Les gens qui ont des aux convictions de gauche sont des « ennemis de la civilisation » a déclaré Miller dans un discours faisant largement écho au maccarthysme.
Source : Sharon Zhang, Truthout
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
Lors d’une série de discours à caractère fasciste prononcés jeudi, le secrétaire d’État Marco Rubio, Stephen Miller, figure influente de la Maison Blanche, et d’autres hauts responsables de l’administration Trump ont qualifié la gauche politique de menace « terroriste » et se sont engagés à utiliser tous les moyens à leur disposition pour détruire systématiquement les groupes de gauche.
Des représentants de 67 pays se sont réunis jeudi aux États-Unis à l’occasion d’une rencontre organisée par Rubio sur la prétendue « résurgence du terrorisme politique. » Outre Rubio et Miller, plusieurs responsables américains ont pris la parole, notamment le secrétaire au Trésor Scott Bessent.
Les déclarations des hauts responsables ont rapidement montré que l’objectif de cette réunion était de lancer une offensive mondiale contre les gens qui ont des convictions de gauche.
Dans son allocution, Miller a évoqué les objectifs de l’administration Trump, tels qu’énoncés dans le mémorandum présidentiel n° 7 sur la sécurité nationale (NSPM-7), visant à « perturber les activités de ces terroristes politiques, less identifier, les priver de financement et d’accès aux services bancaires, les arrêter et les poursuivre en justice. »
« Ici, aux États-Unis, nous avons pris la mesure nécessaire et indispensable consistant à reconnaître officiellement la violence d’extrême gauche comme étant une forme de terrorisme politique qui constitue une menace directe pour notre sécurité nationale et la survie de notre régime républicain » a déclaré Miller.
Il a affirmé, sans apporter de preuves, qu’il existait une épidémie de violence au sein des groupes de gauche, et a qualifié les militants de gauche et les organisations de gauche « d’ennemis de la civilisation » et de « cancer » susceptible de « détruire une société » s’il n’était pas éradiqué.
Miller est allé encore plus loin en affirmant que non seulement les groupes de gauche, mais aussi toute personne soutenant des causes de gauche, devaient faire l’objet de persécutions. Le problème avec les institutions américaines, a-t-il déclaré, c’est qu’elles sont devenues trop « laxistes » dans leur répression des convictions de gauche.
« Rien de ce que nous faisons ne fonctionne si la menace de violence et de terreur persiste sans être maîtrisée. Nos systèmes politiques ne fonctionnent pas. Nos systèmes judiciaires ne fonctionnent pas. Nos systèmes juridiques ne fonctionnent pas. Nos procès devant jury ne fonctionnent pas » a déclaré Miller. « Dans le même temps, nous devons comprendre qu’il existe un risque réel que ceux qui ne sont pas eux-mêmes des terroristes, mais qui soutiennent la violence d’extrême gauche, créent les conditions permettant à cette violence de perdurer. »
Il semble cependant reconnaître qu’une menace de violence généralisée de la part de la gauche n’est pas imminente, suggérant plutôt que les États-Unis doivent s’efforcer de « prévenir l’émergence d’une telle menace » et appelant ses compatriotes américains à collaborer avec le gouvernement pour s’attaquer à la gauche.
« C’est le fardeau et le devoir des gens honnêtes de tous horizons de comprendre qu’on vous accusera toujours de tirer la sonnette d’alarme » a déclaré Miller, évoquant l’image d’une « famille parfaite… qui va à l’église tous les dimanches » détruite par la gauche. « Si on attend que le pire scénario soit devenu si flagrant que personne ne puisse plus le nier, c’est qu’on a déjà perdu la bataille. »
Le discours de Miller fait écho à certaines des pires rhétoriques d’extrême droite contre la gauche prononcées par de hauts responsables dans l’histoire des États-Unis. Le sénateur Joseph McCarthy avait ainsi évoqué une prétendue « bataille sans merci entre l’athéisme communiste et le christianisme » dans son tristement célèbre discours de 1950 sur les prétendus « ennemis de l’intérieur », qui a servi de moteur à la campagne anticommuniste qui a suivi.
Les propos de Miller font suite à une rhétorique similaire de la part de Rubio, qui s’est juré de « démanteler » les prétendus « réseaux » de gauche « brique par brique. » Le secrétaire d’État a déclaré que ces réseaux de gauche sont les « ennemis de la civilisation » et que la gauche est animée par la « haine. » Il affirme, sans aucune preuve, que la « violence » de gauche est considérée comme « sacro-sainte » et au-dessus de tout reproche.
« Il s’agit d’un mal singulier et unique. Il a toujours été animé par la haine, avant tout, la haine de la civilisation elle-même. C’est une révolte des pires contre les meilleurs » a déclaré Rubio.
« Voilà ce qu’est la gauche radicale » a-t-il poursuivi. « Elle peut se parer de divers slogans et idéologies selon les lieux et les époques. Ses partisans peuvent se qualifier d’anticapitalistes, d’anti-impérialistes, de communistes, d’anarchistes ou de marxistes. Mais sa nature fondamentale reste toujours la même. Elle est toujours la même. Il s’agit d’une rancoeur toxique dissimulése sous le couvert de l’égalité, la justice et la libérté. »
*
Sharon Zhang est rédactrice à Truthout et ses sujets de prédilection sont la politique, le climat et l’emploi. Avant de rejoindre Truthout, Sharon a écrit des articles pour Pacific Standard, The New Republic, etc. Elle est titulaire d’un master en études environnementales. On peut la suivre sur Twitter : @zhang_sharon et Bluesky
Source : Sharon Zhang, Truthout, 16-07-2026
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
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Commentaire recommandé
Le parallèle entre les propos de Stephen Miller aux États-Unis et le traitement de LFI en France mérite réflexion. Sans assimiler les deux situations, on retrouve un mécanisme inquiétant : transformer un adversaire politique en menace existentielle, puis présenter sa mise à l’écart comme une nécessité pour protéger la société.
Aux États-Unis, la gauche est décrite comme un « cancer », un « ennemi de la civilisation », voire comme une menace terroriste à combattre avant même que le danger invoqué ne soit établi. En France, depuis plusieurs années, LFI fait l’objet d’une campagne de délégitimation particulièrement virulente : accusations d’antisémitisme, de complaisance envers l’islamisme, de violence ou d’anti-républicanisme. Critiquer des actes ou des positions précises ne devrait jamais conduire à essentialiser un mouvement ni ses millions d’électeurs.
À l’approche de 2027, le risque est de voir le débat se réduire à une question : comment empêcher LFI d’accéder au pouvoir ? Une démocratie saine devrait pourtant combattre un adversaire par les arguments, le programme et les urnes, non en le transformant en « ennemi intérieur ». C’est cette pente qu’il faut refuser, quelle que soit la couleur politique de ceux qui l’empruntent.
17 réactions et commentaires
Toujours les mêmes vieilles recettes. Je vous rappelle que McCarthy a fini alcoolique. Sacré référence.
+10
Alerter« perturber les activités de ces terroristes politiques, less identifier, les priver de financement et d’accès aux services bancaires, les arrêter et les poursuivre en justice. »
Je vois que ces dispositions ne sont pas spécifiquement européennes, bien qu’ici elles ne visent pas spécialement les gens « de gauche ». Décidément, nos belles valeurs occidentales de tolérance ont pris le large. Mais n’ont-elles pas toujours été de la poudre aux yeux ?
+18
AlerterLes « valeurs » c est comme l amour , seules ses preuves existent …. et il y en a … mais à chacun de les faire vivre dans le réel !
+3
AlerterLe parallèle entre les propos de Stephen Miller aux États-Unis et le traitement de LFI en France mérite réflexion. Sans assimiler les deux situations, on retrouve un mécanisme inquiétant : transformer un adversaire politique en menace existentielle, puis présenter sa mise à l’écart comme une nécessité pour protéger la société.
Aux États-Unis, la gauche est décrite comme un « cancer », un « ennemi de la civilisation », voire comme une menace terroriste à combattre avant même que le danger invoqué ne soit établi. En France, depuis plusieurs années, LFI fait l’objet d’une campagne de délégitimation particulièrement virulente : accusations d’antisémitisme, de complaisance envers l’islamisme, de violence ou d’anti-républicanisme. Critiquer des actes ou des positions précises ne devrait jamais conduire à essentialiser un mouvement ni ses millions d’électeurs.
À l’approche de 2027, le risque est de voir le débat se réduire à une question : comment empêcher LFI d’accéder au pouvoir ? Une démocratie saine devrait pourtant combattre un adversaire par les arguments, le programme et les urnes, non en le transformant en « ennemi intérieur ». C’est cette pente qu’il faut refuser, quelle que soit la couleur politique de ceux qui l’empruntent.
+42
AlerterPour passer par des arguments faudrait-il encore que les tireurs à l’arc républicain aient quelque chose dans le carquois. Or leur seul programme pour la France, c’est la Grèce mais à feu doux. Il y a bien encore les bonnes vieilles massues « Salauds de pauvres » et « Salauds d’immigrés », mais au bout d’un moment l’odeur du bouc émissaire ne suffit plus à masquer celle de la charogne d’en haut. Alors, il faut pelleter, rajouter de la cague, encore et encore… et survivre à la tête de leur sale petit système, quoi qu’il en coûte.
+18
Alerter« Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution normale en temps de crise. » B. Brecht
En d’autre termes, il est la réponse que le système donne quand il n’a plus d’autres réponses à donner. Ce système n’est pas exclusivement américain ou européen; ses effets sont donc similaires partout où il a cours.
+17
AlerterLa déclaration de Brecht, bien que percutante, révèle une confusion persistante entre démocratie et gouvernement représentatif, confusion savamment entretenue par la novlangue politique.
Depuis 2000 ans et jusqu’aux révolutions françaises et américaines et notamment avec Sieyès* en France, les architectes des régimes modernes ont soigneusement distingué la démocratie — où le peuple exerce directement sa souveraineté — du système représentatif, où il délègue ce pouvoir à des élus.
| « gouvernement représentatif » : élire (des représentants) n’est pas du tout équivalent à « démocratie » : voter (des lois) |
Pourtant, le terme « démocratie » a été détourné pour désigner ce dernier, masquant ainsi la réalité oligarchique sous-jacente.
Brecht lui-même, en associant fascisme et démocratie, tombe dans ce piège sémantique : il critique les dérives autoritaires du système, mais sans remettre en cause son fondement même, à savoir l’illusion d’une souveraineté populaire alors que le peuple est réduit au rôle de spectateur.
La véritable combat consiste à réhabiliter l’idée originelle de démocratie, celle où le peuple ne se contente pas d’élire, mais vote.
Cela implique de briser le carcan des mots et de restaurer leur sens premier, afin que la démocratie cesse d’être un leurre pour redevenir un idéal à construire.
*Discours du 7 septembre 1789
Archives parlementaires
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k495230
+8
Alerter« Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut subsister; et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison ne peut subsister. »
+4
AlerterQualifier l’opposition politique de menace terroriste ou de cancer n’est pas propre à l’extrême-droite. D’autres courants partagent une même vision profondément antidémocratique. Les Bolcheviks ont désigné tout ce qui était à leur droite comme des suppôts du capitalisme et ont détruit physiquement ces groupes. Les mollahs en Iran ont jeté en prison – et souvent exécuté – tous leurs opposants. Mais à chaque fois, ces groupes ont eu recours à la force pour renverser les régimes en place.
L’extrême-droite a ceci de particulier qu’elle arrive souvent au pouvoir en saisissant la main que les forces en place lui tendent. Hitler a été nommé chancelier par le feld-maréchal Hindenburg sur l’insistance des grands industriels. Mussolini a été nommé président du conseil par le roi alors que la police laissait agir à leur guise les bandes fascistes dans les rues depuis un moment déjà. Des pouvoirs usés, impopulaires, prêts à tout pour conserver leurs privilèges ont vu une opportunité dans ces forces nouvelles qui semblaient irrésistibles.
Trump semble dans un entre-deux. La démocratie formelle subsiste encore, les opposants politiques ne sont pas dans des camps. Mais il liquide consciencieusement l’État de droit, avec l’appui du parti républicain et des tycoons de la Silicon Valley. Les institutions tournent désormais à vide. Quant aux Démocrates, ils veulent le retour au bon vieux système que les gens ont pourtant rejeté. Je suis assez pessimiste, même s’il faut voir ce que feront les « nouveaux démocrates » dont on parle beaucoup.
+6
AlerterNormal : le fascisme, c’est l’application à la société du fonctionnement de l’entreprise (primauté à l’efficacité, soumission aux objectifs, valorisation du leadership, organisation verticale, éviction des plus faibles…)
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AlerterPourquoi toujours utiliser ce mot de « société » ?
Pourquoi ne plus jamais utiliser le terme « communauté » ?
Dans une communauté on vit ensemble pour être heureux et l’on soumet tout ce que l’on a comme patrimoine pour le bien-être de tous ET DE CHACUN.
Selon Tônnies, la communauté est avant la société, et non le contraire comme le prône le fascisme post-managerial sous l’impulsion des Reinhard Höhn, et la clique des université américaines… dont depuis 2008 nous sommes les victimes.
Dans une société, il doit y avoir un « affectio-societatis » que l’on doit s’être fixé, (totalement absent du contrat social, à ma connaissance) qui nous est donc imposé, en vue dans d’atteindre par partage de leurs investissements pour celui de leurs profits, mais en exploitant ou
EN ELIMINANT TOUT et TOUS qui ne leurs sont pas, ou plus UTILES… (déf. juridique, améliorée par moi)
Alors cet imbécile de Président de Parti social-démocrate, belge il y a quelques jours, qui scande à la télévision, « Il faut faire société, il faut faire société ! » dévoile les vraies intentions des siens … « collaboarteurs » à transformer les vieux, les enfants, les malades, en cyclistes en danseuses du peloton sur le Tour pour … gagner…! Cela n’a pas de sens.
Dans le communautaire de nos Etats, qui ne sont pas des entreprises, il y a l’enseignement, la culture, les soins de santé et le bien-être, appelés le non marchand… le reste… est sociétale, ce qui ne les intéresse plus, pas, mais sans cela ils n’ont plus leurs esclaves… les pôvres riches !
+1
AlerterIl y a des imprécisions dans vos propos… les bolcheviks n’ont pas massacré que ce qu’ils considéraient à leur droite, ils ont aussi massacré leurs alliés historiques les socialistes et à leur gauche les anarchistes…
La véritable constante (entre autres) de tous les totalitarismes est surtout de considérer que tout ce qui n’est pas eux, ou à la limite avec eux, est à éliminer par tout moyen. Cela relève de ce qui fonde (entre autres) ce type d’idéologie : la loi, c’est moi.
Après pour les moyens à utiliser, tout est une question de contexte. On voit bien que pour des Trump ou des Orbán les systèmes soi-disant démocratiques ne sont nullement un stop à leur toute-puissance, comme vous l’illustrez également avec d’autres exemples historiques.
+2
AlerterLa « perversité » est désormais débridée et se manifeste sans vergogne à tous les étages. Quand les élus au plus haut niveau donnent l’exemple, comme en France, un Président, le « ruissellement » ne tarde pas.
La manifestation la plus éclatante de cette psychopathie se voit dans le refus de débattre de la réalité en utilisant ad nauseam l »inversion accusatoire.
+5
AlerterNous avons les moyens techniques pour instaurer une véritable démocratie , elle est simplement là la question . Droite gauche ne sont des clivages que pour justifier le statu quo . Le chemin naturel de la pensée mène inexorablement vers la gauche , tout le reste n’est que perversion .
+8
AlerterIl semble qu’il y ait actuellement une vague néo-réactionnaire provenant des USA :
Curtis Yarvin qui promeut les « Lumières Sombres », Nathan Cofnas qui semble promouvoir un racisme scientifique, Peter Thiel qu’on ne présente plus, et Axel Karp…
Le souci est que cette bande de cinglés disposent de très gros moyens pour promouvoir leur « idéologie ».
Je suis inquiet pour l’avenir de l’Occident. Et pour les autres parties du Monde…
+4
AlerterLe fascisme actuel n’est rien d’autre qu’un impérialisme sur le point d’entrer en guerre une fois que le capitalisme s’est sublimé en impérialisme (stade suprême du capitalisme, comme on le sait). L’union européenne est un empire dont le but est identique à celui de Hitler.
Le pouvoir étant économique et financier, la « démocratie » est une illusion. Le pouvoir politique a toujours été confisqué par ceux qu’on désigne comme l’élite et qui ne sont en fait que les représentants et les larbins de la bourgeoisie. C’est particulièrement net avec le parti dit « socialiste » qui n’est plus qu’un club de soutient au pouvoir en place. La lutte pour le pouvoir se circonscrit entre oligarques.
+2
AlerterCe que les élites de tous les pays ‘ démocratiques’ redoutent surtout c’est de ne plus pouvoir contenir demain la colère populaire et son éventuelle organisation en dehors des structures de partis et de la vieille duplicité entre ‘ Droite , Centre et Gauche ‘ traditionnels !
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