Les Crises Les Crises
25.avril.201925.4.2019 // Les Crises

Les autorités fédérales ordonnent à Google de leur transmettre la localisation d’un grand nombre d’Américains innocents. Par Thomas Brewster

Merci 265
J'envoie

Source : Forbes, Thomas Brewster, 23-10-2018

Le 23 octobre 2018

Par Thomas Brewster équipe de Forbes

Je traite de la criminalité, de la vie privée et de la sécurité sous forme numérique et physique.

Google va fournir un système d’exploitation Android pour l’affichage des médias dans les voitures JAAP ARRIENS/NURPHOTO

Forbes est en mesure de révéler que Google est confronté à une pression accrue du gouvernement américain pour partager des informations de localisation, peut-être sur des milliers de personnes innocentes. Ceci en raison d’une série d’ordres dits de « localisation inversée ».

Voici comment cela fonctionne : les policiers envoient à Google des coordonnées et des fuseaux horaires spécifiques dans lesquels des crimes ont été commis. Ensuite, Google est invité à fournir des informations sur tous les utilisateurs dans ces lieux à ces moments-là, y compris très vraisemblablement des données sur de nombreuses personnes innocentes. Ces utilisateurs peuvent être des propriétaires de téléphones Android, n’importe qui utilisant Google Maps ou n’importe quel individu utilisant les services Google sur leur portable, pas seulement des suspects criminels.

Forbes a présenté en détail une de ces requêtes en août, peu de temps après que la chaîne de télévision locale WRAL en a annoncé quelques autres à Raleigh, en Caroline du Nord.

Maintenant, une autre affaire a été découverte en Virginie. Et elle ne comporte pas de limitations importantes pour protéger la vie privée des innocents.

« Cette pêche à l’aveuglette porte atteinte au droit à la vie privée d’un si grand nombre de personnes qui ont eu le malheur de se trouver dans une région où un crime est présumé avoir été commis », a déclaré Jérôme Greco, avocat à la Legal Aid Society [le plus ancien et le plus important fournisseur de services juridiques aux indigents des États-Unis, NdT]. « Nous ne devrions pas permettre un accès si large aux données d’un si grand nombre sur la simple spéculation qu’un suspect aurait pu utiliser un téléphone portable près du lieu du crime. »

Chasse aux Androids en Virginie

La requête la plus récente sur Google, découverte par Forbes plus tôt cette semaine, provient du FBI à Henrico, en Virginie. Ils sont passés par Google après quatre vols distincts au cours desquels des individus non identifiés et armés sont entrés et ont volé le même magasin Dollar Tree entre mars et septembre de cette année. Le gérant du Dollar Tree a également été victime d’un vol à main armée alors qu’il déposait de l’argent dans une boîte de dépôt de nuit Wells Fargo située juste en bas de la rue du magasin.

Le FBI a délimité pour Google un territoire situé à Hernico, Virginie, demandant au géant de la technologie de lui fournir des informations sur tous les utilisateurs à l’intérieur. FORBES.

Le mandat demande les antécédents de localisation détenus par Google pour toute personne se trouvant dans trois zones distinctes – y compris les secteurs autour du magasin Dollar Tree et sur le site de Wells Fargo – pendant les cinq vols et les jours où ils ont eu lieu. Le FBI voulait également des informations permettant d’identifier les titulaires de comptes Google dans ces zones, dont deux avaient un rayon de 375 mètres. L’autre avait un rayon de 300 mètres.

Google Maps indique qu’un nombre important de résidences, de commerces et de restaurants se trouvent dans les zones visées par le mandat.

Le Dollar Tree à Hernico, en Virginie, a été la cible d’une série de cambriolages sur lesquels le FBI a enquêté. FORBES

N’importe qui dans ces zones qui a utilisé les services de Google à cette époque aurait pu être pris au le piège des données. Mais, pour des raisons inconnues, aucun dossier n’a été retourné. Forbes n’a pas trouvé d’accusations contre des individus nommés comme suspects dans le document. Forbes a également contacté le procureur qui a signé le mandat de perquisition, mais n’avait pas encore reçu de réponse au moment de la publication.

Google se défend-il ?

Il n’est pas clair que Google lutte activement contre le gouvernement sur les demandes de données. Il n’y a pas eu de documents judiciaires montrant que Google a fait l’objet d’une demande active. Un porte-parole de l’entreprise a refusé de fournir plus de détails, mais a ajouté : « Nous repoussons toujours les requêtes trop étendues sur les données de nos utilisateurs ».

Google n’a pas non plus fourni d’information en août, lorsque les enquêteurs de Portland (Maine) lui ont demandé d’effectuer des recherches inverses de localisation. Dans cette affaire, les policiers ont trouvé un nouveau moyen de limiter la portée du mandat : Google n’aurait à retourner des informations que pour les utilisateurs qui se trouvaient dans au moins deux des endroits aux heures indiquées. Aucune limitation de ce type n’a été mise en place en Virginie.

Jennifer Lynch, avocate à l’Electronic Frontier Foundation, un organisme de défense des droits de l’homme et du numérique, a déclaré que l’ordre à Hernico aurait pu ratisser la localisation des milliers de personnes innocentes. « Des requêtes comme celle-ci agissent comme des “mandats généraux” et peuvent violer le quatrième amendement parce qu’elles ne sont pas liées à un dispositif spécifique », ajoute Lynch. Le quatrième amendement donne aux Américains le droit de se protéger contre les fouilles abusives.

« C’est particulièrement terrible qu’ils l’aient fait alors que si peu de gens savent comment modifier correctement leurs paramètres ou sont conscients de l’ampleur des informations que Google collecte et stocke », a ajouté Greco.

Pas seulement Google

Le capitaine John Sherwin du service de police de Rochester, au Minnesota, a déclaré que Google n’était pas le seul à pouvoir fournir aux policiers une quantité impressionnante de données de localisation détaillées. Facebook et Snapchat étaient deux autres réseaux qui s’étaient avérés utiles, a-t-il dit.

Sherwin a dit à Forbes que ses enquêteurs avaient récemment signifié à Snapchat une ordonnance de la cour pour l’aider à localiser un tireur présumé conformément à l’ordonnance du tribunal. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une recherche inversée, la police de Rochester a utilisé les données du Snapchat et les a combinées à celles du fournisseur Internet de la personne pour déterminer l’emplacement de l’adresse IP du tueur présumé, a déclaré Sherwin. Combiné aux « renseignements divers » des amis et associés, la police a été en mesure de localiser le suspect. « La technologie a montré la voie », a-t-il dit, notant que les données de localisation pouvaient à la fois innocenter et impliquer.

Parlant spécifiquement de Google, Sherwin a dit que l’information géolocalisée que le géant de Mountain View a été capable de fournir était « incroyable ».

« Les gens ne savent pas à quoi ils s’engagent », ajoute le capitaine. « Les gens ne se rendent pas compte qu’ils sont suivis, non pas par le gouvernement, mais par l’industrie privée.

« Quand tu t’assois et que tu y réfléchis, ça te donne envie de détruire tous tes appareils… et de déménager dans une cabane dans le Montana. »

Voir le document

Source : Forbes, Thomas Brewster, le 23 octobre 2018.

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

Vincent P. // 25.04.2019 à 12h20

Mais oui bien sûr : aucune backdoor sur les produits Apple, c’est bien connu !
Et la marmotte emballe Notre Dame dans du papier alu …

10 réactions et commentaires

  • charles // 25.04.2019 à 08h53

    aller sur openstreetmap.fr pour ne pas utiliser gmaps.

      +12

    Alerter
    • Julien // 25.04.2019 à 14h48

      Une carte papier et un Nokia 3210 c’est mieux !

        +4

      Alerter
      • Bouddha Vert // 28.04.2019 à 00h32

        Entièrement d’accord, voir pas de téléphone du tout, même en 2G!
        D’autant plus que l’on risque de se retrouver dans une nasse inextricable si les criminels recherchés sont de vrais professionnels, conscients du fil qui court depuis leur fond de culotte avec ce genre d’outils.
        Vive la ville et vive la technologie.

          +0

        Alerter
    • Gégé // 25.04.2019 à 19h13

      De même si openstreetmap est sommé de fournir des données ils se conformeront à l’autorité judiciaire : ne vous en déplaise. Pour vivre heureux vivez sans téléphone et pour vivre libre vivez sans internet (à TOR ou à raison je vis naturellement avec un smartphone et internet dans ma poche : je fais ce que je peux et je peux peu).

        +4

      Alerter
  • Steve // 25.04.2019 à 09h14

    Même si on ne peut pas faire confiance à 100% à Apple, si on est soucieux de sa vie privée, mieux vaut utiliser un téléphone de cette marque. C’ Plus cher, mais l’investissement se justifie.
    Et bien entendu n’installer aucun produit Google ou Facebook sur le téléphone. Ceux qui veulent néanmoins utiliser Facebook peuvent installer un navigateur tiers comme Brave réservé exclusivement à cet usage. Ainsi ils peuvent rester connectés en permanence sans être pistés lors de la navigation hors Facebook avec Safari.

      +0

    Alerter
    • Vincent P. // 25.04.2019 à 12h20

      Mais oui bien sûr : aucune backdoor sur les produits Apple, c’est bien connu !
      Et la marmotte emballe Notre Dame dans du papier alu …

        +14

      Alerter
  • gryzor // 25.04.2019 à 10h09

    On peut aussi aller voir les publications fouillées et étayées, par le journaliste Nafeez Ahmed, sur les liens profonds et anciens entre Google et l’appareil de renseignement étasunien.

    https://lesakerfrancophone.fr/et-la-cia-crea-google

      +2

    Alerter
  • Rond // 25.04.2019 à 10h30

    Vu le nombre de commentaires, ça n’étonne plus personne. Méfaits de la vaccination ? A quand l’obligation, pour tout le monde, d’aller pointer chaque jour ? A quand la version chinoise de la liberté ?
    Quand on a une arme et que tout est permis parce que personne ne conteste, on fait autre chose avec que du jardinage. Quand on a une arme comme google …
    Redevenons clairvoyants et créatifs !

      +2

    Alerter
  • jp // 25.04.2019 à 14h12

    je ne sais qui est le plus crétin : les cambrioleurs qui se baladent avec un smartruc sur les lieux de leurs forfaits ou le FBI qui ne sait pas travailler sans ce genre d’espionnage.

      +9

    Alerter
    • Subotai // 26.04.2019 à 06h20

      C’est vrai que ça me fait toujours marrer; mais enfin si les voyous étaient malins, ça se saurait… 🙂

        +2

      Alerter
  • Afficher tous les commentaires

Les commentaires sont fermés.

Et recevez nos publications