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11.juin.202411.6.2024 // Les Crises

Climat, ressources, risque nucléaire, IA : vers une polycrise mondiale ?

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Changement climatique, épuisement des ressources, armes extrêmes, IA, etc. : Richard Heinberg se penche sur les différentes menaces qui composent la convergence sans précédent des risques qui nous conduisent à une polycrise mondiale. Sans trouver de réponses faciles, il en vient à la conclusion que la survie collective de l’humanité exigera que nous mettions de côté notre orgueil et que nous nous accommodions des limites environnementales et sociales.

Source : Resilience, Richard Heinberg
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le philosophe chinois Sun Tzu a écrit qu’en matière de guerre, il est essentiel de connaître tant son ennemi que soi-même. Aujourd’hui, l’humanité a des « ennemis », dont le changement climatique et les armes nucléaires, qui sont à même de détruire la civilisation et des pans entiers des écosystèmes planétaires. Jusqu’à présent, nous ne parvenons pas à vaincre ces ennemis, que nous avons nous-mêmes créés.

En effet, de nouveaux risques existentiels encore plus importants apparaissent, notamment la disparition de la nature sauvage et la prolifération de produits chimiques toxiques qui nuisent à la santé génésique des êtres humains et d’autres créatures. Il y a tant de menaces nouvelles et graves qui apparaissent, et à une telle allure, qu’un mot s’est imposé pour décrire cette convergence de risques inédite : la polycrise.

Notre incapacité collective à renverser la vague croissante de risques témoigne de notre manque de discernement : nous ne connaissons pas nos ennemis ; en outre, nous ne nous connaissons manifestement pas nous-mêmes, car si c’était le cas, nous ne continuerions pas à générer de tels problèmes.

Les êtres humains ont toujours été confrontés à des défis. Mais ce qui se passe aujourd’hui entraîne des conséquences d’une autre ampleur. Si nous ne changeons pas la trajectoire et le rythme des événements, les systèmes mondiaux dont dépend l’existence de l’humanité finiront par s’effondrer, et la civilisation avec eux.

Il est crucial que nous prenions du recul par rapport à ce que nous faisons et que nous fassions preuve de lucidité vis-à-vis de la polycrise. Pour cela il nous faut répondre à trois questions : À quel éventail de risques faisons-nous face ? Pourquoi ne parvenons-nous pas à gérer ou à réduire ces risques ? Et enfin, puisque ces risques sont générés par l’homme, pourquoi créons-nous autant de menaces pour notre propre avenir ?

L’éventail des risques de la polycrise

Voici les ennemis existentiels auxquels nous sommes confrontés :

Le changement climatique. Les gaz à effet de serre, produits par les activités humaines, principalement la combustion de combustibles fossiles, font grimper les températures et déstabilisent les régimes climatiques. Le réchauffement rapide du climat aura des conséquences désastreuses sur la production alimentaire mondiale, rendra de nombreux endroits inhabitables et fera monter le niveau des océans, ce qui risque fort de submerger les villes côtières où vivent aujourd’hui des centaines de millions de gens. Malgré des décennies de conférences internationales et des engagements à réduire les émissions de gaz à effet de serre, les quantités de CO2 qui se répandent dans l’atmosphère au niveau mondial augmentent toujours au lieu de diminuer. La solution essentielle préconisée est une conversion énergétique mondiale pour passer des combustibles fossiles à des sources renouvelables telles que le vent et le soleil. Cependant, le rythme actuel de cette transition est trop lent pour empêcher des effets catastrophiques sur le climat, tandis que le déploiement à grande échelle de ces sources pour fournir la totalité de l’énergie nécessaire aux niveaux d’utilisation actuels nécessiterait une augmentation massive de l’extraction d’un large spectre de minerais.

La disparition de la nature sauvage. Bien qu’il soit techniquement difficile de connaître avec précision l’état des populations de chacune des millions d’espèces distinctes, il est clair que la biomasse totale des animaux sauvages diminue et que les niveaux d’extinction augmentent. On estime que la biomasse des insectes diminue de 1 à 2 % chaque année et que par ailleurs, en ce qui concerne la biomasse des vertébrés terrestres sauvages, elle ne constitue plus qu’un infime pourcentage en comparaison de celle des humains et des animaux domestiqués. Les perturbations de l’habitat sont l’une des causes principales de ces évolutions : à mesure que les zones urbaines s’étendent, que les forêts sont abattues et que l’agriculture industrielle se développe, la faune et la flore sauvages sont contraintes à la marginalité. Or, sans la nature sauvage, l’humanité ne peut subsister.

Les produits chimiques toxiques. Une autre cause de la disparition de la nature sauvage tient à la dispersion sur de grandes distances de produits chimiques toxiques issus des processus industriels. Des recherches récentes montrent que des classes entières de produits chimiques perturbent la reproduction chez les humains et d’autres espèces animales. Une méta-étude récente estime que, parmi les hommes de tous les continents, le nombre moyen de spermatozoïdes a diminué de plus de la moitié entre 1973 et 2018, et que l’exposition aux produits chimiques en était la cause la plus probable. L’étude a également révélé que le rythme de diminution, qui est actuellement d’environ 2 % par an, est en augmentation. Si cette tendance devait se confirmer, elle entraînerait une stérilité masculine quasi universelle d’ici 2060 environ. La santé génésique des femmes est également affectée.

Le mauvais état des océans de la planète. Les océans constituent la base de l’écosystème mondial. Cependant, l’augmentation des niveaux de CO2 dans l’atmosphère entraîne une acidification des océans, une hausse des températures océaniques et une baisse des niveaux d’oxygène dans l’eau des océans. Les récifs coralliens de la planète sont en difficulté. Le courant de l’Atlantique Nord, qui confère à l’Europe un climat modéré, est en train de s’arrêter en raison du changement climatique. Les « zones mortes » dues au ruissellement des engrais s’étendent. Enfin, la surpêche entraîne le déclin de nombreuses espèces halieutiques importantes. De façon générale, les océans et la vie qu’ils abritent sont perturbés à un degré jamais atteint auparavant lors des époques géologiques antérieures.

L’épuisement des ressources. Les ressources renouvelables telles que l’eau douce, les sols, les poissons et les forêts sont dans de nombreux cas récoltées ou dégradées beaucoup plus rapidement qu’elles ne peuvent se régénérer. Les ressources non renouvelables, telles que les combustibles fossiles et les minerais (y compris les minerais nécessaires à la transition vers les énergies renouvelables) s’épuisent et sont utilisées d’une manière qui rendra leur recyclage difficile, voire impossible. Pour certains minerais, l’exploitation pourrait durer des siècles si elle se poursuit au rythme actuel, mais pour beaucoup d’entre eux (notamment le sable utilisé dans la fabrication du béton et des semi-conducteurs), l’approvisionnement devient déjà problématique. Dans le même temps, l’épuisement en cours des combustibles fossiles pourrait entraîner des pénuries d’énergie invalidantes, à moins que des sources d’énergie alternatives ne soient développées à un rythme sans précédent.

Tous ces éléments que nous venons de citer peuvent être considérés comme des risques « environnementaux ». Mais nous assistons également à une hausse des problèmes sociaux associés à des risques existentiels. En voici trois :

Les armes extrêmes. Les armes nucléaires n’ont été utilisées que deux fois en temps de guerre, car il est largement admis qu’une guerre nucléaire générale anéantirait la majeure partie de l’humanité. Mais si le monde devait entrer dans un conflit à cause des ressources qui s’amenuisent, il est possible que la menace d’une « destruction mutuelle assurée » ne soit plus un frein à leur utilisation. En outre, nous avons plus récemment ajouté de nouveaux types d’armes entraînant une mortalité massive : les armes biologiques, les armes chimiques, les armes robotisées et les armes à impulsions électromagnétiques ciblant les infrastructures essentielles.

L’intelligence artificielle (IA). La plupart des analystes s’accordent à dire que l’IA risque fort d’entraîner un chômage généralisé, les machines intelligentes remplaçant les travailleurs. En outre, elle entraînera probablement une explosion de la désinformation, car les « deepfakes », que ce soit vidéos, textes et images rendent de plus en plus compliquée la détection des informations authentiques. Mais avec le développement de l’intelligence artificielle en général, qui pourrait intervenir dans quelques années, l’IA pourrait commencer à modifier le fonctionnement de la société dans des proportions que les humains ne pourraient pas contrôler. Et de fait, de nombreux concepteurs de l’IA affirment que celle-ci constitue un risque essentiel pour l’humanité et la biosphère.

Les inégalités. Si l’inégalité n’est pas en soi une menace existentielle pour la civilisation ou la nature, il a été démontré, dans des recherches historiques récentes, qu’elle génère une instabilité sociopolitique. Les inégalités économiques ont augmenté à l’échelle mondiale au cours des dernières décennies, en particulier dans les économies à croissance rapide. Ainsi, alors que justement, nous aurions besoin de cohésion sociétale pour relever les défis environnementaux de la polycrise, nous nous retrouvons au contraire confrontés à une polarisation politique croissante et à une baisse de la confiance des populations dans les institutions.

Pourquoi ne parvenons-nous pas à réduire ou à gérer ces risques qui se multiplient ?

À mesure que les crises s’empilent les unes sur les autres, la société a de plus en plus de mal à faire face à chacune d’entre elles de manière adéquate. À elle seule, la lutte contre le changement climatique nécessitera le remplacement des infrastructures mondiales, ce qui coûtera plus de cent mille milliards de dollars. Mais il est difficile pour les décideurs politiques d’accorder suffisamment d’attention à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à ses effets lorsqu’ils doivent également faire face à des guerres en Europe et au Moyen-Orient, à la pandémie de Covid, à la polarisation politique et à la menace récurrente d’une crise économique. Les ressources – et il ne s’agit pas seulement d’argent, mais aussi des compétences et de la disponibilité des dirigeants – sont extrêmement limitées.

En outre, alors que la menace du changement climatique est sérieuse, le fait d’y consacrer davantage d’efforts empêche de consacrer des fonds et du temps à d’autres problèmes environnementaux tels que l’épuisement de l’eau douce et de la couche arable, ou la prolifération des produits chimiques toxiques. Pourtant, ces évolutions sont également susceptibles de mettre la civilisation à genoux.

Il convient d’ajouter que les crises ont souvent des effets secondaires qui les rendent plus difficiles à résoudre. Le changement climatique engendre des flux croissants de réfugiés environnementaux, et absorber ces flux est source de problèmes politiques pour les pays d’accueil, compliquant ainsi la tâche de ces derniers lorsqu’il s’agit de trouver un consensus pour faire porter l’effort sur le ralentissement du changement climatique.

Par ailleurs, les différentes crises interagissent de telle sorte qu’il est de plus en plus difficile de s’attaquer à chacune d’entre elles de manière isolée. Par exemple, la lutte contre le changement climatique exige que les nations construisent d’énormes quantités de nouvelles infrastructures d’énergie renouvelable. Ce qui implique une augmentation de la production de minéraux tels que le cuivre, le lithium, le nickel, le cobalt et les terres rares. Les mines doivent donc être agrandies ou créées, souvent dans des endroits où la pollution qui en résulte aura un impact sur les communautés à faible revenu (exacerbant ainsi les inégalités économiques) et où l’habitat de la faune et de la flore sera dégradé.

Le consensus en faveur d’une action ambitieuse pour résoudre un problème environnemental tel que le changement climatique sera également difficile à atteindre dans un contexte de polarisation politique (alimentée par des inégalités économiques croissantes) et avec la prolifération de l’IA et des algorithmes des médias sociaux. La lutte contre le changement climatique est déjà mise en échec par un déni largement répandu alimenté par les « fake news », qui sont en passe de devenir beaucoup plus sophistiquées.

Enfin, le problème d’échelle complique les solutions. C’est une chose de résoudre un problème en laboratoire, mais c’en est une autre d’appliquer la solution à plus grande échelle. Par exemple, les chercheurs ont identifié plusieurs voies vers une aviation sans émissions, mais pour réorganiser une industrie mondiale évaluée à près de mille milliards de dollars et comprenant environ trente mille avions commerciaux, il faudra du temps et des investissements massifs (en outre, les carburants de remplacement peuvent avoir un coût bien plus élevé à long terme). À petite échelle, l’épuisement des ressources et la pollution toxique sont des problèmes gérables ; après tout, cela fait des millénaires que les sociétés extraient des métaux et créent de la pollution locale. C’est l’ampleur énorme et sans cesse croissante de l’extraction des ressources et du déversement des déchets qui met en péril des écosystèmes entiers. Il en est de même des inégalités économiques, celles-ci existent depuis des milliers d’années, mais les sociétés étaient suffisamment restreintes pour que les effets néfastes des inégalités soient circonscrits. Aujourd’hui, en raison de la polarisation politique attisée par l’aggravation des inégalités, il pourrait être impossible de s’attaquer à des problèmes mondiaux et existentiels tels que le changement climatique. La démographie galopante et l’augmentation des revenus par habitant au cours des deux derniers siècles, et en particulier depuis 1950, ont permis de multiplier la vitesse et l’ampleur des activités humaines, mais le prix à payer pour cette réussite est considérable.

La société moderne, machine à générer risques et crises

La polycrise mondiale n’est pas seulement le résultat d’une convergence malheureuse de plusieurs phénomènes négatifs distincts. Le changement climatique, l’épuisement des ressources, la pollution toxique et d’autres facettes de la polycrise sont directement ou indirectement enracinés dans un phénomène unique : la dépendance de la société aux combustibles fossiles. La ressource clé de l’humanité est l’énergie. En adoptant le charbon, le pétrole et le gaz naturel, nous avons enregistré une croissance mondiale rapide et sans précédent de la consommation et de la population au cours des dernières décennies (d’où le problème d’échelle évoqué plus haut). La combustion des combustibles fossiles libère du CO2 et entraîne le changement climatique. Le carburant utilisé pour l’exploitation minière, la pêche et la sylviculture a considérablement amplifié l’extraction de matières premières, y compris l’uranium pour les armes nucléaires. Les combustibles fossiles fournissent également les matières premières nécessaires à la fabrication de la plupart des produits chimiques toxiques.

Si les combustibles fossiles fournissent tant d’énergie, et engendrent donc tant de bénéfices (bien qu’ils imposent également des coûts), pourquoi l’humanité n’a-t-elle commencé à les utiliser qu’au cours des deux derniers siècles ? La révolution industrielle alimentée par les combustibles fossiles a eu besoin de certaines inventions préalables (notamment la métallurgie, les moteurs, les canalisations et les engrenages), de sorte qu’elle n’aurait pas pu matériellement avoir lieu, par exemple, dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs. Mais en plus du savoir-faire technique, certains aménagements sociaux étaient nécessaires. Ce constat découle des modalités qui ont marqués l’apparition des révolutions industrielles alimentées par des combustibles fossiles. L’histoire de l’humanité n’en a connu que deux : en Chine, il y a mille ans, et en Grande-Bretagne, au dix-huitième siècle. En Chine, l’industrialisation a été délibérément suspendue par l’aristocratie traditionnelle, qui y voyait une menace pour le maintien de sa domination. Il n’en a pas été de même en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle, dans la mesure où l’aristocratie britannique avait déjà été éclipsée par une classe marchande enrichie par le colonialisme. Dans les deux cas, le charbon a été le premier combustible industriel. Et dans les deux cas, son extraction et son utilisation ont été encouragées par la propriété privée des ressources naturelles et la protection juridique des investisseurs dans les entreprises commerciales. Ces similitudes historiques laissent penser que le capitalisme, du moins sous une forme rudimentaire, était une condition préalable à la généralisation de l’utilisation des combustibles fossiles.

Une fois le capitalisme et les combustibles fossiles installés, la société est devenue une machine à générer des risques et des crises. La propriété foncière privée légitimait l’extraction des ressources, que les combustibles fossiles rendaient possible à plus grande échelle grâce à des équipements d’exploitation minière, de pêche et de sylviculture à moteur. Les mécanismes de protection des investisseurs ont permis de produire et de déverser des déchets à une échelle industrielle. Avec les moyens (les combustibles fossiles) et la logique (le capitalisme), l’expansion économique s’est accélérée, ce qui a eu pour effet secondaire de contaminer des pans entiers de la nature avec des déchets toxiques. Même les pays non capitalistes ont été contraints de rivaliser pour maximiser la croissance de l’extraction des ressources et de la fabrication (et, par conséquent, du déversement des déchets), sous peine d’être distancés.

Dès que les effets secondaires inhérents à la croissance de l’activité économique sont devenus évidents, les nations se sont efforcées de réduire l’impact sur l’environnement par le biais de mesures d’efficacité et de substitution. Ces efforts ont parfois été couronnés de succès (l’humanité a considérablement réduit la destruction de la couche d’ozone atmosphérique en éliminant progressivement les chlorofluorocarbones et en les remplaçant par d’autres produits chimiques), mais dans la majeure partie des cas, les problèmes continuent de s’envenimer et de s’aggraver, comme en témoigne le changement climatique.

La machine à générer des crises et des risques tend également à exacerber les problèmes sociaux : dans la mesure où les propriétaires des secteurs capitalistes retirent des bénéfices de leurs entreprises, les inégalités économiques au sein des sociétés tendent à s’accroître, à moins que les profits ne soient redistribués par le biais de programmes de taxation et de dépenses publiques. Cependant, au fil du temps, les capitalistes trouvent des moyens de s’emparer des gouvernements par le biais du lobbying exercé par des avocats et des sociétés de relations publiques, et en faisant des dons pour financer les campagnes électorales de politiciens favorables aux entreprises. La croissance économique alimentée par les combustibles fossiles ne fait qu’accélérer le transfert des richesses vers les capitalistes, ce qui oblige les gouvernements à redoubler d’efforts pour empêcher les inégalités d’atteindre des niveaux qui finissent par saper la gouvernance elle-même.

Une fois que la machine à générer des risques et des crises est en marche, il devient de plus en plus difficile de l’arrêter, car les activités qui génèrent des risques et des crises sont aussi celles qui génèrent des bénéfices à court terme pour la société, et en particulier pour les puissants et les institutions, en termes d’emplois, de profits et de production. Débrancher la machine – par exemple, en contractant l’économie afin de réduire les émissions de CO2 – constituerait en soi une crise pour la société.

La voie à suivre

La polycrise exige que nous changions fondamentalement notre façon de penser. Aujourd’hui, les décideurs politiques ont tendance à considérer le changement climatique comme un problème de pollution qui serait isolé d’autres tendances en spirale. Ils se tournent donc vers des solutions qui aggravent d’autres problèmes : des technologies d’énergie renouvelable qui épuisent les ressources et détruisent l’habitat, des technologies de capture du carbone qui nécessitent de grandes quantités d’énergie ou des technologies d’intelligence artificielle qui accroissent les inégalités.

La polycrise exige que nous changions fondamentalement notre façon de penser.

Connaître notre ennemi – la polycrise – exige que nous comprenions mieux les systèmes naturels et humains et les liens entre les problèmes, et que nous analysions les hypothèses qui les sous-tendent. Certaines de celles-ci sont largement considérées comme allant de soi, telles les justifications de la propriété privée des ressources naturelles. Parallèlement, la problématique liée à l’échelle nous oblige à remettre en question notre obsession quasi-universelle pour la croissance économique.

Il n’y a pas de solutions faciles, car la polycrise n’est pas un problème facile. Le temps presse et il se peut que la seule façon d’avancer soit de sacrifier une part importante de notre richesse, de notre domination ou de notre confort. Mais si nous voulons sortir de l’impasse dans laquelle nous nous sommes enfermés en tant qu’êtres humains, nous devons commencer par nous connaître nous-mêmes. Nous sommes des primates intelligents, dotés du langage, d’un caractère ultra social, et capables de fabriquer des outils, et nous sommes récemment tombés sur une manne en matière d’énergie. Nous avons accompli des merveilles. Mais nous sommes aussi devenus notre pire ennemi. Pour survivre collectivement, nous devrons mettre de côté notre orgueil et accepter les limites environnementales et sociales.

*

Richard est membre principal du Post Carbon Institute. On le considère comme l’un des plus fervents défenseurs de l’abandon de notre dépendance actuelle aux combustibles fossiles. Il est l’auteur de quatorze livres, dont certains sont des ouvrages de référence sur la crise actuelle de la société en matière d’énergie et de durabilité environnementale. Il est l’auteur de centaines d’essais et d’articles parus dans des revues telles que Nature et le Wall Street Journal. Il a donné des centaines de conférences sur les questions énergétiques et climatiques devant des publics répartis sur les six continents. Il a été cité et interviewé un nombre incalculable de fois dans la presse écrite, à la télévision et à la radio. Sa lettre mensuelle MuseLetter est publiée depuis 1992. Biographie complète sur postcarbon.org.

Source : Resilience, Richard Heinberg, 13-05-2024

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Commentaire recommandé

Grd-mère Michelle // 11.06.2024 à 16h21

Comme d’habitude, le dernier chapitre « La voie à suivre » est extrêmement réduit, pas détaillé et laissé au doute et à la perplexité des lecteurs-trices…qui, bien informé-e-s et de « bonne volonté », contrairement aux « décideurs politiques », ne considèrent pas « le changement climatique comme un problème de pollution isolé d’autres tendances en spirale. »
À part quelques injonctions, certes sages mais sans la moindre indication sur la manière de les suivre, il n’explique pas pourquoi « nous somme devenus notre pire ennemi », ni d’où vient notre « orgueil » insensé.
Surtout, quand il parle des « merveilles » accomplies, par, entre autres, notre capacité de « fabriquer des outils », il oublie que nous avons toujours eu l’art de transformer ces précieux outils en armes létales et de « domination », d’envahissement et de destruction, redoutables autant à l’égard des autres êtres vivants que de nos « semblables »,ceux et celles d’aujourd’hui ainsi que nos frères et soeurs humains « qui après nous vivront »(mots de Fr.Villon,qui,il y a des centaines d’années, les mettait dans la bouche du malheureux pendu).
Comme la plupart des lecteurs et lectrices du Livre sacré entre tous qui a fait « penser » des générations pendant des millénaires, adorateurs d’un Dieu unique, oublient sans scrupule son premier commandement: « Tu ne tueras point ».
Or, le respect du phénomène de la vie, et donc de la dignité d’exister de chaque être né en son sein, est sans doute la clef qui ouvre des perspectives un peu plus réjouissantes pour les conditions des êtres vivants sur Terre.

10 réactions et commentaires

  • Grd-mère Michelle // 11.06.2024 à 16h21

    Comme d’habitude, le dernier chapitre « La voie à suivre » est extrêmement réduit, pas détaillé et laissé au doute et à la perplexité des lecteurs-trices…qui, bien informé-e-s et de « bonne volonté », contrairement aux « décideurs politiques », ne considèrent pas « le changement climatique comme un problème de pollution isolé d’autres tendances en spirale. »
    À part quelques injonctions, certes sages mais sans la moindre indication sur la manière de les suivre, il n’explique pas pourquoi « nous somme devenus notre pire ennemi », ni d’où vient notre « orgueil » insensé.
    Surtout, quand il parle des « merveilles » accomplies, par, entre autres, notre capacité de « fabriquer des outils », il oublie que nous avons toujours eu l’art de transformer ces précieux outils en armes létales et de « domination », d’envahissement et de destruction, redoutables autant à l’égard des autres êtres vivants que de nos « semblables »,ceux et celles d’aujourd’hui ainsi que nos frères et soeurs humains « qui après nous vivront »(mots de Fr.Villon,qui,il y a des centaines d’années, les mettait dans la bouche du malheureux pendu).
    Comme la plupart des lecteurs et lectrices du Livre sacré entre tous qui a fait « penser » des générations pendant des millénaires, adorateurs d’un Dieu unique, oublient sans scrupule son premier commandement: « Tu ne tueras point ».
    Or, le respect du phénomène de la vie, et donc de la dignité d’exister de chaque être né en son sein, est sans doute la clef qui ouvre des perspectives un peu plus réjouissantes pour les conditions des êtres vivants sur Terre.

      +8

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  • La Mola // 11.06.2024 à 18h43

    « Il a été cité et interviewé un nombre incalculable de fois dans la presse écrite, à la télévision et à la radio.  »
    je dois être sourde et aveugle : jamais entendu parler de lui, et pourtant je consacre du temps et de l’énergie à m’informer « autrement »

    merci Les Crises !

      +4

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  • cedivan // 13.06.2024 à 16h04

    Je rejoins Grd-Mère Michelle : à part être anxiogène, à quoi sert cet article ? Dénoncer c’est assez facile, tout ce qui est écrit là est assez évident désormais. Amorcer ne serait-ce qu’un début de solution, c’est plus dur. Jancovici ne donne pas de solution par exemple mais il dit clairement les choses : c’est de la décroissance qu’il faut, au sens où il faudrait l’équivalent d’un COVID (en terme de ralentissement économique) tous les ans pendants x années pour espérer stabiliser les choses. Est-on prêt à ne plus prendre l’avion, à ne plus chauffer qu’à 16 ou 17 en hiver dans nos maisons, à ne plus consommer de mouton néo Z ou de viande d’Argentine ou de cacao d’Afrique, à ne plus avoir d’iPhone fabriqués en Chine ou à porter des vêtements fabriqués dans la ville d’à coté ? c’est ça le type de questions à se poser

      +1

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    • Antoine Block // 13.06.2024 à 22h58

      Même les pistes que vous indiquez à la fin de votre commentaire, pour judicieuses qu’elles soient, seront insuffisantes. La véritable racine du problème -que personne ne veut voir ni nommer- est démographique : même avec une consommation individuelle revue drastiquement à la baisse, les ressources (finies) de la planète ne pourront pas supporter éternellement une croissance infinie de la population. On peut retourner le problème dans tous les sens, la clef est là.
      Évidemment, aucun responsable politique ne peut assumer une réduction ou une limitation de la population ! Néanmoins, on peut éventuellement le faire sans avoir à l’assumer… crises sanitaires, virus divers, explosion des cancers, effondrement de la politique des soins médicaux, guerres, malbouffe pour les uns, famines pour les autres, etc. Mais là, ça devient complotiste !

        +5

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      • Grd-mère Michelle // 14.06.2024 à 18h15

        Il me semble que si les enfants étaient instruit-e-s très tôt des conséquences de la copulation et des responsabilités que représente la parentalité, ainsi que des possibilités de la planifier(méthodes contraceptives), les populations de toutes les sortes de régions se résigneraient sans difficulté à envisager de passer leur vie autrement qu’en suivant bêtement leur puissant instinct reproducteur.
        Mais la plupart des sociétés des civilisations passées et actuelles, essentiellement « dirigées » par des hommes ambitieux avec la complicité de religieux tout aussi avides de pouvoir, ont toujours souhaité faire « croître et multiplier, prospérer » LEURS peuples d’hommes et de femmes travailleurs et soumis, en tentant d’étendre leurs territoires par les conquêtes, les invasions et les guerres(et désormais par les « parts de Marché »), quitte à affamer et/ou massacrer des peuples voisins plus pu moins proches, instillant la peur et la vengeance, cercle vicieux qui fait le malheur des êtres humains.
        « Raison » de la maintenance de l’ignorance et des tabous sur la sexualité, qui permettent d’organiser des programmes de « natalité » appropriés à leurs visées de prédateurs, encourageant ou décourageant les naissances sans le moindre souci des aspirations légitimes des individus, « ressources humaines » ou « chair à canon », qui constituent leurs « troupes-troupeaux ».

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        • Cévéyanh // 15.06.2024 à 11h57

          Tout autre animal ou même microbe cherchent à se multiplier, à croître. Ce ne sont que des éléments extérieurs qui contraint à être moins nombreux (virus, séismes, d’autres animaux etc).
          Pour autant, il me semble que les humainos ont cette capacité par leur perception et leurs informations d’elleux-même réfléchir à enfanter ou non comme vous avez écrit.
          Dans des pays occidentaux, l’enfant est bien devenuo « l’enfant du désir ». Toutefois, comme en Chine, est-iel devenuo aussi uno « enfant roi/reine » et donc impacte plus que les générations précédentes (plusieurs cadeaux, sorties, vacances en avion etc) ?

          « Dans des civilisations passées », les nobles et leurs enfants allaient faire la guerre avec les paysans pour défendre leur pays (ou religion) ou attaquer afin d’obtenir des richesses. Il me semble qu’il y avait une culture de bravoure et de patriotisme chez elleux (elles/eux).

          Pour « évoluer », chaque humaino ne doit-iel pas trouver sa « paix intérieure » afin de pouvoir être plus conscient de l’impact des autres sur sa perception ?

            +0

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      • Cévéyanh // 15.06.2024 à 11h46

        A Antoine Block,
        L’impact de chaque humaino est différent sur Terre : celui d’uno habitanto occidentalo ayant un travail qui luia (lui/la) permet de partir en vacances en avion plusieurs fois par an, n’est pas le même que celui d’uno habitanto en Afrique centrale qui cultive sa petite parcelle de terre.

        De plus, la démographie des populations occidentales et des pays asiatique comme la Corée du Sud, infléchisse dû en partie à ce que Grd-Mère Michelle a écrit dans son premier paragraphe. Il y a aussi d’autres éléments :
        – la culture (par exemple, en Allemagne, il y a quelques dizaines d’années, l’allemande ayant un enfant arrêtait de travailler . Est-ce encore le cas ?) ;
        – l’accès aux gardes d’enfants et la nécessité ou volonté de la femme de travailler (par exemple, toujours en Allemagne, il n’y a pas assez de crêche pour que la femme puisse continuer à travailler. Ainsi le choix d’enfanter et rester à la maison ou ne pas enfanter se pose aux couples)
        – l’économie du pays, l’état de nos impacts (doit donc être informé ou chercher à s’informer en ayant le temps) ;
        – la retraite (des humainos font des enfants pour les aider lorsqu’iels ne pourront plus travailler) ;
        – se sentir ou par les autres d’être non « normalo » de ne pas faire d’enfant ou de ne pas vouloir d’enfant à certains âges ;
        – etc.

        La Chine a réduit sa population fin années 70, avec sa politique de « l’enfant unique » (devenuo « l’enfant roi/reine ») pour l’éthnie Han (est-ce vraiment à suivre ?). Toutefois, elle s’est heurtée à la culture chinoise qui a perduré malgré les années communistes : privilégier un garçon car il restait avec sa femme chez ses parents. Aujourd’hui, de nombreux hommes ont dépassé l’âge de mariage et ils se sentent stigmatisés.

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        • Antoine Block // 15.06.2024 à 15h56

          @Cévéyanh :

          « L’impact de chaque humaino est différent sur Terre ».
          Nous sommes d’accord, mais le point que je soulevais est que, quel que soit cet impact, même le plus minime parmi les moins pollueurs et consommateurs d’Afrique centrale, si vous multipliez indéfiniment le nombre d’humains sur une planète qui a des ressources finies, tôt ou tard, ça craque.
          Avec de la décroissance et des énergies renouvelables, on peut sans doute reculer un peu l’échéance, mais à 10 Md d’habitants ? à 20 Md ? à 100 Md ?…

          PS : c’est un peu bizarre, vos « O » partout ; j’ai cru un moment que vous écriviez en Esperanto.

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          • Cévéyanh // 17.06.2024 à 22h20

            Il me semble qu’il y a aussi le fait qu’en devenant un consommateuros d’Afrique Centrale, il y a déjà un ralentissement de la vie des occidentalos et donc de leur impact qui permet que la nature se renouvelle et les autres êtres vivants se multiplier. Puis, il y aura des ressources que nous n’aurons pas à utiliser et ainsi disparaîtront tous les impacts autour de l’extraction de ces ressources.

            Nous ne connaissons pas le futur. Nous pouvons faire des projections à partir de données que nous avons aujourd’hui. Evidemment, en continuant de la même façon avec toujours une croissance (et beaucoup de gâchis de ressources aussi), nous entamons de plus en plus vite les ressources ainsi que nous augmentons nos diverses pollutions. Puis, nous ne savons pas AVEC EXACTITUDE COMMENT la planète se régule par rapport à nos actions ou non action dans le futur, et les actions ou présence des autres êtres vivants. La certitude que nous savons, si je ne me trompe, c’est que nous ne pouvons pas continuer comme cela encore longtemps. L’autre certitude, c’est que nous aurons de moins en moins de nature sauvage. Nous qui avons toujours vécu avec et/ou prenant une joie d’y être en vacances ou weekend, pourrons-nous réellement supporter la vie sans elle ? A moins que la simulation parvienne a nous illusionner. Vivre dans une ville-bulle, comme dans l’espace, cela ne me semble pas plaisant surtout si nous savions que nous pouvions choisi une autre voie vraisemblablement ne permettant pas cela.

            Voulons-nous changer réellement ? Nous pouvons continuer mais tout en sachant les conséquences de nos actions. Il n’y a pas à culpabiliser (des personnes se réfugieront dans le déni aussi) mais à se responsabiliser. De nombreux espèces avant nous ont disparu et puis peut-être bien qu’une autre espèce trouvera sa joie d’avoir une planète dans cet état.

            Concernant votre « PS », c’est effectivement pas de l’Esperanto. J’écris en écriture inclusive (ou écriture « égalitaire » qui remet la femme en complémentaire de l’homme) et comme je trouve que les accords avec des « point » ou « tiret » fractionne le mot, j’ai choisi d’utiliser un « accord neutre » qui rassemble, par la lettre « o ».

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    • René Welker // 14.06.2024 à 21h54

      Demandez les marchands du temple s’ils sont favorables à la décroissance ????C’est juste une question???

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