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3.juin.20263.6.2026 // Les Crises

Désormais, les seuls amis de Trump sont les soutiens de Bush et les néoconservateurs

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Le président belliciste est en train de perdre ses partisans. Mais les derniers à être montés dans le bus « Make America Great Again » pourraient bien être les premiers à en descendre au moindre signe de difficulté politique.

Source : Responsible Statecraft, Jack Hunter
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

En mai 2025, le président Donald Trump a déclaré que l’ère néoconservatrice était révolue. Il ne s’agissait bien sûr pas d’un discours nouveau. Même s’il ne s’y est pas toujours conformé, Trump a toujours veillé à ce que les critiques à l’encontre des néoconservateurs, de l’ère Bush et des guerres sans fin figurent en bonne place dans sa longue liste de diatribes politiques.

Après tout, Trump a entamé son ascension fulgurante à l’époque des débats des Républicains de 2016, lorsqu’il a déclaré au gouverneur de Floride Jeb Bush, frère de George W., que « de toute évidence, la guerre en Irak a été une énorme erreur, pas vrai ? »

« Ils ont menti », a-t-il ajouté, faisant référence à l’affirmation répétée de l’administration Bush insistant pour dire que l’Irak dissimulait des armes de destruction massive. « Ils ont dit qu’il y avait des armes de destruction massive », a déclaré Trump avec virulence. « Il n’y en avait pas, et ils savaient qu’il n’y en avait pas.»

Le candidat à la présidence Trump déclarera plus tard lors de la Convention nationale républicaine de 2016 : « Nous devons abandonner la politique ratée de reconstruction nationale et de changement de régime dont Hillary Clinton s’est faite la championne en Irak, en Libye, en Égypte et en Syrie. »

Pourtant, aujourd’hui, ce président américain est enlisé jusqu’aux genoux dans une guerre contre l’Iran qui semble sans fin et ce, pour un changement de régime, mais aussi au sujet des armes de destruction massive présumées et fantomes de ce pays. Ce conflit, qui a lui même valu les éloges de son ancien adversaire Jeb Bush, pourrait bien, à long terme, s’avérer encore plus désastreux que celui en Irak.

Qu’est-ce qui a poussé Trump à devenir complètement néoconservateur ? Serait-ce parce qu’il s’agit de la seule faction politique restante à adhérer encore à sa politique étrangère ?

C’est possible. Car de plus en plus, les conservateurs qui ne sont pas résolument bellicistes se détournent. Et sondage après sondage montrent que la plupart des Américains ne le soutiennent pas.

Trois nouveaux sondages publiés cette semaine situent désormais la cote de popularité de Trump autour de 35 %. Un sondage Reuters-Ipsos l’établit à 36 %. Un sondage Strength in Numbers-Verasight l’évalue à 35 %. Un sondage AP-NORC indique que seuls 33 % des Américains approuvent Trump à l’heure actuelle.

Ces chiffres sont tous en baisse, et non en hausse, par rapport aux sondages de la semaine dernière.

Cette mauvaise cote de popularité rappelle la chute de George W. Bush pendant la guerre en Irak. « C’est presque exactement à cette période, il y a vingt ans, que la cote de popularité de George W. Bush a commencé à s’effondrer », a fait remarquer Aaron Blake, analyste à CNN. « Et lorsque les résultats de Bush dans la plupart des sondages sont tombés pour la première fois sous la barre des 40 % à la fin de l’hiver et au début du printemps, le coupable était évident : la guerre en Irak. »

« L’histoire pourrait bien, en 2026, être en train de se répéter concernant le président Donald Trump », a-t-il écrit. « Il suffit de remplacer Irak par Iran. »

Il est intéressant de noter que Trump semble être plus néoconservateur. Si 2003 n’était pas la première fois que les États-Unis attaquaient l’Irak, les faucons réclamaient une guerre contre l’Iran depuis des décennies. Trump a choisi de mener une bataille que ses prédécesseurs avaient rejetée, et ce faisant, il a donné au gouvernement du Likoud de Netanyahu exactement ce qu’il voulait, celui-ci plaidait sans relâche pour une intervention directe des États-Unis depuis l’arrivée au pouvoir de Trump en 2016.

L’ancien secrétaire d’État du président Barack Obama, John Kerry, lors d’une interview, a déclaré mardi à Stephen Colbert, de CBS : « Je crois que c’était il y a environ deux semaines, le New York Times a rapporté que Netanyahu s’était rendu en personne dans la salle de crise pour défendre l’intervention, exposer les raisons pour lesquelles c’était la bonne décision à prendre. Il a été rapporté qu’il avait déjà tenté de le faire auprès des administrations précédentes. »

Colbert a demandé : « Sous l’administration Obama, alors que vous étiez secrétaire d’État, a-t-il défendu le même point de vue ? Kerry a répondu : Oui. »

Colbert a alors demandé : « Et quelle a été la réaction à l’époque ? »

« Non », répondit Kerry d’un ton catégorique.

« Je veux dire, j’ai participé à ces discussions, a-t-il ajouté. Je m’en souviens très bien. »

Jeb Bush, l’ancien adversaire de Trump lors des débats, se réjouit aujourd’hui de la décision de ce dernier d’attaquer l’Iran. Fin février, il a déclaré : « C’est le moment pour eux de reprendre leur pays en main. » Bush préside « United Against Nuclear Iran » [Unis contre l’Iran nucléaire, NdT], un groupe qui milite en faveur d’un changement de régime dans ce pays. Début mars, il a même enregistré une vidéo spéciale pour saluer cette guerre.

Le journaliste indépendant Glenn Greenwald a déclaré jeudi que Trump semblait être devenu exactement ce contre quoi il avait fait campagne : ces responsables gouvernementaux qui avaient menti et semé la panique en évoquant des « champignons atomiques » et de l’uranium « yellowcake ». [étape transitoire de l’uranium avant purification, NdT]

« Pour chacune de ses réponses,Trump s’appuie désormais exclusivement sur exactement le même argument que celui utilisé pour justifier la guerre en Irak : ils se dotent de l’arme nucléaire ; ils la fourniront à des groupes terroristes ; ils détruiront nos villes ; il faut avoir peur ; nous devons être prêt à tout, quel qu’en soit le prix, pour mettre fin à leur programme d’armes de destruction massive », a écrit Greenwald.

Jeudi, un journaliste a demandé à Trump ce qu’il pourrait se passer si le prix du pétrole atteignait 200 dollars le baril.

Trump a répondu : « Il n’y a rien de pire qu’une arme nucléaire qui détruit l’une de vos villes. » Le vice-président JD Vance a tenu des propos similaires en mars, laissant entendre que si nous ne combattions pas l’Iran, des terroristes pourraient débarquer dans des villes américaines avec des armes nucléaires dans leurs sacs à dos.

Alors que les tenants de l’Amérique d’abord, les politiciens et les anciens partisans inconditionnels de Trump, tels que Tucker Carlson et l’ancienne députée républicaine Marjorie Taylor Greene, sont devenus de virulents détracteurs de l’actuel président, la Maison Blanche d’aujourd’hui s’avère beaucoup plus réceptive aux néoconservateurs comme l’animateur de radio Mark Levin et le sénateur Républicain Lindsey Graham.

Carlson et Greene affirment ne plus reconnaître l’homme que Trump est devenu. Levin, Graham et d’autres faucons pro-israéliens ont encouragé ce revirement majeur du Président en ce qui concerne sa politique étrangère.

Mais comment savoir combien de temps ça va durer ?

« Il me semble que Trump a trois problèmes », a déclaré à RS Jim Antle, rédacteur en chef du magazine Washington Examiner.

« Tout d’abord, on peut dire que, dans le meilleur des cas, ses nouveaux amis ne l’ont adopté qu’à contrecœur, et que beaucoup d’entre eux étaient des Never Trumpers en 2015 ou 2016 », a déclaré Antle. « Ils se retourneront contre lui bien plus vite que ne l’ont fait les podcasteurs. Deuxièmement, et dans le même ordre d’idées, Trump va vouloir mettre fin à la guerre avant qu’ils n’y soient prêts. Ils applaudiront ses bombardements, mais pas sa diplomatie. Enfin, leur public est principalement composé de gens qui voteront de toute façon républicain lors des élections de mi-mandat. »

« Ce sont des partisans inconditionnels, pas des électeurs indécis ou de nouveaux électeurs que Trump aurait ralliés à sa cause », a-t-il ajouté.

Curt Mills, directeur général de l’American Conservative, estimait lui aussi que le cercle des néoconservateurs partisans de Trump ne ferait peut-être pas long feu.

« À propos de son héritage, George W. Bush a un jour déclaré : L’histoire ? On ne sait pas. On sera tous morts, a écrit Mills dans un e-mail. De plus en plus, c’est aussi ainsi que ce président semble fonctionner. Il a déçu les idéologues purs et durs et a conclu un pacte avec les néoconservateurs, un groupe qui le laissera tomber à la première occasion aussi vite qu’il s’est opposé à lui lors de son ascension. »

Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne l’Iran, Donald Trump perd indéniablement le soutien d’une grande partie de sa coalition. La guerre l’a poussé à se réfugier dans les bras de ces conservateurs avec lesquels il n’a jamais prétendu avoir quoi que ce soit en commun. Il s’agit peut-être d’un arrangement de circonstance pour les deux parties, mais pour nous autres, des jours sombres s’annoncent tant que ces bellicistes continueront à dicter la politique étrangère du président.

*

Jack Hunter est l’ancien rédacteur politique de Rare.us. Jack a régulièrement écrit pour Modern Age, le Washington Examiner, The Daily Caller, The American Conservative et Spectator USA, et a également publié des articles dans Politico Magazine et The Daily Beast. Hunter est le coauteur de l’ouvrage *The Tea Party Goes to Washington*, écrit par le sénateur Rand Paul.

Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses collaborateurs.

Source : Responsible Statecraft, Jack Hunter, 27-04-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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