’an prochain, impulsion que seule l’Allemagne aurait pu donner dans le cadre actuel et qui aurait été le prélude à la constitution d’un « policy mix », une politique économique de la zone euro. Berlin est également par la voix de son ministre des Finances très critique vis-à-vis de la politique monétaire de la BCE qu’elle juge trop laxiste et trop incitative aux déficits, alors même que le déficit public global de la zone euro est désormais à 1,8 % du PIB et ne cesse de se réduire.

Le projet européen de François Fillon : recentrage sur la zone euro

 

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17 réponses à Merkel-Fillon ou la glaciation économique de la zone euro, par Romaric Godin

Commentaires recommandés

Lievin Le 25 novembre 2016 à 08h12

Retrouvons tout simplement notre indépendance…
Des pays nordiques ou la Suisse par exemple, même la Corée du sud aussi ! et probablement d’autres, n’étant pas un expert, donc des pays hors de ce système foireux (de par son montage et sa vrai raison d’être qui n’est pas celle dans l’intérêt des peuples) ont une meilleure économie que la notre…Bizarre non ? de nombreux pays naviguent seul dans les apparences (non unie à un bidule dirigée par une puissance extérieure à ce bidule) mais ayant tissé des relations commerciales techniques etc. etc. avec d’autres pays s’en sortent très bien, et les peuples probablement mieux lotis et aimant leur pays…encore bizarre ? oui bizarre…cherchons l’erreur. Elle est pour moi toute trouvée.

  1. Alain Le 25 novembre 2016 à 05h16
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    De toute façon pas d’illusions: même si Merkel est battue, l’Allemagne en changera pas de vision budgétaire ni de volonté de statu-quo car il s’agit d’un consensus allemand (comme dit et redit en allemand dette et faute sont le même mot et pas question que les fourmis allemandes paient pour les cigales méditerranéenne); suite à cela la seule différence possible entre les politiques des présidentiables ne sera que le résultat de leur capacité respective à obtenir “encore un instant monsieur le bourreau”.

    Ceci dit je n’ai jamais compris comment on pouvait devenir plus compétitif en faisant de l’inflation et donc en gonflant nos prix de vente


    • Karim Wilmotte Le 25 novembre 2016 à 08h40
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      L’inflation (compte tenu de l’évolution de la productivité) par rapport à l’Allemagne, vous l’avez déjà (c’est le problème, justement).

      Donc, il faut des mesures qui rétablissent l’équilibrent: soit des mesures déflationnistes “internes”, soit des baisses de salaires et de consommation publiques; soit des mesures de déflation monétaire.


    • red2 Le 25 novembre 2016 à 08h55
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      En sortant de l’euro… Laissons la monnaie se re-evaluer à des valeurs correspondantes à son excédent dément et on discute de qui est compétitif ou non après.

      ” des mesures qui rétablissent l’équilibrent: soit des mesures déflationnistes “internes”, soit des baisses de salaires et de consommation publiques; soit des mesures de déflation monétaire.”

      Des mesures de ce types en France feront violemment baisser la consommation de la zone euro et c’est directement la récession en passant par la déflation… Il faut relire Keynes sur les crises.


  2. Lievin Le 25 novembre 2016 à 08h12
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    Retrouvons tout simplement notre indépendance…
    Des pays nordiques ou la Suisse par exemple, même la Corée du sud aussi ! et probablement d’autres, n’étant pas un expert, donc des pays hors de ce système foireux (de par son montage et sa vrai raison d’être qui n’est pas celle dans l’intérêt des peuples) ont une meilleure économie que la notre…Bizarre non ? de nombreux pays naviguent seul dans les apparences (non unie à un bidule dirigée par une puissance extérieure à ce bidule) mais ayant tissé des relations commerciales techniques etc. etc. avec d’autres pays s’en sortent très bien, et les peuples probablement mieux lotis et aimant leur pays…encore bizarre ? oui bizarre…cherchons l’erreur. Elle est pour moi toute trouvée.


    • madake Le 27 novembre 2016 à 23h10
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      D’abord, curieusement, tout le monde oublie, ou ignore, que l’Allemagne a un bras de levier sur l’Europe plus long que tous les autres pays membres.
      Et je ne parle pas des ses performance et de son industrie, mais de l’article de sa constitution, qui précise qu’aucune alliance ou traité n’est au dessus de la démocratie allemande.

      Ce qui fait que lorsqu’elle dit NON, elle a une légitimité réelle.
      Sa voix pèse.
      Ce qui n’est le cas nulle part ailleurs en Europe ou en France.

      D’autre part, après avoir examiné le cursus de Fillon, ce que je conseille fortement à tous, voyez son cursus:
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Fillon

      30 ans de politique,
      7 fois ministre: postes qu’il a exercé pendant plus de 12 ans,
      dont 5 comme premier ministre.

      On peut dire qu’il a l’expérience des affaires.
      Mais qui se souvient d’actions marquantes durant ses mandats?
      Il a pourtant eu l’opportunité d’être premier ministre pendant 5 ans.
      Durant ce mandat, comme nous l’avons tous constaté, il a bien redressé la France, non?
      Alors, je suis sur, que nous allons voir ce que nous… avons déjà vu, non?

      Amnésie…


  3. carly Le 25 novembre 2016 à 08h30
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    c est le retour de pierre Laval et des bourgeois collabos !


    • red2 Le 25 novembre 2016 à 09h00
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      C’est aussi la politique de Brüning en Allemagne, on sait comment elle s’est finie…


  4. BOURDEAUX Le 25 novembre 2016 à 09h22
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    En lisant le paragraphe sur la vision allemande de l’avenir de la zone euro, je pense à ces familles en conflit permanent qui, chaque année, s’obstinent à se réunir à table au réveillon pour finir le repas en se jetant les assiettes à la figure…


    • V_Parlier Le 25 novembre 2016 à 13h54
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      En effet. Et souvent en tournant autour des vrais sujets sans les aborder (libre échange ou pas, dévaluation ou pas, compromis entre pouvoir d’achat en produits manufacturés et emploi, distorsions créées de différentes manières quant à la valeur du travail, etc…). Bref, souvent chacun des deux camps prétend obtenir le beurre et l’argent du beurre.


  5. Fritz Le 25 novembre 2016 à 10h13
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    Cette primaire de la droite est un piège qui nous enferme dans une soumission suicidaire.
    Des réformes (ultra-libérales) contre plus d’intégration (supranationale) : ce petit jeu mené par Sarkozy et Hollande, et que Fillon se propose de poursuivre, porte un nom : TRAHISON.

    En 1942, le journal clandestin “Combat” publiait une caricature montrant deux clowns, Hitler disant à Laval : “Donne-moi ta montre, je te donnerai l’heure”. Et le caricaturiste concluait : “kollaborer, c’est être roulé”.


    • V_Parlier Le 25 novembre 2016 à 13h56
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      Je ne sais pas pourquoi Fillon plus qu’un autre européiste effraie tant les non alignés. Sa seule particularité, c’est qu’il annonce clairement la couleur, c’est tout…


    • moshedayan Le 26 novembre 2016 à 18h06
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      Effectivement, on n’est pas loin d’une récession majeure : la thérapie de choc proposée par Fillon :
      Une réponse : la “résistance civile à la consommation” appelée par tous les syndicats et mouvements sociaux solidaires. Face à la “purge d’austérité”, si le peuple se soulève en boycottant sa “consommation vers le strict minimum” pendant 2-3 semaines ou un mois le signal d’alerte sera alors si fort que les Européistes y réfléchiront à 2 fois peut-être. ( Vous voulez nous imposer encore plus d’austérité . D’accord et on y va et cette fois vraiment…!!!) Cet article enfin oublie : la question italienne, c’est étrange.
      Cette résistance civile sera le 1er pas d’un Non du peuple au système : Non on ne veut plus se faire saigner…


  6. patrick Le 25 novembre 2016 à 11h51
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    Résultat des courses : l’euro n’a plus d’avenir puisque ses conditions d’existence sont refusées ( à juste titre à mon avis ) par les différents pays qui composent la zone euro.

    Donc chacun doit reprendre sa monnaie qui s’adaptera à l’économie de chaque pays.


  7. UltraLucide Le 26 novembre 2016 à 10h23
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    Etant donné l’indigence de l’offre politique en France en ce moment, le peuple français a le choix de mourir gelé dans l’Europe allemande ou étouffé par l’islam venu du sud.
    En attendant cette issue, les Diafoirus modernes préconisent la saignée économique et sociéto-culturelle. Tout dépendra de la capacité de résistance du patient. Ce mot n’a jamais été aussi approprié.


  8. Jules Le 26 novembre 2016 à 15h13
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    Je suis, une fois encore, frappé par la fascination, toujours renouvelée, qu’exerce sur la bourgeoisie catho ou ex-catho, urbaine et/ou provinciale, petitement ou moyennement possédante, la pensée, le “modèle” et le prétendu exemple d’un réputé “plus fort”.

    Le réputé “plus fort” de notre temps, c’est, une fois encore, l’Allemagne.

    Que le représentant type de cette classe de petits et moyens possédants (qui fut la base sociologique des soutiens durables à Pétain) propose, à la Primaire des Droites, un programme macro-économique et fiscal aligné, et comme soumis à la doctrine et aux intérêts du dit ” plus fort” me choque bien sûr, mais ne m’étonne finalement pas. De plus François Fillon a parfaitement le droit de disputer au PS/Solférino l’incarnation du courant néo-pétainiste dans notre pays.

    Ce qui me révulse par contre c’est qu’il ose s’abriter derrière les magistratures intellectuelles et politiques de de Gaulle et de Séguin.

    Voilà bien, à l’œuvre, une incontestable escroquerie morale.


  9. sissa Le 26 novembre 2016 à 17h00
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    Finalement, une présidence Fillon aurait peut-être un avantage: elle conduirait certainement l’Euro et la construction européenne à la ruine, et nous libérerait ainsi d’un mythe qui nous a beaucoup coûté.
    Bien entendu, le prix à payer pour cette leçon risque d’être prohibitif.


    • Out PolBmisute ! Le 28 novembre 2016 à 13h33
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      La Wilhelmstrasse fut par le passé le siège d’organismes d’État de triste mémoire …
      Ceci mis à part, je ne comprends pas ce que voulez dire par rapport à l’Euro.
      Si les désaccords vont perdurer, en quoi Fillon voudra t-il y changer quelque chose, puisque tout indique qu’il est un européiste convaincu (son programme est un copier-coller de Bruxelles).
      Si l’Europe a été absente des débats, c’est qu’ils ne veulent pas en parler et quand les politiques (actuels) ne parlent pas d’un sujet, c’est ou que cela les gêne ou qu’ils ne veulent rien changer (TINA).
      Pour que la marmite explose, encore faudrait-il que ceux qui sont aux manettes fassent quelque chose pour, et là Fillon (et encore moins les allemands) je ne vois pas !


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