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26.novembre.201826.11.2018 // Les Crises

L’Occident lâche Julian Assange

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Source : Stefania Maurizi, Consortium News, 06-11-2018

6 novembre 2018

Alors que les médias se sont concentrés sur le chat de Julian Assange plutôt que sur sa détention arbitraire, les preuves montrent que la Grande-Bretagne a travaillé dur pour forcer son extradition vers la Suède, d’où Assange craignait d’être ensuite renvoyé aux États-Unis, comme l’explique Stefania Maurizi.

Commençons par le chat. Vous n’auriez jamais pensé qu’un de ces félins bien-aimés jouerait un rôle crucial dans l’affaire Julian Assange, n’est-ce pas ?

Et pourtant, regardez les dernières nouvelles parues dans la presse. Les gros titres des médias grand public ne parlaient pas d’un homme confiné dans un minuscule bâtiment au cœur de l’Europe depuis six ans, sans savoir quand cela se terminerait, mais plutôt d’ordres de Quito pour nourrir son chat. Voilà un homme qui risque sérieusement d’être arrêté par les autorités britanniques, extradé vers les États-Unis et poursuivi pour ses publications. Un homme qui a été coupé de tout contact humain, à l’exception de ses avocats, et dont la santé se dégrade sérieusement en raison d’un confinement prolongé sans même une heure à l’extérieur. Compte tenu de ce cadre, n’y avait-il rien de plus sérieux à couvrir que le chat ?

Mais il y a une histoire à raconter derrière le chat d’Assange. Une des dernières fois que j’ai été autorisée à rendre visite à Julian Assange à l’ambassade de l’Équateur à Londres, avant que le gouvernement actuel de Lenin Moreno ne coupe tous ses contacts sociaux et professionnels, j’ai demandé au fondateur de WikiLeaks si son chat avait déjà essayé de s’échapper de l’ambassade puisque, contrairement à son compagnon humain, il peut facilement s’échapper du bâtiment sans risque d’être arrêté par Scotland Yard.

Assange n’a pas pris ma question avec la légèreté à laquelle elle était destinée, bien au contraire, il s’est montré ému et m’a dit que lorsque le chat était petit, il avait en fait tenté de s’échapper du bâtiment, mais comme il avait grandi, il s’était tellement habitué au confinement que, chaque fois qu’Assange avait essayé de confier le chat à des amis proches pour que l’animal profite de sa liberté, il avait eu peur des grands espaces verts. Le confinement a un impact profond sur le comportement et la santé de toutes les créatures, animales comme humaines.

La force

J’ai travaillé en tant que partenaire média de WikiLeaks pendant les neuf dernières années, et au cours de ces neuf années, j’ai rencontré Assange à de très nombreuses reprises, mais je ne l’ai rencontré qu’une seule fois en homme libre : c’était en septembre 2010, le jour même où le procureur suédois a émis un mandat d’arrêt pour viol. D’abord assigné à résidence avec un bracelet électronique autour de la cheville, il est entré à l’ambassade de l’Équateur à Londres le 19 juin 2012. Depuis, il est resté terré dans cette petite ambassade : un bâtiment déprimant, très petit, sans soleil, sans air frais, sans une heure en plein air. Dans mon pays, l’Italie, même les chefs mafieux qui ont étranglé un enfant et dissous son cadavre dans un baril d’acide passent une heure dehors. Assange ne le peut pas.

Au cours de ces huit dernières années, je n’ai jamais entendu Julian Assange se plaindre ne serait-ce qu’une seule fois : au moins en ma présence, il a toujours réagi avec force à l’énorme stress qu’il a subi et chaque fois que j’ai contacté sa mère, Christine Assange, elle n’a jamais voulu discuter des détails de ses sentiments personnels et des préoccupations concernant la condition de son fils.

Mais malgré toutes ses forces, cette situation difficile mine gravement la santé physique et mentale d’Assange. Dans un éditorial paru dans The Guardian en janvier dernier, trois médecins respectés, Sondra S. Crosby, Chris Chisholm et Sean Love, ont tenté d’attirer l’attention sur ce problème, mais rien n’a changé. Assange reste confiné dans l’ambassade dans des conditions extrêmement précaires en raison de l’absence totale de coopération des autorités britanniques qui ont toujours refusé de lui offrir un passage sûr pour bénéficier de son asile en Équateur.

Ce manque de coopération de la part des autorités britanniques – qui peut être raisonnablement interprété comme un effort délibéré pour qu’Assange se sente impuissant, pour le démolir, pour qu’il sorte de l’ambassade et qu’ils puissent l’arrêter – a contribué à créer cette situation sans issue, l’Équateur essayant de trouver une solution avec diverses options, comme donner à Assange le statut diplomatique pour qu’il quitte l’ambassade protégé par une immunité diplomatique. Mais en fin de compte, un petit pays comme l’Équateur ne peut pas faire grand-chose, et avec Lenin Moreno au pouvoir, l’intérêt de l’Équateur pour la protection d’Assange semble s’estomper au point que l’Équateur envisage de retirer à Assange sa citoyenneté équatorienne, l’un des plus importants boucliers qui protège le fondateur de WikiLeaks contre son extradition vers les USA.

Un intérêt particulier du Royaume Uni ?

Ayant passé les trois dernières années à me battre dans quatre pays – la Suède, le Royaume-Uni, l’Australie et les États-Unis – pour avoir accès à toute la documentation sur l’affaire Assange et WikiLeaks selon la FOIA [Freedom of Information Act – loi d’accès à l’information NdT] j’ai acquis quelques documents qui ne laissent aucun doute quant au rôle joué par les autorités britanniques dans la création du bourbier juridique et diplomatique qui maintient Assange confiné à l’ambassade. Pourquoi les autorités britanniques l’ont-elles fait ? Quel intérêt particulier, le cas échéant, ont-elles dans l’affaire Assange ?

Je parle d’un « intérêt particulier » parce que les documents révèlent que dès le début de l’affaire suédoise, les autorités britanniques ont mis en garde les procureurs suédois contre la seule stratégie d’enquête qui aurait pu mener à une solution rapide de l’enquête préliminaire contre Assange : interroger le fondateur de WikiLeaks à Londres plutôt que l’extrader vers Stockholm. C’est cette décision d’insister à tout prix sur une extradition qui a conduit l’Australien à se réfugier à l’ambassade d’Équateur, se battant bec et ongles, convaincu que s’il était extradé vers la Suède, il pourrait finir extradé vers les États-Unis.

Des documents révèlent que les autorités britanniques ont qualifié l’affaire Assange d’inhabituelle dès le début. « Ne pensez pas que l’affaire est traitée comme une simple demande d’extradition », ont-ils écrit le 13 janvier 2011 aux procureurs suédois. Quelques mois plus tard, un fonctionnaire britannique ajoutait : « Je ne crois pas que cela se soit jamais produit, ni en termes de rapidité, ni en ce qui concerne l’aspect informel des procédures. Je suppose que cette affaire n’arrête jamais d’être stupéfiantes ». Quelle est la particularité de cette affaire ? Et pourquoi les autorités britanniques n’ont-elles pas cessé d’insister sur l’extradition à tout prix ?

A un moment donné, même les procureurs suédois ont semblé exprimer des doutes quant à la stratégie juridique préconisée par leur homologue britannique. Les courriers électroniques que j’ai obtenus entre les autorités britanniques et suédoises dans le cadre de la FOIA montrent qu’en 2013, la Suède était prête à retirer le mandat d’arrêt européen en raison de la paralysie judiciaire et diplomatique que la demande d’extradition avait créée. Mais le Royaume-Uni n’était pas d’accord avec la levée du mandat d’arrêt : l’affaire a traîné en longueur pendant encore quatre ans, lorsque finalement le 19 mai 2017, la Suède a abandonné son enquête après que les procureurs suédois eurent interrogé Assange à Londres, comme il l’avait toujours demandé.

Bien que l’enquête suédoise ait été finalement terminée, Assange reste confiné. Peu importe que le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire ait établi que le fondateur de WikiLeaks est détenu arbitrairement depuis 2010, et qu’il devrait être libéré et indemnisé. Le Royaume-Uni, qui encourage les autres États à respecter le droit international, se moque de la décision de cet organe des Nations unies dont les avis sont respectés par la Cour européenne des droits de l’homme. Après avoir essayé d’en appeler de la décision de l’ONU et perdu l’appel, la Grande-Bretagne l’ignore tout simplement. Il n’y a pas de fin en vue à la détention arbitraire d’Assange.

Silence et soupçons

Il y a deux autres éléments suspects : le fait que les autorités britanniques ont détruit les courriels concernant l’affaire Assange, comme elles l’ont admis dans mon litige devant le tribunal britannique, et le fait qu’elles ont toujours refusé de me fournir toute information quant à savoir si elles ont communiqué avec les autorités américaines sur l’affaire Assange, car elles soutiennent que confirmer ou rejeter cette information permettrait à Assange de savoir s’il existe ou non une demande d’extradition de la part des États-Unis.

S’il y a ou s’il y aura une demande d’extradition de la part des États-Unis, les autorités britanniques veulent pouvoir extrader Julian Assange pour ses publications comme n’importe quel autre criminel.

Le risque qu’un rédacteur en chef ou un éditeur soit extradé pour ses publications devrait susciter des signaux d’alarme et un débat public dans nos sociétés démocratiques, mais nous ne voyons aucun débat du tout.

La situation de Julian Assange est très précaire. Ses conditions de vie au sein de l’ambassade sont devenues insoutenables, et ses amis parlent comme s’il n’y avait plus d’espoir : « Quand les États-Unis prendront Julian », disent-ils, comme s’il était acquis que les États-Unis l’auront et qu’aucun journaliste, aucun média, aucune ONG, aucune association de presse ne fera rien pour l’empêcher.

Depuis six ans qu’Assange languit à l’ambassade, pas un seul grand média occidental n’a osé dire : il ne faut pas garder un individu enfermé sans fin en vue. Ce traitement de Julian Assange par le Royaume-Uni – et, plus généralement, par l’Occident – est non seulement inhumain, mais contre-productif.

Au cours de ces années, le réseau RT financé par l’État russe a continué à couvrir intensément l’affaire Assange. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi la Russie est si enthousiaste à propos de l’affaire Assange. L’affaire fournit à la Russie la preuve qu’alors que l’Occident prêche toujours la liberté de la presse et le journalisme agressif, il écrase en fait les journalistes et les sources journalistiques qui dénoncent les abus de l’État aux plus hauts niveaux. Chelsea Manning a passé sept ans en prison, Edward Snowden a été contraint de quitter son pays et de demander l’asile en Russie, Julian Assange a passé les six dernières années confiné dans un minuscule bâtiment et en très mauvaise santé. Il est temps d’arrêter cette persécution.

Stefania Maurizi travaille pour le quotidien italien La Repubblica en tant que journaliste d’investigation, après avoir travaillé dix ans pour le magazine d’information italien l’Espresso. Elle a travaillé sur toutes les publications de WikiLeaks de documents secrets et s’est associée à Glenn Greenwald pour révéler les dossiers Snowden concernant l’Italie. Elle a également interviewé A.Q. Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise, qui a révélé l’accord de paiement de condoléances conclu entre le gouvernement américain et la famille du travailleur humanitaire italien Giovanni Lo Porto, tué par un tir de drones aux États-Unis, et a enquêté sur les conditions de travail difficiles des travailleurs pakistanais dans une importante usine italienne à Karachi. Elle a entamé une action en justice multijuridictionnelle pour défendre le droit de la presse d’accéder à l’ensemble des documents concernant l’affaire Julian Assange et WikiLeaks. Elle est l’auteure de deux livres : Dossier WikiLeaks Segreti Italiani et Una Bomba, Dieci Storie [Secrets italiens et Une bombe, dix récits], ce dernier traduit en japonais. On peut la joindre à stefania.maurizi@riseup.net

Source : Stefania Maurizi, Consortium News, 06-11-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Fritz // 26.11.2018 à 07h41

« Le risque qu’un rédacteur en chef ou un éditeur soit extradé pour ses publications devrait susciter des signaux d’alarme et un débat public dans nos sociétés démocratiques, mais nous ne voyons aucun débat du tout. » En quelques mots, Stefania Maurizi a tout dit sur la valeur de nos soi-disant « démocraties ». Elle sauve l’honneur de sa profession, mais elle doit se sentir bien seule parmi ses confrères journalistes… « Depuis six ans qu’Assange languit à l’ambassade, pas un seul grand média occidental n’a osé dire : il ne faut pas garder un individu enfermé sans fin en vue. »

En France, les médias n’ont qu’à rappeler l’article 66 de notre constitution : « Nul ne peut être arbitrairement détenu », en précisant au passage qu’un citoyen australien ne peut en aucun cas être poursuivi pour « trahison » par les Etats-Unis d’Amérique.

L’enquête sur les allégations de viol n’était qu’un prétexte. Si elles étaient sincères, les plaignantes suédoises ont joué le rôle d’idiotes utiles : de collaboratrices d’une machine à mentir et à broyer l’être humain.

21 réactions et commentaires

  • Fritz // 26.11.2018 à 07h41

    « Le risque qu’un rédacteur en chef ou un éditeur soit extradé pour ses publications devrait susciter des signaux d’alarme et un débat public dans nos sociétés démocratiques, mais nous ne voyons aucun débat du tout. » En quelques mots, Stefania Maurizi a tout dit sur la valeur de nos soi-disant « démocraties ». Elle sauve l’honneur de sa profession, mais elle doit se sentir bien seule parmi ses confrères journalistes… « Depuis six ans qu’Assange languit à l’ambassade, pas un seul grand média occidental n’a osé dire : il ne faut pas garder un individu enfermé sans fin en vue. »

    En France, les médias n’ont qu’à rappeler l’article 66 de notre constitution : « Nul ne peut être arbitrairement détenu », en précisant au passage qu’un citoyen australien ne peut en aucun cas être poursuivi pour « trahison » par les Etats-Unis d’Amérique.

    L’enquête sur les allégations de viol n’était qu’un prétexte. Si elles étaient sincères, les plaignantes suédoises ont joué le rôle d’idiotes utiles : de collaboratrices d’une machine à mentir et à broyer l’être humain.

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    • Jean // 01.12.2018 à 01h59

      D’autant qu’Assange n’était accusé de viol, il y a eu depuis prescription, que dans le contexte très particulier du droit suédois. Car ce qui lui est reproché c’est le sexe par surprise, sans le consentement explicite de sa compagne légitime du moment. Ces faits ne pouvant pas être caractérisés comme un viol par le droit français et celui de nombreux autres pays.
      Ce qui n’empêchent évidement pas les chiens de garde de faire ce pourquoi ils sont fait.
      Dernier exemple en date du 29/11/2018 : Le Guardian lance de nouvelles accusations contre Assange et WikiLeaks

        +1

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  • marcvador // 26.11.2018 à 07h45

    Ce n’est pas possible! C’est une fausse information? Le Royaume Uni, c’est comme les autres démocraties occidentales, elle défend les droit de l’homme. Non???? Pourtant nos journalistes le disent à longueur de journées?

      +16

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  • RGT // 26.11.2018 à 08h02

    Le “Pays des Droits de l’Homme”® ne bouge surtout pas dans cette sordide affaire et ne devrait plus se targuer de cette prétention.

    Sans parler de l’UE et de sa prétendue “Cour €uropéenne de Justice”® qui aurait dû depuis bien longtemps se pencher sur l’affaire…

    Dans le cas de la France, nous avons eu droit à des dirigeants totalement inféodés aux intérêts US sans discontinuer depuis Narközy (frère déserteur bossant à gérer le fortune de la famille Bush, puis une tripotée de “Young Leaders” serviles à souhait), donc il ne fallait surtout pas espérer quoi que ce soit du côté de nos dirigeants.

    Julian Assange aurait mieux fait de précéder Edward Snowden en allant se réfugier en Russie, il ne serait pas contraint à être embastillé dans un placard et pourrait sortir pour avoir des contacts avec de vrais humains.
    De plus, la Russie étant plus proche de la Suède que la Grande Bretagne le billet d’avion aurait été sans doute moins cher…

    Si d’aventure un lanceur d’alerte se sent menacé il doit savoir ce qui lui reste à faire : Prendre le premier avion pour Moscou, Pékin, Téhéran ou Pyongyang, il sera au moins en sécurité.

    Selon vous, quelles sont les pires dictatures sur cette planète ?

      +59

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  • aa // 26.11.2018 à 08h44

    Le texte mélange les bons sentiments et les aspects purement juridiques de la situation d’Assange.
    Et ce sont ces aspects qui sont dangereux pour Assange, puisqu’ on sait bien que personne ne va envoyer de drone ou d’obus de mortier sur l’ambassade d’Equateur à Londres.

    « extrader Julian Assange pour ses publications »
    C’est la raison secrète, mais ce n’est pas la charge proférée.

    Pour les Américains, Assange est accusé (au moins) d’avoir fricoté (par internet) avec un espion (ce qui rique d’en faire un espion lui-même), et d’avoir activement participé (par son aide technique) au piratage d’un système informatique américain (et situé sur le territoire américain, pour ceux qui clament qu’il n’a violé aucune loi américaine sur le territoire américain). En plus, il est celui à qui l’espion Manning a remis les documents volés.

    Pour les Anglais, il est en infraction au regard des règles de sa liberté conditionnelle, ce qui les autorise à l’arrêter dès qu’il met les pieds sur le territoire britannique (en sortant de l’ambassade)

    [Apparemment, beaucoup de gens ne comprennent la différence entre

    « avoir des charges contre quelqu’un »
    (et alors il appartiendra à un tribunal de statuer sur la valeur de ces charges) et

    « il est prouvé que quelqu’un est coupable »
    (et alors il va directement au trou). ]

    « Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire ait établi que le fondateur de WikiLeaks est détenu arbitrairement »

    Permièrement, la conclusion du groupe en question est une “opinion” (“legal opinion”), sorte de memorandum explicatif des décisions (prises ou à prendre) d’un tribunal, mais, pour autant que je comprenne, n’est pas lui-même équivalent à l’arrêt d’un tribunal.

    Deuxièmement, il s’avère qu’elle parle des dix jours de prisons (en 2010) faits par Assange en Angleterre, suivis des 550 jours d’assignation à résidence, même si son confinement à l’ambassde d’Equateur est aussi considéré comme une privation de liberté.
    Tout ceci serait arbitraire « parce qu’il a été maintenu à l’ isolement durant les premiers temps de sa détention, et parce que le procureur suédois a manqué de diligence »

    [on est prié de comprendre que je fais des constats, pas que je manifeste des approbations]

      +3

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  • aladin0248 // 26.11.2018 à 09h42

    Je suis fatigué des couches et des couches de bien-pensance droit-de-l’hommiste qu’on nous impose tous les jours. L’affaire Assange est tellement emblématique de l’hypocrisie ambiante, que seule, dans son coin, elle vérole tout le discours dominant moralisateur concernant les autres sujets. Comment a-t-on pu en arriver là ? Le système se sent-il donc aussi menacé par cet homme seul qu’il se sent obligé de prendre contre lui les pires dispositions (hormis de le tuer comme Kashoggi, mais là, pour le coup, ça passerait vraiment mal). Donc la mort lente. Mais il faut aussi préalablement le briser pour l’exemple.

      +29

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  • Océan de sagesse // 26.11.2018 à 10h05

    Drole de titre ,il ne l’a jamais soutenu ,la servilité envers le maitre est trop ancrée !

      +9

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  • Louis Robert // 26.11.2018 à 10h37

    Grandeur de l’Homme.

    La force d’un seul homme, tout de même! Prométhéen, il fait trembler les Empires, celui d’hier plus encore que celui d’aujourd’hui!

    Assange, c’est la menace de mort permanente qui plane sur le Pouvoir criminel qui a tout à perdre du seul fait que l’homme existe, indomptable.

    Petitesse des Empires. Petitesse de l’homme asservi, terrifié, complaisamment complice, inconditionnellement soumis. Heureux, si parfaitement heureux de l’être. Béatitude de la servitude volontaire.

    « Il regarda l’énorme face. Il lui avait fallu quarante ans pour savoir quelle sorte de sourire se cachait sous la moustache noire. Ô cruelle, inutile incompréhension ! Obstiné ! volontairement exilé de la poitrine aimante ! Deux larmes empestées de gin lui coulèrent de chaque côté du nez. Mais il allait bien, tout allait bien.

    LA LUTTE ÉTAIT TERMINÉE.

    IL AVAIT REMPORTÉ LA VICTOIRE SUR LUI-MÊME.

    IL AIMAIT BIG BROTHER. »

    Fin

    (George ORWELL, « 1984 »)

      +5

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  • Booster // 26.11.2018 à 12h51

    Mais qu’a donc fait cet homme de si répréhensible. N’a-t’il pas tout simplement mis en pratique tout ce qu’on nous apprend à l’école sur le bien, la vérité ?

      +7

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  • Babar // 26.11.2018 à 14h16

    L’Equateur, à un moment donné, a été le seul état à apporter une aide à Julian Assange et c’est en voie de normalisation. Dans ce domaine de la protection des lanceurs d’alerte, je suis particulièrement déçu par mon pays qui sous la présidence de ce faux jeton d’Hollande (crypto libéral ennemi de la finance!) a forcé l’avion du président de la Bolivie à atterrir car il venait de Moscou et aurait pu aider l’exfiltration d’Edgar Snowden…
    C’était feu le socialisme à la française. La compassion du macronisme va vers le sauvetage de la planète en augmentant les taxes sur les carburants et le président n’a pas l’opportunité de s’occuper des petits problèmes humains. Avenir électoral à suivre!

      +8

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  • calahan // 26.11.2018 à 14h21

    Un mensonge qui fait l’affaire vaut mieux qu’une vérité qui l’embrouille.

    Il est difficile de rencontrer un homme qui veuille bien entendre une vérité désagréable.

    Dis la vérité, et tu seras pendu.

    La vérité doit loger au chenil, et le flatteur est assis devant le foyer.

    Qui dit la vérité ne trouve nulle part où loger.

    Qui procède de l’erreur à la vérité, est un sage ; qui reste dans l’erreur, est un fou.

    On frappe toujours le violoneux de la vérité avec son propre archet.

    Avec la vérité à ses côtés on va partout, même en prison.

    La vérité est plus chère que l’or.

    Une main pleine d’argent est plus forte que deux mains pleines de vérité.

    etc…etc…

    Ce n’est pas faute de le savoir avec tous ces proverbes de part le monde !

      +5

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  • J’écris ton nom // 26.11.2018 à 14h57

    Comment aider JA à s’évader du consulat :
    1 – évasion
    2 – dissimulation
    3 – exfiltration hors UK

    Pour que la sortie de JA soit la plus efficace et la moins risquée possible, il faut donner au temps la chance de jouer dans le bon sens. Les intérêts qui cherchent à détruire JA sont très puissants, mais pas omnipotents, ni aux ressources illimitées. Les meilleures tactiques sont celles qui maximisent la consommation de ressources pour un résultat donné.

    1 – évasion
    Les moyens de sortie de l’ambassade sont limités, et étroitement surveillés, y-compris de façon certaine par des moyens de surveillance électroniques.

    Sortir “là maintenant comme cela”, serait suicidaire. JA serait immédiatement appréhendé. Pour se donner des chances, il faut obliger les ceusses qui veulent l’appréhender à mettre en oeuvre une débauche de moyens et à commettre des fausses erreurs de façon récurrente – arrestations arbitraires, …

    Pour ce faire, il faut, “chaque jour” et pour une période d’une durée indéfinie, mobiliser une foule à l’extérieur du consulat, qui amalgamera les entrants et sortants du consulat, de façon à les dissimuler aux regards, et à forcer les autorités, si elles veulent intervenir, à arrêter, non pas une seule personne, mais beaucoup en même temps.

    Des fumigènes ou autre neutralisation des moyens de surveillance ajouteraient utilement à la confusion, en particulier au voisinage des caméras de surveillance.

    Par ailleurs, il est important que JA puisse se déguiser en sortant de l’ambassade, de façon suffisamment distrayante que pour que le doute subsiste quand une quelconque personne quitte l’ambassade. Cet effet est renforcé si le déguisement est conçu, et synchronisé pour correspondre à une personne effectivement entrée récemment dans le consulat, et donc en sortant naturellement.

    Dès la sortie du consulat, le fuyard dispose d’un temps, et donc d’une distance limitée avant que des recherches ne soient lancées. Tenter de maximiser la distance afin d’obliger les poursuivants à disperser leurs recherches sur une surface plus grande est une démarche risquée : la reconnaissance faciale est devenue une réalité quotidienne, et Londres ou le RU sont truffés de caméras de surveillance.

    Il importe donc de choisir avec soin son point de chute, de façon à faire disparaître le fuyard le plus rapidement possible.

    2 – dissimulation
    Les meilleurs endroits disposent de deux qualités avant tout :
    – d’un accès facile et surtout discret
    – bénéficiant de protections en cas de découverte

    D’autres ambassades viennent immédiatement à l’esprit, mais qui sont très certainement surveillées.

    Sinon tout lieu privé est pertinent, à condition que l’arrivée du nouveau venu ne soit pas décelable, et que sa présence ne modifie en aucune façon les habitudes, pendant la durée qui convient (3 mois, 6, 12 ???). La capacité à cacher le fugitif, et ses affaires, aux regards, y-compris infra-rouges, est évidemment un atout pendant des visites de police qui seraient moins que totales.

    3 – exfiltration hors UK
    Après un temps considéré comme suffisant JA devra être exfiltré vers un pays ami, prêt à lui fournir une nouvelle identité, où il subira remise en forme, chirurgie esthétique, et apprentissage de la langue.

    L’exfiltration elle-même devra éviter les endroits munis de points de surveillance lourds. Les meilleurs candidats sont peut-être les bateaux de plaisance et les avions de tourisme. Un sous-marin serait bien sûr idéal.

    De multiples provocations, fausses tentatives d’exfiltration “à vide”, mais susceptibles de permetre une telle extraction, avec toujours un déni plausible, seront une guerre d’usure très utile, qui fournira aussi une longue liste de petits drames que la presse, officielle ou alternative, pourra orchestrer à loisir. Le syndrome “Pierre et le Loup” est un phénomène très puissant, où la réaction aux premières provocations sera sans doute très diligente, mais cette diligence s’estompera. De la même façon, organiser plusieurs leurres au moment même de la véritable tentative d’extraction facilitera la démarche.

    Des journées de “solidarité avec JA”, organisées par ses supporters, pourraient fournir de façon récurrente, des dizaines, voire des centaines de tels leurres simultanés, qui feraient passer les contre-mesures anti-missiles pour des travaux d’amateur. Un site internet recensant et décrivant de tels leurres permettrait une mobilisation spontanée, incontrôlable même par ses organisateurs indirects, et surtout non dénombrable à priori. Il faudrait pour gérer une telle mobilisation de ressources citoyennes un PC de crise doté de ressources gigantesques. Pendant combien de temps ? A contrario, les actions d’un tel PC seraient éminemment observables, et donc susceptibles de devenir largement prévisibles.

    On peut rêver …

      +1

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  • monique // 26.11.2018 à 16h56

    l’adresse “stefania.maurizi@riseup.net” indiquée dans le papier n’est pas “renseignée.
    je voulais lui envoyer un petit mot de remerciement…..impossible.
    pourquoi?
    est-ce un blocage envers les rares soutiens de Julian Assange???

      +2

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    • Weilan // 26.11.2018 à 23h33

      Tapez juste son nom (sans @riseup.net) dans votre moteur de recherche et vous aurez ce que vous cherchez.

        +1

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  • Albert Charles // 26.11.2018 à 17h40

    Le traitement infligé à Julian Assange est à la fois une injure aux grands principes des Droits de l’Homme dont l’Occident se revendique, mais il est aussi un aveu de la puissance que nos machines étatiques en Etats de droit sont capables de faire.C’est donc très inquiétant (et révoltant). Mais, surtout, croire que Monsieur Assange serait mieux traité s’il s’était réfugié en Chine, en Russie ou en Iran (voire en Arabie Saoudite) relève de l’obscurantisme le plus total. Assange lui même ne s’y trompe pas: il n’est pas allé se faire protéger par ces Etats là, sachant que des Julian Assange ne peuvent pas y survivre (biologiquement parlant)…à supposer qu’il puisse en exister (même quelques heures).

      +1

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    • Weilan // 26.11.2018 à 23h39

      Je vous signale que Edgard Snowden semble se porter comme un charme en Russie.

        +8

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  • bluetonga // 26.11.2018 à 23h47

    Ce n’est qu’une pétition, mais bon, il faut un début :

    https://www.change.org/p/free-julian-assange-before-it-s-too-late?signed=true

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  • Betty // 27.11.2018 à 14h49

    Interview sous-titrée de John KIRIAKOU – John Kiriakou: Julian Assange ne bénéficiera pas d’un procès équitable aux États-Unis – Durée 1:50.
    https://t.co/VIPs8bIapY

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  • traroh // 27.11.2018 à 17h29

    La liberté de la presse, la liberté d’expression, c’est toujours pour les gens qui veulent exprimer des opinions controversées. Même les nazis ne voulaient pas faire taire les médias qui étaient d’accord avec eux.

    Les affaires Assange, Manning et Snowden, et plus généralement le sort (funeste) réservé à tous les lanceurs d’alerte, sont la preuve par l’exemple que tout ce qu’on nous dit depuis des décennies sur la liberté de la presse dans les pays occidentaux, c’est juste du baratin !

    La presse n’est pas libre du tout, dans les pays occidentaux. On tolère une petite dose d’impertinence pour donner le change, mais dès qu’un média commence à devenir vraiment libre, la répression est féroce, sans pitié !

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