C’est sûr que ce n”est pas l’AFP qui fera un tel travail (bien qu’imprafait, ne mentionnant pas que l’ancien procureur en question est membre de Svoboda…)

Ceci étant, sur le fond, on en parle depuis longtemps sur ce blog, comme ici avec la vidéo allemande (24 avril !), ou les déclarations du député chargé du suivi de l’enquête disant que les preuves avaient été escamotées (21 mai !) – qui n’ont été reprises par aucun grand média français…

Par Steve Stecklow et Oleksandr Akymenko, Reuters

Kiev, vendredi 10 octobre 2014, 6h12.EDT

(Reuters) – Pour des millions d’Ukrainiens, ce fut un crime contre l’humanité. En février, plus de cent manifestants ont été abattus lors du soulèvement de Maïdan, qui renversa le président Viktor Yanoukovitch. Les victimes sont connues maintenant sous le nom de “centurie céleste”.

De la fumée s’élève au-dessus des barricades en feu sur la place de l’Indépendance pendant les manifestations antigouvernementales à Kiev le 20 février 2014

En avril, les procureurs ont arrêté trois suspects, membres d’une unité d’élite au sein de la police anti-émeute “Berkout”. Le plus gradé d’entre eux, Dmytro Sadovnyk, 38 ans, un commandant décoré, était accusé d’avoir ordonné à ses hommes de tirer sur la foule, le matin du 20 février. Les trois suspects sont accusés d’avoir massacré 39 manifestants désarmés.

Le 19 septembre, l’affaire a rebondi, lorsqu’un juge a relâché Sadovnyk pour l’assigner à domicile – deux semaines plus tard, il avait disparu.

Les activistes de Maïdan ont été révoltés, convaincus qu’un système corrompu avait laissé échapper un tueur. Une enquête sur le juge fut ouverte. Le procureur déclara : « D. Sadovnyk, soupçonné d’avoir commis un crime extrêmement grave, a disparu de son lieu d’assignation à domicile dans le but d’éviter une sanction. »

Mais dans un pays où la justice souvent n’est pas aveugle, il y a une autre possibilité : Sadovnyk était victime d’un coup monté et a vu la fuite comme la meilleure issue. Au tribunal, le mois dernier, il a qualifié les accusations contre lui de « lynchage politique ». Les jours avant qu’il se volatilise, selon son épouse et son avocat, Sadovnyk et sa famille avaient reçu des menaces de mort.

L’ex-commandant du “Berkout” Dmytro Sadovnyk se tient dans une cellule en métal lors d’une audience de justice à Kiev, le 5 septembre 2014.

Un examen par l’agence Reuters des pièces du dossier sur les tirs de la place Maïdan – basé sur l’interview de procureurs, d’avocats de la défense, de manifestants, d’officiers de police et d’experts légistes – a révélé de sérieuses carences dans le dossier contre Sadovnyk et les deux autres officiers du Berkout.

Parmi les preuves présentées contre Sadovnyk, se trouvait une photographie. Les procureurs disent qu’elle représente l’inculpé, près de la place de l’Indépendance de Kiev, le 20 février, portant un masque et tenant un fusil à deux mains, avec ses doigts bien en évidence.

Le problème : Sadovnyk n’a pas deux mains. Sa main droite, selon les déclarations de son épouse à Reuters, a été arrachée par une grenade dans un accident lors d’un entraînement, il y a de cela six ans. Quand les procureurs présentèrent l’image lors d’une audience en avril dernier, a raconté Yulia Sadovnyk, son époux a ôté son gant et montré son moignon à la salle.

« Il ne peut pas vraiment tirer », dit Serhiy Vilkov, l’avocat de Sadovnyk. « L’accuser de ce crime est un calcul politique ».

Les recherches sur les meurtres ont été entravées par la disparition de preuves. De nombreuses armes, censées avoir été utilisées pour tirer sur les manifestants, se sont volatilisées. De nombreuses balles tirées ont été emportées à la maison comme souvenirs. Des barricades, des arbres perforés de balles et d’autres preuves ont été enlevés, d’après les avocats.

Un ancien commandant du berkout a déclaré à Reuters que des officiers du Berkout ont détruit des preuves écrites qui auraient pu permettre d’identifier les officiers responsables. Ils l’ont fait, selon lui, car ils craignaient que le quartier-général du Berkout ne soit attaqué par une foule de manifestants assoiffés de vengeance, après la fuite de Yanoukovitch en Russie.

L’ancien président n’est pas le seul personnage-clé manquant au tableau. Dans une interview donnée avant la disparition de Sadovnyk, le procureur général d’Ukraine, Vitaly Yarema, a déclaré que les enquêteurs avaient identifié 17 officiers du Berkout comme soupçonnés d’avoir participé aux tirs contre les manifestants, d’après des vidéos de surveillance et les localisations de téléphones portables. Sur les 17, dit-il, 14 avaient fuit en Russie ou en Crimée, y compris le Commandant en chef du Berkout à Kiev. Sadovnyk et ses deux co-accusés étaient les seuls suspects identifiés qui étaient restés.

MOMENT-CLÉ

La place de l’Indépendance était le point de ralliement à Kiev où s’est principalement développée la révolution anti-Yanoukovitch, entre novembre et février. Le mot “maïdan” signifie “place” en ukrainien. Les tueries qui s’y sont produites ont rapidement été considérées comme un moment-clé de l’histoire ukrainienne contemporaine, comme le maillon d’une chaîne d’événements qui ont déclenché un conflit séparatiste et des incursions russes qui ont secoué le pays jusqu’en sa structure.

Des vidéos et des photographies semblent montrer des officiers du Berkout tirant en directions sur des manifestants et les frappant à coup de bâtons. Sur une vidéo, les hommes du Berkout forcent un homme à se tenir nu dans la neige.

Le public demande des réponses et que justice soit faite. Mais les enquêtes mettent à l’épreuve la capacité de l’Ukraine à dépasser les échecs qui ont toujours été la plaie du pays depuis son indépendance de l’Union soviétique en 1991.

Contrairement à, par exemple, la Pologne, l’Ukraine n’est jamais devenue un État solide. Kiev a connu deux révolutions depuis son indépendance. Un cortège de problèmes endémiques (corruption politique, racket, division entre les ukrainophones et les russophones) l’a laissée faible et en proie à la division. L’une des plus grandes faillites de l’État, selon des observateurs étrangers, est un système judiciaire en miettes.

Sous Yanoukovitch et ses rivaux avant lui, les tribunaux et les policiers étaient des instruments politiques. Yulia Timochenko, l’adversaire de Yanoukovitch lors des élections présidentielles de 2010, a été emprisonnée par la suite dans une affaire dont le caractère politique a été largement critiqué.

Dans son rapport 2013 sur les droits de l’Homme, le Département d’État américain a cité la condamnation de Timochenko, en observant que les tribunaux ukrainiens “restaient vulnérables à la pression politique et à la corruption, étaient inefficaces et dépourvus de soutien populaire. Dans certains cas, les verdicts de procès apparaissent comme prédéterminés”.

Le gouvernement ayant succédé à Yanoukovitch l’a reconnu en juillet dernier, dans un rapport préparé avec le Fonds Monétaire International. « L’administration fiscale, la police, le bureau du procureur général, le service d’application des décisions de justice et le système judiciaire ont été relevés comme les institutions publiques ayant été traditionnellement considérées comme les plus corrompues », selon le rapport.

Le passé semble se répéter.

Les deux procureurs et un ministre du gouvernement, qui ont conduit les investigations sur les tirs de Maïdan, ont joué un rôle dans le soutien au soulèvement. L’un de ces responsables a déclaré à Reuters que les enquêteurs réunissant les preuves sont complètement indépendants.

Un autre problème dans l’enquête : à ce jour, personne n’a été appréhendé pour les tirs sur les policiers. D’après le ministère de l’Intérieur ukrainien, entre le 18 et le 20 février, 189 officiers de police ont été blessés par balles. Treize sont décédés.

Un membre des forces de police anti-émeute “Berkout” montre un bouclier prétendument endommagé par des tirs et un cocktail Molotov pendant les manifestations anti-gouvernementales à l’ancien quartier-général du “Berkout” à Kiev, 6 septembre.

En outre, l’ancien procureur général qui a supervisé les arrestations des trois officiers du Berkout a déclaré à la télévision que ces derniers « avaient déjà été désignés coupables ». Cette déclaration, selon les experts juridiques, pourrait préjudicier l’affaire. L’Ukraine a signé la Convention européenne des Droits de l’Homme, qui mentionne que les accusés d’un crime sont présumés innocents jusqu’à ce que la preuve de leur culpabilité ait été faite.

« Une déclaration publique d’un procureur qui nie directement cette présomption est un déni de procès équitable », déclare Richard Harvey, un avocat britannique spécialisé en droit pénal international.

Même certaines familles endeuillées mettent en cause l’équité des procédures. Serhiy Bondarchouk, un professeur de physique, est mort d’une blessure par balle dans le dos, le 20 février au matin. Son fils Volodymyr Bondarchouk dit que son meurtre est l’un des 39 pour lesquels Sadovnyk et ses deux collègues sont suspectés. Volodymyr signala que, selon ses propres recherches, il doute que ces trois là soient responsables de la mort de son père.

« Ils essayent de boucler l’affaire parce que leurs patrons et la communauté veulent juste quelqu’un à punir », dit-il. « L’enquête ne contient pas assez de preuves pour prouver la culpabilité de ces trois hommes ».

Volodymyr Bondarchouk a récemment aidé à monter une association d’environ 70 familles de manifestants tués. « Le but principal pour nous est une enquête objective et précise », dit-il.

AIGLES D’OR

Le 20 février a été le jour le plus sanglant du soulèvement de la place Maïdan. Nombre de manifestants et d’officiers de police ont été tués. Le jour suivant, les chefs de l’opposition signaient un retour à la paix sous la médiation de l’Union européenne.

La pression publique s’est accentuée pour poursuivre les meurtriers. Au bout d’une semaine, Yanoukovitch, alors en fuite, a été inculpé pour l’assassinat en masse de manifestants. Le gouvernement intérimaire a dissous les Berkout, force qui comptait plusieurs milliers d’hommes, et dont le nom signifie « aigle d’or ».

Le 3 avril, les autorités ukrainiennes ont annoncé l’arrestation de plusieurs membres d’une unité spéciale d’élites du Berkout. L’un d’eux était Sadovnyk, le commandant de l’unité. Père de trois enfants, il a rejoint le Berkout en 1996 après avoir servi dans l’armée ukrainienne. Il a gagné par la suite de nombreuses distinctions pour ses services dans la police.

Deux autres officiers plus jeunes ont également été détenus : Serhiy Zinchenko, 23 ans et Pavel Abroskin, 24 ans.

Un document interne à la procédure d’accusation, étudié par Reuters, décrit la version des événements fournies par les enquêteurs. C’est un « avis de suspicion » concernant Zinchenko, datée du 3 avril.

Le document soutient que le 18 février, l’officier commandant en chef du Berkout, Serhiy Kusiuk, a donné l’ordre verbal à Sadovnyk de distribuer des fusils automatiques à son unité. Kusiuk est parmi les officiers du Berkout qui ont fui en Russie, selon les procureurs. Il n’a pas pu être contacté pour commenter cette information.

Le matin du 20 février, plusieurs membres de l’unité de Sadovnyk ont été tués. Vers 9 heures, d’après le document, Sadovnyk a ordonné à ses hommes de tirer en direction de manifestants désarmés remontant la rue Instytoutska, au centre ville. Le document établit que les tirs ont duré presque deux heures et plus de neuf manifestants ont été tués.

Le document avance que l’ordre de tirer donné par Sadovnyk était un abus de pouvoir, « étant donné qu’il n’y avait pas de menace immédiate sur la vie des officiers de police ».

Vilkov, l’avocat de Sadovnyk, conteste ce récit. Alors que le document indique que Sadovnyk était sur place, Vilkov dit que son client ne se trouvait pas sur la rue Instytoutska lorsque les manifestants ont été tués, au matin du 20 février. Vilkov n’a pas souhaité révéler l’endroit où se trouvait Sadovnyk.

Lors d’une interview téléphonique le 30 septembre, Sadovnyk a dit à Reuters qu’il était en réunion au quartier général de la police de Kiev, au matin du 20 février. La réunion a commencé entre 8 heures et 8h30. L’ordre du jour, dit-il, traitait de rapports selon lesquels de nombreux manifestants armés arriveraient à Kiev suite à un appel à la mobilisation lancé par les leaders des manifestants.

Sadovnyk a dit qu’environ sept officiers et responsables de la police étaient présents, et il a donné le nom de trois d’entre eux. Reuters n’a pas été en mesure de joindre ces personnes pour recueillir leurs commentaires.

Au cours de la réunion, dit Sadovnyk, les participants ont entendu des coups de feu et des cris sur les radios de la police. Ces radios faisaient état de la mort d’un officier Berkout et d’autres policiers blessés rue Instytoutska.

Sadovnyk dit qu’à ce moment, il quitta la réunion et partit en voiture jusqu’au lieu des événements, à environ 15 minutes de là. Il a déclaré ne pas se souvenir de l’heure à laquelle il est arrivé, mais que les enquêteurs pouvaient l’établir en localisant son téléphone portable. Il a dit qu’il avait emporté un pistolet et son équipement de protection.

Lorsqu’il est arrivé, dit-il, il a trouvé un lieu presque désert, avec des officiers de police en train de courir et des balles qui ricochaient. Il affirma n’avoir ni reçu ou ni donné aucun ordre à son unité de tirer sur des manifestants – et n’avoir lui-même tiré sur quiconque.

« Je nie avoir tué », dit-il.

Vadim Ostanim, un avocat pour l’unité du Berkout de Kiev, a donné une version similaire à Reuters. Il a dit qu’une vidéo montre Sadovnyk assistant à la réunion du quartier général de la police. Ostanim dit que quand Sadovnyk arriva sur le lieu des tirs, les hommes de son unité battaient déjà en retraite.

« COUPABLE »

Le bureau du procureur général n’a pas souhaité faire de commentaire sur les arguments de la défense. Dans une déclaration, le bureau déclare qu’il dispose de nombreuses preuves contre Sadovnyk. Y compris la vidéo d’un homme armé tirant sur un manifestant. Le bureau pense que cet homme armé est Sadovnyk, en raison de « la manière spéciale » qu’a le tireur de tenir son arme. Dans une précédente déclaration, le bureau déclarait : « La question de la culpabilité, ou à l’inverse, de l’innocence des personnes mentionnées, sera résolue par le tribunal. »

Oleh Makhnitsky était le procureur général d’Ukraine jusqu’à juin dernier. Dans un entretien, Reuters lui a posé une question concernant la photo d’un Sadovnyk ayant ses deux mains, qui avait été produite lors d’une audience en avril.

Le but de cette audience, a déclaré Makhnitsky, n’était pas de juger de la fiabilité de la preuve mais de déterminer s’il y avait un risque que Sadovnyk ne s’enfuie. Il a déclaré que les preuves contre Sadovnyk seraient présentées lors d’un procès à venir.

Makhnitsky, aujourd’hui conseiller du Président Petro Poroshenko, a déclaré qu’il dirigeait un groupe d’avocats qui assistaient légalement les manifestants anti-Yanoukovitch pendant les manifestations de Maïdan. Il a dit que la politique ne jouait aucun rôle dans l’inculpation des trois officiers Berkout.

« Les enquêteurs sont dans un service distinct qui ne peut même pas être influencé par le procureur », a-t-il déclaré.

Le 30 mai, Makhnitsky a donné une interview à la télévision locale, à propos de l’arrestation des trois officiers. Il a déclaré que la culpabilité des suspects “était établie”.

Interrogé au sujet de ces déclarations, Makhnitsky a dit qu’il avait voulu dire que « suffisamment de preuves avaient été réunies pour prouver qu’ils étaient coupables ». Un tribunal décidera en définitive, dit-il.

La teneur des preuves de l’accusation contre les trois officiers restent floues. Les dossiers du tribunal ne sont pas publics dans ces affaires.

Les avocats des officiers Zinchenko et Abroskine ont dit que, pour autant qu’ils le sachent, nombre des preuves avancées contre leurs clients sont des vidéos qui, selon les procureurs, montreraient les officiers tenant des armes. Les avocats disent que les hommes sur les vidéos – qui portent des masques et des casques – ne sont pas leurs clients.

Sur l’une des vidéos, « on voit seulement les yeux et le nez, et ce type n’est pas en train de tirer, il fait demi-tour avec une arme et regarde autour de lui », déclare Stefan Reshko, un avocat d’Abroskine. Reuters n’a pas pu visionner la vidéo.

Oleksandr Poznyak, qui représente Zinchenko, a dit qu’il y a, parmi les preuves contre son client, la vidéo d’un homme masqué tenant un fusil. L’avocat a montré la vidéo à Reuters. L’homme armé et masqué, a t-il déclaré, est plus grand et a de plus grosses mains que Zinchenko, et il tient le fusil de sa main gauche. L’avocat a dit que, même si Zinchenko écrit de sa main gauche, il a des photos prouvant qu’il tire de sa main droite. Reuters n’a pas vu ces photos.

Les avocats de la défense pensent également faire valoir que les officiers du Berkout étaient en droit de tirer en légitime défense. Ils étaient en danger, comme le démontre le fait que leurs collègues se sont fait tirer dessus. Les procureurs arguent que les 39 manifestants que les trois hommes sont accusés d’avoir tués le 20 février étaient tous désarmés.

Les procureurs « représentent toute la scène comme une manifestation pacifique », a dit Sadovnyk à un juge lors d’une audition le 5 septembre. Mais, a t-il ajouté, « le 20, tôt le matin, et dans le cadre de cette manifestation si pacifique, quasiment 17 représentants des forces de l’ordre ont été tués ».

GRAPIN ET GRIFFE D’ACIER

Pour soutenir l’argument de Sadovnyk, plusieurs ex-officiers du Berkout qui servent encore dans la police de Kiev ont accepté de rencontrer un reporter et un photographe. Dans une petite salle de leur vieux quartier général, ils ont sorti une sélection d’armes qui ont été, selon leurs dires, saisies sur les manifestants.

Parmi celles-ci, il y avait un grapin fixé à une barre d’acier, des battes de bois accrochées à des chaînes et une griffe d’acier fabriquée avec quatre clous tordus. Les anciens officiers ont montré un bouclier de policier brûlé portant deux impacts de balle, disant qu’il avait été touché par un cocktail molotov.

A côté des armes se trouvaient des cadres portant les photos de deux officiers du Berkout qui, ont-ils déclaré, ont été tués pendant les manifestations.

Si ces responsables étaient justes, ils n’arrêteraient pas seulement des policiers, mais également les activistes de l’autre camp”, signala un ex-membre du Berkout.

Le 5 septembre, une foule tendue regardait pendant qu’un juge écoutait les arguments pour ou contre la libération et l’assignation à domicile de Sadovnyk. L’accusé observait depuis sa cellule en métal.

Le procureur, Oleksii Donskyi, a qualifié l’affirmation par Sadovnyk de son absence durant les échanges de coups de feu “de mensonge absolu”. Lorsque les juge se retirèrent pour délibérer, Youlia Sadovnyk marcha vers le siège du procureur et lui lança, visiblement exaspérée : “J’attends que votre procès capote”. Donskyi a refusé de donner un commentaire.

Le juge a ordonné que Sadovnyk reste derrière les barreaux. Deux semaines plus tard, un autre juge lui a accordé une assignation à domicile. Le parquet a fait appel. Vendredi dernier, Sadovnyk a été appelé à une audition destinée à déterminer s’il devait être remis en prison.

C’est là qu’il a disparu. Youlia Sadovnyk a dit qu’il avait quitté son appartement à 7 heures du matin vendredi dernier, signalant qu’il ne se sentait pas bien. Elle affirma qu’elle n’avait pas eu de ses nouvelles depuis.

L’avocat Vilkov dit que les Sadovnyks, leurs trois enfants et l’avocat lui-même ont reçu des menaces de mort dans les jours précédant l’audition. Youlia Sadovnyk a lu à Reuters un échantillon des messages qu’elle a reçus.

Sur l’un, on peut lire : “Hé, toi, salope du Berkout. Une mort horrible t’attend, toi et tes enfants. Gloire à l’Ukraine !”

Abroskine et Zinchenko sont toujours en prison. Aucune date n’a été fixée pour leur procès. Les trois hommes encourent la prison à vie.

(Enquête complémentaire d’Elizabeth Piper à Moscou. Edité par Michael Williams et Sara Ledwith.)

Source : Reuters, le 10/10/2014

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Une femme allume une bougie en mémoire des manifestants anti-Yanoukovitch tombés sur la place de l’Indépendance, le 23 février 2014.

16 réponses à Reuters : Des carences découvertes dans l’enquête ukrainienne sur le massacre de Maïdan

  1. reneegate Le 14 octobre 2014 à 02h53
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    Un article qui laisse supposer que Timoshenko aurait été une victime d’une manipulation politique est peu crédible sachant qu’elle est citée dans de nombreuses plaintes et enquêtes aux US et en Suisse, que son proche collaborateur a été condamné à l’étranger

    “Somolli Enterprises n’est pas une inconnue. Cette société offshore, enregistrée à Chypre en 1992 par Ioulia Timochenko et ses proches, apparaît déjà largement dans la procédure américaine contre Pavel Lazarenko. Elle y est clairement identifiée comme l’un des véhicules ayant permis à l’ancien premier ministre de toucher des centaines de millions de dollars de dessous-de-table, à une époque où le tandem Lazarenko-Timochenko fonctionnait parfaitement.”
    et
    “Selon l’acte d’accusation de la cour du district de Californie, en novembre 1995, M. Lazarenko, alors en charge du secteur énergétique, autorise la société United Energy Systems of Ukraine (UESU), tout juste créée par Ioulia Timochenko, à servir d’intermédiaire pour distribuer dans la région de Dnepropetrovsk le gaz acheté à la Russie auprès du géant Gazprom.”

    Sur de telles bases cet article n’est absolument pas crédible et laisse supposer les manipulations les plus Nulandiennes dirions nous.


  2. Philippe Le 14 octobre 2014 à 07h53
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    Une partie du commentaire ci-dessus:
    ”Un article qui laisse supposer que Timoshenko aurait été une victime d’une manipulation politique est peu crédible sachant qu’elle est citée dans de nombreuses plaintes et enquêtes aux US et en Suisse, que son proche collaborateur a été condamné à l’étranger”.

    La partie incriminée dans l’article:
    ”Dans son rapport 2013 sur les droits de l’Homme, le Département d’État américain a cité la condamnation de Timochenko, en observant que les tribunaux ukrainiens “restaient vulnérables à la pression politique et à la corruption, étaient inefficaces et dépourvus de soutien populaire. Dans certains cas, les verdicts de procès apparaissent comme prédéterminés”.”

    La fin du commentaire ci-dessus:
    ”Sur de telles bases cet article n’est absolument pas crédible et laisse supposer les manipulations les plus Nulandiennes dirions nous.”

    Mon commentaire:
    Faire un commentaire sur article de plus de 200 lignes en ne prenant en compte que 4 lignes qui ne sont pas un avis mais un renvoi vers une source (un département d’état US dont on ne peut pas dire qu’il soit anti US), pour démolir un article il y a mieux. En plus ces 4 lignes ne sont pas à charge, à la limite elles excuseraient la dérive décrite dans l’article.

    Si en Ukraine ils sont pas trop futés avec leurs vidéos, ils feraient bien de les regarder sérieusement avant de les employer comme preuves, regarder si son commentaire colle à l’article ne serait pas idiot non plus.

    Vous inquiétez pas je viens de voir pire sur agoravox, il y en a un qui fait du copier/coller sur des articles sur Obama, la crise, la 3ème guerre mondiale avec une tartine style rencontre du 3ème type.
    Sur les crises c’est pas encore le cas.

    J’avais pas envie de répondre mais je me suis mis à la la place d’un modérateur:
    S’il modère car le commentaire est à coté de la plaque, c’est ”sur les crises on censure si on abonde pas dans leur sens” comme les crises ne doit pas être trop apprécié par certains qui ont de gros moyens ce serait peut être relayé dans la bonne presse pour supprimer l’influence de cette épine dans le pied.
    S’il ne modère pas, il se trouve avec un commentaire à coté de la plaque.


    • chios Le 14 octobre 2014 à 11h55
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      Le cas Tymochenko.
      Dans un pays qui respecte la loi, elle aurait été mise en prison.
      Elle a conclu un accord avec les russes (prix du gaz cher au détriment de la nation Ukraine, et qui lui permettait d’empocher la différence.
      Je ne suis pas trop au courant, mais des livres ont été écrits pour dénoncer ses agissements.
      Ses manigances ont causé il y a quelques années de graves inconvénients (manque de gaz, et froid dans les logements au creux de l’hiver dans certains pays de l’Union Européenne).

      C’est politique parce que ces pratiques sont la règle en Ukraine.
      Il n’y a aucune raison de laisser Kolomoisky en liberté, il est coupable de recourir au meurtre, mafia style pour acquérir les entreprises qu’il convoite, ea parmi je suppose d’autres irrégularités, et ceci est connu depuis bien longtemps.
      Et pourtant on le laisse agir, on le laisse financer ses milices, et elles partent dans les régions rebelles et se distinguent par leurs pratiques qui tombent sous le coup de crimes de guerre ETC…

      Et que fait Akhmetov, le “boss du Donbass”, qui avait supplié Kiev qu’on ne démolisse pas Donetsk?


      • sadsam Le 14 octobre 2014 à 23h27
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        @Chios,

        Timochenko a été en prison. Une prison très VIP certes et je crois en même temps un peu hôpital. Des médecins occidentaux qui l’y ont visitée ont dit qu’elle avait des troubles de santé réels. Les hypothèses vont bon train sur ces troubles.

        Je vais faire des recherches plus précises et les mettrai sur le blog.


  3. chios Le 14 octobre 2014 à 12h21
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    “C’est sûr que ce n”est pas l’AFP qui fera un tel travail ”

    J’ai des doutes. N’importe quelle agence fera “le travail” que ses sponsors lui demandent de faire.
    Elle fera aussi des enquêtes sur des faits litigieux quand on ne lui met pas des bâtons dans les roues. Après tout c’est leur raison d’être.

    Au risque de choquer, je me rappelle un article de Quatremer contre Reuters, au moment de la crise de l’Euro,
    http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/07/le-jeu-trouble-de-reuters-dans-la-crise-de-la-zone-euro-encore-et-toujours.html
    Le début de la crise de l’Euro, avec l’attaque des obligations grecques, c’était un coup monté…de la part de qui?

    Je voudrais citer un commentaire de l’article de Reuters, de la part d’un Euromaidan sincère, qui a cru, et peut-être croit encore à ces principes de “rule of law”:ou “état de droit”

    Thank you for bringing this issue up again. Yes, Ukraininan courts have flaws all over. And lustration of judges is priority #1 in Ukraine now. But 6 months should have been enough to bring the enormous amount of evidence to light, arrest the suspected and bring to light the corrupted links of Berkut, courts and the majority of traitors in Verkhovna Rada aka thieves. But no, not even with the price of the Heavenly Hundred. Till the last person who’s stolen mlns and blns is proven guilty and gets the sentence, the price paid by the Heavenly Hundred was too high. I feel pity for Berkut who killed, they were trained to and obeyed the order. It’s time for Ukrainian society to show if we have changed: whether we obey the court and say, yes, indeed, there’s noone to blaim; or push to the limits and help lustrate every single institute, so nothing of the like Can happen again.
    La fin :
    Soit, nous aquiescons avec la cour.
    Personne n’est coupable.
    Soit,nous allons plus loin et nettoyons chacune de nos institutions pour que ce genre de choses ne puisse plus jamais se reproduire.


  4. Louis Robert Le 14 octobre 2014 à 12h54
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    Soyons clair.

    Pour moi, après un long examen minutieux et on ne peut plus soucieux d’intégrité, iI y a déjà longtemps que je n’attends plus rien du Kiev nazi, non plus que de notre Occident parfaitement complice, relativement au crimes commis par ce régime:

    1. à Maidan,
    2. à Odessa,
    3. à l’endroit des civils ukrainiens du Sud et de l’Est de l’Ukraine,
    4. envers les passagers du MH-17 abattu,
    5. sur les civils ukrainiens et russes tués en territoire russe.

    Il existe une limite à continuer de faire semblant de croire et d’espérer, tout comme à faire comme si… de rien n’était. Au-delà, de telles attitudes deviennent tout à fait déshonorantes, donc insupportables. C’est pourquoi on doit savoir y mettre fin.


  5. Tom Le 14 octobre 2014 à 12h56
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    Bonjour.

    Juste un détail de traduction. Le terme “police officer”, largement utilisé dans les séries US, doit être traduit par “agent de police” et non “officier de police”.
    Un agent de police est l’élément de base de la police. Officier de police correspond à une fonction d’encadrement et de direction : lieutenant, capitaine ou commandant de police. Comme Sadovnyk.
    Je doute que les Berkout aient eu 189 officiers blessés, plus probablement 189 agents de police.

    Merci pour ce travail important


  6. gerard Colin Le 14 octobre 2014 à 16h09
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    Je crois que ce travail est important pour pouvoir mettre le nez dans leur excréments à ceux qui se comportent comme des chiens à la botte d’on ne sait quelle puissance. Les gens ne réfléchissent plus, même pas sur ce qu’on leur montre. Avant le 22 février 2013, il y avait une vidéo qui montrait la place Maidan en live, 24h/24. On y voyait tour à tour un plan panoramique sur la place Maidan et Kiew, et ensuite des plans larges sur les lignes de manifestants. Au vu du plan panoramique, on voyait que le reste de la ville continuait de fonctionner comme si de rien n’était. Les feux fonctionnaient, la circulation était correct. Et les plans larges montraient une seule chose: à gauche, une foule compacte en ligne, au milieu droite des barricades. à droite, les lignes de policiers anti-émeutes. Et en rythme continu, des manifestants viennent au milieu, alimentent les feux de camp allumés et lancent des cocktails molotov en direction des policiers anti-émeutes.
    Voilà ce que c’était que la répression de Maidan par les Berkout. Un vaste camping pour jeunes politisés en formation de vandalisme.


  7. Jacques Le 14 octobre 2014 à 17h12
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    Travail imparfait? certes! la lecture de ce texte laisse une impression bizarre quand on se souvient de tous les billets publiés par O. Berruyer sur le “Maïdan”. L’article suggère à peine que l’inculpation d’anciens Berkouts est une diversion et il manque un point essentiel, révélé quelques jours après le 21 février, à savoir que tous les tirs sont partis du haut de l’hôtel contrôlé par Pravy Sektor. ça ressemble plus à de la désinformation qu’à une enquête sérieuse.
    Quant à ce qu’il y a à attendre maintenant de Kiev pour les enquêtes, la justice, etc, je suis de l’avis de Louis Robert


  8. gnatos Le 14 octobre 2014 à 17h44
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    On a le souvenir d’une conversation enregistrée entre l’ambassadeur letton (ou estonien?) et C.Aschton évoquant les snipers embusqués derrière les manifestants et tirant dans le dos de ces derniers.Personne n’en parle dans ce procès?
    Sans accorder de blanc seing à quiconque,on peut s’étonner que des berkouts se refusant à utiliser des canons a eau (vu la température à l’époque) ,se décident à tirer à balles réelles les premiers.(sous les regards braqués de l’occident …)
    Avec le recul,peut être que Yanoukovitch regrette de ne pas les avoir employé .
    Dans la foulée, sur le même sujet, ce tribunal va-t-il juger Erdovan pour les 22 manifestants Kurdes tués ,sans contestation semble-t-il ?


    • sadsam Le 14 octobre 2014 à 23h33
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      @Gnatos,

      Le ministre estonien des affaires étrangères

      -authenticity-leaked-phone-call-discussing-Kiev-snipers-shot-protesters-possibly-hired-Ukraines-new-leaders.html


  9. Patrice Le 14 octobre 2014 à 19h43
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    Sur le Kyivpost aujourd’hui, deux choses intéressantes.
    “The Right Sector, a nationalist group that had actively participated in many clashes during the EuroMaidan revolution and after it” non, ils avouent? http://www.kyivpost.com/content/ukraine/demonstrators-clash-with-police-near-verkhovna-rada-368009.html
    Et sur la photo de la manif du 14, sur un autre article, on voit une plus de vingt drapeaux svoboda, cinq ou six de pravy sektor, et seulement deux “pov” drapeaux ukrainiens….
    http://www.kyivpost.com/content/ukraine/parliament-adopts-laws-to-strengthen-law-enforcement-anti-corruption-367969.html


  10. le Prolo du Biolo Le 15 octobre 2014 à 09h01
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    Les Etats-Unis semblent faire marche arrière.
    Kerry annonce (sur les télés ce matin) que “l’armée russe évacue l’Ukraine”.


  11. Rus Le 15 octobre 2014 à 10h42
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    Bonjour,

    Un peu hors sujet dans le sujet lui même. Avez vous entendu comme moi hier soir, sur France info, que les troupes Russes avaient évacué l’Ukraine Hier….En fait, il s’agit des troupes en manœuvre depuis cet été sur le territoire Russe le long de la Frontière et qui regagnent leur casernes d’affectation. Jusqu’où iront nos médias pour justifier les sanctions contre la Russie..? Je me pose aussi la question comme vous. Qui vérifie l’information avant de la diffuser au grand public ? Ou bien nos journalistes ne sont plus que des perroquets savants…?

    En attendant vos réactions.

    D.


    • Kawa Le 15 octobre 2014 à 17h55
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      Rus : “Ou bien nos journalistes ne sont plus que des perroquets savants…?”

      Jugez-en pour vous-même, voici sur France-Culture vendredi dernier Michel Moutot, grand reporter de l’AFP, Prix Albert Londres en 1999 (premières 15 minutes de l’émission) :

      http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4928484


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