J’ai été frappé aujourd’hui par certains commentaires assez “haineux” dans les médias sur “ces Grecs qui ne remboursent pas”. Cela illustre bien une “mentalité Bisounours” souvent très présente : “ben on m’a promis qu’on me rembourserait, c’est honteux”. Il se trouve que je n’ai jamais entendu parler d’un emprunteur qui aurait déclaré le jour de l’emprunt qu’il ne comptait pas rembourser – en ces matières c’est “trompe qui peut”, et c’est bien au prêteur de se méfier de peser le coût risque/bénéfice de son investissement, et pas de croire qu’il existerait des investissements sans le moindre risque, ce qui est évidemment faux…

Mais cela ne date pas d’hier…

La Grèce Contemporaine, par Edmond About

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Observations générales sur la situation financière de la Grèce. ― La Grèce vit en pleine banqueroute depuis sa naissance. ― Les impôts sont payés en nature. ― Les contribuables ne payent point l’État, qui ne paye point ses créanciers. ― Budget d’exercice et budget de gestion. ― Les ressources du pays ne se sont pas accrues en vingt années.

Le régime financier de la Grèce est tellement extraordinaire et ressemble si peu au nôtre, que je crois nécessaire, avant d’entrer dans les détails du budget, de placer ici quelques observations générales.

La Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Si la France et l’Angleterre se trouvaient seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles : la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute.

Tous les budgets, depuis le premier jusqu’au dernier, sont en déficit.

Lorsque, dans un pays civilisé, le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d’un emprunt fait à l’intérieur. C’est un moyen que le gouvernement grec n’a jamais tenté, et qu’il aurait tenté sans succès.

Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu’elle négociât un emprunt à l’extérieur.

Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays ; et, une fois l’argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts : la Grèce ne pouvait point les payer.

Les contribuables ne payent pas

Aujourd’hui, elle renonce à l’espérance de s’acquitter jamais. Dans le cas où les trois puissances protectrices continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s’en trouverait pas beaucoup mieux. Ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources.

La Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature. L’argent est si rare dans les campagnes qu’il a fallu descendre à ce mode de perception. Le gouvernement a essayé d’abord d’affermer l’impôt ; mais les fermiers, après s’être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements, et l’État, qui est sans force, n’avait aucun moyen de les contraindre.

Depuis que l’État s’est chargé lui-même de percevoir l’impôt, les frais de perception sont plus considérables, et les revenus sont à peine augmentés. Les contribuables font ce que faisaient les fermiers : ils ne payent pas.

Les riches propriétaires, qui sont en même temps des personnages influents, trouvent moyen de frustrer l’État, soit en achetant, soit en intimidant les employés. Les employés, mal payés, sans avenir assuré, sûrs d’être destitués au premier changement de ministère, ne prennent point, comme chez nous, les intérêts de l’État. Ils ne songent qu’à se faire des amis, à ménager les puissances et à gagner de l’argent.

Quant aux petits propriétaires, qui doivent payer pour les grands, ils sont protégés contre les saisies, soit par un ami puissant, soit par leur propre misère.

La loi n’est jamais, en Grèce, cette personne intraitable que nous connaissons. Les employés écoutent les contribuables. Lorsqu’on se tutoie et qu’on s’appelle frères, on trouve toujours moyen de s’entendre. Tous les Grecs se connaissent beaucoup et s’aiment un peu : ils ne connaissent guère cet être abstrait qu’on appelle l’État, et ils ne l’aiment point. Enfin, le percepteur est prudent : il sait qu’il ne faut exaspérer personne, qu’il a de mauvais passages à traverser pour retourner chez lui, et qu’un accident est bientôt arrivé.

Les contribuables nomades, les bergers, les bûcherons, les charbonniers, les pêcheurs, se font un plaisir et presque un point d’honneur de ne point payer d’impôt. Ces braves gens se souviennent qu’ils ont été Pallicares : ils pensent, comme du temps des Turcs, que leur ennemi c’est leur maître, et que le plus beau droit de l’homme est de garder son argent.

Une espérance présomptueuse

C’est pourquoi les ministres des Finances, jusqu’en 1846, faisaient deux budgets des recettes : l’un, le budget d’exercice, indiquait les sommes que le gouvernement devrait recevoir dans l’année, les droits qui lui seraient acquis ; l’autre, le budget de gestion, indiquait ce qu’il espérait recevoir. Et, comme les ministres des Finances sont sujets à se tromper à l’avantage de l’État dans le calcul des ressources probables qui seront réalisées, il aurait fallu faire un troisième budget, indiquant les sommes que le gouvernement était sûr de percevoir.

Par exemple, en 1845, pour le produit des oliviers du domaine public, affermés régulièrement aux particuliers, le ministre inscrivait au budget d’exercice une somme de 441 800 drachmes. Il espérait (budget de gestion) que sur cette somme, l’État serait assez heureux pour percevoir 61 500 drachmes. Mais cette espérance était au moins présomptueuse, car l’année précédente, l’État n’avait perçu, pour cet article ni 441 800 drachmes, ni 61 500 drachmes, mais 4457 drachmes 31 centimes, c’est-à-dire environ un pour cent sur ce qui lui était dû.

En 1846, le ministre des Finances ne rédigea point de budget de gestion, et l’habitude s’en est perdue.

L’État ne veut pas prévoir en principe qu’il ne sera pas payé de ce qui lui est dû. Mais, quoique les budgets suivants soient plus réguliers dans la forme, l’État continue à solliciter vainement ses débiteurs récalcitrants ou insolvables. […]

Les hommes qui ont doté la Grèce de son système monétaire ont cherché dans leurs livres quelle était la valeur de la drachme dans l’antiquité, et ayant découvert que la drachme valait 90 centimes de France, ils ont décidé que la drachme serait une monnaie de la valeur de 90 centimes. Grâce à ce raisonnement archéologique, la Grèce a une monnaie à part, qui ne ressemble à aucune autre. Ne serait-il pas cent fois plus simple de donner à la drachme le poids et le titre du franc, et de mettre le système monétaire de la Grèce en rapport avec celui de la France, de la Belgique, de la Suisse et du Piémont ? Puisque dans ce malheureux pays tout est à refondre, même la monnaie, faisons en sorte que tout soit pour le mieux. […]

On ne prête qu’aux gouvernements que l’on croit bien affermis.

On ne prête qu’aux gouvernements qu’on juge assez honnêtes pour remplir leurs engagements.

On ne prête qu’aux gouvernements que l’on a intérêt à maintenir. Dans aucun pays du monde, l’opposition n’a fait hausser les fonds publics.

Enfin, on ne prête que lorsqu’on a de quoi prêter.

C’est pour toutes ces raisons qu’il n’y a point de grand-livre en Grèce. Le peuple est trop pauvre et le gouvernement est trop connu pour qu’un emprunt de 100 000 francs puisse être couvert dans le pays. […]

L’État a cependant des créanciers parmi les citoyens. Mais ce qu’ils ont prêté à la Grèce dans ses dangers, ils le refuseraient au roi Othon dans sa puissance. Ils avaient confiance dans la solvabilité de leur patrie, et ils l’aimaient. Tout est bien changé aujourd’hui, et, si c’était à refaire, ils garderaient leur argent.

Ces créanciers, on ne les paye point. On se contente de leur donner de temps en temps un secours en argent, lorsqu’ils sont sur le point de mourir de faim. Il y a dans l’île d’Hydra telle famille qui a dépensé des millions pour l’indépendance du pays, et qui reçoit 600 drachmes par an. […]

On paye environ 50 000 drachmes de pensions ecclésiastiques pour dédommager les moines dont on a confisqué les couvents. C’est une dépense que l’équité commande et que l’économie ne réprouve pas. Le ministère de l’Intérieur sert de son côté quelques modiques pensions qui ne ruinent pas le pays.

Ce qui le ruine, ce sont les secours accordés à ceux qui n’en ont pas besoin, les pensions payées aux hommes qui n’ont jamais servi, les aumônes énormes exigées par certains personnages puissants, qu’on paye, non pour le bien qu’ils ont fait, mais pour le mal qu’ils daignent ne pas faire.

Le ministère de la Guerre donne environ 600 000 drachmes, le ministère de la Marine en paye plus de 250 000 à des hommes qui ne sont ni marins ni soldats, et qui souvent n’ont été ni l’un ni l’autre.

Lorsque le gouvernement a besoin d’un homme ou qu’il en a peur, on cherche dans son passé : on y découvre des services éclatants qu’il n’a pas rendus, des blessures qu’il n’a pas reçues, des infirmités qui ne le gênent point, et on lui fait place au budget. […]

Le traité de 1832 contenait une clause en vertu de laquelle les premiers revenus de l’état grec devraient être avant tout affectés au service des intérêts et à l’amortissement de sa dette extérieure. Non seulement la France ne demanda jamais l’exécution de cet article de la convention de Londres, mais encore, dans un excès de bienveillance et de générosité pour un pays où elle voyait comme une de ses créations, elle cessa, en 1838, de suivre l’exemple de l’Angleterre et de la Russie, qui émettaient des séries de l’emprunt afférentes à leur garantie pour opérer le service des rentes des séries déjà émises, et dans le but de ménager un jour une précieuse réserve à la Grèce, elle se décida à lui faire, à l’échéance des semestres, des avances sur ses propres fonds. Ces avances dépassent aujourd’hui la somme de 13 millions de francs. […]

Personne n’ignore que la Grèce doit aux trois puissances une centaine de millions qu’elle ne peut payer.

Presque personne ne sait que la Grèce doit à certains capitalistes anglais plus de 200 millions qu’elle ne veut pas payer.

La seule différence entre ces deux dettes, c’est que les Grecs reconnaissent la première, parce que les créanciers ont du canon, et nient la seconde, parce que les créanciers n’en ont pas. […]

Mais importe- t-il également que la Grèce ait une armée et une marine ? […] La Grèce n’a personne à attaquer ; il est de son intérêt de n’attaquer personne ; l’Europe ne veut pas qu’elle attaque personne. D’ailleurs ses forces sont en telle disproportion avec celles de tous les états voisins que jamais elle ne serait capable de faire la guerre. […] D’abord personne ne songe à l’attaquer. Fût- Elle attaquée, ce n’est ni son armée ni sa flotte qui suffirait à repousser les ennemis. Elle sait bien, d’ailleurs que la France et l’Angleterre, qui lui ont fait don de son existence, ne permettront jamais qu’elle soit envahie. Elle n’a donc besoin ni d’une flotte ni d’une armée. […] Si le budget est régulièrement en déficit, si la Grèce est hors d’état de servir les intérêts de la dette, c’est parce qu’elle a une armée. […]

La Grèce avait-elle besoin d’argent en 1824 ? Oui. Pouvait-on s’en procurer autrement que par un emprunt ? Non. Était-il possible d’emprunter à des conditions moins onéreuses qu’on ne l’a fait ? Non.

La Grèce a-t-elle profité des 23 millions qu’elle a reçus ? Elle en a beaucoup plus profité que des 60 qu’elle a empruntés sous la garantie des trois puissances ; car ces 23 millions lui ont servi à conquérir son indépendance, et les 63 autres ne lui ont servi à rien.

Est-il juste d’alléguer que le prêt était usuraire ? Non, car en devenant les créanciers du peuple grec, les prêteurs faisaient une spéculation aléatoire ; et l’événement l’a prouvé, puisqu’ils n’ont touché ni capital ni intérêts. Je maintiens qu’ils étaient très généreux, ou, si l’on veut, très téméraires, et que si, aujourd’hui, le gouvernement régulier de la Grèce essayait d’ouvrir un emprunt, aucun banquier, aucun capitaliste ne lui prêterait 23 millions […].

C’est qu’en 1824 le peuple grec n’avait pas eu le temps de se discréditer lui-même.

C’est que le pays n’avait pas encore démontré qu’il était incapable de vivre.

En 1846, la presque totalité des obligations de cet emprunt se négociait en Hollande. Une obligation de 100 francs se vendait 5 ou 6 francs. Aujourd’hui, la conduite du gouvernement grec leur ôte toute valeur, et celui qui les payerait un centime serait dupe.

Edmond About – La Grèce contemporaine, 1854

Edmond AboutEdmond About (1828-1885) était un homme de lettres et journaliste français. Membre de l’Académie française et de l’École française d’Athènes, il a vécu plusieurs années en Grèce, où il a rédigé son essai La Grèce contemporaine (1854). Il est également connu pour ses chroniques dans de nombreux journaux français et ses romans pour enfants.

Vous pouvez lire et télécharger La Grèce contemporaine en pdf ici ou sur le web sur Wikisource.

À une époque bien plus actuelle, le journal Die Zeit vient valider les propos d’Edmond About en pointant du doigt le manque de communication au sein du gouvernement grec et le nombre aberrant de fonctionnaires dans un État obsolète. Les instances bruxelloises auront beau tout tenter pour sauver la Grèce, assure Die Zeit, ces réformes resteront vaines et inefficaces tant que la Grèce n’aura pas construit une véritable structure étatique moderne.

On connaissait la notion de State building (construction d’Etat) avant tout dans des régions mutilées par la guerre. Désormais, c’est un pays de l’Union européenne qui est concerné. Car l’État, que l’on veut protéger de la faillite menaçante, n’existe pas.

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Rappelons enfin que la Grèce a déjà fait défaut en 1826, 1843, 1860, 1893 et 1932…

La Grèce a déjà fait défaut… en 1893, par Hubert Bonin

(par Hubert Bonin, Université de Bordeaux) – Ayant surmonté les premières difficultés financières qui avaient entouré sa toute jeune histoire de nation indépendante dans les années 1830-1840, la Grèce avait alors rejoint la communauté européenne de la finance.

Elle s’était dotée d’un établissement destiné à un bon avenir, la Banque nationale de Grèce ; des maisons de banque issues des familles marchandes et des diasporas helléniques œuvrant à Constantinople, Salonique, Athènes ou dans les îles (Syros), avaient alimenté un marché de la dette privée de plus en plus relié aux places marseillaise, parisienne, viennoise ou londonienne. Depuis 1878, la merchant bank Hambros était devenue la marraine d’emprunts grecs à Londres et entrepris de les faire bénéficier de son crédit solide, mais en retrait par rapport aux plus belles merchant banks de la City. Et le pays exportait ses rares richesses, comme le raisin de Corinthe, le tabac ou quelques produits de petites mines (argent du Laurion, etc.). Tout semblait promettre les Grecs à un lent mais serein développement de leur économie et de leur commerce, soutenu par un armement maritime émergent et les flux du jeune port du Pirée, et les premiers flux d’investissement occidentaux (canal de Corinthe, mines, etc.).

Cependant, la construction d’une armée nationale capable de porter le projet de récupération des territoires encore dépendant de l’empire ottoman, les lacunes d’un système fiscal encore peu structuré (droits de douane, surtout), l’absence de cadastre, etc., apportaient quelques taches à cette sérénité : le Budget du pays manquait de base solide – alors même que le cours du raisin de Corinthe s’était effrité depuis les années 1880. La Banque nationale de Grèce avait beau multiplier ses avances de trésorerie ; des banques parisiennes et londoniennes refinancer certains flux : le déséquilibre était trop marqué… Or le réarmement en vue d’une probable guerre gréco-ottomane liée à l’exacerbation du nationalisme crétois, sape brutalement les bases du Budget, car l’endettement de l’Etat devient dramatique : ses six emprunts internationaux représentent un montant cumulé de quelque 620 millions de francs. Le crédit du pays s’effondre, l’emprunt de 1890 se place difficilement. Cette crise de confiance empêche ses banques de dénicher de nouveaux refinancements ; toute possibilité d’assumer le service des emprunts publics antérieurs est bloquée. C’est le défaut de la dette grecque, en décembre 1893 – qui suit de peu celui de l’Argentine en 1890 ! L’Etat déclare ne plus payer que 30 % des intérêts dus chaque année.

Comme tout afflux de nouveaux fonds privés ou bancaires s’amenuise aussitôt, le développement du pays est suspendu, alors même que l’Etat a besoin d’équiper les ports et de grossir son armée. C’est l’impasse ! Aucune des parties prenantes ne veut faire de concessions, d’autant plus que le climat des affaires est mauvais sur toutes les places occidentales au sortir d’une rude récession en 1889-1893, marquée par plusieurs krachs bancaires (Baring à Londres, le Comptoir d’escompte de Paris). Le nationalisme irrédentiste est tel que le pouvoir ne peut tailler dans ses dépenses militaires ; et la guerre éclate même en 1897 quand le pays vole au secours du soulèvement crétois, avant une défaite cinglante : le traité de Constantinople impose même en septembre 1897 une indemnité de 95 millions de francs au vaincu, soit une année de revenu ! Mais un durcissement des prélèvements budgétaires supposerait de consolider un appareil civil d’Etat encore dans les limbes, alors même que la diversification des exportations manque de souffle ; les banquiers rechignent à traiter des titres grecs, qu’on assimilerait aujourd’hui à des valeurs poubelle (junk bonds), car leur service pèse 33 % des revenus budgétaires en 1893.

Pour obtenir un accord viable, il faut cinq longues années de négociations, conduites par le Royaume-Uni, la France, la Russie, l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne et l’Italie. La Grèce reprend le service de sa dette, qui n’est pas annulée. Deux représentants français et britannique s’installent à Athènes pour superviser la gestion des rentrées fiscales et l’orientation d’un maximum de recettes budgétaires vers le remboursement des emprunts. Le système déjà esquissé pour l’emprunt de 1887 qui vise à attribuer à un organisme transparent et stable (« Société de régie des revenus des Monopoles affectés au service de la Dette hellénique ») la collecte d’un certain nombre de revenus procurés par des impôts directs au profit des gestionnaires des obligations hellènes, est relancé. Les Puissances, comme on dit alors, ont l’habitude (depuis les défauts ottoman et égyptien au milieu des années 1870 et tout au long de l’imposition d’un impérialisme financier et commercial à la Chine) de telles pratiques « inégales » mais nécessaires.

De telles mesures, scellées par l’accord du 26 février 1898, permettent de relancer les circuits de l’emprunt : un syndicat bancaire, animé par Hambros et, relayé par la Banque nationale de Grèce, monte un grand « emprunt hellénique » en 1898, pour 150 millions de francs-or (sur 48 ans, à 2,5 %), conduit en France par Rothschild et Paribas, épaulé par les trois grandes banques de dépôts : le crédit du pays est rétabli ! Il peut faire face aux charges de l’emprunt de 1833, des emprunts de 1881-1890 et de l’indemnité de 1897.

Comme plus cinq quarts de siècle plus tard, la leçon est claire : un rétablissement financier ne peut qu’être le fruit de longues négociations, de bras de fer, sans s’illusionner sur les délais nécessaires ; le débiteur en défaut ou en difficulté doit accepter – sans perdre la face mais avec une humilité docile – une supervision drastique de sa vie fiscale et budgétaire ; il faut une solidarité entière au sein de la communauté des créditeurs ; et de solides syndicats bancaires européens, sur chaque grande place, pour réaliser et surtout garantir un vaste emprunt de consolidation à long terme, seul à même de mettre fin aux refinancements de trésorerie aléatoire et coûteux. Les banquiers, loin de devoir être diabolisés, sont des rouages clés de part leur connaissance des possibilités de placement des titres et surtout grâce à leurs réseaux de correspondants qui permettent de solliciter des dizaines de sous-participants assurant leur part du courtage des titres.

Source : Les Echos

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14 réponses à [Article] “La Grèce Contemporaine”, par Edmond About

  1. Strategix Le 10 mars 2012 à 05h58
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    C’était prévisible,mais là c’est officiel. Heureusement qu’il va y avoir le
    week-end pour arranger les bidons. Sans chambre de compensation, le
    résultats final ne me paraît pas évident.

    ISDA EMEA Determinations Committee: Restructuring Credit Event Has Occurred
    with Respect to The Hellenic Republic
    March 9, 2012
    NEWS RELEASE
    For Immediate Release

    ISDA EMEA Determinations Committee:
    Restructuring Credit Event Has Occurred with Respect to
    The Hellenic Republic

    LONDON, March 9, 2012 – The International Swaps and Derivatives Association,
    Inc. (ISDA) today announced that its EMEA Credit Derivatives Determinations
    Committee resolved unanimously that a Restructuring Credit Event has
    occurred with respect to The Hellenic Republic (Greece).

    The EMEA DC resolved that a Restructuring Credit Event has occurred under
    Section 4.7(a) of the ISDA 2003 Credit Derivatives Definitions (as amended
    by the July 2009 Supplement) following the exercise by The Hellenic Republic
    of collective action clauses to amend the terms of Greek law governed bonds
    issued by The Hellenic Republic such that the right of all holders of the
    Affected Bonds to receive payments has been reduced.


  2. BA Le 10 mars 2012 à 07h59
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    En Europe, quels sont les Etats qui ont été en défaut de paiement ?
     
    Réponse :
     
    1-            L’Espagne a été 13 fois en défaut de paiement.
     
    2-            L’Allemagne a été 8 fois en défaut de paiement.
     
    3-            La France a été 8 fois en défaut de paiement. Rappel : le dernier défaut de paiement de la France remonte au 30 septembre 1797 (les historiens l’appellent “la banqueroute des Deux Tiers”).
     
    4-            L’Autriche a été 7 fois en défaut de paiement.
     
    5-            La Hongrie a été 7 fois en défaut de paiement.
     
    6-            Le Portugal a été 6 fois en défaut de paiement.
     
    7-            La Turquie a été 6 fois en défaut de paiement.
     
    8-            La Grèce a été 5 fois en défaut de paiement.
     
    9-            La Russie a été 5 fois en défaut de paiement.
     
    10-         La Pologne a été 3 fois en défaut de paiement.
     
    11-         La Roumanie a été 3 fois en défaut de paiement.
     
    12-         L’Italie a été 1 fois en défaut de paiement.
     
    13-         Les Pays-Bas ont été 1 fois en défaut de paiement.
     
    (Carmen Reinhart, Kenneth Rogoff, « Cette fois, c’est différent », édition Pearson, page 120)


    • bourdeaux Le 10 mars 2012 à 13h48
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      Merci B.A pour ce rappel historique. J’apporte cette petite précision: en 1797, le directoire avait trouvé cette savoureuse expression pour désigner la banqueroute sur les deux-tiers de la dette: “Le tiers consolidé”. les politiciens avaient déjà toutes les compétences pour déguiser les noms des vilénies honteuses…


  3. JT Le 10 mars 2012 à 11h30
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    Bonjour,
    que pensez-vous de l’activation des CDS que tout le monde semblait redouter il y a quelques jours et qui apparaît aujourd’hui comme un non événement ? On est d’ailleurs en droit de se demander comment une somme aussi dérisoire (le montant n’est que de 3,2 milliards de dollars en net) a pu provoquer une telle hausse des taux au début de la crise grecque. Pensez-vous que certains chiffres soient occultés?


    • Strategix Le 10 mars 2012 à 12h16
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      JT, dans le cas des CDS,le risque pris par la jambe acheteuse de l’assurance est pris sur la contrepartie du CDS (banque ou compagnie d’assurance, pas sur la Grèce). Raisoner en net ne sert donc à rien.

      Maintenant, tout le monde prie bien fort qu’il n’y ai pas eu de concenrtation de vendeur de CDS (façon AIG grande époque). Il faut donc compter sur le côté raisonnable des opérateur de marché et la clairvoyance des directions des risques. Autant dire qu’il y à de quoi flipepr.

      🙂  


      • Strategix Le 10 mars 2012 à 13h07
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        Pour rendre plus clair le raisonnement, une approche marcoscopique semble plus efficace.

        Jusqu’à hier, on disait aux méchants hedge funds qui comptaient sur le déclenchement de leurs CDS, comme aurait pu le dire Pierre LESCURE : “In the baba”. Vous avez spielé et on ne vous donnera rien.

        Depuis la décision de l’ISDA, les hedge funds sont fondés à répondre : “Donne moi l’oseille”.

        Cette nuance dans le propos se traduit en pratique par le transfert de milliards (en nombre inconnus, mais au moins par dizaines) des poches des banques et des assureurs vers celles des hedge funds (pour caricaturer).

        Il en résulte que les gérants peuvent reprendre les catalogues Rodriguez et Pershing pendant que les banquiers et assureurs vont juste se prendre la tête pour trouver ces millards imprévus jusqu’à hier.

        Le croquignolet de l’affaire, c’est qu’il est fort probable que les contrbuables soient appelés à renflouer des banques ou des assureurs européens qui auraient abusés (façon AIG) sur la distribution des CDS.            

         


        • Strategix Le 10 mars 2012 à 13h46
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          Et d’un !

          Austria Faces $1.3 Billion Bank Injection After ISDA Triggers Greek CDS

          By Zoe Schneeweiss and Boris Groendahl – Mar 10, 2012 12:01 AM GMT+0100Fri Mar 09 23:01:00 GMT 2012

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          QUEUE

          Q

          Austria is facing a capital injection of as much as 1 billion euros ($1.3 billion) into KA Finanz AG less than two weeks after bailing out Oesterreichische Volksbanken AG. (VBPS)
          The International Swaps & Derivatives Association yesterday ruled that Greece’s use of collective action clauses forcing investors to take losses under the nation’s debt restructuring will trigger default insurance payouts.

           
          Play Video
          Q

          March 9 (Bloomberg) — Greece’s use of collective action clauses forcing investors to take losses under the nation’s debt restructuring will trigger payouts on $3 billion of default insurance, the International Swaps & Derivatives Association said. A total 4,323 credit-default swap contracts can now be settled after ISDA’s determinations committee ruled the use of CACs is a restructuring credit event. Michael McKee and Sara Eisen report on Bloomberg Television’s “Bottom Line.” (Source: Bloomberg)

          In a statement before ISDA’s decision, KA Finanz said it may have risk provisions of about 1 billion euros if credit-default swaps on Greece it has written are activated. That includes charges of 423.6 million euros on an assumed loss quota of 80 percent, it said.
          KA Finanz is the so-called bad bank of Kommunalkredit Austria AG, which was nationalized in 2008 when it was owned by Volksbanken and Dexia SA. While Kommunalkredit continues as a municipal lender and has to be sold again by Austria by mid-2013, KA Finanz took on securities, loans and CDS that are not part of that main business and is winding down those assets.
          Austria has promised to keep KA Finanz’s capital ratio at 7 percent and Finance Ministry Maria Fekter said on March 3 that the country may have to inject as much as 1 billion euros into KA Finanz to keep that pledge.
          The Alpine republic also has nationalized Hypo Alpe-Adria-Bank International AG and on Feb. 27 announced that it would take a stake of as much as 49 percent in Volksbanken after injecting 250 million euros into the lender and writing off 700 million euros of previous sate aid. Austria is boosting its banking tax to finance the Volksbanken bailout. It has yet to say how it may finance KA Finanz.   


    • askarine Le 10 mars 2012 à 12h34
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      perso, je me demande comment on peut être certains des chiffres avancés en matière de CDS vu que le systeme est en gré à gré et que les banques peuvent toujours cacher leurs positions sur une partie de leurs cds. Pour moi, la principale question n’est pas le montant précis mais à quelle condition les cds vont se déclencher ? le systeme de gré à gré rend les cds tres heterogene. tel cds peut se declencher par exmple si on considère que la grece fait defaut à 100%, un autre à 30%…. difficile à déterminer donc l’impact des cds. je rappelle que la transparence du marché est en théorie une des bases de tout marché optimal. On en est loin, commed’hab !!!!


  4. askarine Le 10 mars 2012 à 12h05
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    excellent premier article qui livre une analyse sur le fond du probleme en grece, à savoir la question de l’Etat en quelque sorte superficiel. On remarquera qu’après 150 ans, peu de choses semblent avoir changé, on n’a toujours pas de cadastre par exemple… par contre, le deuxième est je trouve hors sujet. Il décrit grosso modo le sauvetage financier de la grece à la fin du XIX eme siècle par les grandes banques et leurs reseaux, les faisant passer par de bons samaritains garants d’un certain équilibre mondial (tellement dans l’ere du temps). Sauf que ce sont eux qui ont créés cette dette impossible à rembourser et toutes ses consequences dramatiques (tiens, ça me rappelle quelque chose), sauf que on ne vit pas à la même époque et que le systeme monetaire (creation, distribution et gestion de la monnaie) est à mon avis completement à bout de souffle (son systeme induit un besoin de creation monetaire sans cesse croissant  et donc de croissance ou d’endettement) à savoir un taux d’endettement énorme à travers le monde. Un enorme tsunami deflatoire mondial risque de se produire prochainement et je ne vois pas comment la grece comment pourrait être sauvée par nos grands samaritains qui auront autre chose à penser, déjà à leur survie. Je pense que quelques decennies, voire quelques siècles sont largement suffisants pour aliener l’esprit humain qui considere que les banques commerciales et les interets qui vont avec est tout à fait normal, et que c’est même un grand bien pour notre monde !!! à mon avis, je pense que l’immense claque que le monde va se prendre va réveiller l’hypnsose des banques et consorts sur le citoyen landa qui va peut-être commencer à se poser les vraies questions…  


  5. Arthur Le 12 mars 2012 à 04h34
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    @askarine.
    La construction de l”État grec moderne, ses failles et l’ensemble de sa problématique (corruption incluse) est excellemment analysée, dans une interview en deux parties ( http://www.laviedesidees.fr/La-creation-de-l-Etat-grec-au-XIXe.html et http://www.laviedesidees.fr/La-Grece-dans-l-Union-europeenne.html) de l’historien Anastassios Anastassiadis. Ca permet aussi de relativiser les fanfaronnades plutôt xénophobes d’Edmont About, qu’on aurait peut-être mieux fait de laisser dans sa naphtaline…
    Pour mémoire, lorsque About écrit sur la Grèce, celle-ci est un protectorat européen représenté sur place par par un prince bavarois ! Les articles de Wikipedia sur l”histoire de la Grèce moderne et sur ce protectorat étant très complets, je laisse aux lecteurs du blog le plaisir de les rechercher eux-mêmes.


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