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19.juillet.202319.7.2023 // Les Crises

Guerre en Ukraine : la Chine peut-elle vraiment aider à trouver la paix ?

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On commence à avoir l’impression que Pékin a les moyens, la motivation et finalement un intérêt propre à mettre un terme à la guerre.

Source : Responsible Statecraft, Alfred McCoy
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Xi Jinping de Chine (Shutterstock/ Salma Bashir Motiwala) ; Le président russe Vladimir Putin (Shutterstock/YashMD) ; le président Joe Biden (Shutterstock/photowalking) ; le président ukrainien (Volodymyr Zelensky (Shutterstock/photowalking)

Toutes les guerres ont une fin, en général grâce à la négociation d’un traité de paix. Considerez cela comme un fait historique fondamental, bien qu’il ait l’air d’avoir été oublié à Bruxelles, Moscou, et encore plus que partout ailleurs, à Washington.

Lors des derniers mois, parmi les partisans du président russe Vladimir Poutine, il y a eu beaucoup de discussions au sujet d’une « guerre éternelle » en Ukraine amenée à se poursuivre pendant des années, si ce n’est des décennies. « Pour nous, a récemment déclaré Poutine à un groupe d’ouvriers, cela n’est pas une tâche géo-politique, mais une tâche pour la survie de la souverainité russe, créant ainsi des conditions pour le développement futur de ce pays et de nos enfants. »

Alors qu’il visitait Kiev en février dernier, le président Joseph Biden a assuré au président ukrainien Volodymyr Zelensky : « Vous nous rappelez que la liberté n’a pas de prix. Elle vaut la peine de se battre pour elle, aussi longtemps que nécessaire. Et c’est le temps que nous allons rester au près de vous, Monsieur le président : aussi longtemps que nécessaire. » Quelques semaines plus tard le Conseil européen a affirmé « sa condamnation résolue des actes de la Russie et son soutien indéfectible à l’Ukraine et à son peuple. »

Avec tous les acteurs principaux déjà décidés à se battre dans une guerre sans fin, comment la paix pourrait-elle jamais arriver ? Avec l’ONU compromise par le siège de la Russie au conseil de Sécurité et les puissances du G-7 unies dans leur condamnation « de la guerre illégale, injustifiable, déclarée sans agression préalable, menée par la Russie contre l’Ukraine, » le négociateur le plus probable lorsqu’il s’agit de mettre un terme à cette guerre sans fin pourrait bien être le président chinois Xi Jinping.

En Occident, le rôle de pacificateur en Ukraine que Xi s’est construit a été largement moqué. En février, pour le premier anniversaire de l’invasion russe, l’appel de la Chine à des négociations comme « seule solution viable à la crise en Ukraine » a déclenché une réponse acerbe du conseiller américain à la Sécurité nationale Jake Sullivan, qui a déclaré que la guerre « pourrait s’arrêter demain si la Russie arrêtait d’attaquer l’Ukraine. »

Lorsque Xi a visité Moscou en mars, la déclaration publiée par les représentants officiels chinois qui affirmait qu’il espérait « jouer un rôle constructif dans des discussions productives » a suscité une critique considérable de l’occident. « Je ne pense pas que la Chine puisse servir de point d’appui pour quelque processus de paix vers lequel l’Ukraine pourrait se diriger » a insisté Ryan Hass, un ancien diplomate américian détaché en Chine. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commision européenne, a soulevé le fait que « la Chine a pris parti » dans le conflit en soutenant la Russie et pourrait de ce fait difficilement devenir un pacificateur. Même si Xi a personnellement appelé Zelensky pour lui promettre de détâcher un émissaire pour promouvoir les négociations « avec tous les partis, » les critiques ont rejeté cette ouverture la considérant comme un moyen de limiter les dégâts dans le cadre des relations commerciales de plus en plus troublées de la Chine avec l’Europe.

Le symbolisme des conférences pour la paix

Cependant, prenez un moment pour y penser. Qui d’autre pourrait amener les acteurs clés à la table et potentiellement les faire honorer leur signature d’un traité de paix ? Poutine a bien sûr déjà violé les accords de l’ONU en envahissant un pays souverain, tout en rompant son entente économique avec l’Europe et jetant à la poubelle les ancien accords passés avec Washington de respecter la souveraineté ukrainienne. Et pourtant aujourd’hui la Russie repose sur le soutien de la Chine, économiquement parlant et par d’autres aspects, ce qui fait de Xi le seul leader qui serait capable de l’amener à la table des négociations et s’assurer qu’il honore tout accord qu’il signerait. Cette réalité qui donne à réfléchir devrait soulever de sérieuses questions sur la manière dont une future conférence pour la paix inspirée par Pékin pourrait avoir lieu et ce que cela signifierait pour l’ordre du monde actuel.

Pendant plus de 200 ans, les conférences pour la paix n’ont pas seulement résolu des conflits mais régulièrement signalé l’arrivée sur le centre la scène d’une nouvelle grande puissance. En 1815, au milileu des valses étourdissantes dans les palaces de Vienne qui ont accompagné les négociations mettant un terme aux guerres napoléonniennes, le Royaume-Uni s’est imposé pour son règne d’un siècle en tant que plus grande puissance mondiale. De même, la conférence de Berlin en 1855, qui a découpé l’Afrique pour une domination coloniale, a confirmé la montée de l’Allemagne comme le premier rival sérieux du Royaume-Uni. Les sombres délibérations dans la Galerie des glaces de Versailles qui ont officiellement achevé la Première Guerre mondiale en 1919 ont marqué les débuts des Etats-Unis sur la scène internationale. Pareillement, la conférence pour la paix de 1945 à San Francisco, qui a mené à la fondation des Nations Unies (alors que la Deuxième Guerre mondiale était sur le point de se terminer) a affirmé l’égémonie mondiale des Etats-Unis.

Imaginez l’impact si, tôt ou tard, des émissaires de Kiev et Moscou se rejoignaient à Pékin, sous l’égide du président Xi, et trouvaient un point d’accord entre les aspirations russes et la survie de l’Ukraine. Une chose serait garantie : après des années de perturbations dans les marchés mondiaux de l’énergie, des engrais et des céréales, marquées par une inflation punitive et une famine croissante, tous les regards des cinq continents se tourneraient en effet vers Pékin.

Après tout, avec la guerre perturbant les livraisons de céréales et d’engrais par la mer Noire, la faim dans le monde a doublé pour atteindre une estimation de 345 millions de personnes en 2023, alors que la précarité alimentaire afflige désormais 828 millions d’habitants d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Si de telles négociations s’avéraient un jour porter leurs fruits, une cérémonie de signature télévisée, accueillie par le président Xi et regardée par des millions de personnes partout dans le monde, couronnerait la rapide ascension de la Chine en seulement 20 années au rang de puissance mondiale.

Oubliez l’Ukraine pour un moment et concentrez-vous sur le développement économique de la Chine sous l’ère communiste, qui a été un peu plus qu’extraordinaire. Après la fondation de la République populaire en 1949, la Chine était un poids-plume économique. Sa population immense, 20% du total mondial, produisait seulement 4% de la production économique mondiale. La Chine était si faible que son leader Mao Zedong a dû attendre deux semaines dans l’hiver de Moscou pour avoir une audience avec le leader soviétique Joseph Staline, juste pour demander la technologie industrielle qui aiderait à reconstruire une économie dévastée par 12 ans de guerre et de révolution. Dans la décennie qui a suivi son admission au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2002, cependant, la Chine est rapidement devenue l’atelier du monde, accumulant un montant sans précédent de 4 000 milliards de dollars de réserves des échanges internationaux.

Au lieu de simplement nager dans une mer de liquidité comme l’oncle Picsou dans sa piscine d’or, en 2013 le président Xi a annoncé un plan de développement d’une hauteur de mille milliards de dollars appelé la nouvelle Route de la soie. Son but est de construire une infrastructure gigantesque à travers les contrées eurasiennes et l’Afrique, améliorant ainsi la vie de millions d’oubliés de l’humanité et faisant de Pékin de centre du développement économique de l’Eurasie. Aujourd’hui la Chine est non-seulement une puissance industrielle qui assure 18% du produit intérieur brut mondial, ou PIB (comparé à 12% pour les Etats-Unis), mais aussi le principal créancier de la planète. Elle fournit des capitaux pour les infrastructures et les projets industriels de 148 pays, tout en offrant un peu d’espoir au quart de l’humanité qui vit toujours avec moins de quatre dollars par jour.

Témoins de ces prouesses économiques, lors des six derniers mois, les leaders mondiaux ont ignoré l’appel de Washington de former un front uni contre la Chine. Au contraire, un certain nombre d’entres eux, incluant l’Allemand Olaf Scholz, l’Espagnol Pedro Sánchez et le Brésilien Lula da Silva, se sont en effet tournés vers Pékin pour faire la cour au président Xi. En avril, même le président français et allié des Etats-Unis Emmanuel Macron a visité la capitale chinoise où il a proclamé « un partenariat stratégique mondial avec la Chine » et pressé les autres pays de devenir moins dépendant de « l’extraterritoriallité du dollar américain. »

Ensuite, lors d’un coup diplomatique qui a surpris Washington, la Chine a fait un pas en avant pour soigner la rivalité sectaire dangereuse entre lIran chiitte et l’Arabie saoudite sunnite en accueillant une rencontre entre leur ministre des Affaires étrangères à Pékin. En tant que premier client pétrolier de l’Arabie saoudite et plus grand créancier de l’Iran, Pékin a l’influence économique pour les amener à la table des négociations. Le diplomate chinois de premier plan Wang Yi a ensuite salué les relations diplomatiques restaurées comme faisant partie du « rôle constructif de son pays dans la facilitation du réglement adéquat des questions brûlantes dans le monde. »

La géopolitique comme source de changement

De manière sous-jacente à la soudaine démonstration d’influence diplomatique de la part de la Chine, il existe un récent changement dans ce domaine essentiel appelé « géopolitique » qui est à l’origine d’un réalignement fondamental du pouvoir mondial. Autour des années 1900, à l’apogée de l’empire britannique, un géographe anglais, Sir Halford Mackinder, a lancé l’étude moderne de la géopolitique en publiant un article bénéficiant d’une grande sphère d’influence, affirmant que la construction du chemin de fer transibérien long de 8 000 km entre Moscou et Vladivostok marquait le début d’une fusion entre l’Europe et l’Asie. Cette masse de pays unifiés, explique-t-il, deviendrait bientôt l’épicentre du pouvoir mondial.

En 1997, dans son livre Le grand échiquier, l’ancien conseiller américain à la Sécurité nationale Zbigniew Brezinski a mis la pensée de MacKinder à jour, arguant que « la géopolitique est passée d’une échelle régionale à une échelle mondiale, avec une prépondérance de l’entièreté du continent eurasien servant de base centrale à la primauté mondiale. » Dans des mots particulièrement adaptés à notre monde actuel, il a ajouté : « L’hégémonie des Etats-Unis est directement dépendante de la durée et de l’efficacité de sa prépondérance sur le continent eurasien. »

Plus d’un quart de siècle plus tard, imaginez la géopolitique comme un substrat profond donnant la forme à des évènements politiques bien plus superficiels, même si cela n’est uniquement perceptible à certains moments, de la même manière que les grondements incessants des plaques tectoniques ne sont seulement visibles que lorsque des éruptions volcaniques percent la surface terrestre. Pendant des siècles, voire des millénaires, l’Europe a été séparée de l’Asie par des déserts et des plaines interminables. Le centre vide de cette large contrée était uniquement traversé par des caravanes de chameaux occasionnelles, voyageant le long de l’ancienne route de la soie.

Aujourd’hui, grâce à l’investissement d’une hauteur de mille milliards de dollars dans des infrastructures – des routes, gazoducs et des ports – la Chine modifie fondamentalement ce substrat avec une fusion plus que métaphorique des continents. Si le grand dessein du président Xi aboutit, Pékin va construire un marché unifié étendu sur plus de 10 000 km depuis la mer du Nord jusqu’à la Mer de Chine du Sud, englobant à terme 70% de toute l’humanité, et fusionnant effectivement l’Europe et l’Asie en un unique continent économique : l’Eurasie.

Malgré les tentatives acharnées de l’administration de Biden de créer une coalition anti-Chine, les récentes poussées diplomatiques façonnent un nouvel ordre mondial qui n’est pas du tout celui que Washington avait en tête. Avec la création économique d’une véritable sphère eurasienne apparement en cours, de l’entente irano-saoudienne à la visite de Macron à Pékin, nous sommes peut-être en train de voir les premiers signes de l’évolution de la politique internationale. La question est la suivante : est-ce qu’une paix en Ukraine conçue par la Chine pourrait être la prochain étape ?

Des pressions sur la Chine pour la paix

Un tel pouvoir géopolitique grandissant donne à la Chine à la fois la motivation et potentiellement même les moyens de négocier la fin des combats en Ukraine. Tout d’abord, les moyens : en tant que premier client de la Russie pour les exportations de matières premières, et plus grand partenaire économique de l’Ukraine avant la guerre, la Chine peut user de pression commerciale pour amener les deux partis à la table des négociations – comme elle l’a fait pour l’Iran et l’Arabie saoudite.

Ensuite, la motivation : alors que Moscou et Kiev ont l’air chacun d’afficher une confiance en leur ultime victoire dans cette guerre sans fin, Pékin a des raisons de se montrer impatient avec les perturbations économiques irradiant toute la zone autour de la mer Noire et menaçant ainsi un délicat équilibre économique mondial. D’après la Banque mondiale, presque la moitié de l’humanité (47%) survit aujourd’hui avec sept dollars par jour, et la majorité d’entre eux vit en Afrique, en Asie et en Amérique latine où la Chine a consenti des prêts massifs et à longs termes pour le développement à 148 pays dans le cadre de sa nouvelle Route de la Soie.

Avec plus de 70% de son territoire et ses riches sols fertiles dédiés à l’agriculture, l’Ukraine a, pendant des décennies, produit de grandes quantité de récoltes de blé, d’orge, de soja et d’huile de tournesol, ce qui a fait d’elle « le grenier du monde, » fournissant aux millions d’affamés dans le monde des livraisons abordables de produit de première nécessité. Juste après l’invasion russe, cependant, les prix mondiaux des céréales et des huiles végétales ont augmenté de 60%. Malgré des efforts de stabilisation incluant l’initiative des Nations Unies « Céréales de la mer Noire » pour autoriser les exportations à travers les zones de guerre, les prix pour ces produits essentiels restent bien trop élevés. De plus ils menacent d’augmenter encore avec la suite des perturbations de la chaîne mondiale d’approvisionnement et d’autres dommages de la guerre comme la rupture récente de l’un des barrages cruciaux pour l’irrigation de l’Ukraine qui va transformer plus d’un million d’hectares de terres agricoles de première qualité en « désert. »

Alors que les coûts de l’importation d’engrais, de céréales et d’autres denrées alimentaires ont explosé depuis l’invasion russe, le Conseil pour les relations internationales a rapporté « qu’un nombre grandissant de pays à bas revenus membres de la nouvelle Route de la Soie ont eu des difficultés à rembourser le prêt associé à cette initiative, provoquant une vague de crises d’endettement. » Dans la corne africaine, par exemple, la sixième année consécutive d’une terrible sécheresse a précipité environs 23 millions de personnes dans une « crise alimentaire » forçant les gouvernements de l’Ethiopie et du Kenya à équilibrer de coûteuses importations de nourriture avec le remboursement du prêt chinois pour la création d’infrastructures essentielles telles que des usines, des voies ferrées et des sources d’énergies renouvelables. Avec de tels prêts dépassant 20% du produit intérieur brut (PIB) dans des pays comme le Ghana, la Malaisie, le Pakistan et la Zambie, alors que la Chine possède elle-même des crédits en cours d’une valeur de 25% de son PIB, Pékin est bien plus investi dans la paix et la stabilité économique mondiale qu’aucune autre grande puissance.

Au delà des fantaisies occidentales de victoire

A présent, Pékin a l’air d’être seule parmi les plus grandes nations dans ses inquiètudes concernant le poids que la guerre en Ukraine applique sur une économie mondiale aux prises entre famine et survie. Mais dans les six prochains mois, l’opinion occidentale va probablement commencer à changer alors que ses espoirs exagérés pour une victoire ukrainienne au cours de la « contre-offensive du printemps » tant attendue rencontrent la réalité du retour de la Russie vers une guerre de tranchées.

Après le succès surprenant des offensives ukrainiennes en fin d’année dernière aux alentours de Kharkiv et Kherson, l’Occident a levé ses réticences à provoquer Poutine et commencé à envoyer des milliards de dollars d’équipements sophistiqués – tout d’abord, des HIMARS et des missiles Hawk, ensuite des chars de guerre Leopard et Abrams, et, à la fin de cette année, des jets de combat F-16. Pour l’anniversaire de la guerre en février dernier, l’Occident a déjà fourni à Kiev une aide de 115 milliards de dollars et les espérances de succès ont grandi avec chaque livraison d’armes. En plus de cette anticipation, la propre « offenssive hivernale » de Moscou avec ses attaques suicides désespérées sur la ville de Bakhmut suggère, comme le formule les Affaires étrangères, que « la Russie a militairement prouvé […] qu’elle n’était plus capable de mener des opérations de combats de grande ampleur. »

Cependant la défense est une autre histoire. Alors que Moscou sacrifiait encore 20 000 vies dans son assaut suicide sur Bakhmut, ses engins spécialisés creusaient un formidable réseau de tranchées et de pièges à chars le long des 1 000 km du front pour bloquer toute contre-offensive ukrainienne.

Les troupes ukrainiennes vont sûrement réussir quelques percées quand cette offensive va finalement commencer, mais il est peu probable qu’elle repousse la Russie de toutes ses positions gagnées lors de l’invasion. Rappelez-vous que l’armée russe de 1,3 million de soldats est trois fois plus grande que celle de l’Ukraine qui a aussi subi beaucoup de pertes. En mars, le commandant de la 46e Brigade d’assaut aérien ukrainienne a déclaré au Washington Post qu’une année de combat a mené à 100 décès et 400 blessés parmi ses unités de 500 hommes et qu’ils avaient été remplacés par des recrues novices, dont certaines ont fui au premier coup de feu. Pour contrer la petite douzaine « symbolique » de chars Leopard envoyés par l’ouest, la Russie a des milliers de vieux modèles de chars en réserve. Malgré les sanctions des Etats-Unis et de l’Europe, l’économie russe a en réalité continué à croître, tandis que celle de l’Ukraine, qui faisait environs un dixième de la taille de celle de la Russie, a diminué de 30%. De tels faits signifie qu’une seule chose est probable : l’impasse.

Pékin, artisan de la paix

En décembre prochain, si l’offensive ukrainienne c’est en effet enlisée, son peuple va devoir faire face à autre sombre et glacial hiver d’attaques de drones, tandis que l’augmentation des pertes russes et le manque de résultats pourraient bien commencer à remettre en question la mainmise de Poutine sur le pouvoir. En d’autres termes, les deux combattants pourraient se sentir bien plus forcés à se joindre aux pourparlers de paix à Pékin. Avec la menace d’autres perturbations futures mettant en péril sa position internationale délicate, Pékin va certainement déployer la totalité de son pouvoir économique pour inciter les parties à un accord. En négociant des territoires, tout en s’accordant avec la Chine pour des aides à la reconstruction, et d’autres restrictions supplémentaires concernant l’entrée future de l’Ukraine dans l’OTAN, les deux parties pourraient estimer avoir gagné suffisament de concessions pour signer un accord.

Non seulement la Chine gagnerait alors un prestige énorme pour avoir rendu un tel accord de paix possible, mais elle gagnerait également une place préferentielle dans le pactole de la reconstruction qui suivrait, en offrant des aides pour reconstruire autant l’Ukraine ravagée que la Russie endommagée. Dans un rapport récent, la Banque mondiale estime que la reconstruction de l’Ukraine dévastée, grâce aux contrats d’infrastructures que les très gentilles compagnies chinoises de construction sont prêtes à proposer, nécessiterait 411 milliards de dollars sur plus d’une décennie. Pour assouplir de tels accords, l’Ukraine pourrait aussi autoriser la Chine à construire d’énormes usines pour approvisionner la demande grandissante de l’Europe en matière d’énergie renouvelable et de véhicules électriques. A côté des profits impliqués, de tels partenariats entre la Chine et l’Ukraine pourraient augmenter la production à un moment où le pays est en voie d’obtenir un accès hors-taxe au marché européen.

Dans la période d’après-guerre, avec la possibilité que l’Ukraine devienne un partenaire économique de plus en plus puissant aux limites de l’Europe, la Russie reste un fournisseur fiable de matières premières bon marché, et le marché européen toujours plus ouvert à ces entreprises d’Etat, la Chine va probablement émerger de ce conflit désastreux – pour réutiliser les mots très bien choisis de Brzezinski – avec sa « prépondérance sur tout le continent eurasien » consolidée et la « base de sa primauté mondiale » significativement renforcée.

Ce texte a été republié avec la permission de TomDispatch

Source : Responsible Statecraft, Alfred McCoy, 15-06-2023

Traduit par les lecteurs du site Les-Crise

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Commentaire recommandé

RV // 19.07.2023 à 08h38

« ce qui fait de Xi le seul leader qui serait capable de l’amener à la table des négociations et s’assurer qu’il honore tout accord qu’il signerait. »
Sauf qu’il y a eu déjà trois négociations entre l’Ukraine et la Russie qui ont toutes été interrompues par … « l’Occident » !

13 réactions et commentaires

  • RV // 19.07.2023 à 08h38

    « ce qui fait de Xi le seul leader qui serait capable de l’amener à la table des négociations et s’assurer qu’il honore tout accord qu’il signerait. »
    Sauf qu’il y a eu déjà trois négociations entre l’Ukraine et la Russie qui ont toutes été interrompues par … « l’Occident » !

      +48

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  • Pal // 19.07.2023 à 09h49

    Ce n’est pas l’Ukraine qu’il faut amener à la table des négociations, face à la Russie, c’est l’Amérique. Or ce serait suicidaire pour celle-ci de permettre à la Chine d’accéder à la place d’interlocuteur mondial.
    Le déclin américain est existentiel, mais leur aveuglement les empêche de le voir ce qui entraînera le monde vers un suicide général.

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    • RGT // 22.07.2023 à 11h42

      Le fait que les USA viennent à la table de négociations semble irréalisable : Ce serait reconnaître officiellement que, comme l’affirme la Russie, ce sont bel et bien les USA qui sont à l’origine de ce conflit sanglant.

      De plus, les USA, malgré tous leurs beaux discours, ne veulent pas que cette guerre s’arrête et mettent une pression constant sur les dirigeants ukrainiens pour qu’ils continent le combat.

      Après-tout, ce conflit leur est très profitable : Ils peuvent envoyer des milliers de gueux servir de chair à canon contre leur ennemi ancestral sans la moindre perte de leur côté, ils enlisent leur ennemi dans un conflit sans fin, et préparent la mise en esclavage de la population ukrainienne avec une dette monumentale correspondant à la fourniture d’armement hors de prix (mais qui ne permet pas bien sûr de vaincre la Russie – il faut que ça dure pour que les profits persistent)..

      Et ces idiots d’€uropéens qui se rangent derrière les USA en facilitant la ruine de leur propre économie et la paupérisation de leur population pour le plus grand bonheur de l’Oncle Sam.

      Je me demande même si l’objectif initial n’est pas désormais de mettre l’€urope à genoux pour permettre à l’économie US de rester florissante.
      Le déménagement sous giron US de grandes entreprises allemandes (et donc la ruine à venir de ce pays) n’est-il pas le meilleur signe de cette stratégie machiavélique?

      Et comme les USA tiennent fermement les dirigeants €uropéens par …, ne comptons pas sur eux pour dénoncer de forfait.

      À mon avis, cette guerre est là pour durer (éternellement pour les élites US) et le sang et la détresses des populations est bien le dernier souci des dirigeants.

        +5

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  • Savonarole // 19.07.2023 à 10h33

    Ce que dit ce texte sans le dire c’est que politiquement le camp Biden ne peut plus arrêter la bavure et qu’ils vont devoir faire appel à « un ami » pour régler le truc avant les éléctions US.
    L’auteur espère que la Chine fasse un cadeau gratos aux US tout comme la « Diplomatie » US d’ailleurs (les guillemets sont de rigueur) : faudrait peut-être arrêter les champis là. Les US ont rien fait pour pouvoir prétendre à l’amitié des Chinois, bien au contraire et les Chinois vont poliment les laisser assumer les consequences de leurs actes. Sont toujours polis les Chinois, surtout quand ils vous enc…

      +22

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  • Castor // 19.07.2023 à 18h08

    Les derniers articles nous venant des Etats-Unis pêchent sérieusement par leurs références historiques. Rien que pour l’accent mis sur les « conférences de la paix » depuis 200 ans : celles-ci ont toujours eu lieu *après* des guerres parfois très meurtrières, avec un vainqueur et un vaincu.
    Quant à l’absence de mention du viol de la souveraineté de la Serbie par l’OTAN, il doit s’agir d’un oubli.

    Ensuite pour le thème principal : la Chine a le pouvoir de contraindre la Russie à des négociations, alors que les compagnies chinoises vont être « très gentilles » avec l’Ukraine. Elle y a intérêt car la solvabilité de nombreux pays endettés à son égard en dépend.

    Sauf que la Chine dépend de manière cruciale de l’énergie russe. Alors oui, la Russie dépend de la Chine mais l’inverse est tout aussi vrai.
    Ensuite sur le plan moral, il est difficile aux Chinois de faire la leçon au gouvernement russe, alors qu’eux-mêmes veulent faire l’Anschluss avec Taïwan.

    Quant à l’ambition d’une prépondérance sur le continent Eurasien, il faudrait déjà que les Chinois puisse faire valoir leur autorité sur l’Asie et les asiatiques, ce qui n’a aucune chance de se produire. La Corée du Sud et le Japon, parmi d’autres, refuseront tout « hégémon » chinois. Pareil pour l’Inde. Le nationalisme est bien plus répandu en Asie qu’en Europe (qui croît en l’universalité de ses valeurs, l’amitié entre les peuples – non russophones – toussa toussa).

      +9

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    • Dominique65 // 20.07.2023 à 16h18

      « alors que les chinois veuleunt faire l’Anschluss avec Taïwan. » »
      Un pont Godwin (godlose ?) très mal gagné. L.ONU ne reconnaissait pas l’Autriche comme faisant partie « d’une seule Allemagne » que je sache, alors que c’est le cas pour Taïwan dans « Une seule Chine ». La comparaison ne tient pas.

        +12

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  • Auguste Vannier // 20.07.2023 à 08h10

    « Poutine a bien sûr déjà violé les accords de l’ONU en envahissant un pays souverain, tout en rompant son entente économique avec l’Europe et jetant à la poubelle les ancien accords passés avec Washington de respecter la souveraineté ukrainienne »
    A partir du moment ou un analyste écrit ça, il n’est plus crédible…
    J’ai continué la lecture par curiosité de voir par quelles contorsions intellectuelles ou réthoriques il pouvait s’en sortir…
    Hé! bien, même pas, puisqu’il conclut par une citation de l’infernal inspirateur de la géopolitique US: Brzezinski!

      +22

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    • Cévéyanh // 20.07.2023 à 19h15

      Toutefois, à se rappeler que l’armée russe est entrée illégalement en Ukraine et s’est dirigée vers la capitale en 2022 et donc a commencé cette guerre (morts plausible de soldatos des deux côtés, d’habitantos ukrainienos, de destructions de bâtiments de vie et de l’environnement). Ce n’était nullement en représaille d’une attaque sur son territoire. C’est leur dirigeant qui a fait un choix de violence.

        +0

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      • Cévéyanh // 20.07.2023 à 19h28

        Puis il n’est pas parti lui-même faire cette guerre tout seul. Certainos de ses citoyenos ont accepté ou accepté d’une certaine manière de le suivre sur cette voie (communication de l’ordre, organisation pour la guerre…)

          +0

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        • RV // 21.07.2023 à 19h31

          Il me semble que les historiens retiendront que les États-Unis d’Amérique du Nord l’ont joué finement et réussis à provoquer l’intervention russe. Il n’est pas question de la nier.
          Les États-Unis d’Amérique du Nord sont actifs en Ukraine au moins depuis 2014.

            +1

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          • RGT // 24.07.2023 à 12h00

            Erreur, les USA sont à la manœuvre en Ukaine au moins depuis 2004 avec la « révolution orange » qui a mis au pouvoir une coalition d’oligarques cupides et pro-occidentaux qui ont pillé sans vergogne les ressources de ce pays…

            Dans le simple but de séparer l’Ukraine de la Russie pour affaiblir cette dernière et éventuellement d’installer des bases militaires aux frontières afin de menacer directement le territoire russe.

            Manque de bol, cette révolution est ensuite partie en vrille suite aux guerres internes entre oligarques avides et l’arrivée au pouvoir de Viktor Ianoukovytch qui avait compris que l’intérêt de l’Ukraine était de se rapprocher de la Russie, ce qui n’a pas du tout plu aux dirigeants US qui voyaient que leurs « investissements » (financement « open bar » de « dissidents » ukrainiens) partir en fumée…

            J’aimerais simplement voir la réaction des « grandes démocrassies » si la Russie ou la Chine finançaient un coup d’état une « révolution de couleur » au Mexique ou au Canada (voire les deux) pour encercler la »démocrassie la plus exemplaire de l’univers »…

            Le seul objectif des USA est le contrôle total de cette planète par simple cupidité..

            Le discours « libérateur » n’est qu’une simple fumisterie, il suffit de regarder ce qu’il est advenu par le passé des pays « libérés » et les « bienfaits » pour la population locale.

            C’est particulièrement flagrant en Amérique du sud, aux Philippines mais pas que…

              +10

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  • max // 22.07.2023 à 06h21

    La Chine peut-elle aider a la paix et surtout cela est-il de son intérêt ?
    D’un autre point de vue, la Chine a beaucoup de raisons a souhaiter que le conflit continu.
    En 1er les relations commerciales et financières entre la Russie et l’Occident sont aux points morts.
    La Russie a certes été attirée dans un conflit qu’elle ne voulait pas mais au final le(s) USA et l’UE sont dans la même situation, les deux protagonistes étant dans un engrenage dont-ils ne peuvent pas se défaire, c’est tout bénéfice pour la Chine.
    Pour les deux belligérants (USA et Russie) pratiquement toutes les interventions militaires ont été couteuses en vies humaines, financières et en ressentiments par les pays agressés.
    Ce conflit oblige la Russie et la Chine à tisser des liens qui auraient été jugés contre-nature il y a a peine quelques années.
    Du fait du blocage du projet Route de la Soie par les occidentaux dans les territoires de l’UE, la paix serait un malus pour les entreprises commerciales chinoises.
    Ce conflit permet à la Chine de faire la promotion de la paix en Asie et même ailleurs dans le monde.

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  • DomDan // 24.07.2023 à 18h53

    Les accords de paix existent déjà et ont été signés en 2014 à Minsk. Mais comme l’ont avoué Mme MERKEL et M. HOLLANDE ils n’ont été qu’un leurre pour laisser le temps à l’UKRAINE de se préparer à la guerre. Donc dans cette histoire nous sommes bien les menteurs et arnaqueurs et les responsables de la guerre.

      +7

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