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Chloroquine : « Nous n’avons pas le temps d’attendre! »

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Source : Le Figaro, Olivier Badelon, 23-03-2020

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le Dr Olivier Badelon décrypte les principaux arguments s’opposant à l’usage de la chloroquine contre le Coronavirus. Pour lui, l’efficacité de ce traitement est fort probable et il faut au plus vite généraliser son usage. S’y refuser serait courir le risque d’un scandale supplémentaire.

Le Dr Olivier Badelon est chirurgien, professeur au Collège de Médecine et de Chirurgie des Hôpitaux de Paris et membre associé de l’Académie Nationale de Chirurgie. Cette tribune a été initialement publiée sur son blog.

Tous ceux qui ont voyagé dans les pays endémiques du paludisme ont pris de la chloroquine sans avoir de complications et sans connaître vraiment les inconvénients de ce médicament pris de façon préventive.

L’annonce précoce, le 25 février 2020, du Professeur Didier Raoult qui est à la tête de l’Institut Hospitalo-universitaire Méditerranée Infection de Marseille a suscité un espoir immense devant la gravité de la pandémie du COVID-19 et la résistance des autres experts et du Ministre de la Santé à sa généralisation a de quoi surprendre en raison de l’urgence de la situation.

L’intérêt du traitement proposé est aussi et surtout de soigner en amont tous les malades et pourquoi pas de façon préventive.

Il est vrai que l’idéal serait de pouvoir en étudier l’efficacité sur des séries importantes, mais pour avoir une véritable valeur scientifique, il faudrait même faire une étude en double-aveugle sur des sujets identiques (une étude en double aveugle est un protocole expérimental dans lequel ni le patient, ni le médecin ne savent si le médicament administré est bien le médicament testé, ou seulement un placebo: elle permet d’obtenir des résultats d’une grande fiabilité, NDLR).

Des complications auraient été décrites pour des malades atteints très sévèrement, mais l’intérêt du traitement proposé est aussi et surtout de soigner en amont tous les malades et pourquoi pas de façon préventive.

À ce stade, je ne comprends pas pourquoi ce traitement ne pourrait pas être généralisé pour tous les malades avant la possibilité de détresse respiratoire.

Il est évident qu’il faudra en confirmer l’efficacité sur un grand nombre de cas, surtout pour le proposer en traitement préventif à toute la population, mais a contrario la chloroquine est bien utilisée depuis très longtemps dans la prévention du paludisme.

Pour le moment la critique est que cela diminue la charge virale mais que la guérison n’est pas certaine, ce qui pour moi est déjà un progrès puisque cela permettrait de diminuer le risque de décompensation respiratoire.

La critique est que cela diminue la charge virale mais que la guérison n’est pas certaine. Cela est déjà un progrès puisque cela permettrait de diminuer le risque de décompensation respiratoire.

Ce sera un scandale de plus, encore plus important que celui des masques, si l’efficacité de la chloroquine est démontrée alors que le Ministre de la Santé veut encore en limiter son utilisation pour des raisons scientifiques, car c’est bien ce qu’Olivier Véran a dit en conférence de presse: «J’ai pris connaissance des résultats et j’ai donné l’autorisation pour qu’un essai plus vaste par d’autres équipes puisse être commencé dans les plus brefs délais et par d’autres équipes sur un plus grand nombre de patients», «il est absolument fondamental d’asseoir toute décision de politique publique en santé sur des données scientifiques validées, et les processus de validation, on ne peut pas négocier avec».

Cependant il y a des cas exceptionnels, et la pandémie en est un! Nous n’avons pas le temps d’attendre ces résultats, d’autant que les effets secondaires sont minimes par rapport au risque mortel du COVID-19.

Nous n’avons pas le temps d’attendre ces résultats, d’autant que les effets secondaires sont minimes par rapport aux risques mortels du COVID-19.

Il est vrai que la personnalité du Professeur Didier Raoult détonne dans le milieu universitaire et j’espère que son opposition au reste du Comité scientifique qui a conseillé Emmanuel Macron et Édouard Philippe, alors qu’il avait été choisi pour y participer, opposition qui a dû provoquer son absence, n’est pas une explication à l’attitude du ministre de la Santé et au retard qu’il a pris dans le lancement d’études ciblées de grande envergure.

Quant à la raison économique, elle devrait pouvoir être balayée par l’offre de Sanofi: «Sanofi s’engage à mettre son traitement à la disposition de la France et à offrir plusieurs millions de doses de l’anti-paludique Plaquenil qui pourraient permettre de traiter 300 000 patients», affirme le groupe, tout en précisant qu’il se tient prêt à travailler avec les autorités de santé françaises «pour confirmer ces résultats».

Source : Le Figaro, Olivier Badelon, 23-03-2020

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