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12.avril.201912.4.2019 // Les Crises

Julian Assange n’aura jamais un procès équitable aux États-Unis. Par John Kiriakou

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Article initialement publié le 6 janvier 2019

Source : Le Grand Soir, John Kiriakou, 19-12-2018


Le 16 novembre [2018], un assistant du procureur général adjoint du district fédéral Est de Virginie a accidentellement révélé que Julian Assange, cofondateur de Wikileaks, a été accusé de crimes fédéraux non spécifiés ; ces accusations ont été scellées.

La divulgation a eu lieu dans une affaire, sans rapport, de terrorisme et de pornographie juvénile. En réponse à une demande des médias, le procureur adjoint des États-Unis a demandé à un juge de maintenir les accusations d’Assange sous scellés, en disant : “En raison de la sophistication de l’accusé et de la publicité entourant l’affaire, aucune autre procédure n’est susceptible de garder confidentiel le fait qu’Assange a été accusé…. Les accusations doivent rester scellées jusqu’à l’arrestation d’Assange “.

Il y a plusieurs aspects alarmants à cet “accident”. Tout d’abord, c’est une nouvelle qu’Assange a été accusé de quelque chose. La spéculation est que l’accusation comporterait plusieurs chefs d’accusation d’espionnage. Le gouvernement soutiendra qu’Assange n’est pas un journaliste et qu’il n’a pas droit aux protections dont bénéficient les journalistes. Il soutiendra en outre qu’Assange a fait exactement ce que la loi de 1917 sur l’espionnage décrit comme de l’espionnage : “Fournir des informations de défense nationale à toute personne non autorisée à les recevoir.” (J’ai soutenu au fil des ans que la Loi sur l’espionnage est si vague qu’elle est inconstitutionnelle, bien qu’elle n’ait pas été contestée par le système fédéral devant la Cour Suprême).

Le problème ici est qu’il est très inhabituel – sans précédent, même – qu’un ressortissant étranger (Assange est australien) soit accusé d’espionnage alors qu’il n’a pas volé l’information. On lui a simplement fourni l’information, qu’il a ensuite rendue publique. Assange dit qu’il n’était qu’un journaliste faisant son travail et qu’aucune administration n’a jamais accusé un journaliste d’espionnage pour avoir fait son travail.

Deuxièmement, cette révélation par inadvertance a confirmé qu’Assange a été inculpé dans le district Est de la Virginie – ce qu’on appelle le “tribunal de l’espionnage”. C’est exactement ce que beaucoup d’entre nous craignaient. Rappelez-vous qu’aucun défenseur de la sécurité nationale n’a jamais été déclaré non coupable dans le district Est de la Virginie. Le district Est est également connu sous le nom de “tribunal fusée” en raison de la rapidité avec laquelle les affaires sont entendues et tranchées. Vous n’êtes pas prêt à vous défendre ? Vous avez besoin de plus de temps ? Votre dossier est incomplet ? Pas de chance. Rendez-vous au tribunal.

Troisièmement, j’ai prédit depuis longtemps qu’Assange serait confronté au juge Leonie Brinkema s’il était présenté devant le district Est. Brinkema s’est occupée de mon affaire, ainsi que de celle du lanceur d’alerte de la CIA, Jeffrey Sterling.

Elle s’est également réservée l’affaire Edward Snowden. Brinkema est un juge coupeur de têtes. Elle a été nommée à la magistrature fédérale par Ronald Reagan après avoir été procureur fédéral. Elle a ensuite été nommée juge de première instance par Bill Clinton, sous le patronage de l’ancien sénateur républicain John Warner.

Brinkema ne m’a littéralement donné aucune chance de me défendre. À un moment donné, à l’approche du procès, mes avocats ont déposé 70 requêtes, demandant que 70 documents classifiés soient déclassifiés afin que je puisse les utiliser pour me défendre. Je n’avais aucune défense sans eux. Nous avons bloqué trois jours pour les audiences. Quand nous sommes arrivés à la salle d’audience, Brinkema a dit : « Laissez-moi vous faire gagner beaucoup de temps. Je vais rejeter l’ensemble de ces 70 motions. Vous n’avez besoin d’aucune de ces informations » Tout le processus a pris une minute. En sortant de la salle d’audience, j’ai demandé à mon avocat principal ce qui venait de se passer. “On vient de perdre l’affaire. Voilà ce qui s’est passé. Maintenant, il va falloir négocier

Mes avocats ont finalement négocié 30 mois d’emprisonnement – bien en deçà des 45 ans que le ministère de la Justice avait initialement demandés. Il s’agissait d’un plaidoyer de culpabilité dit « 11C1C » ; il s’agit d’un deal gravé dans la pierre et ne pouvant pas être modifié par un juge. A prendre ou à laisser. Elle l’a pris, mais pas avant de m’avoir demandé de me lever, en me montrant du doigt et en disant : “M. Kiriakou, je déteste cet appel. Je suis juge depuis 1986 et je n’ai jamais eu de “11C1C”. Si je pouvais, je vous donnerais dix ans.” Ses commentaires étaient inappropriés et mes avocats ont déposé une plainte déontologique contre elle. Mais c’est Brinkema. Elle est comme ça.

Julian Assange n’a aucune chance d’obtenir un procès équitable dans le District Est de Virginie. La seule chose qui peut le sauver, c’est la récusation du jury. Techniquement, la récusation du jury est illégale. Cela arrive lorsqu’un jury acquitte l’accusé, non pas parce que l’accusé est innocent, mais parce que la loi elle-même est erronée. La loi sur l’espionnage est erronée. Julian Assange est journaliste. Il n’aurait jamais dû être accusé d’un crime. Bien que le juge qui sera désigné pourrait être en désaccord, un jury pourrait être d’un avis contraire. Et il le devrait.

John Kiriakou

John Kiriakou est un ancien agent antiterroriste de la CIA et un ancien enquêteur principal du Comité sénatorial des relations étrangères. John est devenu le sixième lanceur d’alerte inculpé par le gouvernement Obama en vertu de la loi sur l’espionnage – une loi conçue pour punir les espions. Il a passé 23 mois en prison pour avoir tenté de s’opposer au programme de torture de l’administration Bush.

Traduction “plus on creuse et plus toute cette affaire pue…” par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir, John Kiriakou, 19-12-2018

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Fritz // 06.01.2019 à 08h58

C’est quoi le zoli pin’s au revers du col de la juge ? Une francisque ?
Imaginez qu’un juge français porte la même décoration, avec un petit drapeau tricolore sur l’autre revers…

Sur le fond, John Kiriakou a raison : il est hallucinant qu’un citoyen australien soit menacé d’un procès d’espionnage comme s’il était un citoyen américain, en vertu d’une loi opaque de 1917 (il y a un siècle), et selon une procédure secrète qui rappelle les heures les plus joyeuses de l’histoire européenne.

Et pendant ce temps, Assange croupit dans une ambassade londonienne depuis six ans et demi.
Dans le silence assourdissant des médias, des intellectuels et des ténors du barreau français.

14 réactions et commentaires

  • aa // 06.01.2019 à 08h34

    « ces accusations ont été scellées. »
    c’est-à-dire, en droit américain, que le public n’y a plus accès.

    Le texte date du 17 novembre 2018. Depuis il y a eu une suite.

    Les défenseurs d’Assange ont intoduit une action en justice pour faire annuler cette décision
    La (brève) audience a eu lieu le 27 novembre.et c’est le juge Leonie Brinkema évoqué par Kiriakou qui a tranché :

    «Tant qu’une personne n’est pas arrêtée, le gouvernement a de mon point de vue un argument irréfutable pour maintenir le dossier scellé. »

    « Il y a de solides raisons qui font que les accusations criminelles et les mandats d’arrêt se fassent typiquement selon la procédure du secret (“under seal”) jusqu’à ce que le suspect soit arrêté— telle qu’utiliser l’effet de surprise pour assurer la sécurité des agents devant procéder à l’arrestation. — ce qu’elle a appelé “une base légitime” [pour garder “scellé” le cas Assange] »

    https://abcnews.go.com/Politics/us-legitimate-basis-mystery-assange-case-sealed-judge/story?id=59452922

    ==============
    «Traduction […] avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles »

    il faut corriger
    « aucun défenseur de la sécurité nationale n’a jamais été déclaré non coupable »
    en
    « aucun défendeur [= accusé] dans des affaires de sécurité nationale n’a jamais été déclaré non coupable »
    ” no national security defendant has ever been found not guilty “

      +16

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  • Fritz // 06.01.2019 à 08h58

    C’est quoi le zoli pin’s au revers du col de la juge ? Une francisque ?
    Imaginez qu’un juge français porte la même décoration, avec un petit drapeau tricolore sur l’autre revers…

    Sur le fond, John Kiriakou a raison : il est hallucinant qu’un citoyen australien soit menacé d’un procès d’espionnage comme s’il était un citoyen américain, en vertu d’une loi opaque de 1917 (il y a un siècle), et selon une procédure secrète qui rappelle les heures les plus joyeuses de l’histoire européenne.

    Et pendant ce temps, Assange croupit dans une ambassade londonienne depuis six ans et demi.
    Dans le silence assourdissant des médias, des intellectuels et des ténors du barreau français.

      +23

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    • JCH // 06.01.2019 à 09h43

      Plutôt qu’une francisque, je pencherais pour le petit marteau (“gavel”) utilisé par les juges anglo-saxons. Pas spécialement terrifiant, comme pin’s…

        +10

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  • MDacier // 06.01.2019 à 10h20

    Rassure vous …
    Le défenseur de la veuve et de l’orphelin, du faible contre le fort – j’ai nommé BHL, va intervenir dans ce deni de justice …

      +11

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  • René Fabri // 06.01.2019 à 15h04

    En effet, Assange devrait être classé parmi les journalistes d’investigation plutôt que parmi les espions.

    S’il était un espion, au service de quel pays le serait-il ? La juge, Leonie Brinkema, pourrait-elle montrer des fiches de paye de l’Australie ou d’un autre pays, pour un travail d’espionnage ? Pourrait-il être échangé contre un autre espion ?

    Par ailleurs, sans rapport avec Assange, la plupart des “journalistes” de télévision devraient être classés parmi les présentateurs d’émission de divertissement, parce qu’ils restent superficiels.

      +18

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    • Paul // 06.01.2019 à 15h33

      De fous du roi serait plus exact…

      Cdlt

        +2

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    • Rémi // 12.04.2019 à 14h59

      Assange n’étant pas classable dans la catégorie clown c’est bien qu’il est un espion.
      Vous êtes espion ou présentateur d’émission de divertissement dans le monde actuel.

        +2

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  • Syb // 06.01.2019 à 17h28

    Un désaveu total des pouvoirs médiatique et politique. Personne ni pour exprimer un désaccord, ni personne pour soutenir à l’Assemblée ce qu’un lanceur d’alertes à eu comme effets favorables de dénoncer des pratiques.
    Quelle surdité, mutisme….sinon 2/3 bruits cités sur le web et rares quotidien le nom Assenge pour dire c’est la fin. ! Donc quoi, ? Comment de fait il que des pétitions en ligne non pas harcelées les médias en ligne….comment se fait il qu’un résident européen soit emprisonné de manière arbitraire sur le sol européen. Comment les gouvernements successifs ont étouffés l’affaire. Dire c’est tragique ça l’est. Aucune instances internationales ne s’est saisi du cas Assenge. Aussi le système partisan mondialiste ne saurai être impartiale est-il judicieux de demander la protection Russe, Chinoise….
    Après tout Assange est une valeur !

      +6

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  • aa // 12.04.2019 à 07h57

    Assange a été arrêté jeudi 11, et, conformément à la loi américaine, les accusations portées contre lui, jusque là “scellées”, ont été rendues publiques.

    Comme on s’en doutait, l’accusation principale est d’avoir activement participé au piratage d’un système informatique (gouvernemental), ce qui est évidemment condamné par toutes les lois de tous les pays du monde.

    « 25. le 10 mars 2010, ou aux environs de cette date, Assange a réclamé à Manning plus d’informations relatives à ce mot de passe. Assange a indiqué qu’il avait poursuivi des tentatives de craquage du mot de passe en déclarant que jusqu’à là, “il n’avait pas eu de chance”. »

    https://www.justice.gov/usao-edva/pr/wikileaks-founder-charged-computer-hacking-conspiracy

    https://www.justice.gov/usao-edva/press-release/file/1153481/download

      +2

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  • Serge WASTERLAIN // 12.04.2019 à 08h05

    Après les gilets jaunes, Assange ! Ce jour est à jamais marqué d’une pierre noire dans le calendrier de la liberté d’expression, voire de la liberté tout court !
    Il dévoile au grand jour la brutalité qu’exercent nos soi-disant démocraties dès que les intérêts des possédants sont un tant soit peu mis en danger.
    Honte à la presse et aux journalistes si prompts à s’offusquer et dénoncer l’atteinte à la démocratie lorsqu’un de ses journaleux se fait vertement remballer pour son manque d’objectivité ou ses questions biaisées, alors qu’ici ils ne lèvent pas le petit doigt pour défendre un des leurs qui n’a fait que nous dévoiler ce que nos dirigeants nous cachent. Seuls les medias alternatifs, ceux-là mêmes qu’on accuse à la moindre erreur de diffuser des fake news, sauvent l’honneur de la profession.
    Hé dire que certains prétendent encore et toujours que nous sommes en démocratie…

      +8

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  • Bèbert le Fou // 12.04.2019 à 08h47

    Une seule conclusion : les États-Unis (et avec eux, les autres pays occidentaux) ne sont une démocratie que si vous êtes d’accord avec le système. Si vous êtes un (vrai) opposant – non pas un guignol participant à l’alternance unique,comme dirait Michéa – alors vous êtes en danger.
    De quelle supériorité peuvent se prévaloir les USA par rapport à la Russie après le traitement réservé à Assange ? Je cite la Russie car c’est le pays par excellence vilipendé par le camp occidental. Personnellement, je suis convaincu qu’il est “moralement” supérieur aux nôtres.

      +12

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  • Betty // 12.04.2019 à 16h17

    Cette Juge Leonie M. Brinkema est féroce. En octobre 1996 elle a renversé la décision d’un magistrat qui aurait permis à Robert C. Kim (ancien analyste informatique du gouvernement accusé d’avoir donné des documents classifiés à la Corée du Sud) de sortir en liberté en attendant son procès sur les accusations qu’il avait données aux fonctionnaires sud-coréens des documents obtenus alors qu’il travaillait comme civil pour le service de l’intelligence de la Marine… https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1996-10-03-mn-50024-story.html

      +1

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  • Ando // 12.04.2019 à 16h23

    Ce qui est stupéfiant dans cet événement c’est qu’un regime donné, le regime de Washington, ait mené une véritable chasse à l’homme à l’egard d’un ressortissant australien au motif qu’il a divulgué de vraies informations. Ce qui motive cette chasse relève d’un desir de vengeance et de punir un individu qui n’a absolument aucune obligation à l’égard des États-Unis. Qu’un Etat qui se prétend encore une puissance tombe aussi bas indique une décomposition profonde dont on devrait normalement voir beaucoup d’autres artefacts. L’ expression qui vient spontanement a l’esprit est ‘bestialité’ ou despotisme matinée d’une très épaisse couche de crétinisme. Ce pays vient de se saborder culturellement. Une puissance ne se conduit pas comme un minable petit mafieu de banlieue desheritee. Quelle honte pour les États-Unis.

      +7

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    • Dominique65 // 13.04.2019 à 00h18

      « Ce qui motive cette chasse relève d’un desir de vengeance et de punir un individu »
      Au-delà, il y a surtout l’idée de dissuasion.

        +3

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