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10.juillet.202010.7.2020 // Les Crises

L’Échec d’une prophétie (1956) – Aux origines de la dissonance cognitive

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Source : Wikipédia

L’Échec d’une prophétie (titre original : When Prophecy Fails) est un essai américain considéré comme un classique de la psychologie sociale qui parut en 1956. Les auteurs, Leon Festinger, Henry Riecken et Stanley Schachter, ont cherché à analyser comment les individus réagissaient à la suite de la réfutation d’une croyance à laquelle ils adhéraient fortement. Pour cela ils ont suivi le parcours d’un groupe d’ufologistes persuadés de l’imminence de la fin du monde.

Dissonance cognitive

L’ouvrage signale l’un des tout premiers cas publiés de dissonance cognitive. Cette théorie, élaborée par Leon Festinger, permet d’expliquer les conséquences psychologiques de la non confirmation d’espérances ou d’attentes importantes chez un individu. Avant le début de l’étude, Festinger et ses associés lurent un article dans leur journal local intitulé « La prophétie de la planète Clarion lance un appel à la ville : Fuyez cette inondation ». Une ménagère de Chicago, Marion Keech, avait reçu de mystérieux messages chez elle sous forme d’« écriture automatique » provenant d’extraterrestres de la planète Clarion. Ces messages lui révélèrent que le monde serait englouti par une grande inondation avant l’aube du . Le groupe de croyants, menés par Keech, s’était fortement impliqué dans cette croyance ce qui indiquait un haut degré de conviction. Ils avaient quitté leurs emplois ou les cours, leurs conjoints, et distribué argent et biens pour préparer leur départ à bord de la soucoupe volante qui devait les sauver, eux, le groupe de vrais croyants.

Motivation de l’étude

Festinger et ses collègues considérèrent l’événement comme un cas susceptible de conduire à une stimulation de la dissonance après l’échec de la prophétie. Il s’avérait difficile d’altérer la conviction de Keech et son groupe étant donné qu’ils avaient déjà produit des efforts considérables pour la maintenir et la renforcer. Une autre option aurait été de mobiliser un soutien extérieur adhérant à leurs convictions. Comme Festinger l’a écrit: « Si de plus en plus de gens peuvent être convaincus que le système de croyance est correct alors il est évident qu’après tout il doit être correct ». Dans cette optique, si Keech avait pu développer de nouveaux éléments de réflexion en convertissant de nouveaux adeptes aux principes de base de la secte, alors l’amplitude de la dissonance aurait été amoindrie. Festinger et ses collègues prédirent que l’inévitable démenti par la réalité serait suivi d’un gros effort de prosélytisme pour rechercher un soutien social et ainsi réduire la douleur issue de la non confirmation des espérances.

Chronologie des événements

Festinger et ses collègues infiltrèrent le groupe de Mlle Keech et rapportèrent les faits suivants :

  • Avant le , le groupe évite la publicité, les entretiens ne sont donnés qu’à contrecœur. L’accès à la maison de Keech est seulement permis à ceux qui peuvent convaincre qu’ils sont de vrais croyants. Le groupe fait évoluer son système de croyance, fondé sur l’« écriture automatique » provenant de la planète Clarion, et commence à expliquer les détails du cataclysme, la raison de l’évènement et la manière dont il sera sauvé du désastre.
  • Le , les croyants attendent qu’un extraterrestre les appelle avant minuit pour être escortés à bord d’un vaisseau spatial censé les attendre. Appliquant les instructions, ils se donnent beaucoup de mal pour éliminer les objets métalliques qu’ils portent sur eux. Comme minuit approche, les fermetures à glissière, bretelles de soutien-gorge, et autres objets sont jetés. Le groupe attend.
  • Le , 00h05, pas de visiteur extraterrestre. Un membre du groupe constate qu’une horloge dans la pièce indique 23h55. Le groupe convient qu’il n’est pas encore minuit.
  • 00h10, la seconde horloge indique minuit. Toujours pas de visiteur. Le groupe est abasourdi et s’assoit en silence. Le cataclysme est censé se produire dans moins de 7 heures.
  • 04h00, les croyants restent assis en silence. Quelques tentatives pour trouver des explications ont échoué. Keech commence à pleurer.
  • 04h45, un message envoyé par « écriture automatique » est adressé à Keech. Il précise que le Dieu de la Terre a décidé d’épargner la planète de la destruction. Le cataclysme a été annulé car « le petit groupe, assis toute la nuit, avait répandu tant de lumière que Dieu a sauvé le monde de la destruction ».
  • Après-midi du . Le groupe appelle des journaux cherchant à donner des entretiens. Dans un renversement de situation, le groupe ne fuit plus la publicité mais au contraire commence une intense campagne pour diffuser son message à un public aussi large que possible.

Source : Wikipédia


Lire L’Échec d’une prophétie

Source : CAIRN info, Jeanne Favret-Saada

LEON FESTINGER EST LE PREMIER CHERCHEUR en sciences sociales à s’être intéressé aux prédictions millénaristes fondées sur l’intervention d’extraterrestres, et il a eu l’audace de le faire dès l’éclosion de la culture ufologique aux États-Unis. C’est en effet le 25 juin 1947 que l’aviateur Kenneth Arnold prétendit avoir vu dans le ciel de Mount Rainier (Washington) cinq disques brillants qui devinrent des « soucoupes volantes » ; le 4 juin, c’est au tour d’un équipage de United Airlines ; et le même jour, on découvrit dans un champ les débris d’une « soucoupe volante » ­ ce fut l’« incident de Roswell [1]». L’année 1952 vit l’explosion médiatique de ce thème : en avril, la première étude sérieuse sur la question, « There Is a Case for Interplanetary Saucers », parue dans Life Magazine, eut un retentissement national ; entre le 1er juin et le 31 octobre, l’Armée de l’air reçut 888 rapports d’observations d’OVNI [2] ; enfin, le 20 novembre, George Adamski déclara avoir rencontré dans le désert du Colorado un homme aux cheveux longs nommé Orthon et disant venir de Vénus, premier témoignage de contact entre un humain et un être venu d’une autre planète. Leon Festinger et son Laboratoire de l’Université de Minnesota réalisèrent leur enquête de terrain en 1954-1955 et, quand When Prophecy Fails (L’Échec d’une prophétie) [3] parut en 1956, les extra-terrestres et leurs étranges vaisseaux faisaient l’objet de polémiques endiablées dans les médias.

Le livre est signé par trois professeurs de l’Université de Minnesota, toutefois, pour simplifier, j’en parlerai comme s’il était l’ œuvre du seul Leon Festinger car il en fut le concepteur et le théoricien en même temps qu’un enquêteur parmi les autres. Ce n’est pas, pourtant, que ses deux compères aient été des chercheurs de second ordre. Stanley Schachter, surtout, marqua fortement la psychologie sociale et l’opinion américaine par son abord de plusieurs problèmes de société [4] Quant à Henry Riecken, il devint un méthodologue respecté de la psychologie sociale appliquée. L’enquête de terrain qu’effectuèrent les trois professeurs et huit étudiants fut entreprise pour vérifier la théorie de la « dissonance cognitive » que Festinger avait déjà commencée à élaborer et à laquelle il consacrera un ouvrage en 1957, The Theory of Cognitive Dissonance[5].

Une recherche, ou le roman d’une recherche ?

L’Échec d’une prophétie, écrit par des spécialistes de psychologie sociale, se présente au lecteur sans aucune référence à leur discipline ou même aux sciences humaines [6]. Il s’adresse vraisemblablement à des lecteurs cultivés, tels ceux du New Yorker, friand des bizarreries de l’âme humaine.

En témoigne l’étrangeté de la question initiale : lorsque la réalité désavoue une prophétie, comment ceux qui l’ont énoncée se comportent-ils ? S’ensuit une présentation du drame qui, fatalement, attend les « croyants désappointés ». L’échec de la prédiction les plonge dans un état de « dissonance cognitive » qui leur fait percevoir une incohérence foncière entre certaines de leurs « cognitions [7] » ­ c’est-à-dire entre des idées relatives à ce que l’on sait ou que l’on croit savoir du monde, des autres et de soi (de ses propres sentiments comme de ses conduites). Selon le cas, deux éléments « jurent l’un avec l’autre », ou bien « ils se contredisent », ou bien encore « ils ne découlent pas l’un de l’autre ».

De là, un inconfort psychique qui motive les croyants déçus [8] à réduire cette dissonance en modifiant leurs idées et/ou en modifiant leur « environnement social », les idées des incroyants. Notons que le choix, par Festinger, d’un terme venu de l’esthétique, et plus précisément de la théorie musicale, n’est pas anodin : lui-même marié à une pianiste, il sait que la dissonance est le primum movens de l’activité de composition musicale. Elle devient une motivation particulièrement impérieuse du comportement humain dans les cas, rares mais spectaculaires, où l’annonce prophétique a porté sur la fin du monde : parce que l’engagement des croyants a été total et que l’échec de la prophétie est une déception considérable, le « besoin » (need) psychique de réduire cette dissonance devient aussi violent que la faim ou la soif pour l’organisme [9].

À mon sens, la nouveauté fondamentale de L’Échec d’une prophétie tient au fait que Leon Festinger, ce jeune savant plein d’avenir qui a déjà publié un manuel de sciences sociales largement distribué dans les universités américaines [10], recourt à des procédés proprement littéraires pour accréditer le bien-fondé de sa théorie.

5Le premier paragraphe construit d’emblée les places de l’énonciation narrative [11]. L’incipit énonce une pure et simple tautologie, sur un ton impersonnel et dans un temps verbal particulier, le présent gnomique (temps immémorial des vérités générales, des théorèmes, des sentences et des proverbes) : « L’homme de foi est inébranlable ». Mais, dès la deuxième phrase, l’auteur retire au lecteur toute possibilité de s’identifier à cet « homme de foi » qui refuse le commerce avec les êtres de raison : « Dites-lui votre désaccord, il vous tourne le dos. Montrez-lui des faits et des chiffres, il vous interroge sur leur provenance. Faites appel à la logique, il ne voit pas en quoi cela le concerne. »

Le lecteur éclairé est ainsi enrôlé d’emblée dans la lutte du doute méthodique contre « la foi », tandis que le croyant convaincu (le « il » dont il sera question tout au long du livre) est expulsé de la communauté des « nous » : « Nous savons tous d’expérience ce qu’il y a de dérisoire à essayer de changer une conviction forte, surtout si l’adepte a engagé une partie de sa vie sur son expérience. Nous connaissons bien les défenses multiples et ingénieuses que les gens utilisent pour protéger leurs convictions et savons comment ils s’arrangent pour les maintenir intactes à travers les assauts les plus dévastateurs. »

Ce travail de placement achevé, Festinger peut introduire le lecteur à la résistance paradoxale que l’« homme de foi » est capable d’opposer aux démentis les plus formels de la réalité : « Que se passera-t-il bien souvent ? Non seulement l’individu ne sera pas ébranlé, mais il en sortira plus convaincu que jamais de la « vérité » de sa foi. Peut-être ira-t-il jusqu’à montrer une ardeur nouvelle et à convertir des profanes. » Cette éventualité est toutefois soumise à cinq « conditions » empiriques.

Les unes ont trait à la force de la conviction : elle est si intense qu’elle entraîne des conduites d’engagement aux conséquences irréversibles. D’autres portent sur la relation entre l’énoncé croyant et la « réalité » : il doit être factuel et spécifique, susceptible d’un démenti si peu équivoque que le croyant ne puisse éviter de le reconnaître. Enfin, la dernière condition concerne le soutien social du groupe croyant envers ses membres après le désaveu des faits. (L’ethnologue que je suis n’a pas manqué de s’étonner de ce que Festinger ne prenne pas en compte le contexte social et politique ­ ce qu’il appelle l’« environnement » social du groupe croyant. Car les mouvements millénaristes ne sont pas repliés sur eux-mêmes : il leur est essentiel de communiquer avec l’« extérieur », qui à son tour applaudit rarement à une annonce de la fin du monde).

Selon Festinger, plusieurs exemples historiques de mouvements apocalyptiques laissent supposer l’existence de techniques de résolution de la dissonance cognitive, sans néanmoins permettre de les décrire avec précision [12]. Il en existerait quatre : l’apostasie (« la prophétie était fausse, je la rejette »), le déni de réalité (« non, la prophétie n’a pas échoué »), la rationalisation (« ce qui a échoué, c’est une interprétation fautive de la prophétie »), le prosélytisme (« si je convertis des incroyants malgré l’échec apparent de la prophétie, c’est qu’elle était vraie ») [13].

Parvenus à ce point, les chercheurs du Laboratoire de Festinger étaient en quête de données irréfutables sur ces phénomènes de réduction de la dissonance quand, en septembre 1954, un article d’un journal de Lake City tombe par hasard sous leurs yeux. On y lit qu’une Madame Keech, « ménagère » de banlieue, prophétise la survenue très prochaine d’une inondation catastrophique qui submergera une bonne partie du territoire américain ; seuls ses disciples seront sauvés par des extraterrestres venus à temps les enlever dans des soucoupes volantes [14].

Les professeurs Festinger et Schachter la rencontrent immédiatement à Lake City en se présentant comme des hommes d’affaires convaincus par sa déclaration à la presse. Le succès de leur ambassade permet de faire venir sur place Henry W. Riecken, et d’engager un, puis deux, quatre et à la fin huit enquêteurs-étudiants qui, eux aussi, se feront admettre pour avoir feint de croire à la prophétie de Madame Keech. L’accroissement progressif du nombre des enquêteurs est dû au fait que les fidèles de la prophétesse vivent dans deux villes distantes l’une de l’autre d’environ 400 kilomètres, Lake City et Collegeville [15]. C’est ainsi que, trois mois durant, cinq à huit observateurs-participants selon les lieux et les moments vont s’intégrer à la vie quotidienne des fidèles, deux mois avant et un mois après l’échec de la prédiction.

La visée générale de L’Échec d’une prophétie devient intelligible dans les derniers paragraphes du chapitre 1 [16] : désormais, à l’exception d’un « Appendice méthodologique » à la fin du livre, le texte est exclusivement consacré au récit des aventures de ce groupuscule millénariste, provisoirement renforcé par une petite troupe d’enquêteurs. Grâce au début du chapitre, nous savons toutefois que ce récit d’une prophétie qui échoue est enchâssé dans le méta-récit d’une prédiction scientifique qui réussit [17], et que le lecteur est prié d’avaler ce dispositif rhétorique à double détente.

Dans le récit proprement dit, le narrateur cesse totalement d’interpeller le lecteur qui peut alors s’abîmer à son aise dans les péripéties. Le travail de distinction entre les actants n’en est que plus flagrant : les membres du groupe étudié (les « croyants ») sont dotés de noms propres (« Madame Keech », « le Dr Armstrong »), tandis que les chercheurs en sont dépourvus, sans doute parce qu’ils incarnent l’idéale impersonnalité de la science. Ils n’en sont pas moins distingués selon leur fonction dans la division du travail scientifique : Festinger, Riecken et Schachter, les trois auteurs-narrateurs, sont désignés par les expressions « l’un de nous » (one of us), « nous trois » (the three of us), « l’un des auteurs » (one of the authors) ; tandis que les enquêteurs, des étudiants rémunérés, seront « un observateur » (one observer), « deux de nos observateurs » (two of our observers), etc [18].

Dans l’Index de l’ouvrage, deux bizarreries rompent toutefois cette distribution et soulèvent des questions de méthode : une absence, et une impropriété. D’une part, l’activité des auteurs sur le terrain n’est pas représentée : aucune entrée « Auteurs », ni « Festinger », « Schachter », et « Riecken ». D’autre part, le terme « observateurs » (Observers), employé pour répertorier les actions des étudiants-enquêteurs, est insuffisant : à l’instar des auteurs, ils n’ont pas cessé de co-agir avec les fidèles tout au long du travail sur le terrain. Pour n’en prendre que trois exemples : sont-ils des « observateurs » (Observers) quand ils racontent aux leaders du groupe un prodige auquel ils auraient assisté ou un rêve inventé de toutes pièces ? L’est-il, celui qui est choisi pour diriger une réunion décisive, ou celui que Madame Keech « reconnaît » comme un « Frère de l’Espace » [19] ?

Les critiques de L’Échec d’une prophétie ont souvent invoqué contre cette enquête l’argument suivant : les huit enquêteurs, du simple fait de leur présence continue parmi des adeptes en nombre si limité, auraient nécessairement modifié les convictions du groupuscule. Or un examen serré des situations d’échanges entre enquêteurs et enquêtés montre qu’ils ont réussi à limiter au maximum leur influence. De son côté, Arnaud Esquerre s’est interrogé sur l’autre versant de la même question [20] : puisque la promiscuité des chercheurs avec les « croyants » les a nécessairement affectés, ont-ils été eux-mêmes séduits, si peu que ce soit, par les idées de leurs enquêtés ? À mon sens, les professeurs avaient trop incorporé le nouvel ethos scientifique pour risquer une conversion ou même un trouble passager [21].

Quant aux étudiants, le fait qu’ils travaillaient sous les yeux de leurs professeurs comme leur état de constant surmenage n’étaient pas favorables aux états de flottement. Car ils étaient nuit et jour sur le qui-vive, présents aux événements où qu’ils se déroulent, cherchant désespérément un recoin pour enregistrer leurs données, et faisant des centaines de kilomètres pour rejoindre les deux théâtres des opérations ou leur Université à Minneapolis (située à 700 kilomètres de Lake City et 900 de Collegeville). Tel jeune enquêteur aura été superficiellement tenté par l’appel à une vie alternative, mais aucun n’a eu le temps de s’y laisser aller. Surtout, leur épistémologie implicite empêchait qu’ils se situent au même niveau d’humanité que les enquêtés.

C’est là l’objection principale que je fais au choix de la tromperie pour accéder à ce groupe : elle a donné aux enquêteurs la conviction qu’ils appartenaient à une humanité supérieure, celle des savants pour qui les règles de la morale ordinaire sont suspendues au profit d’une valeur ultime, l’accroissement du savoir [22]. Avant même d’aller à Lake City, Leon Festinger, enseignant charismatique, était aussi un maître du cynisme scientifique. Il dupait et manipulait les étudiants qu’il recrutait pour ses expérimentations, considérant qu’il leur offrait ainsi la chance d’une initiation : devenus professeurs, ils mystifieraient à leur tour leurs sujets, contribuant ainsi à l’essor continu des connaissances [23].

Eût-il admis la fondamentale équivalence entre chercheurs de savoir et objets de savoir, Festinger aurait peut-être renoncé à expliquer les évènements de Lake City par les seules particularités du groupe millénariste, ou par le fait qu’ils souscrivaient aux fameuses cinq conditions [24]. Car Madame Keech et ses fidèles ne sont pas mûs de façon exclusive par leurs convictions et par la structure de groupe : ils sont aussi aux prises avec l’extraordinaire violence sociale et politique que manifestent à leur égard des autorités en tous genres [25]. L’étonnant n’est pas que Festinger la montre (puisqu’il est un excellent chercheur), mais qu’il n’en tire aucune conclusion, ni empirique ni théorique.

Ces forces sociales sont d’abord constituées par le voisinage immédiat de Madame Keech, dont les plaintes sont très vite portées devant la puissance publique. Ensuite, par les familles : L’Échec d’une prophétie évoque des parents d’adolescents fidèles à la secte (qui interdisent aux jeunes gens de rencontrer Madame Keech, ou qui leur imposent un horaire strict de retour à la maison, même le Grand Soir du 21 décembre), des comités de parents d’élèves (qui menacent de recourir à la police), une s ur (celle du Dr Armstrong qui saisit la justice et la psychiatrie pour mettre sous tutelle son frère et sa belle-s ur et leur retirer la garde de leurs enfants et la gestion de leurs biens), des époux (le mari de Bertha Blatski, type même de l’autocrate domestique ; celui de Marian Keech, malgré son immense tolérance pour les activités de son épouse, la met dans un état de peur panique le jour où la police le somme de la ramener à la raison). Enfin, par les autorités administratives, qu’elles soient universitaires (le Dr Armstrong contraint à démissionner de son poste), municipales et judiciaires (la menace d’une mise en examen si l’activité du groupe ne cesse pas immédiatement), ou médicales (des examens psychiatriques obligatoires).

Quant aux médias, ils ont un impact désastreux sur le groupe des fidèles : au début, Madame Keech donne des interviews afin d’alerter l’opinion sur le cataclysme qui menace le pays, mais elle ne rencontre qu’un faible écho. Par contre, dès que le renvoi du Dr Armstrong de son Université est rendu public, c’est la ruée de la presse sur Collegeville et Lake City.

Les fidèles voient alors leur message indéfiniment reproduit, mais travesti, assorti de railleries, de ragots, etc., bref de tout ce dont une presse à sensation est capable. Or l’Amérique de 1954 n’est pas précisément tolérante : elle est en pleine Guerre froide, dans l’après-guerre de Corée, la période finale du maccarthysme, et le moment où Billy Graham entame ses croisades dans les grandes villes américaines. C’est aussi la période où les ménages américains s’équipent en téléviseurs, où l’ancien medium majeur (la radio) fait l’impossible pour ne pas se laisser devancer par la jeune télévision.

On ne s’en étonnera pas : ces critiques, portées depuis le point de vue avantageux d’une professionnelle des sciences humaines en 2012, ne sont pas celles qui ont salué la publication de L’Échec d’une prophétie en 1956. Leon Festinger était alors âgé de 37 ans, mais sa filiation lewinienne, ses livres et ses articles lui avaient déjà donné une réputation d’excellence.

Voilà qu’il publiait, peu après son grand manuel de méthodologie des sciences sociales, le récit très vivant d’une recherche démontrant le bien-fondé d’une nouvelle théorie : car de fait, sitôt sa prophétie infirmée, Madame Keech s’était engagée avec ses fidèles dans une furieuse activité de prosélytisme qui tranchait de façon radicale avec sa réserve antérieure vis-à-vis des « incroyants ». Pourtant, la publication du livre fut un véritable fiasco.

L’Échec d’une prophétie fut ignoré par la plupart des revues de psychologie, y compris celles qui avaient coutume de publier les travaux de Festinger. À ma connaissance, il n’y eut que trois critiques de L’Échec d’une prophétie dans des revues de psychologie [26]. La première vient d’un ancien étudiant et ami de Festinger au MIT, un lewinien comme lui : Albert Pepitone se dit fasciné par le récit, intéressé par le concept de dissonance cognitive, mais incapable de juger de la pertinence de la prédiction de Festinger sur la foi d’un seul exemple ­ ce que Festinger lui-même a d’ailleurs reconnu dans son livre [27].

Le deuxième article désapprouve formellement la supercherie qui a permis aux enquêteurs d’entrer dans le groupe millénariste (se prétendre convertis à la prophétie de Madame Keech), et plus encore le fait qu’ils n’aient pas demandé l’accord des enquêtés avant de publier un livre sur eux : la publication de L’Échec d’une prophétie est une invasion of privacy. Selon l’auteur du compte-rendu, M. Brewster Smith, cette infraction à l’éthique des sciences humaines est plus grave encore que celles qui se répandent alors en psychologie expérimentale, à la suite d’ailleurs de Lewin puis Festinger. Même si les chercheurs dupent trop souvent les sujets de leurs expériences, au moins leur demandent-ils l’autorisation de publier les recherches effectuées grâce à leur participation [28].

Quant au troisième compte-rendu, il est signé par Robert W. White, un psychologue clinicien qui moque à la fois la méthodologie et les résultats de Festinger. Dans une parodie qui oppose « Eux, les zélotes », producteurs de « prophéties », à « Nous, les savants », producteurs de « prédictions », White imagine le cas d’un fan de Festinger, « le Pr. Hoyst O. Petard », de l’Université du West Dakota. Étudiant un groupe d’exaltés qui a « prédit un holocauste », Petard aurait « prophétisé » l’échec de cette « prédiction » et le recours inévitable des fidèles au prosélytisme.

Bien entendu, la « prophétie » du Pr. Petard échoue, et la dissonance cognitive qu’il ressent l’engage à tenter de la résoudre par tous les moyens. L’un d’entre eux consiste à transformer son malaise en carrière académique : Petard dirige bientôt un programme des recherches collectif sur l’échec des « prophéties » scientifiques, puis une revue spécialisée, Prédiction Sociale, et enfin une Division de l’American Psychological Association, Déterminisme Social ­ dont les travaux ne manqueront pas de vérifier sous peu la « prophétie » de Festinger sur le prosélytisme [29].

Après un tel fiasco, on aurait supposé que L’Échec d’une prophétie serait relégué pour toujours dans les bas-fonds de l’histoire des sciences. Or, voici que, dix ans plus tard, vers le milieu des années 1960, ce livre devient un livre culte, l’une des premières lectures proposées aux étudiants en sciences humaines, y compris en psychologie sociale. Pourquoi ?

Peut-être parce que le récit est en train de devenir un mode d’exposition des données acceptable en sciences sociales ; ou parce que l’on cherche à renouveler le matériel pédagogique, surtout pour les débutants. De toutes manières, L’Échec d’une prophétie offre aux chercheurs un authentique roman de leur activité, la mise en forme narrative de ce qu’ils apprennent avec tant de lenteur à l’Université : comment faire aller ensemble, d’un côté une hypothèse et une méthode avec leur simplicité logique, et de l’autre, une interaction sociale avec ses infinis aléas.

Les auteurs réussissent à maintenir la tension de leur double dispositif (un méta-récit enchâssant un récit) en signalant les actants par des caractéristiques inverses : la suractivité des « savants » met en pleine lumière la passivité infinie des « croyants », et réciproquement.

Le méta-récit rapporte les activités d’un laboratoire scientifique dont les trois directeurs sont des jeunes gens suractifs, amoureux de faits empiriques paradoxaux et de théories imaginatives qu’ils entendent valider par des prédictions solides. Les membres de l’équipe de recherche tentent d’assister au maximum d’événements et de les enregistrer sur plusieurs supports. Malgré la qualité de leur équipement technologique, la communication entre eux est aussi nécessaire que difficile, vu la distance entre les deux sites du terrain et avec l’Université.

Un élément important du suspense vient de ce que cette activité d’enregistrement et de communication avec le monde de la science s’opère de façon clandestine : qu’un seul d’entre eux soit surpris, et l’enquête collective est ruinée. Tous ces actants sont soudés par un objectif commun, accroître les connaissances en psychologie sociale, en mobilisant au maximum l’imagination et la détermination.

Le récit, au contraire, met en scène les fidèles, des gens occupés, si l’on peut dire, à attendre : leur conduite est ordonnée par une éthique voire une esthétique de la passivité, sous des modalités diverses. D’abord, celle des mediums envers les messages venant des mondes extra-terrestres : Madame Keech consacre ses jours et ses nuits à recueillir des messages de multiples entités surnaturelles et des messages interprétant les messages précédents, ou annulant ceux de la veille. Les fidèles sont ainsi dans une situation paradoxale : toujours sur le qui-vive, et toujours prêts à corriger les enseignements reçus.

D’autant que deux autres mediums, Bertha Blatsky et Ella Lowell, entrent dans le jeu et font parler leurs propres autorités, « Le Créateur » et « Le Dr Browning ». Mais elles aussi doivent attendre que leurs « Entités » veuillent bien se manifester, et proférer quelque chose de pertinent. Les trois mediums leur abandonnent, qui sa main (Madame Keech), qui sa bouche (Ella Lowell), qui son corps entier (Bertha Blatsky). Ensuite, la passivité de tous devant les événements : Madame Keech, en particulier, ne sait jamais rien de certain, pas même sur la fameuse prophétie. Les « Grands Frères » ont certes annoncé le cataclysme pour le 20 décembre à minuit, mais peut-être changeront-ils d’avis avant l’heure fatidique. Aussi, celle que la presse présente comme le chef d’une secte est-elle surtout remarquable par son absence d’initiative.

Elle a une responsabilité cosmique, elle doit agir pour que les temps adviennent, mais les « Entités » la maintiennent dans un absolu non-savoir : cet homme muet qu’elle rencontre le jour où les hommes de l’espace devaient cueillir tous les fidèles à l’aéroport, est-ce un « Grand Frère » ? Non. Alors, ce sera un sice, témoin silencieux de l’au-delà qui guide les terriens. La doctrine millénariste, par chance, a fourni un concept (le sice), mais celui-ci ne donne aucune indication sur la conduite à suivre. Le sice refuse les sandwiches, c’est tout ce que l’on sait de lui.

Après, on attend qu’il revienne. Lui ou un autre. Enfin, les « croyants » sont eux-mêmes perpétuellement suspendus à Madame Keech, parfois à l’une des deux autres mediums. Ils s’activent, certes : deux adeptes assurent le ménage et la nourriture du groupe, d’autres assurent la réception des curieux et des journalistes, reproduisent ou diffusent les messages, étudient la doctrine dès qu’ils ont une pause. Mais tout en assumant ces tâches, ils se maintiennent, mentalement, dans une passivité infinie.

La fin des travaux de jeunesse

La théorie de la dissonance cognitive a été mise en chantier fin 1953 et l’enquête de terrain entreprise à l’automne 1954 pour vérifier l’une de ses implications. Après quoi, Festinger publie deux livres coup sur coup : en 1956, L’Échec d’une prophétie écrit avec deux collègues et, en 1957, sous son seul nom, A Theory of Cognitive Dissonance[30]. Ces deux ouvrages sont donc étroitement liés, mais ce que l’auteur dit de ce lien dans l’un et l’autre est véritablement bizarre.
Il est en effet surprenant qu’il faille attendre le second écrit pour connaître la naissance de la théorie de la dissonance et donc de l’enquête de terrain. Dans la préface de A Theory of Cognitive Dissonance, Festinger rapporte qu’en 1951, un contrat de la Ford Foundation lui a demandé de problématiser les travaux existants sur « la communication et l’influence sociale », de les théoriser, d’imaginer de nouveaux programmes de recherches empiriques et, enfin, de recueillir au besoin des données inédites.

Reculant devant l’énormité de la tâche, le laboratoire a réduit son champ d’investigation à la seule « communication informelle », notamment aux rumeurs et aux déterminants de leur acceptation ou de leur propagation. La curiosité des chercheurs a été bientôt piquée par l’article d’un anthropologue, Jamuna A. Prasad, sur les suites d’un tremblement de terre survenu en 1934 en Inde [31]. Là-bas, sitôt le calme revenu, des rumeurs annonçant la venue imminente de calamités infiniment plus graves se répandirent dans les régions situées au-delà de l’épicentre. Les habitants y avaient fortement ressenti les secousses et ils avaient été pris de panique sans toutefois subir de dommages directs. Selon Prasad, ces rumeurs a posteriori ont permis aux habitants de justifier leur angoisse passée : la preuve que le séisme était vraiment dangereux, c’est que le pire était encore à venir, à telle date précise et sous telle forme particulière ­ une inondation, un incendie.

Pour Festinger, ce cas constitue une anomalie théorique, qui met en crise le paradigme behavioriste dominant selon lequel les sujets humains rechercheraient les objets liés à une expérience de plaisir et fuiraient les objets rappelant une expérience de déplaisir ou de douleur. Or, ces Indiens ont réagi à la panique provoquée par un tremblement de terre en adhérant à des rumeurs plus pénibles encore. Il en va de même pour les prophéties de fin du monde : pourquoi s’y rallierait-on si l’on n’était motivé que par la quête de plaisir et l’évitement du déplaisir [32] ? Autre anomalie éditoriale, A Theory of Cognitive Dissonance n’évoque pas franchement L’Échec d’une prophétie. Le chapitre 1 de l’ouvrage théorique évoque la publication de l’enquête, mais sans en indiquer ni le titre ni référence bibliographique et, dans le texte du chapitre X, Festinger expose le cas du groupe de Lake City, sans toutefois citer le titre du livre de 1956 : une référence « no 19 » permet au lecteur curieux de découvrir qu’il s’agit de L’Échec d’une prophétie.

Pourquoi cette étrange distance entre deux ouvrages qui traitent du même problème, qui ont été pensés et écrits ensemble et qui ont été publiés à un an d’intervalle ? L’échec cuisant de L’Échec d’une prophétie est une explication plausible, d’autant que Festinger prend un soin maniaque à authentifier A Theory of Cognitive Dissonance comme un classique de la psychologie sociale. Sur un ton délibérément impersonnel, il y expose la théorie générale d’une motivation importante et inédite de l’activité humaine (réduire la dissonance cognitive), qu’il illustre dans des domaines très différents par des expérimentations en laboratoire et, quand ce n’est pas possible, par des résultats d’enquêtes directes.

C’est pourquoi les données de L’Échec d’une prophétie y sont exposées de façon délibérément schématique, pour leur seule adéquation à la théorie de la dissonance cognitive : le temps verbal est le présent gnomique, les noms propres sont remplacés par des indications situationnelles (les protagonistes sont « une femme », « le médecin », des « enquêteurs », etc.), sauf bien sûr pour les auteurs de publications scientifiques numérotées, parmi lesquels « Festinger ».

Dans son compte-rendu de A Theory of Cognitive Dissonance, Solomon Asch, l’expérimentateur le plus respecté des années 1950, regrette ce que l’idéal théorique de Festinger fait perdre à la psychologie sociale : « [Malgré la limpidité remarquable du modèle de Festinger,] un ingrédient vital fait défaut. Il n’y a aucune place pour la description du phénomène, de ce que l’enquêteur voit de ses propres yeux. Il n’existe aucune mention dans ce livre à ce qu’un individu a dit ou fait. Les recherches empiriques de Festinger ne sont pas l’occasion d’observations ; leur unique fonction est de pouvoir parler la langue monosyllabique des degrés de fiabilité (c’est-à-dire des statistiques) [33]. » Par tradition, en effet, la psychologie sociale américaine s’était jusque là inscrite parmi les sciences de la nature.

Au mieux, ses expérimentations construisaient des condensés de situations empiriques, mais leur but restait l’observation. Au contraire, A Theory of Cognitive Dissonance ouvre la voie à une science psychologique alignée sur le modèle de la physique : elle ferait fond sur la seule expérimentation, et concevrait celle-ci comme la construction d’un artefact destiné à produire des effets statistiques mesurables [34]. Festinger renoue ainsi avec l’idéal de son maître Kurt Lewin ­ construire une théorie générale du comportement humain ­, mais en le vidant de sa visée humaniste, et en y apportant de nouvelles méthodes.

On voit donc à quel point la visée de Festinger en 1957 ­ fonder une nouvelle psychologie expérimentale dans laquelle les êtres humains seraient de purs supports d’abstractions ­ est incompatible avec celle de son livre précédent. L’Échec d’une prophétie, en effet, avait opté pour la forme narrative : son auteur ne dédaignait pas de nous faire parcourir dans ses infinis méandres l’histoire erratique d’un groupuscule si modeste qu’il ne portait pas même de nom. La crédibilité du récit tenait au fait que les événements rapportés étaient constamment imprévisibles, tant pour les millénaristes que pour les chercheurs [35]. Aussi, quand nous considérons ce texte comme un livre-culte des sciences humaines (ce fut le cas à partir des années 1960), songeons que ce ne fut pas forcément l’avis de Festinger.

Car en 1956, il ne s’agit sans doute pour lui que d’un pis-aller méthodologique (identifier le recours au prosélytisme comme sortie de la dissonance cognitive), ou peut-être une provocation académique. Considéré dans l’ensemble de son œuvre, L’Échec d’une prophétie constitua, de toute évidence, la fin de ses travaux de jeunesse. Il se replia ensuite sur la vie de laboratoire, se consacrant au perfectionnement de sa théorie et à la conception de ces « illusions de réalité » que sont les situations expérimentales destinées à la démontrer [36]. Notons d’ailleurs que A Theory of Cognitive Dissonance, malgré sa brièveté, suscita immédiatement une incroyable floraison de travaux audacieux ­ des théories et des expérimentations, pas d’enquêtes de terrain, plus jamais d’enquêtes de terrain ­, et donna pour une génération le ton d’une nouvelle psychologie sociale caractérisée, entre autres, par la disparition du social [37].

Les nouvelles aventures de Sister Thedra [38]

L’épilogue de L’Échec d’une prophétie rapporte le départ précipité, dès les premiers jours de janvier 1955, de Marian Keech, du couple Armstrong, et de leurs adeptes les plus proches fuyant devant les menaces que les autorités faisaient peser sur eux. Marian Keech, dont le nom réel était Dorothy Martin, quitta définitivement Lake City et, après deux semaines de clandestinité chez une adepte, elle partit incognito pour l’Arizona. Elle rompit avec tous ses fidèles, à l’exception des Armstrong (en réalité Charles et Lilian Laughead), eux-mêmes réfugiés en Californie du Sud. Charles Laughead fit assez vite son chemin dans le petit monde en rapide expansion des soucoupistes : il donna une conférence en 1955, à la deuxième Giant Rock Convention.

Il présenta bientôt Dorothy Martin à George Hunt Williamson, un théosophe qui prétendait recevoir des messages des astres par voie télépathique [39]. De cette rencontre naquit une Brotherhood of the Seven Rays, qui émigra au bord du lac Titicaca pour y fonder un monastère, le Priory af All Saints, en quête des traces d’une civilisation « post-lémurienne ». De là, Dorothy Martin, devenue Sister Thedra, envoya des courriers innombrables à Charles et Lilian Laughead, demeurés en Californie, contenant les messages de ses « Entités » du moment, Sananda et Sanat Kumara. Progressivement, le monastère se vida et Dorothy Martin se retrouva seule à Moyobamba, dans une misérable cabane, malade et se sentant trahie par tous les croyants.

Mais ses « Entités » lui ordonnaient de rester sur place, et elle employa ses maigres ressources à transmettre leurs messages quotidiens en Californie. En 1961, elles l’autorisèrent enfin à revenir aux USA, et à s’établir dans un haut-lieu de l’Amérique mystique, le Mount Shasta, dont le sous-sol cacherait une colonie de Lémuriens en contact avec des extra-terrestres. Elle y créa l’Association de Sananda et Sanat Kumara, et recruta une petite troupe de fidèles qui distribuaient ses messages télépathiques. En 1988, elle se retira enfin à Sedona, en Arizona, le centre New Age le plus couru du pays. Elle y mourut à 92 ans, après un dernier message de son Frère cosmique : « Le temps est venu pour toi de sortir de l’endroit où tu te trouves…

Laisse les choses se faire, car nombreux sont ceux qui t’accueilleront avec des cris de joie [40]. »
En somme, quand, en 1955, Festinger, Schacter et Riecken rédigeaient dans la fièvre L’Échec d’une prophétie, Madame Keech et le couple Armstrong rompaient toutes relations avec la société américaine « normale » ; et quand, en 1956, Festinger écrivait The Theory od Cognitive Dissonance, ils s’étaient suffisamment établis dans cette marge de New Agers pour être désormais à l’abri de la dissonance cognitive, et donc aussi du prosélytisme pour en sortir. Pendant les trente-huit ans que Madame Keech vécut encore, ses « Entités » ne cessèrent de confirmer la catastrophe initialement prévue pour le 20 décembre 1954 : elle ne manquerait pas de se produire, mais à une échéance imprécise et sous une forme toujours nouvelle.

Ces données mettent en perspective la radicalité passée du groupe : sans doute y avait-t-il été contraint par sa situation particulière au moment où il avait jugé urgent d’annoncer la date de la fin du monde dans la presse. Madame Keech était alors une simple « ménagère » de la banlieue de Chicago, en proie depuis quelques mois à des messages venus d’En-Haut, que sa main transcrivait en écriture automatique. La prophétesse et ses disciples étaient alors solidement arrimés à la société majoritaire, qui par sa profession (professeur d’Université, homme d’affaires), qui par son statut (« ménagère »), qui par ses projets d’avenir (étudiants). Certains participaient déjà à des réseaux de la sous-culture ufologique, mais ils maintenaient de fortes attaches avec la société ordinaire qui demeurait la référence principale. C’est pourquoi, me semble-t-il, il leur avait paru naturel de s’adresser aux incroyants, des convertis potentiels, par voie de presse.

27Juste après l’échec de la prophétie, le recours au prosélytisme aurait donc été une tentative désespérée, pour ces convertis de fraîche date, de se maintenir dans le monde « normal » en faisant de nouveaux convertis. Si cette hypothèse est la bonne, Madame Keech et ses fidèles les plus proches n’ont pas éprouvé la dissonance cognitive au point où Festinger le prétend : il note d’ailleurs qu’après quelques heures de totale déroute, la fameuse nuit du 20 au 21 décembre 1954, les « Entités » ont communiqué sans tarder une explication qui a mis fin au désarroi des plus convaincus : vous avez tant fait pour vos frères humains que l’Apocalypse n’a plus lieu d’être.

Notes

  • [1]
    Cf. Pierre Lagrange, La Rumeur de Roswell, Paris, La Découverte, 1996. Depuis 1750 environ, les fictions ou « comptes rendus » de voyages interstellaires sont nombreux. La nouveauté des années 1950, c’est l’apparition du vaisseau spatial. Cf. Gordon J. Melton, « The Contactees : A Survey », in James R. Lewis (dir.), The Gods Have Landed. New Religions From Other Worlds, Albany, State University of New York Press, 1995, p. 1-13.
  • [2]
    Cf. l’Avant-propos et les Notes de Pierre Lagrange à la traduction française du livre de Gray Barker (Ils en savaient trop sur les soucoupes volantes, trad. de l’angl. par Vincent Carénini, Paris, Presses du Châtelet, 1956 [2002], p. 12-13). Gray Barker, qui animait The Saucerian, joua un rôle important dans l’essor de la culture ufologique, et fut un correspondant de Madame Keech, l’héroïne de Festinger.
  • [3]
    Leon Festinger, Henry W. Riecken et Stanley Schachter, When Prophecy Fails, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1956 [reed. avec une préface de Elliot Aronson, Londres, Pinter & Martin, 2008] (L’Échec d’une prophétie. Psychologie sociale d’un groupe de fidèles qui prédisaient la fin du monde, trad. de l’angl. par Sophie Mayoux et Paul Rozenberg, Paris, PUF, 1993).
  • [4]
    Venu au MIT en 1946 pour étudier sous la direction de Kurt Lewin, Stanley Schachter en fut empêché par la mort du maître. Le Centre déménagea à Michigan pour y devenir un Institute for Social Research, et Schachter fit partie du voyage. Il prépara sa thèse sous la direction de Festinger, et publia ses premiers textes en collaboration avec lui. Après quoi il rencontra son domaine d’élection, l’articulation entre les facteurs physiologiques et psychologiques du comportement, surtout dans les émotions et les addictions. Il écrivit aussi une étude célèbre sur la Bubba psychology, la sagesse des grand-mères juives qui expliquent les décisions économiques par des motivations irrationnelles (l’avidité et la peur).
  • [5]
    L. Festinger, A Theory of Cognitive Dissonance, Evanston, Row & Peterson, 1957. À l’origine, le jeune Festinger avait été attiré par les idées de Kurt Lewin plutôt que par la psychologie sociale. Leur relation date des années 1941-1943, quand Lewin vivait d’une bourse de la Fondation Rockfeller à l’Université d’Iowa. En 1945, quand le Research Center for Group Dynamics fut créé au MIT pour Lewin, Festinger l’y rejoignit : il fut son plus brillant étudiant.
  • [6]
    En anglais, j’ai utilisé l’édition de 2008, qui comporte une préface d’Elliot Aronson, le disciple le plus proche de Festinger ; et en français, celle de 1993.
  • [7]
    Pour les cognitivistes actuels, la « cognition » dont parle Festinger concerne les processus de traitement de l’information « de haut niveau » tels que le raisonnement, la prise de décision, ou les fonctions d’exécution. En 1956, il n’a pas encore les moyens d’aborder les processus « de bas niveau », qui seront la grande découverte des neurosciences.
  • [8]
    Malgré la croisade que je mène depuis des années contre l’emploi de « croire » comme terme analytique dans les sciences sociales, je n’objecte pas à l’emploi particularisé qu’en fait Festinger : il s’agit toujours du degré maximal de conviction, soutenue avec force pendant un temps long par un même sujet. J’ai seulement des doutes sur la réalité de semblables états, y compris à propos des prophéties de fin du monde.
  • [9]
    Fritz Heider (« Attitudes and Cognitive Organization », Journal of Psychology, vol. 21, 1946, p. 107-112) a consacré un article à la contradiction logique, mais Festinger ne le cite pas. Il connaît, par contre, le manuscrit du grand œuvre de Heider, qui paraîtra en 1958 : Cf. L. Festinger, A Theory of Cognitive Dissonance, op. cit., p. 7. Comme Lewin, Heider est un émigré de l’Europe nazie. Il a traduit en anglais les premiers livres de Lewin, et pensé lentement une théorie originale du comportement qui a marqué la discipline.
  • [10]
    Leon Festinger et Daniel Katz, Research Methods in the Behavioural Sciences, NewYork, Dryden Press, 1953 (Les Méthodes de Recherche dans les Sciences Sociales, trad. de l’angl. par Honoré Lesage, Paris, PUF, 1963).
  • [11]
    Je cite la traduction française, qui respecte les places d’énonciation du récit. L. Festinger, H. W. Riecken et S. Schachter, L’Échec d’une prophétie, op. cit., p. 1. Les citations suivantes sont aux p. 1 et 2.
  • [12]
    L. Festinger, H. W. Riecken et S. Schachter, When Prophecy Fails, op. cit., p. 6-27. Ce sont des pages bien faibles : scandaleusement superficielles (deux pages pour la résurrection de Jésus !), ou mal conçues (le mouvement millériste en tant que tel a disparu après l’échec de sa troisième prophétie, mais Festinger ignore que ses adeptes ont créé des Églises importantes fondées sur des prophéties de fin du monde). Son exposé du cas Sabbathai Zevi est aujourd’hui périmé.
  • [13]
    Il ne s’agit pas d’une liste exhaustive, comme l’affirme Festinger, mais d’un simple échantillon. Notons toutefois qu’aux États-Unis, il est le premier à proposer une analyse des mouvements millénaristes. En Grande-Bretagne, le projet est déjà dans l’air : cf. Norman Cohn, The Pursuit of the Millenium : Revolutionary Millenarians and Mystical Anarchists of the Middle Ages, Londres, Secker & Warburg, 1957, et Peter Worsley, The Trumpet Shall Sound. A Study of Cargo Cults in Melanesia, Londres, MacGibbon & Kee, 1957.
  • [14]
    Les auteurs ont modifié les noms de personnes et de lieux. « Marian Keech » s’appelle en réalité Dorothy Martin et vit à Oak Park, dans la banlieue de Chicago. Ses adeptes sont fort peu nombreux en septembre 1954, quand les auteurs découvrent cette affaire. Ils seront une trentaine par la suite.
  • [15]
    « Collegeville » est en réalité East Lansing, près de Detroit ; le « Dr Armstrong » s’appelle Charles Laughead.
  • [16]
    L. Festinger, H. W. Riecken et S. Schachter, When Prophecy Fails, op. cit., p. 32.
  • [17]
    Festinger emploie les termes de « prédiction » et de « prophétie » comme s’ils étaient interchangeables, et il n’envisage jamais précisément le cas des prédictions scientifiques.
  • [18]
    On trouve néanmoins un démocratique « auteur-observateur » (the author-observer), ibid., p. 94.
  • [19]
    Ibid., p. 71-73 et 94. L’Annexe méthodologique nous met les cartes en mains : sans ces transgressions, le savoir scientifique n’aurait pu profiter de ces précieuses informations sur le groupe millénariste. Henry W. Riecken est plus tortueux : il explore dans un article les problèmes rencontrés par « The Unidentified Interviewer » sans dire avec précision sous quel prétexte et selon quels procédés les enquêteurs se sont infiltrés dans le groupe à étudier (« Of Sociology and the Interview », American Journal of Sociology, vol. 62, no 2, septembre 1956, p. 210-212).
  • [20]
    Arnaud Esquerre, La manipulation mentale. Sociologie des sectes en France, Paris, Fayard, 2009.
  • [21]
    Le petit groupe de jeunes chercheurs rassemblé par Kurt Lewin à l’Université de l’Iowa ou au MIT se sent investi d’une mission révolutionnaire : liquider le behaviorisme et le « freudisme » (réduit à une théorie de la catharsis), promouvoir une théorie générale sur le modèle des sciences physiques. Cf. Shelley Patnoe, A Narrative History of Experimental Social Psychology, The Lewin Tradition, New York, Berlin, Heidelberg, Springer-Verlag, 1988.
  • [22]
    Car la supercherie n’a pas été qu’une nécessité de l’accès au terrain. Lors de la première visite à Madame Keech, Stanley Schachter, pour plaisanter, s’est présenté comme étant « Leon Festinger », lequel a été contraint de prétendre qu’il s’appelait « Stanley Schachter ». Ils ont maintenu cette fiction jusqu’à la fin de l’enquête. Cf.L. Festinger qui s’en amuse beaucoup : « A Personal Memory », in Neil E. Grunberg, Richard E. Nisbett, Judith Rodin, et Jerome E. Singer (dir.), A Distinctive Approach to Psychological Research : The Influence of Stanley Schacter, Hillsdale, Lawrence Erlbaum Associates, 1987.
  • [23]
    James H. Korn (Illusions of Reality. A History of Deception in Social Psychology, Albany, State University of New York Press, 1997) consacre un livre important à l’introduction de la mystification des sujets d’expérimentation en psychologie sociale à la suite de Lewin, puis de Festinger. Solomon Asch y apparaît comme le pendant humaniste d’un Festinger cynique. Asch, en effet, étudiant l’indépendance de l’individu devant la pression du groupe, ne pouvait pas éviter de tromper son sujet d’expérience. Du moins n’a-t-il cessé de s’inquiéter des effets du procédé sur sa victime, refusant de célébrer la tromperie ou, pire, d’en faire un rite d’initiation.
  • [24]
    L. Festinger, H. W. Riecken et S. Schachter, When Prophecy Fails, op. cit., p. 1-2.
  • [25]
    Festinger a soigneusement rapporté les faits, mais sans jamais en tirer de conclusions.
  • [26]
    Je n’ai consulté que les revues américaines numérisées. Ce mutisme des revues de psychologie à propos de When Prophecy Fails est d’autant plus frappant que les revues d’anthropologie, de sociologie et de sciences religieuses en ont donné des comptes rendus très favorables, saluant le livre comme une contribution importante à la connaissance de mouvements mal connus.
  • [27]
    Albert Pepitone, American Journal of Psychology, vol. 70, no 4, déc. 1957, p. 671-672. Le jeune homme a été admis au MIT à l’automne 1946, car il souhaitait être formé par Lewin, dont on sait qu’il est mort très vite après. L’étudiant a préparé sa thèse sous la direction de Festinger, puis il a publié avec Dorwin Cartwright le premier volume des archives de Lewin, Field Theory and Social Science. Cf. Shelley Patnoe, A Narrative History of Experimental Social Psychology, op. cit., p. 82-89.
  • [28]
    M. Brewster Smith, « Of Prophecy and Privacy », Contemporary Psychology, vol. 2, 1957, p. 89-92. Fort exigeant sur l’éthique de la psychologie sociale, selon lui une « science humaniste », il sera plus tard président de l’American Psychological Association.
  • [29]
    Robert W. White, American Psychologist, vol. 13, no 11, novembre 1958, p. 656-657. Directeur de la Psychological Clinic à Harvard, il participe au courant de la Personality theory, le plus engagé contre la psychologie expérimentale. White est déjà connu pour un manuel qui sera maintes fois réédité, The Abnormal Personality (1948), et pour Lives in Progress : A Study of the Natural Growth of Personality (1952), qui introduit les histoires de vie des patients comme méthode d’investigation en psychologie clinique. Neuf ans plus tard, le roman d’Alison Lurie (Imaginary Friends, New York, Coward-McCann, 1967 (Des amis imaginaires, trad. de l’angl. par Marie-Claude Peugeot, Paris, Rivages, 1991)), qui se fonde sur l’aventure de Festinger et de ses élèves, jouera sur la même inversion des places que Robert W. White.
  • [30]
    J’utilise l’édition de 1962.
  • [31]
    Jamuna Prasad, « A Comparative Study of Rumours and Reports in Earthquakes », British Journal of Psychology, no 41, 1950, p. 129-44. Mac Ghee (« A Cultural History of Dissonance Theory », in Stephen O’Leary, Glen S. Mac Ghee (dir.), War in Heaven/Heaven on Earth : Theories of the Apocalyptic, Londres, U.K. Equinox Publishing, 2005, p. 195-219) pense à juste titre que, dans ces deux textes de 1956 et 1957, Festinger propose une « rumeur », une généalogie faussée de sa pensée. Car cette histoire ignore les importants travaux antérieurs de Festinger, en 1948 et 1950, sur la rumeur et la communication informelle. Les oublie-t-il parce que ce sont encore des travaux d’élève de Lewin ? (Cf. Leon Festinger, Dorwin Cartwright, Kathleen Barber, Juliet Fleischl, Josephine Gottsdanker, Annette Keysen, Gloria Leavitt, « A Study of a Rumor : Its Origin and Spread », Human Relations, no 1, 1948, p. 464-485 ; Kurt Back, Leon Festinger, Bernard Hymovitch, Harold Kelley, Stanley Schachter, John Thibaut, « A Method of Studying Rumor Transmission », Human Relations, no 3, 1950, p. 307-312 ; L. Festinger, S. Schachter, K. Back, Social Pressures in Informal Groups : A Study of Human Factors in Housing, Stanford, Stanford University Press, 1950).
  • [32]
    Ces faits sont absents de When Prophecy Fails, qui se borne à évoquer en passant, p. 27, l’existence de ce double chantier, l’enquête de terrain et la construction de la théorie.
  • [33]
    S. Asch, « Cacophonophobia. Review of A Theory of Cognitive Dissonance by Leon Festinger », Contemporary Psychology, no 3, 1958, p. 194-195. D’origine polonaise, Solomon Asch (1907-1996) est un pionnier de la psychologie sociale cognitive. D’inspiration gestaltiste (il soutient sa thèse avec Wertheimer et travaille longtemps avec Kohler), il monte des expérimentations célèbres sur la formation des impressions (1946) puis, dans les années 1950, sur l’indépendance que les individus opposent à la pression du groupe. Il manifestera toujours de l’embarras devant les expériences de son élève le plus brillant, Stanley Milgram, sur la soumission à l’autorité.
  • [34]
    Festinger s’est intéressé très tôt aux statistiques, qu’il a enseignées de 1943 à 1945 à l’Université de Rochester, dans un programme de guerre destiné à l’armée. Il a commencé à élaborer cette conception des sciences sociales expérimentales dans L. Festinger et D. Katz, Research Methods in the Behavioural Sciences, New York, Dryden Press, 1953 (Les Méthodes de Recherche dans les Sciences Sociales, trad. de l’angl. par Honoré Le Sage, Paris, PUF, 1963).
  • [35]
    L’article collectif de 1948 sur les rumeurs comportait aussi une part de récit : les jeunes enquêteurs du Centre de Lewin avaient dû abandonner une enquête d’habitat parce que l’on les avait traités de « communistes ». Festinger avait organisé un retour sur le terrain six mois plus tard pour élucider cette accusation.
  • [36]
    En se fondant notamment sur les idées de Lewin et les pratiques de Festinger et Schachter, James H. Korn (Illusions of Reality…, op. cit.) montre ce que la construction d’une expérimentation doit à la mise en scène théâtrale.
  • [37]
    John Derek Greenwood, The Disappearance of the Social in American Social Psychology, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.
  • [38]
    Jerome Clark, « The Odissey of Sister Thedra », in Diana G. Tumminia, Alien Worlds. Social and Religious Dimensions of Extraterrestrial Contact, Syracuse, Syracuse University Press, 2007, p. 25-41.
  • [39]
    George Hunt Williamson (1926-1986), s’était d’abord enthousiasmé pour William Dudley Pelley, un occultiste féru de soucoupes, fasciste et antisémite, auteur de Star Guests (1950), et dont Williamson publia la revue Valor. Il se mit ensuite dans la roue de George Adamski, au point d’être témoin, en 1952, de sa rencontre avec Orthon, l’habitant de Vénus. En 1954, l’année de l’enquête de Festinger, Williamson publiait avec son ami Bailey, The Saucers Speak.
  • [40]
    « It is now come the time that ye come out of the place wherein ye are… Let it be, for many shall greet thee with glad shout » : Jerome Clark, « The Oddyssey of Syster Thedra », in Diana G. Tumminia (dir.), Alien Worlds, Social and Religious Dimensions of Extraterrestrial Contact, Syracuse, Syracuse University Press, 20007, p. 41 (notre traduction).

Source : CAIRN info, Jeanne Favret-Saada

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Commentaire recommandé

calal // 10.07.2020 à 07h42

L’europe va apporter la paix et la prosperite.

0h05 ben non,chomage,perte de pouvoir d’achat ,insecurite et reduction des libertes pour tout le monde.

4h45 dissonance cognitive: il faut PLUS d’europe….

44 réactions et commentaires

  • calal // 10.07.2020 à 07h42

    L’europe va apporter la paix et la prosperite.

    0h05 ben non,chomage,perte de pouvoir d’achat ,insecurite et reduction des libertes pour tout le monde.

    4h45 dissonance cognitive: il faut PLUS d’europe….

      +86

    Alerter
  • Fabrice // 10.07.2020 à 07h42

    Le grand drame c’est quand une croyance dans un dogme financiariste et neoliberale est aux commandes et qu’il est le seul à être la référence des dirigeants alors qu’il prouve sa nuisance tant au niveau environnemental, économique et social, on constate le même denit, l’agressivité envers les voies qui tentent de lever le voile de l’illusion qui est maintenu par tous les moyens.

      +28

    Alerter
  • MS // 10.07.2020 à 08h12

    Je vois qu’Olivier s’est beaucoup interrogé sur le soutien sans faille dont profitait sur ce site un certain promoteur d’une paire de pilules magiques contre le covid.
    Bravo, bien vu !

      +16

    Alerter
    • medmed // 10.07.2020 à 09h44

      On pourrait lui retourner l’article pour qu’il s’interroge sur soutien sans faille à thèse inverse concernant la pandémie du siècle. Que dis-je la pandémie du millénaire.
      Mais que constate ton aujourd’hui ? Que cette « pandémie » n’est qu’une épidémie de plus, et qu’on a connu sans aucun doute pire avec par le passé dans les années 50 ou 60.
      La seule différence notable est la communication numérique qui a permis à travers l’internet, les smartphones et des médias toujours plus dans le sensationnel d’atteindre un stade de psychose collective mondiale. Et ça fait peur quand cela atteint toutes les couches de la société a commencé par ceux qui nous gouverne.
      L’inconscience collective a l’ère du numérique a permis l’impossible. La planète s’est tirée une balle dans le pied !

        +37

      Alerter
      • LibEgaFra // 10.07.2020 à 14h19

        « La seule différence notable est la communication numérique qui a permis à travers l’internet, les smartphones et des médias toujours plus dans le sensationnel d’atteindre un stade de psychose collective mondiale. »

        C’est vrai après tout, pourquoi donc s’être préoccupé de sauver des bouches inutiles, des retraités inactifs devenus un coût, une charge financière insupportable pour les capitalistes. Autant leur offrir une entrée rapide au cimetière. Dans la dignité, comme le préconisait Nietzsche. Ce roi des hypocrites.

        Conclusion: fallait laisser courir la gripette. Ce n’est pas trop tard.

        On se débarrasse des obèses, des diabétiques, des systèmes immunitaires déficients. Sélection naturelle. Que du bonheur.

        Il est beau votre programme anti-psychose!

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        • emmanuel // 10.07.2020 à 15h42

          Chiche ! pourquoi ne pas laisser faire la nature? nous traitons suffisamment du changement climatique d’origine humaine pourquoi le maintient en vie des « faibles » ne serait-il pas un possible dérèglement de la nature en soi, puisque dans celle-ci les faibles meurent . J’ai le sentiment que la science dans son ensemble a vouloir nous placer au-dessus de tout, mène l’humanité à sa perte .

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          • birin // 10.07.2020 à 17h00

            Je crois plutôt que l’humanité court toute seule à sa perte, depuis qu’elle court.
            Elle s’est toujours plus répandue vers tous les coins de la planète, avant de s’apercevoir que la sphère n’a pas de coins.
            Depuis on tourne en rond et on se construit toute sorte de buts plus illusoires les uns que les autres.

            A cause que le virus on s’est arrêtés de tourner en rond ?
            La belle affaire.
            A-t-on profité de la pause pour s’apercevoir que le but est juste devant notre nez, s’occuper de nos proches, protéger les plus fragiles, dont nos vieux ?

            Ce serait donc la science qui nous mène à notre perte ?
            Pas la bêtise, pas la cupidité, pas nos choix de société ?

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          • gracques // 10.07.2020 à 20h42

            Qui décide de qui est utile?
            De quelle ‘natue’ inexistence parlez vous?
            Depuis que l’homme existe il est culture….
            Et comme le disait Marx ‘ce sont les hommes qui font l’histoire…. mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font’
            Tout ça pour dire que c’est toujours nous pas décision politique qui décidons de qui est utile ou’pas … sans toujours le comprendre.

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          • Subotai // 11.07.2020 à 06h30

            Je m’en va essepliker pourquoi ça ne ce fait pas, malgré les velléités eugéniques de certains.
            Pas parce que on est tout gentil et que les humains bla bla bla bla…
            Mais parce que l’expérience montre qu’on ne sait pas qui va mourir vraiment et que c’est très con quand ça arrive au seul mec du coin qui savait un truc important pour tous les autres.
            L’expérience montre aussi que quand des trucs comme ça sont arrivés (perte du savoir) il a fallu parfois des siècles pour s’en remettre. *
            Alors on essaie de maintenir en vie et en bonne santé le maximum de monde. On ne sait jamais…

            *Et comptez pas sur le numérique pour conserver tout ça. Tous les informaticiens vous le confirmeront…

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            • birin // 11.07.2020 à 13h17

              Non Subotai, au doigt mouillé j’ai déterminé que seul un pourcentage ridicule d’informaticiens ont conscience que les tablettes d’argile encore lisibles ont 5000 ans, ou que les connaissances des aborigènes se sont transmises oralement sur 50000 ans.
              J’ai jeté depuis longtemps mes disquettes 3″ 1/2 car plus aucun ordi n’a de lecteur, et que les supports magnétiques étaient probablement déjà pourris.
              Les supports de données actuels ne sont pas plus fiables, pas plus que les standards d’enregistrement / encodage / transmission / cryptographie / …
              La grande mode maintenant c’est le « cloud », c’est le top, tu jettes tes données (mon comptable prétendait y jeter les données de ma boite, l’ahuri !) chez un GAFAM quelconque et il les garde précieusement pour toi. Jusqu’à la fin des temps probablement.
              Ce qui me fait le plus peur n’est pas le peu de fiabilité des moyens de stockage utilisés alors que l’on leur confie les clés de notre société, mais plutôt l’inconscience d’une part énorme des professionnel du domaine.

              Je me souviens d’un vieux film de 1975, Rollerball.
              Le gars cherche une info historique à un moment donné du film. Il va à l’agence de mémoire (un truc comme ça) et l’hurluberlu de service lui explique que « il suffit de demander à l’ordinateur gardien de la mémoire, mais il a parfois quelques absences. Le mois dernier il a perdu le XIII siècle. En même temps, il ne s’est pas passé grand chose au XIII siècle ».

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            • Subotai // 12.07.2020 à 19h00

              Tu as raison Birin.
              Hélas!
              Mais j’ai connu une époque où le flip de la perte de donnée et le casse tête de l’évolution des technologies et des supports ne se résolvaient pas par le Cloud…

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        • Antoine // 16.07.2020 à 20h52

          @ LibEgaFra « Si vous êtes malade, restez chez vous et prenez un Doliprane ». C’était le discours du gouvernement au début de l’épidémie. Il n’a jamais cherché à sauver des vies. Et je ne parle pas de ce qui s’est passé dans les EPAD…

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      • birin // 10.07.2020 à 16h58

        La planète se serait tirée une balle dans le pied ?
        La planète ne s’est rien tirée du tout.
        Ne serais-ce pas plutôt l’humanité que tu voulais dire ?
        Si oui, elle a plus de 15 milliards de pieds l’humanité.
        Peut-être qu’on pourrait en profiter pour apprendre à marcher sur d’autres pieds.
        On a bien appris à marcher sur la tête.

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    • jules Vallés // 10.07.2020 à 10h02

      Bien vu, bien vu, pas si sûr, l’argument est parfaitement réflexible…
      Voilà un article qui devrait nous pousser, chacun de nous, hein…, individuellement, à nous interroger sur nos propres limites cognitives ! L’introspection objective, n’est certes pas l’activité la plus rassurante, mais elle est sûrement un signe de bonne santé cognitive

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    • Rémi // 10.07.2020 à 10h32

      Il y a cerrrtes eu des soutients sans failles car le sujet á été hystérisé. Mais je trouve dommage que Les crises n’aient pasvoulu traiter des failles qui ont rendus la situation possible. J’en distingue trois essentielles qui ont lourdement contribuées et sont toutes des errreurs gouvernementales:
      -Une incapacitée gouvernementale à réagir vite. (Production de masque, mobilisation des capacitées de tests.) En contrepoint Raoult s’est avéré capable d’organiser vite des masses de tests et cela lui a donné une crédibilité.
      -Une incapacité á sortir de la communication. Le gouvernement a attaqué Raoult, mais que ce soit pour le contredire ou pour soutenir leurs enfants chéris il n’a en aucun cas été capable d’organiser rapidement des procédures de tests qu’il réclammait pourtant á corps et á cris de Raoult. Etait-ce si compliqué d’envoyer dans un autre CHU le protocole de roult et de leur dire faites un test en double aveugle? Quatre mois après ce n’est toujours pas fait et lá encore raoult a pour lui d’avoir produit des documents qui même si ils sont critiquables ont le mérite d’exister.

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      • Rémi // 10.07.2020 à 10h33

        -Une incapacité gouvernementale a convaincre la population que le gouvernement agit pour sa protection. De bout en bout de la crise le gouvernement á multiplié les injonctions contradictoires sans jamais reconnaitre d’erreur. beaucoup de cityoens ont eu le sentiment que le gouvernement était davantage motivé par la couverture juridique de son risque où par des accords avec de grandes entreprises que par la protection des simples citoyens. Faut-il s’étonner après cela que raoult soit passé pourr le sauveur? même si c’est par ego (Je ne sais), il est descendu dans l’arêne en prétendant voiloir soigner les gens. Il n’a pas demandé d’argent pour sa fondation.
        J#aurais aimé voir une analyse sur le sujet sur les crises.

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        • birin // 10.07.2020 à 17h08

          D’accord avec les trois points, pour ce qui concerne l’incurie du gouvernement et autres autorités.
          Mais en général, de tels manquements de l’état conduisent à l’apparition d’autres « institutions » qui comblent le vide : mafias, religions, charlatans, … ou autogestion et solidarités.
          M’est avis que Raoult a opté pour la troisième option.
          La première option étant déjà largement occupée par le personnel de l’état.

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    • jmathon // 10.07.2020 à 10h52

      J’ai d’abord pensé que votre remarques était ironique. Les réponses précédentes semblent postuler que ce ne serait pas le cas.
      Pour expliciter ce qui me semble être le cœur de l’article (le second au cas où): « Dans son compte-rendu de A Theory of Cognitive Dissonance, Solomon Asch, l’expérimentateur le plus respecté des années 1950, regrette ce que l’idéal théorique de Festinger fait perdre à la psychologie sociale : « [Malgré la limpidité remarquable du modèle de Festinger,] un ingrédient vital fait défaut. Il n’y a aucune place pour la description du phénomène, de ce que l’enquêteur voit de ses propres yeux. Il n’existe aucune mention dans ce livre à ce qu’un individu a dit ou fait. Les recherches empiriques de Festinger ne sont pas l’occasion d’observations ; leur unique fonction est de pouvoir parler la langue monosyllabique des degrés de fiabilité (c’est-à-dire des statistiques)»

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      • gracques // 10.07.2020 à 20h53

        Oui moi aussi j’ai lu ça ….. une prise de conscience a demi’ admise par notre hôte sur sa tendance à penser que la vérité se trouve dans les chiffres ?

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        Alerter
  • Guadet // 10.07.2020 à 09h08

    Le problème, c’est surtout de croire qu’il existe une « culture ufologique », expression qui ne veut rien dire, et que des gens puissent croire à un roman de science fiction au point d’y engager toute leur vie. Ce qui se passe lorsque leurs prophéties ne marchent pas est moins intéressant et même tout à fait anecdotique. Peut-être faut-il juste la rencontre de quelqu’un qui profite de la supercherie et d’imbéciles prêts à croire n’importe quoi. C’est parfaitement clair avec le néolibéralisme et l’UE. Quand les prophéties ne marchent pas, il n’est pas difficile de trouver une raison qui satisfasse les imbéciles sans détruire la croyance.

      +8

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    • Kasper // 10.07.2020 à 13h10

      « que des gens puissent croire à un roman de science fiction au point d’y engager toute leur vie. »

      La scientologie et les raeliens sont d’assez bons exemples.

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      • birin // 10.07.2020 à 16h34

        Mon avis perso là dessus c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à être « d’assez bons exemples ».

        Un partie de la population consacre sa vie à produire de quoi subvenir à sen existence et à l’existence ds siens.
        Mais le lien entre le « de quoi » et « l’existence » est plus ou moins distendu selon les modes ou conditions de vie de chacun.
        Les rarissimes chasseurs quilleurs encore existants, ou les ruraux d’un peu partout dans le monde vivant exclusivement d’agriculture vivrière et autres productions de subsistance, sont dans une relation directe entre leurs production et leur existence
        Mais ce lien est absolument distendu pour la majorité d’entre nous, ceux qui vivons dans nos sociétés techno-commerciales.
        Ma propre production par exemple, ne se mange pas, et ne remplit aucun de mes besoins de subsistance (sauf intellectuels, distraction …).
        Je consacre donc ma vie (car ça dépasse souvent le cadre du boulot) à une activité qui ne prend de sens, et me nourrit, que parce qu’elle s’inscrit dans un roman social artificiel (informatique dans mon cas).
        Beaucoup d’ufologues, comme de curés, vivent de leur « métier », qui n’est pourtant qu’un « roman de fiction » (scientifique ou non, ce n’est pas bien important).
        Un avion, ça ne se mange pas. Fabriquer ou piloter des avions n’a de sens que dans un récit (longtemps de fiction) où l’homme peut voler d’un bout à l’autre de la planète.
        Mussolini résumait son propre roman par : « Mieux vaut vivre un jour comme un lion que cent ans comme un mouton »
        J’ai du mal à imaginer roman plus nocif dans lequel engager sa vie.

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        • Guadet // 10.07.2020 à 19h35

          Je ne suis pas d’accord quand vous dites : « Beaucoup d’ufologues, comme de curés, vivent de leur « métier », qui n’est pourtant qu’un « roman de fiction » ». Pour aller dans le sens de votre démonstration, que je rejoins en partie, on ne peut pas mettre sur le même plan la Bible – ou Homère – et Harry Potter ou les mauvais romans de science fiction qui ont inspiré Madame Keech. Il y a dans les mythes religieux un effort pour élever et libérer l’homme des superstitions et des illusions, alors que les romans de divertissement ne font que créer une illusion agréable de plus. Fonder une croyance sur ceux-ci ne peut donc déboucher que sur un mensonge dangereux.
          D’autre part, la foi n’est pas une « croyance », au sens de « certitude ». Foi a la même racine que confiance : ce n’est pas un savoir. On sait que deux et deux font quatre mais on a foi en Dieu. Le problème des sectes, des mouvements comme celui de Madame Keech ou du néolibéralisme est dans la prétention d’apporter un savoir.

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          • birin // 10.07.2020 à 23h36

            J’aime beaucoup l’histoire ancienne, et elle montre que ses religions prétendaient apporter le « savoir » (et avec lui la tranquillité de l’esprit, ou de l’âme).
            Dans un monde où tout était inexplicable, la croyance générale était que le « destin », l’avenir dans tous ses détails, était décidé par les dieux.
            Inventant l’écriture, les hommes ont supposé, comme une évidence, que les dieux écrivaient aussi, ils ont donc cherché où les dieux pouvaient bien écrire.
            Les hommes écrivant sur ce qu’ils trouvaient, l’argile, les dieux devaient donc écrire partout : la voûte céleste (d’où l’astrologie, qui serait la lecture du destin écrit par les dieux), les entrailles d’animaux, … tout ce qui semblait artificiel.
            Les religieux prétendaient donc déchiffrer le monde en lisant simplement l’écriture des dieux.
            Les Assyriens avaient fait une nomenclature qui comptait plus de 2000 dieux locaux, dont Yahvé.

            Comme toi, je pense que la foi es indépendante de cette prétention au savoir.
            Son sens est clairement défini par le mythe d’Abraham.
            Son dieu lui ordonne d’égorger son fils unique, juste pour lui plaire ?
            Abraham lui obéit (même si un ange interromps son geste).
            C’est ça la foi, accorder plus de valeur à son dieu et à ses choix, qu’à soi même et à ses propres choix, ou même qu’à sa descendance.
            De ce fait, et de ma manière de voir le monde, je considère la foi comme quelque chose de négatif.

            Certains mondes imaginaires, légendaires, ne se prétendant pas vrais mais créant une tradition, un folklore, me semblent moins dangereux.
            Beaucoup consacrent bien leur vie au théâtre, par exemple.

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            • Guadet // 11.07.2020 à 10h49

              Je suis historien et je ne suis pas du tout d’accord avec vos premiers paragraphes. C’est une lecture trop rapide et caricaturale des religions anciennes. Vous ne voyez que les dérives superstitieuses. Relisez les mythes grecs, l’Odyssée, la Bible : c’est beaucoup plus complexe. Une prophétie n’est pas une prédiction mais plutôt un essai de clairvoyance. Œdipe est lui-même l’auteur de sa punition parce qu’il ne respecte pas les dieux mais croit superstitieusement au destin écrit par les dieux.

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            • birin // 11.07.2020 à 11h53

              @Guadet,
              je ne suis pas historien et n’ai étudié les civilisations anciennes que pour mon
              plaisir.
              Je peux bien avoir interprété, ou même compris, plein de trucs de travers et ne prétend pas à l’exactitude de mes propos.
              Mais les religions dont je parlais se situaient deux, voire trois mille ans avant la culture grecque.
              Je parlais bien de l’invention de l’écriture, en Mésopotamie, vers 3500 AJC.
              L’astrologie ou l’haruspicine étaient explicitement décrits, par écrit, comme la lecture des écrits des dieux.
              Le destin était bien considéré comme le grand livre de ce qui est et sera, car écrit d’avance par les dieux.
              D’où l’intérêt de savoir le déchiffrer, pour connaître les choix des dieux, et les inciter à en changer quand ils n’étaient pas favorables.
              L’empereur Naram Sin se ventait, par écrit, de savoir faire tout cela.
              C’était le temps de l’épopée de Glgamesh, du poème de La Création, des dieux Inanna, Anu, Enlil, Enki, … puis, plus tard, contemporains des débuts de Yahvé, Marduk, Assur, Ea, Ishtar, …
              Les rédigions apportaient alors plus une cosmologie, une connaissance du monde, que la foi, qui n’avait alors pas du tout le même sens, avec une telle ribambelle de dieux souvent interchangeables, et surtout aux influences compartimentées, en faisant des êtres beaucoup moins omnipotents.
              Pourquoi, alors, faire une confiance aveugle, et confier son existence, à ces « bestioles », qui avaient leurs propres intérêts, tout ce qu’il y a de plus terre à terre (j’aime la raison pour laquelle Enlil noya le hommes par le déluge: trop fêtards, ils ne le laissaient pas dormir !)

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            • Guadet // 12.07.2020 à 07h21

              @ birin

              Merci de préciser votre réflexion. Sur des périodes aussi anciennes il faut toutefois rester prudent, étant donnée la faiblesse de nos connaissances. Il ne faut d’ailleurs pas prendre au premier degré les textes anciens comme vous le faites pour l’histoire d’Abraham (où il n’est d’ailleurs pas dit que Dieu lui ordonne d’égorger son fils unique, et cela juste pour lui plaire). Ce genre d’intégrisme était déjà dénoncé il y a 2000 ans. Les textes religieux sont faits pour être médités afin d’en découvrir le sens profond.

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            • Guadet // 12.07.2020 à 07h43

              L’histoire d’Abraham doit être mise en relation avec l’histoire d’Ève considérant son fils aîné Caïn comme son « acquis », sa chose, ce qui est une conséquence du péché originel. Pour éviter cela, les peuples anciens offraient cet aîné aux dieux en le sacrifiant symboliquement par l’abattage d’un animal. Abraham est le mythe fondateur de cet effort pour détruire une illusion.
              C’est exactement la même chose quand le pape rappelle aujourd’hui que la terre est une création de Dieu et qu’elle ne doit pas être exploitée par l’homme comme si elle était sa propriété, sa chose.

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          • birin // 10.07.2020 à 23h48

            « Le problème des sectes, des mouvements comme celui de Madame Keech ou du néolibéralisme est dans la prétention d’apporter un savoir. »
            Là dessus je sus totalement d’accord, tout particulièrement pour le néolibéralisme, mais je n’avais plus la place dans le message du dessus.

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  • Alligator427 // 10.07.2020 à 09h13

    Merci pour cette publication. Très instructif, que ce soit sur l’origine de l’expression « dissonance cognitive » ou sur les questions épistémologiques soulevées par l’étude de Festinger et son équipe.

    Les différentes attitudes de déni du réel sont bien décrites dans cette formule : « Dites-lui votre désaccord, il vous tourne le dos. Montrez-lui des faits et des chiffres, il vous interroge sur leur provenance. Faites appel à la logique, il ne voit pas en quoi cela le concerne. »

    Et sans doute que le meilleur champ d’application aujourd’hui se trouve dans la question du dérèglement climatique. Après plus d’un quart de siècle (Sommet de la terre de Rio, https://fr.wikipedia.org/wiki/Sommet_de_la_Terre) à informer les populations sur les méfaits de nos sociétés thermo-industrielles, les populations les plus polluantes échouent toujours à mettre à mettre en cohérence leurs connaissances et leurs actes.

    Prononcer certains mots devraient, en bonne logique sonner faux, « dissoner » dans nos esprits, telles que :
    • alimentation carnée
    • tourisme en avion
    • emballages plastiques
    • netflix
    • 5G …

      +3

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  • Dominique Gagnot // 10.07.2020 à 09h40

    Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec notre système économique (et pas seulement depuis l’UE), en lequel on croit qu’il est pour ainsi dire naturel, alors qu’il s’agit de la plus vaste Arnaque de ces derniers millénaires !

     » De manière insidieuse, notre système capitaliste détourne à son avantage – et à notre insu – la fonction de tout ce qui est susceptible de renforcer l’image que les dominants veulent lui donner. Seront ainsi pervertis les «experts», les médias ou encore l’Ecole de la maternelle aux plus prestigieux établissements qui façonnent notre perception du système.
    Notre vie durant, nous baignons dans cette idéologie qui nous apparaît naturelle au même titre que la pluie et le beau temps.
    Mais dès lors que nous sommes conscients de ce stratagème, les rouages de cette machine sautent aux yeux !  »
    Extrait de ce PDF à partager : http://bit.ly/tragédiecapitaliste

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  • zozefine // 10.07.2020 à 09h50

    sur CAIRN très chouette article d’épistémologie, vraiment intéressant. la psycho-sociale américaine des années 50-60 était incroyablement touche-à-tout, audacieuse et créative. remplacée par les neuro-trucmuches (je fais pas la liste, on ajoute comme préfixe « neuro » à tous les domaines de connaissance, mathématiques comprises), lavage de cerveaux qui ferait pleurer d’angoisse thomas kuhn…

      +2

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    • calal // 10.07.2020 à 12h56

       » la psycho-sociale américaine des années 50-60 était incroyablement touche-à-tout, audacieuse et créative »
      c’etait le printemps,temps de l’innovation. MAis la banque et la rente n’aime pas l’innovation,facteur de risque imprevisible: vous investissez des milliards sur une entreprise,sur la voiture electrique par exemple et un couillon dans son garage invente un meilleur systeme qui va prendre des parts de marche ou carrement rendre obsolete votre position. Ce n’est pas tolerable pour les banquiers et les rentiers.

      La dictature du capital n’aime pas l’innovation.
      mais la « startup nation » et les « GAFAM »? c’est au pire du vent ou de l’escroquerie pure et simple (theranos par ex) au mieux de la circulation acceleree d’information ou de capital ( et on commence deja a limiter la diffusion d’infos contraires aux interets des dominants rentiers).

        +3

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  • jmathon // 10.07.2020 à 09h59

    Excellent second article dans l’interprétation que j’en fais comme invitation à l’interrogation méthodologique (voire épistémologique sinon déontologique) sur nos propres pratiques. Cela vaut, en particulier quand ces pratiques peuvent être affectées, c’est à dire altérées par nos propres affects. Cela semblerait d’autant plus nécessaire, si ces affects sont susceptibles de nous faire perdre (même momentanément) la «raison».
    Cette situation potentiellement paradoxale qui impliquerait d’utiliser ladite «raison» au moment même où nous en manquerions peut conduire à une dissonance cognitive de nature à nous faire prendre nos interprétations pour des faits voire nos inférences pour des observations.
    Toute analogie avec des situations existantes ou ayant existé est fortement encouragée.

    À ce propos, même sans affects, il n’est pas si «naturel» de distinguer observations et inférences et ce, même quand on y prête une attention particulière comme lors d’un test. À ce sujet, j’ai retrouvé le lien vers un test observations/inférences présenté comme facile:
    http://esgs.free.fr/fr/infta1.htm
    Vu l’ancienneté de celui-ci, il n’est probablement (inférence) pas pertinent d’y répondre mais l’exercice peut-être intéressant et je peux vous proposer mes propres réponses.

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  • Maxime // 10.07.2020 à 10h16

    « A Theory of Cognitive Dissonance ouvre la voie à une science psychologique alignée sur le modèle de la physique : elle ferait fond sur la seule expérimentation, et concevrait celle-ci comme la construction d’un artefact destiné à produire des effets statistiques mesurables »

    Remplacez « science psychologique » par « science médicale », et c’est précisément la même critique qu’un certain docteur chevelu a faite à l’égard du discours ambiant soit-disant scientifique sur la covid-19!

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  • TEROUINARD // 10.07.2020 à 13h25

    Peut être que la dissonance cognitive peut devenir un état d’équilibre psychologique ;
    question à poser à Madame Sibeth Ndiaye.

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  • LibEgaFra // 10.07.2020 à 13h51

    La dissonance cognitive porte un autre nom: théories du complot.

    Comme disait Mark Twain

    Il est plus facile de tromper qqn que de le convaincre qu’il a été trompé.

    Très nombreux exemples.

    Les gens qui croient qu’il n’y aura pas de seconde vague de covid-19 continueront à la nier quoiqu’il arrive.

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    • jp // 10.07.2020 à 17h09

      Pourquoi se complaire dans l’espoir du pire ? . Ce qui est actuellement biologiquement de plus en plus certain c’est que la poussée épidémique récente n’est que l’expression d’une endémie remontant à nettement plus longtemps, que ce que l’on croit, que la réponse des populations est tout sauf uniforme, et que les réponses immunitaires observées sont beaucoup plus complexes et subtiles que les esprits simplistes voudraient espérer. Ce qui veut dire qu’on est très loin d’avoir la maitrise du sujet. La vie, et en premier celle d’un virus, est par définition un phénomène évolutif. Il est plus que jamais impossible de prévenir l’avenir rapproché, même si on tient absolument de façon maladive à faire disparaitre l’espèce humaine, ce qui n’est en tout cas pas la préoccupation de ce virus pour l’instant très peu mortifère, comparé aux virus tueurs bien connus..

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    • jmathon // 11.07.2020 à 09h16

      Pour ma part, théoricien du complot, j’ai quand même du mal à dater quand cette deuxième vague n’arrivera pas. 😉
      Plus sérieusement, je croyais, possiblement naïvement, que les «complotistes» postulaient de l’existence plutôt que de l’inexistence de quelque chose .
      Enfin plus sérieusement encore, cette notion (vague) de vague pose quelques questions «essentielles»:
      qu’est-ce qu’une deuxième vague ?, l’usage de deuxième (et non de seconde) postule-t-il d’une troisième ? quand est-elle envisagée ? qu’elles en seraient les causes ?…
      Pour terminer, la dénonciation de la désignation de «complotiste» pour des contradicteurs était, dans un passé pas si lointain, me semble-t-il, sinon l’essence même de ce blog, du moins un de ses atouts majeurs.
      Si (et puisque) les faits sont têtus, il va s’imposer, du moins je le souhaite, de porter la plus grande attention sur sur qui fait qu’un fait est un fait, en particulier quand les interprétations de ceux-ci sont «affectées». Pour moi, la désignation de complotiste est un signe possible sinon probable d’affects dans l’évaluation d’une situation. Le complot, n’est pas, en général, une explication raisonnable.
      Poutre, charité, cordonnier, paille, hôpital, chaussures pourraient être réordonnés pour reformer quatre proverbes qui traitent sans la nommer de la possibilité ou de son contraire de l’exercice d’un «libre arbitre». Il est sans doute plus facile de laisser quelqu’un se tromper plutôt que de le convaincre qu’il se soit lui-même trompé.

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  • METZGER // 10.07.2020 à 13h53

    Au lieu de changer ses propres opinions, on tord le réel : tendance de fond de nos contemporains…
    jules Vallès nous incite avec raison à faire un effort ( chacun d’entre nous ) . Or les réseaux sociaux tendent à renforcer les croyances de niche en regroupant des pensées de groupes qui deviennent extrémistes. Alors, se forcer à admettre de temps à autre que ‘l’autre » puisse avoir raison ? Ne pas juger avec trop de hâte ? Modérer ses propos ? Même les pubs ciblent nos penchants pour nous faire consommer plus. Il est pratiquement impossible de faire changer d’avis des gens enkystés dans leur croyances. Personne ne lit des ouvrages qui heurtent ses propres convictions. Je suis pessimiste. Entendre « je me suis trompé » de la bouche d’un décideur serait déjà un signe encourageant. Mais là, je rêve… De plus, chaque génération a son système de pensée qui disparaît avec elle : patience…

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  • jmathon // 10.07.2020 à 14h37

    Je suis en accord avec votre point de vue voire avec votre pessimisme. Pour ce qui est de la patience une remarque toutefois. En effet même dans le cas où le temps ne soit pas compté, je crains que cette «patience» ne puisse être considérée à l’aune d’une voire de quelques générations.
    Pour m’en convaincre, je considère le temps qu’il faudra encore pour «comprendre», à une échelle significative, que «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme».

    https://la-philosophie.com/science-sans-conscience

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  • Michel LEMOINE // 10.07.2020 à 19h22

    Un cas intéressant :
    Un homme se disant « fils de dieu » , après avoir prêché dans les environs, entre dans Jérusalem assis sur un âne (comme les rois selon la coutume). Il croit recevoir un accueil triomphal et tente de prendre le contrôle du temple. Il est arrêté et condamné à mort. Il croit que sa mort est une partie du plan qui doit le consacrer.
    Ses disciples inventent un mythe qui doit réaliser ce nouveau plan et se lancent dans une activité frénétique qui, d’une certaine façon, le réalise.

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    • Michel LEMOINE // 11.07.2020 à 14h01

      Un indice pour mieux voir le changement de discours : Ce n’est qu’après la mort de Jesus qu’il est question d’un sacrifice pour sauver le monde. Avant, cela semble n’avoir aucune nécessité car « la fin des temps est proche » et c’est chacun qui est invité à « se sauver » personnellement quitte à abandonner sa famille.

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  • Hiro Masamune // 10.07.2020 à 22h00

    « La Foie » est une médaille avec un avers et un revers. La sagesse voudrait qu’on s’en passe.

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