J’aime bien Emmanuel Todd – qui sort actuellement un très bon livre sur les systèmes familiaux, sa marotte passionnante sur laquelle je reviendrai. Il nous livre dans cette interview au Point une vision de la Crise que je trouve particulièrement savoureuse…

Source : Le Point – Publié le 13/12/2011

L’État est au service d’une oligarchie liée aux marchés, assure Todd, le “prophète certifié”.

Emmanuel Todd est démographe, anthropologue, historien, politologue. Il vient de publier
le tome I de “L’origine des systèmes familiaux” (Gallimard, coll. “NRF Essais”, 768 p., 29 euros)
© Éric Garault, pour “Le Point”

 

Le Point : Les États sont-ils en guerre contre “les marchés” ?

Emmanuel Todd : Ne soyons pas dupes de ces concepts mystificateurs, Bruxelles, les marchés, les banques, les agences de notation américaines : ces faux nez camouflent la prise du pouvoir politique, à l’échelle mondiale, par les plus riches. Sous couvert de protéger l’argent des petits épargnants, les marchés, ce sont tout simplement les plus riches jouant avec les États. Les riches ne se battent pas contre les États, ils se battent pour les contrôler encore mieux (voir “L’État prédateur”, de James Galbraith). Il suffit d’observer les parcours de certains individus entre la haute administration, les firmes américaines, Bruxelles et, désormais, les gouvernements pour comprendre qu’ils y parviennent. Si une même caste contrôle les marchés et les États, l’opposition entre les uns et les autres n’a plus aucun sens.

Vous êtes bien léger avec l’argent des petits épargnants !

Je refuse de céder au chantage. Lorsqu’ils partaient à la conquête de villes, les Mongols utilisaient des otages comme boucliers humains. Le groupe des plus riches fait exactement la même chose : ses otages, ce sont les petits épargnants.

“La faute aux riches !” : n’est-ce pas sommaire ?

Que cela vous plaise ou non, l’accumulation excessive d’argent dans les strates supérieures de la société est l’une des caractéristiques de la période. La baisse, ou la stagnation, des revenus des gens ordinaires est allée de pair avec la hausse des revenus des 1 % les plus riches et, à l’intérieur de ce petit groupe, des 0,01 % les plus riches. Quant à l’État, il faut reconnaître son ambivalence et s’appuyer sur la partie raisonnable du marxisme pour comprendre ce qui se passe. L’État est à la fois l’incarnation de l’intérêt général et l’expression de la classe dominante. L’État social d’après-guerre, l’État gaulliste, et quoi qu’en ait dit le Parti communiste, agissait surtout au nom de l’intérêt général, il gérait une croissance pour tous. Aujourd’hui, l’État est prioritairement un État de classe. Le capitalisme financier contrôle à nouveau les États.

La situation serait-elle meilleure si les riches étaient moins riches ? Autrement dit, le problème est-il moral ou économique ?

Mon analyse n’a aucune visée morale. Depuis 1990, l’ouverture des échanges et la libéralisation des flux financiers ont effectivement provoqué un fantastique accroissement des inégalités. À ce sujet, je rends hommage à l’école Piketty, dont il semble que les travaux comparatifs à l’échelle mondiale aient été décisifs dans l’émergence actuelle de la thématique des 1 % aux États-Unis et au Royaume-Uni. Aussi opaque que puisse paraître le système, on peut approcher sa réalité en analysant la façon dont un groupe social contrôle une partie importante des ressources. Dans ces conditions, la question essentielle n’est pas celle des marchés en tant que tels, mais celle de l’oligarchie et de son rapport à l’État. Il faut donc identifier cette oligarchie et analyser sa structure, son mode de vie, sa composition.

S’agit-il d’un groupe hors sol, d’”élites mondialisées”, expression qui faisait bondir tout le monde il y a dix ans ?

Encore une fantasmagorie de l’époque ! On croit que le libre-échange globalisé a engendré une oligarchie transnationale. Parce qu’on fait abstraction des facteurs culturels, on ne voit pas qu’il existe plusieurs oligarchies dont les relations sont structurées par d’implacables rapports de forces. La spécificité de l’oligarchie française, c’est sa proximité avec la haute administration. Ses membres ont souvent étudié dans de grandes écoles – sans forcément être des héritiers -, parlent en général très mal l’anglais, sont incroyablement français dans leurs moeurs et n’en finissent pas de se faire rouler par les vrais patrons, l’oligarchie américaine. La soumission à Standard & Poor’s et Moody’s est une soumission à l’oligarchie américaine. Quant à l’oligarchie allemande, nouvelle venue dans le système de domination, elle s’habitue ces jours-ci à traiter les Français comme de simples vassaux. Le charme singulier de l’oligarchie chinoise est son étroite intrication avec le Parti communiste. La plupart des analystes passent à côté de cette hétérogénéité. La gauche nourrit l’illusion d’une égalité au sommet, alors que l’inégalité caractérise autant le haut que le bas de la structure sociale mondiale.

Si les États ne s’endettaient pas, ils ne s’appauvriraient pas et n’enrichiraient personne en remboursant leur dette.

Cette idée est complètement à côté de la plaque parce qu’elle méconnaît le mécanisme réel de l’endettement. On analyse la dette publique à partir du point de vue d’un emprunteur qui serait coupable d’avoir dépensé sans compter. Les peuples doivent payer parce qu’ils ont vécu à crédit. Or ce ne sont pas les emprunteurs qui sont, fondamentalement, à l’origine de la dette, mais les prêteurs, qui veulent placer leurs excédents financiers. Marx l’avait très bien vu dans “Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte”, les riches adorent la dette publique ! Un État qui s’endette est un État qui, grâce au monopole de la contrainte légale, permet aux riches d’obtenir une sécurité maximale pour leur argent.

Donc, ce n’est pas la faute des gouvernements, puisqu’on les a poussés à emprunter ?

Sauf que ce sont leurs choix fiscaux qui les ont conduits à se mettre dans la main des plus riches. Dans “Les dettes illégitimes”, François Chesnais montre bien comment, en France, les ultrariches ont bénéficié d’une baisse de leurs impôts qui leur permet de prêter à l’État les ressources dont il s’est lui-même privé. Sans oublier l’auto-interdiction pour l’État de fabriquer de la monnaie, établie par la loi Pompidou dès 1973, mais rendue idéologiquement formidable par le mythe supplémentaire d’une Banque centrale européenne à Francfort, supposée être hors de portée de l’État français. Chaque année, les Français se voient ainsi ponctionner, à travers la TVA et les impôts directs, 250 milliards d’euros, dont près de 50 milliards d’intérêts, qui vont à des gens qui ont déjà trop d’argent. Les deux tiers sont d’ailleurs étrangers, parce que la fête est mondiale, les riches Français pouvant en contrepartie se gaver de la soumission des États et des peuples. Voilà ce que cache le discours alarmiste et moralisateur sur l’endettement abyssal, la faillite du pays et la nécessité de sauver le triple A. Derrière l’apparente logique libérale du système, l’État devient une machine à rançonner les populations au bénéfice des plus riches.

L’impôt est aussi le fondement de la démocratie. Quand ils rechignent à s’en acquitter, comme en Grèce, les citoyens sont-ils des victimes ?

Je ne peux que me répéter : on a poussé les Grecs à s’endetter afin de pouvoir mieux les étrangler. Regardez votre téléviseur : sans cesse des publicités nous incitent à emprunter. Les banques, pardon, les riches, aiment prêter. Et les usuriers aiment saisir les biens si l’on ne peut rembourser. Privatiser les biens de l’État grec, par exemple.

Ne seriez-vous pas un peu complotiste ? Même si “on” les a poussés, le dealer est-il le seul coupable de la dépendance du drogué ?

Le monde de l’oligarchie est un monde de pouvoir et de complots. En aidant l’État grec à trafiquer ses comptes, Goldman Sachs s’est comporté en usurier. Maintenant, ce qu’on appelle “aider” les Grecs, c’est les maintenir en état d’être rançonnés. La crise de la zone euro n’a pas été fondamentalement créée par la nonchalance des débiteurs, mais par l’agressivité des prêteurs.

Cette oligarchie, la définiriez-vous comme une classe sociale et, en ce cas, est-elle dotée d’une conscience de classe ?

L’oligarchie se comporte comme une classe sociale, mais en même temps on sent en elle de l’irrationalité et même un vent de folie collective. Du coup, je me demande s’il faut recourir à l’analyse marxiste de l’idéologie ou à la psychiatrie. Pourtant, un groupe social privilégié n’est pas nécessairement décadent et irresponsable. À la différence des nobles français du XVIIIe siècle, attachés à l’exemption fiscale, les classes supérieures anglaises acceptaient une pression fiscale élevée. Elles ont conquis le monde. L’oligarchie actuelle est à mille lieues de cet exemple. Il serait préférable, si ce terme ne renvoyait aux slogans antisémites, de parler de ploutocratie. Gardons en tout cas à l’esprit que l’oligarchie, pouvoir d’un petit nombre, diffère de l’aristocratie, qui est celui des meilleurs.

Ces oligarques ont plus à perdre que les autres catégories. L’irrationalité explique-t-elle tout ?

La conduite des acteurs hésite entre rationnel et irrationnel. Le point de départ de la crise de 2008, c’est l’accaparement par la Chine et d’autres, grâce à leurs bas salaires, d’une part croissante de la production mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus, donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c’est que les salaires évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale augmente. C’est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire. Les ménages américains ne s’endettent pas seulement pour acheter une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois. Et à la veille de la crise de 2008, le déficit commercial américain s’élève à 800 milliards de dollars. Le système est étonnant : les États-Unis, forts de leur statut impérial, font de ce déficit un régulateur keynésien à l’échelle mondiale. Ainsi, l’endettement est appelé à compenser l’insuffisance de la demande. Bien entendu, le mécanisme du crédit finit par imploser et les revenus comme les importations par s’effondrer. Dans ce contexte, les plans de relance concoctés par le G7, le G8 et le G20 sont une réaction rationnelle. On célèbre le triomphe de Keynes et le retour de l’État.

Voilà qui n’aurait pas dû vous déplaire !

Le problème, c’est qu’il s’agit d’un keynésianisme des riches. La relance n’est pas financée par la création monétaire – la planche à billets -, qui ne coûterait rien à l’État, mais par l’endettement, qui permet de sécuriser l’argent des nantis sans apporter la moindre réponse de fond à l’insuffisance de la demande. Ce pseudo-keynésianisme encourage la croissance chinoise, booste le CAC 40 et accélère les délocalisations en Europe. À l’arrivée, le fameux “retour de l’État” n’est rien d’autre que l’instauration d’un socialisme des riches. L’État doit sauver les riches, nom de code : “les banques”, parce que les banques, qui contrôlent aussi les moyens de paiement des citoyens, comme l’a très bien dit Frédéric Lordon, ont pris l’État en otage pour le compte de leurs riches actionnaires. Si on avait opté pour leur nationalisation, on aurait pu garantir les économies des gens ordinaires, indemniser les petits actionnaires et sanctionner les coupables. La vérité de cette période n’est pas que l’État est impuissant, mais qu’il est au service de l’oligarchie.

Si la relance profite aux riches – les prêteurs -, l’austérité bénéficiera-t-elle aux pauvres ?

Ce qui est certain, c’est que le discours antirigueur, incarné par exemple par Martine Aubry, est complètement archaïque. Les gouvernements ont fini par comprendre que les politiques de relance ne relançaient que l’économie de la Chine et des pays émergents. Mais ils refusent toujours la moindre mesure de protectionnisme national, sectoriel ou européen. Dans ces conditions, la rigueur peut apparaître comme un refus passif de contribuer à la croissance de la Chine, une troisième voie que je qualifierai de “protectionnisme des imbéciles”. Voilà la triste vérité, nous sommes gouvernés par des imbéciles. Les gens qui sont aux commandes doivent être tenus pour responsables de leurs actes. Cela dit, je ne suis pas mélenchoniste : je crois qu’il faut des élites pour gouverner. Il ne s’agit pas de les pendre, mais de les ramener à la raison. Baroin et Pécresse, l’incompétence au sommet, sont sans doute sincèrement convaincus que le retour à l’équilibre budgétaire donne la solution de tous nos problèmes. Toutefois, il n’est pas exclu que les gouvernements aient inconsciemment fait un autre choix : si la relance est impossible et le protectionnisme impensable, la réduction des dépenses budgétaires dans les pays déficitaires est le seul moyen de mettre à genoux les pays exportateurs excédentaires, en gros l’Allemagne et la Chine, pour les obliger à entrer dans un processus de négociation.

La fascination française pour le modèle allemand va de pair avec la montée de la germanophobie…

De même que l’antisémitisme et le philosémitisme constituent deux versions d’un excès d’intérêt, pathologique, pour la question juive, la germanophobie et la germanolâtrie sont deux façons de prendre l’Allemagne trop au sérieux, ce qui contribue à aggraver le problème. Au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait une position assez antiallemande et faisait preuve d’une certaine souplesse doctrinale en économie. Le maintien de François Fillon à Matignon et la nomination d’Alain Juppé au Quai d’Orsay ont consacré le retour de la droite orthodoxe et de ses vieilles lunes économiques et moralisatrices. C’est alors que le gouvernement et une bonne partie des élites françaises ont adopté un discours germanolâtre, dangereux pour les Allemands eux-mêmes. Privés d’un partenaire sympathique mais critique, ils se sont enfermés dans l’admiration de leur propre modèle. L’urgence aujourd’hui n’est pas de les flatter, mais de les arrêter.

Vous n’allez pas entonner l’air de la bête immonde ? Cela fait cinquante ans que la puissance allemande va de pair avec une démocratie solide.

Je ne qualifierai pas forcément de démocratique un pays qui pratique l’union nationale plus volontiers que l’alternance et où, grâce à une prédisposition anthropologique à la discipline, les sociaux-démocrates ont pu mener une politique de compression acceptée des salaires. L’Allemagne a mené une stratégie parfaitement égoïste d’adaptation au libre-échange, en délocalisant hors de la zone euro une partie de la fabrication de ses composants industriels, en pratiquant contre la France, l’Italie et l’Espagne la désinflation compétitive, puis en utilisant la zone euro comme un marché captif où elle a pu dégager ses excédents commerciaux. Cette stratégie commerciale est la poursuite d’une tradition autoritaire et inégalitaire par d’autres moyens.

Vous jouez à nous faire peur ?

Je ne joue pas, mais vous devriez avoir peur. Les pays passés sous le contrôle des technocrates ou menacés sont la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, pays de démocratie récente. D’ailleurs, c’est pour les sécuriser dans un espace démocratique qu’on les a intégrés à l’Europe et à la zone euro. Or, aujourd’hui, loin de stabiliser ces démocraties fragiles, les mécanismes bureaucratico-monétaires les renvoient en accéléré aux pires moments de leur instabilité passée. Oui, l’heure est grave. Le risque de voir resurgir l’Italie du fascisme, la Grèce des colonels, l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar est bien réel. Vous voulez que je vous fasse peur ? En démographe, je vois réapparaître l’opposition des années 1930 entre l’Europe nord-occidentale des démocraties libérales, où la fécondité tend vers 1,9 ou 2 enfants par femme, et l’Europe autoritaire, fasciste ou communiste continentale, où la fécondité est ultrabasse, avec 1,3 à 1,5 enfant. Mais que faire si les Allemands sont réfractaires à toute négociation sur la capacité d’intervention de la BCE ? Devrons-nous mourir pour l’euro ? N’exagérons pas ! S’il est angoissant de voir l’Allemagne mettre à genoux ses partenaires tout en s’enivrant de l’admiration que lui vouent les droites européennes, il ne s’agit pas de tomber dans la psychose. Souvenez-vous que les Allemands ne voulaient pas entendre parler de l’euro et qu’ils n’ont cessé, après sa création, de menacer de sortir de la zone euro. Aujourd’hui, le gouvernement et le patronat ont compris que la fin de l’euro mettrait l’Allemagne au tapis, puisqu’elle seule serait dans l’impossibilité de dévaluer. En réalité, les Allemands sont plus souples qu’on ne l’imagine. Mais ils ne comprennent que la négociation franche et brutale.

Au fait, pourquoi tenez-vous tant à l’euro ?

Je ne tiens pas particulièrement à l’euro. Je dis qu’en régime de libre-échange l’euro est condamné. Je ne prédis pas l’avenir ici, je décris le présent. De toute façon, l’enjeu immédiat n’est pas l’euro, mais la crise de la dette. Soyons clair : les dettes souveraines ne seront jamais remboursées. Même les emprunts allemands commencent à être suspects. Nous avons deux possibilités : la planche à billets et le défaut sur la dette, qui serait selon moi préférable, ayant la netteté d’une opération chirurgicale. Le défaut sur la dette marquera le début de la reconquête de l’État par l’idéal démocratique, un État aujourd’hui pillé et rançonné par l’oligarchie financière.

Oui, mais, pour les “otages”, petits épargnants français, retraités américains, ce défaut négocié ressemblerait fort à une spoliation assumée.

Mais ce sont les prêteurs qui nous spolient ! Pourquoi laisserait-on les prédateurs engloutir ce qui reste du patrimoine national ? Quant aux otages, les petits épargnants, en France, c’est pour les protéger que la nationalisation des banques est indispensable. Et cessons de pleurnicher sur le petit retraité américain, l’Amérique vit à crédit sur le dos du monde depuis des années. Et ce ne sont pas de petits retraités qui détiennent les deux tiers de la dette publique française. De plus, un défaut sur la dette de la France entraînerait des défauts en cascade des autres nations. Dans cette redistribution générale, les défauts s’annuleraient pour l’essentiel les uns les autres. Quelques nations seraient perdantes. À l’arrivée, je vous garantis que les plus coupables – nations ou individus – seront le plus sévèrement punis.

On peut comprendre que nos dirigeants aient la trouille, non ?

Plus le naufrage idéologique et intellectuel de la société est évident, plus les gens d’en haut s’enivrent de leur discours de domination, plus ils exigent la mise en vente des biens publics et la baisse des salaires. Et le pouvoir se réfugie dans une sorte de déni munichois : non contents d’avoir mis en place un système stupide, des gens supposés être modérés et compétents nous laissent en état d’impréparation pour gérer son effondrement. Ne nous laissons pas intimider, une société développée, dotée d’un haut niveau éducatif et technologique, est parfaitement capable de s’adapter après un effondrement systémique de cet ordre. Nous traverserons une année très difficile, mais très vite la libération des énergies et des ressources permettra un nouvel avenir. La délégitimation d’élites médiocres et corrompues sera une nouvelle jeunesse pour notre pays, un coup de balai moins douloureux que celui de 1940, un coup de balai sans la Wehrmacht !

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Propos recueillis par ELISABETH LÉVY

 
Emmanuel Todd (né en 1951) est démographe, anthropologue, historien, politologue. Il vient de publier le tome I de “L’origine des systèmes familiaux” (Gallimard, coll. “NRF Essais”, 768 p., 29 E).

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45 commentaires on [Articles] Emmanuel Todd (1/3)

  1. Contradictor dit :

    Whaow… je n’ai pas toujours compris où voulait en venir Todd par le passé, notamment lors de ses passages à la télé, où je le trouvais brouillon et prétentieux, mais ce texte est limpide et ciselé, en plus de frapper fort et là où ça fait mal. Et les questions sont pertinentes, ce qui est plutôt rare venant de journalistes.
    Merci OB de l’avoir mis en exergue!

  2. Marcus dit :

    Oui, Emmanuel Todd est un bon. Le seul pb c’est qu’il ne va pas jusqu’au bout de son raisonnement.
    Il dit : “un Etat aujourd’hui pillé et rançonné par une oligarchie financière”. Fort juste, mais encore ???
    Il ne dit pas quelle est cette oligarchie financière… elle tombe du ciel comme ça …
    Encore un effort Emmanuel, il faut TOUT dire !

    • yoananda dit :

      En effet, excellent, mais auto-limité. Certains sujets sont tabous, donc l’oligarchie, vu sa puissance, impossible de l’attaquer en public.
      Ensuite, l’Euro, il ne va pas non plus jusqu’au bout, ni même l’UE. Nous ne sommes pas un peuple… pas encore. La fin des frontières c’est génial, pouvoir aller vivre et acheter dans un autre pays, c’est un progrès, mais il faudrait (sans langue ni projet commun) plusieurs générations pour une vraie identité européenne.
      Citez moi un artiste Européen ?
      L’Euro pourrait exister si on était un peuple, mais la, l’Euro nous fait diverger, il est arrivé trop tôt car il uniformise au lieu d’unir. Du coup, les taux des bons aux trésors des pays reflètent ces divergences et alimentent la spéculation dont l’Euro était censé nous prémunir (entre autre).
      Donc bref, on peut garder la fin des frontières et rétablir l’OR comme monnaie d’échange international (mais ça l’oligarchie en a peur comme de la peste)… on pourrait faire sans l’Euro si on le voulait.
      Mais pour ça oui, il faut pousser l’analyse plus loin et lire l’histoire et voir les “constantes” …

      • Jack dit :

        Je me suis toujours vu et présenté comme alsacien et européen. Probablement parce que j’ai été éduqué dans la culture locale rhénane, européenne par définition.
        N’être qu’un français comme un autre, nombriliste et incapable de voir plus loin que le bout de son nez, ne m’intéresse pas. Trop réducteur.

        • Fabrice dit :

          L’art n’appartient pas à un pays mais à l’humanité car elle est ce qui la grandit au lieu de l’abaisser plus bas que la fange comme l’économie à mon avis mais pour répondre à Yoananda :

          - les plus grands et les moins connus  se sont montrés européens, ils ne sont jamais restés dans le cercle d’un pays mais ont voyagés et proposés leurs oeuvres dans toutes les capitales européennes Mozart, Leonard de Vinci, Van Gogh, … la liste est sans fin, le nier c’est ignorer la réalité et l’histoire.

          Tous ont placés leur art (en tout cas les plus grands) avant un nationalisme qui les auraient limités, ils se sont toujours installés là où ils pouvaient échanger avec les autres artistes, développer leur talent.
           

        • yoananda dit :

          Ce qui est paradoxal dans vos propos c’est justement qu’en vous séparant ainsi de la majorité des Français vous êtes incapable d’appréhender que votre cas particulier n’est pas le cas général, ce qui est assez ironique pour quelqu’un prétendant ne pas être nombriliste …
          Et puis entre se proclamer Européen et l’être il y a une nuance.
          Bref.

          • Jack dit :

            Se proclamer européen, pourquoi faire? On l’est, naturellement, depuis des siècles. Il faut vraiment être une caricature de “français de l’intérieur” pour l’ignorer.

  3. prb dit :

    Pas seulement savoureux, puissant. Mais Todd a lui aussi ses biais idéologiques et ses tabous. Par exemple il ne parvient pas à voir que l’immigration participe du processus qu’il analyse si bien par ailleurs de montée en puissance d’une oligarchie grâce la mondialisation: l’immigration permet de maintenir la pression sur les salaires dans les pays riches, et de réguler la pression sociale dans les pays pauvres. Une limitation drastique de l’immigration accompagnée d’une politique de co-développement et de rétablissement des termes de l’échange beaucoup plus généreuse, c’est ce dont l’oligarchie mondiale ne veut pas. il suffit de consulter la page 1 de l’OIM qui éonce comme un acte de foi idéologique que ”   l’ OIM croit fermement que les migrations organisées, s’effectuant dans des conditions décentes, profitent à la fois aux migrants et à la société tout entière”.

    • perceval78 dit :

      je ne suis pas sur que ce soit très honnête de parler a la place d’emmanuel Todd . exprimez vos idées au lieu d’inventez celles des autres . Je serais tenter de dire : levez vos propres tabous…

  4. Patrick-Louis Vincent dit :

    Lorsque Todd dit que les prêteurs sont responsables et non les emprunteurs, je ne peux être d’accord. C’est une manière trop facile de déresponsabiliser les états qui ont emprunté au delà de leurs capacités de remboursement. Bien sûr que ce qu’il appelle “les riches” avaient intérêt à prêter. Mais ils n’ont pas prêté aux états en leur mettant un couteau sous la gorge. Ceux-ci ont emprunté par facilité, et par clientélisme. Les responsables sont bien les emprunteurs et ceux qui ont voté pour eux, les promesses n’engageant que ceux qui les croient.

    Dans la deuxième partie de cette entrevue, Todd se positionne pour un défaut des états puisque la dette ne peut pas être remboursée. C’est du moins ce qu’il souhaite, tout en sachant que cela ruinerait les petits épargnants dont il n’a que faire. L’on pourrait croire qu’il prend cetteposition pour sauvegarder le pouvoir d’achat des non possédants. Il n’en est rien puisque, un peu plus haut, il se dit partisan de la relance par la création monétaire (planche à billets) qui, dit-il, ne coûte rien aux états. Certes, mais, ce qui n’est pas dit, c’est que la monétisation réduit à la rappe les pouvoirs d’achats. Et oui, M. Todd, toute médaille a son revers.

    J’ajoute que sa position sur l’euro n’est pas claire. Je ne sais toujours pas s’il est favorable à son maintien ou non. Il parle aussi de reconquête de l’état par l’idéal démocratique !!! mais de quel état parle-t-il ? de l’état-nation ou de l’état fédéral européen ? Il ne le dit pas. Pourtant, c’est assez simple, s’il y a état fédéral européen, l’euro subsistera, et si l’euro disparaît, c’est le retour aux états-nations.

    Quant au “risque de voir resurgir l’Italie du fascisme, la Grèce des colonels, l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar est bien réel”, il est inexistant. Todd se trompe d’époque. Les mentalités ont complètement changé. Ces régimes étaient ceux d’hommes providentiels s’appuyant sur des milices armées. La jeunesse d’aujourd’hui est à mille lieues de se regrouper en milices armées. 1968 est passé par là et les enfants n’ont pas été élevés dans le culte du père autoritaire et tout puissant. Le jeune d’aujourd’hui préfère fumer son joint en écoutant de la musique techno plutôt que s’engager dans une stricte discipline militaire. Autres temps, autres moeurs ! 

    Le risque, aujourd’hui, est plutôt de voir s’installer au pouvoir une oligarchie, non élue, de technocrates du monde de la finance (Monti, Papademos) et que les états soient dirigés par les grandes instances internationales (FMI, ONU, OMS, OMC, etc…) dont aucun dirigeant n’est élu. 

    L’histoire des prochaines années sera celle de la démocratie : son retour consécutif au réveil des peuples, ou sa disparition totale, broyée ou dissoute dans une organisation politique mondiale. 

    • “Mais ils n’ont pas prêté aux états en leur mettant un couteau sous la gorge.” : non, simplement en achetant les élus, il n’y a qu’à regarder aux USA…

      Ou ceci :

      http://www.rue89.com/2010/07/0.....ozy-157655

      Ce qui est un bon investissement :

      http://www.newsnours.com/2011/.....court.html

      http://tempsreel.nouvelobs.com.....l-isf.html

      http://www.marianne2.fr/Lilian.....94962.html

      ” C’est du moins ce qu’il souhaite, tout en sachant que cela ruinerait les petits épargnants dont il n’a que faire.” Mensonge éhonté, manipulatoire. Il n’a jamais été question d’un défaut à 100 %. Un défaut à 70 % ne toucherait que 10 % des épargnants. Cela peut se faire par exemple en ne remboursant pas au delà de 100 000 € d’obligations publiques soit au moins 400 000 € d’assurance vie par exemple (“petits épargannts?”). Et les titulaires ne seraient en rien “ruinés”, ils verraient disparaître UNE PARTIE de l’épargne, pas tout…

      C’est fou cette façon de ne pas voir qu’un défaut n’est qu’un super ISF…

      Je en dis pas que c’est bien (je suis contre la dette publique), je dis que c’est inéluctable, et ce n’est que la perception des impôts qui sont dus depuis que la dette a été votée.

      Cette année, on a 100 Md€ de déficit, donc 100 Md€ de dette en plus, donc nous avons tous accepté de payer demain 100 Md€ d’impôts en plus. Et qui va les payer, sinon les titulaires de patrimoine, qui vont donc en voir une partie disparaître sous forme d’impôt à prendre ou de défaut ?

      Le Plan B est évidemment de monétiser, ce qui devrait faire facilement 100 % d’inflation, une autre forme de défaut ou d’impôt collectif – bien plus douloureuse…

      • yoananda dit :

        Heu, sauf erreur le SMIC est indexé sur l’inflation en France, non ?
        donc ca ne serait douloureux que pour les classes moyennes en fait. Les riches étant relativement protégé de l’inflation a cause de 2 facteurs :

        la hausse du prix des matières premières ne les impacte que peu
        ils sont en général très proche du robinet à argent facile

        Mais faire défaut ou taper sur telle ou telle classe sociale ne résoudra aucun problème de fond. Juste gagner un peu de temps jusqu’a la prochaine crise. Et ça ne résoudra pas le problème du pic pétrolier, ni de savoir comment répartir les gains de productivité des machines (qui pour l’instant sont accaparés par ceux a qui elles appartiennent : les capitalistes).

      • Patrick-Louis Vincent dit :

        “Et les titulaires ne seraient en rien “ruinés”, ils verraient disparaître UNE PARTIE de l’épargne, pas tout…”

        Il faut dire merci, sans doute ?

        “C’est fou cette façon de ne pas voir qu’un défaut n’est qu’un super ISF”

        C’est-à-dire un super “vol” ou une super spoliation.

        “Le Plan B est évidemment de monétiser, ce qui devrait faire facilement 100 % d’inflation”
        Vous parliez de mensonge éhonté ! en voilà un. Pour qu’il y ait hyper inflation, il faut qu’il y ait de la croissance. Or, nous sommes en récession. L’inflation sera donc limitée et les salaires et retraites seront indexées.

        La monétisation est d’ailleurs bien la solution choisie, puisque la BCE va prêter au FMI pour que celui-ci prête aux états. Ce sera ainsi jusqu’à ce que l’Allemagne accepte un changement de statut de la BCE. Quant au socialiste Hollande, que d’aucun voit déjà au pouvoir, il veut renégocier avec l’Allemagne pour créer des Eurobonds. Il est donc ouvertement pour ajouter de la dette à la dette.

        Les états européens feront tout pour qu’il n’y ait pas de défauts de paiement. Ils ont décidé de sauver les banques pour sauver le système et pour sauver l’euro. Les marchés d’ailleurs l’ont bien compris ; la bourse remonte. Les investisseurs ont compris que les politiques ne voulaient pas changer le système.

        La politique voulue ou acceptée par les chefs d’états européens est “monétisation + rigueur budgétaire jusqu’au retour à l’équilibre”.

        • “Il faut dire merci, sans doute ?” : oui, aux gouvernements qui ont voté des budgets en déficit

          “C’est-à-dire un super “vol” ou une super spoliation.” : non, ce sont le simpôts qui n’ont pas (encore) été payés…

          “Vous parliez de mensonge éhonté ! en voilà un. Pour qu’il y ait hyper inflation, il faut qu’il y ait de la croissance” : absoluement pas… Cf Allemagne 1923, hongrie 1948, Zimbabwe 2006… On parle de doubler la masse monétaire là… J’y reviendrai

        • Tassin dit :

          Rien ne sert de tergiverser. On est aujourd’hui avec 1800M€ de dette. Dans un 1er temps le retour à l’équilibre est une nécessité (la rigueur est une fausse solution à ce problème). Ensuite nous avons 3 solutions :
          - Rembourser la dette = on ponctionne tout le monde pour rembourser les riches.
          - Monétiser = on fait payer tout le monde par l’inflation.
          - Faire défaut = on laisse seulement les plus riches prendre leurs pertes.
          Vous choisissez quoi?

          • Le Yéti dit :

            “Vous choisissez quoi ?”
             
            Ni l’un ni l’autre. La dette doit être annulée, la dette est inique (relire l’article de Todd), la dette VA être annulée (par multiplication des défauts de paiement).

          • Tassin dit :

            @ Yéti :
            Ben c’est justement la 3ème solution que j’ai énuméré! Défaut = annulation de la dette.

          • Le Yéti dit :

            @ Tassin
            Ah oui, oups, chuis allé trop vite sur ce coup ! Sans doute l’excès de bulles d’un réveillon quelconque ;)

    • perceval78 dit :

      que nenni la BCE (les citoyens) prete aux banques (PRIVEES) a des taux defiant toute concurrence (0 / 1%) ,  banques (PRIVEES) qui  repretent aux etats a des taux honteux (3 4 5 6 7 voir plus %) . Mais ne voyez vous pas qu’a force d’en demander toujours plus vous tuez tout le monde y compris vous meme . 

      l’histoire des prochaines années c’est la mort du capitalisme financier comme est mort en son temps le communisme a savoir par betise dogmatique .

       

      • non, ce ne sont pas principalement les banques privées qui prêtent aux États, ce sont des épargnants via des gestionnaires collectifs…

        • perceval78 dit :

          Il fut un temps ou on pouvait raconter n’importe quoi ce n’est plus le cas , il est bien la le problème pour l’oligarchie

          http://www.aft.gouv.fr/article_125.html

          La Banque centrale européenne a décidé de financer les banqueseuropéennes sur trois ans à un taux de 1%. Le montant de ces prêts s’élève à 489 milliards d’euros, profitant à 523 banques de la zone euro. La BCE a d’ores et déjà annoncé qu’elle renouvèlera l’opération en février.

           

          • Allez, un petit cadeau de Noel :

            La nomination de Dominique Tiberi à Bercy annulée

            Le fils du maire du 5e arrondissement de Paris ne présente pas les “aptitudes requises”, a estimé le Conseil d’Etat.

            Le Conseil d’Etat a annulé vendredi le décret de nomination de Dominique Tiberi, fils de l’ancien maire de Paris Jean Tiberi, au poste de contrôleur général économique et financier, pour lequel il ne présente pas les “aptitudes requises”.

            La plus haute juridiction administrative avait été saisie d’une requête du Syndicat parisien des administrations centrales, économiques et financières qui réclamait l’annulation “pour excès de pouvoir” du décret du 20 janvier 2011 de nomination de Dominique Tiberi.

            Dominique Tiberi, titulaire d’un doctorat en gestion, avait été nommé en janvier 2011 au contrôle général de Bercy sur proposition de l’ex-ministre de l’Economie, Christine Lagarde, mais contre l’avis d’une commission d’évaluation.

            “Une erreur manifeste d’appréciation”

            Composé en grande partie de hauts-fonctionnaires, le contrôle général est chargé d’évaluer les performances des organismes où l’Etat a des intérêts majoritaires.

            Dans sa décision, le Conseil d’Etat relève que les “les auteurs du décret attaqué ont commis une erreur manifeste d’appréciation en estimant que M. Tiberi présentait les aptitudes requises pour une telle nomination“.

            Le Conseil d’Etat reprend l’argumentaire de la commission d’évaluation qui a auditionné Dominique Tiberi et a “constaté qu’il n’avait exercé ni des ‘responsabilités d’encadrement ou de direction’, ni des ‘fonctions d’analyse et d’expertise approfondies à caractère économique et financier’”.

            “Aucune indication précise” n’a par ailleurs été apportée “concernant les postes occupés et les tâches personnellement accomplies par M.Tiberi durant les treize années précédant la nomination litigieuse”.

            Dati accuse Fillon

            Dominique Tiberi affirme avoir “fait carrière en entreprise à Air France (…) et qu’il a exercé des fonctions à caractère politique au sein d’un cabinet ministériel ou dans le cadre de mandats électoraux”. Il est notamment adjoint au maire du Ve, son père, depuis 2008.

            La maire UMP du VIIe arrondissement, Rachida Dati, qui convoite comme François Fillon la circonscription de Jean Tiberi à Paris, avait accusé le 23 octobre le Premier ministre d’avoir “reçu” l’ancien maire de Paris et de lui avoir “permis de faire recruter son fils au ministère des Finances à un poste, contre l’avis du ministère des Finances”.

            L’arrêt du Conseil d’Etat précise que l’Etat devra rembourser à hauteur de 3.000 euros les frais de justice engagés par le Syndicat parisien des administrations centrales économiques et financières.

            http://tempsreel.nouvelobs.com.....nulee.html

          • Patrick-Louis Vincent dit :

            Oui, mais, pour l’instant, il n’y a pas de création monétaire. Le marché interbancaire étant gelé, les banques placent leur argent à la BCE. Il s’agit donc d’un prêté pour un rendu.

          • yoananda dit :

            certes, la BCE monétise à sa manière, mais ça ne change pas le problème des collatéraux (qui fondent comme neige au soleil).
            Plus elle monétisera plus les collatéraux fondront, plus il faudra monétiser.
            C’est une forme moderne d’inflation contrôlée … mais du coup, l’effet pervers est l’aléa moral, puisque la garantie de la monétisation future à bas coût profite à ceux qui sont en haut de la pyramide financière.
            On en revient a la même conclusion : mort de la classe moyenne à moyen terme.

  5. HP dit :

    Hm, quelles belles idées claires… J’attend la suite avec impatience.

  6. Jerome dit :

    @ prb et yoanda, ce texte est une partie de la pensée d’Emmanuel Todd et est loin de résumer l’ensemble de ses constats, propositions.
    Dans ‘Après la démocratie’ où il faisait l’analyse il y a 3 ans de l’incapacité des états démocratiques à diriger les populations sans leur mentir, les manipuler, E Todd proposait déjà un protectionnisme européen. 
    Une analyse démographique sur quelques siècles était aussi réalisée dans le livre. Et je ne peux résumer ses idées en quelques lignes. J’ai appris mon histoire de France avec la vision socio démographique de l’auteur.
    En résumé, il faut lire un de ses livres pour découvrir son sens de l’anticipation. Rien que le titre ‘Après la démocratie’ paru en 2008 résume bien la situation non démocratique dans laquelle nous sommes enfermés aujourd’hui.
    C’est une bonne lecture !
     

  7. reset dit :

    Il(s) ne seraient pas un peu aristocrate pour avoir autant de pouvoir sur le reste de la population de cette façon, ce pendant j’aime bien également employer le mot d’oligarque pour les d’écrires .
    Et de commencer à en voir la créme émergé sur les états Draghi, monti, Borges

    • Marcus dit :

      Non, dans la vieille noblesse d’autrefois il y avait un code d’Honneur.
      Avec cette caste de super-riches qui tient le monde entre ses mains, c’est plutôt le code du déshonneur…
      Bonne soirée.
      Marc

  8. BA dit :

    Mercredi 21 décembre, le matin : la BCE prête 489,191 milliards d’euros aux banques privées européennes.
     
    Question : avec ces milliards d’euros, est-ce que les banques privées ont racheté des obligations des Etats européens ?
     
    Prenons deux exemples : les obligations de l’Etat espagnol, et les obligations de l’Etat italien.
     
    Espagne : taux des obligations à 10 ans :
    Mardi 20 décembre : 5,069 %.
    Mercredi 21 décembre : 5,275 %.
    Jeudi 22 décembre : 5,363 %.
    Vendredi 23 décembre : 5,377 %.
     
    Conclusion : avec ces milliards d’euros, les banques privées espagnoles n’ont pas racheté des obligations de l’Etat espagnol.
     
    Italie : taux des obligations à 10 ans :
    Mardi 20 décembre : 6,613 %.
    Mercredi 21 décembre : 6,788 %.
    Jeudi 22 décembre : 6,917 %.
    Vendredi 23 décembre : 6,981 %.
     
    Conclusion : avec ces milliards d’euros, les banques privées italiennes n’ont pas racheté des obligations de l’Etat italien.

  9. Marcus dit :

    Le chômage à son plus haut depuis 12 ans :
    http://www.boursorama.com/actu.....066cd716a7
     
    Dernières news d’”un monde en crise” :
    http://www.unmondeencrise.com/category/non-classe/
    Amicalement.
    Marc

  10. Nihil dit :

    La grande qualité de l’analyse économique d’E. Todd, à mon avis, est qu’il n’est qu’économiste ….amateur (dit-il lui même). Sa formation d’historien et de démographe lui permet de dépasser les aspects techniques (qu’il me semble cependant bien connaître) des convulsions économiques pour tenter d’en dégager les tenants et souvent les aboutissants en termes politiques et sociaux. Et contrairement à d’autres érudits revendiqués (Attali, au hasard…), il fonde ses affirmations sur des données rigoureuses. En complément du “Après la démocratie” conseillé par Jérôme, il convient de consulter “L’invention de l’Europe, qui n’est pas un pamphlet, mais une étude charpentée sur les systèmes familiaux des divers pays d’Europe, dans lequel il explique, statistiques à l’appui, pourquoi tel pays s’est donné tel système politique. Cet ouvrage permet de comprendre pourquoi le “rêve européen” ne peut que rester encore longtemps à l’état de rêve ou alors qu’il doit être brutalement imposé (ce qui est tenté depuis les années 50, avec une pression accrue depuis grosso modo vingt ans).  

  11. non, ce ne sont pas principalement les banques privées qui prêtent aux États, ce sont des épargnants via des gestionnaires collectifs… 

    Ce n’est pas très clair. 
    Les emprunts d’état passent toujours par les banques à ma connaissances.
    Les banques répartissent entre, elles mêmes, des investisseurs institutionnels (assureurs, fonds de retraites), et des investisseurs privés.
    Savoir qui détient quoi serait d’importance. 
    Lorsque ce sont les banques qui prêtent elle prêtent avec rien, c’est de la monnaie scripturale qu’elles n’ont pas. 
     

  12. tchoo dit :

    Moi aussi j’aime Todd, enfin ce qu’il dit
    parce après avoir fait ce constat, appeler à voter Hollande, faudrait qu’il nous explique!

    • Marcus dit :

      Emmanuel Todd a aussi conseiller Jacques Chirac, notamment lors de sa campagne Présidentielle de 1995 sur la fracture sociale, avec Philippe Seguin gaulliste social d’un côté et Alain Madelin, libéral de l’autre.
      Il reconnaît aujourd’hui avoir fait une erreur.

    • Joseph ROUILLÉ dit :

      Cela dit, je ne suis pas mélenchoniste : je crois qu’il faut des élites pour gouverner.
      Ou souhaite-t-il qu’Hollande et les élites mettent en oeuvre le programme du front de gauche sans Mélenchon?

  13. Le Yéti dit :

    “je crois qu’il faut des élites pour gouverner. Il ne s’agit pas de les pendre, mais de les ramener à la raison.”
    Toute l’impasse du raisonnement actuel d’Olivier Todd se trouve dans cette affirmation. D’une excellente analyse de la crise, il se heurte au problème des élites pour la résoudre. Lui veut “ramener à la raison” les brebis égarés. Qu’il nous dise où et quand, dans l’Histoire, une élite finissante a été “ramenée à la raison”. Jamais !
    D’ailleurs, OT le reconnaît implicitement : “Baroin et Pécresse, l’incompétence au sommet…” Ramener l’incompétence à la raison, vraiment ?
    Tout le problème des grandes crises systémiques réside dans cette double équation à résoudre : non seulement se débarrasser de l’élite moribonde, mais aussi favoriser l’avènement de la nouvelle.
     

  14. Patrick-Louis Vincent dit :

    O. Todd est un démographe. C’est cette discipline qui l’a conduit aux sciences sociales et à l’économie. Il est un autre grand démographe français, qui a eu un peu le même parcours, et qui est mort en 2010. C’est Jacques Dupâquier. Son dernier ouvrage, daté de 2010 s’intitule “Immigration – intégration : un essai d’évaluation des coûts économiques et financier”.
    Je profite de ce billet pour lui rendre hommage.

  15. jerome dit :

    @Olivier Berruyer:
    Si le parlement français n’avait pas voté autant de budgets si déséquilibrés sur 40 ans, nous aurions eu des hausses d’impôts sur cette même période ou bien, moins de droits sociaux et autres financés sur du vent. Dans ce cas, quel serait le montant de l’épargne des Français?

    • Mais Jérôme, la dette n’a pas d’influence sur la VRAIE valeur de l’épargne ! :)

      VRAIE valeur de l’épargne = valeur faciale de l’épargne – dette publique !

      D’où ma position de dette publique = 0 pour éviter de gros problèmes…

      • jerome dit :

        donc, à la question du qui doit payer, c’est simplement l’épargnant via son assurance vie et compagnie…donc en gros: les vieux et la génération de mai 68, à savoir ceux qui votent le plus et pour des politiciens qui les préservent. Ai-je raison?

  16. Samahell dit :

    Yes, cette bonne vieille oligarchie a décidément bien géré son coup, ses placements en dette d’Etat qui rapportaient quelques pouillèmes de plus que l’inflation, avec ça c’est sûr on fait des fortunes, ça valait bien une grosse machination vieille de 40 ans, surtout pour finir par prendre ses pertes ou être payée en monnaie de singe. Une bonne fable.
    Todd est complètement hémiplégique : les gentils Etats ne sont corrompus que par les vilains riches. Nationalisons les banques, ça libérera certainement les énergies, pas de doute que d’un seul coup la mainmise des Etats va se révéler vertueuse.
    On voit immédiatement ce qu’il y a de sain à vouloir que les banques prennent leurs pertes, beaucoup moins dans la tenue d’un discours qui exonère les Etats et les peuples de leur responsabilité (même si on ne s’étonne pas que ça fasse recette dans l’opinion et les médias), quant à voir une solution de long terme dans la nationalisation, on se demande sur quelle planète il vit.

    • bizbee dit :

      Todd est complètement hémiplégique : les gentils Etats ne sont corrompus que par les vilains riches. 

      Oui, vous avez raison, c’est certainement l’inverse en réalité: Todd se plante, en fait ce sont les gentils riches qui sont spoliés par le vilain état.
      euh… petite question suite à votre magnifique intervention;
      A votre avis, entre un individu (le gentil riche) et une somme d’individu (le vilain état) – qui cherche le consensus par un procédé démocratique imparfait -, lequel sera le plus à même d’œuvrer dans l’intérêt général??…
       

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